annonces du 4ème WE de septembre 2020

  

26 & 27 septembre 2020

26ème dimanche - A -

 

« Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’

Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. »

 

DÉCÈS 

  • Xavier ALEN, décédé à l’âge de 59 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.

 

2 ANNONCES POUR LE WEEK-END PROCHAIN (3 et 4 octobre)

  

1.          Vu les contraintes techniques de la RTBF cumulées à celles du Coronavirus, les messes du samedi 3 octobre 18.00 et du dimanche 4 octobre 10.00 sont supprimées et la messe TV (10.45) sera célébrée avec les seuls membres de la chorale, de l’Équipe Pastorale et des Équipes-Relais ainsi que leurs conjoints et quelques personnes représentatives de plusieurs équipes ou tranches d’âge.

 

2.          Pour les autres, trois possibilités s’offrent à vous : 

         2.1.   Vous vous unissez à la messe TV, en la regardant à la télévision sur la RTBF ou France 2 à 11.00

 

         2.2.   Vous vous rendez à la messe dans une église proche de notre Unité Pastorale. (Horaire disponible, par exemple sur : (http://gensdoutremeuse.org - https://banneux-nd.be - http://www.upsoumagne-olne.be/

 

         2.3.   Étant donné que le CNS n’a pas diminué le nombre de participants en milieu fermé, une eucharistie sera célébrée
à Vaux, le dimanche 4 octobre à 16.00.  

         Nous pourrons y accueillir 199 personnes

 

Nous aurions évidemment voulu vous inviter tous à la messe télévisée  

Nous sommes désolés de ne pouvoir faire autrement !

Les Équipe Pastorale et Équipes-Relais étant vos représentants,

il nous a semblé que c’était la moins mauvaise solution.

 

Au fil des semaines 

•    Notre ami Michel MINON est en convalescence suite à une petite intervention chirurgicale.  Les messes du mercredi à Prayon et du vendredi à Fraipont sont maintenues.

 

•    Les pièces rouges … Puisque plusieurs m’ont demandé de leur donner le numéro de compte de « Aide Inde », le voici : BE21 3771 0128 4003 

  • Mardi 29 septembre à 20h au Carmel de Mehagne
    Soirée "Net For God" autour du film "Sicile, Terre d'accueil -
    Rencontre avec l'humanité blessée" - Entrée libre
  • Mardi 6 Octobre au Carmel de Mehagne de 09.00 à 12.30 - Matinée de désert
    Office, Enseignement, Prière, Eucharistie, "Le Salut dans l'Évangile de Marc
    Inscription obligatoire au 0474 67 39 36 pour respecter les consignes sanitaires

 

THERMOS : APPEL AUX BÉNÉVOLES POUR DISTRIBUTION DE REPAS

 

Nous recherchons des jeunes et des moins-jeunes, de 18 à 99 ans, pour rejoindre l’équipe des bénévoles d’Embourg, afin d’assurer la distribution de repas le samedi soir au sein de l’ASBL THERMOS de Liège (www.thermos-liege.be)
qui fête en 2020 ses 31 années d’existence au service des plus démunis.

 

Concrètement, il s’agit d’assurer le service du samedi soir, en équipe,
de 19.00 à 21.30, une fois par mois, si possible, de novembre à avril.

 

Pour plus d’infos : Patrick de VALENSART - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. - 0496/652.794

 

Jubilés 

Vous vous êtes mariés cette année ou vous célébrez :
5 - 10 – 15 -20 – 25- 30 … ans de mariage.
Nous vous invitons à fêter, ensemble, cet anniversaire à VAUX, pour autant que les mesures sanitaires nous le permettent. Toutes les mesures sanitaires sont respectées.

 

C’est une heureuse occasion, nous semble-t-il, de découvrir ou de retrouver d’autres couples pour partager avec eux et nouer ou renouer des liens d’amitiés. Ce sera aussi l’occasion pour chacun et chacune de se rappeler le sens de son engagement.

 

Nous vous invitons à nous retrouver le samedi 10 octobre à 18.00 pour l’eucharistie et/ou à 19.00 pour le verre de l’amitié (si le temps permet de le servir en plein air). Vos enfants, vos familles, vos amis y sont également les bienvenus.

 

Nous serions heureux, pour préparer cette fête, d’être avertis de votre présence, par exemple par le renvoi du talon d’inscription ci-dessous. Et pour illustrer notre fête, faites-nous parvenir une photo de votre mariage, soit en prêt (avec votre nom au verso) pour être scannée, soit en nous transmettant une version numérique par courriel à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .

 

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Monsieur et Madame. ___________________________

 

o      Participeront à l’eucharistie des anniversaires de mariage le samedi   10 octobre

 

o      Seront présents au verre de l’amitié à 19h00 et viendront avec          enfants, parents et amis au nombre approximatif de ____________________  personnes.

  

À remettre, s.v.p. au plus tard le 28 septembre à l’une des personnes suivantes :

 

- B. et C. BOURDOUXHE, Sur les Heids de Ninane, 11. tél 04/368.75.84,  

- M. HERMAN, Rue du Nouveau Sart, 18.  tél 04/368.81.46. 

 ou à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


 

19 & 20 septembre 2020

25ème dimanche - A -

« Quand vint le tour des premiers,
ils pensaient recevoir davantage »
 

 Décès

  • Anna-Marie LOYENS, veuve d’Henri MORMONT, décédée à l’âge de 94 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Pol HANS, époux de Danielle SCHAUS, décédé à l’âge de 71 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Vaux.
  • Pierre COLIN, époux de Marie-Christine LEFEBVRE, décédé à l’âge de 73 ans.
    Ses funérailles seront célébrées à Embourg, dans l’intimité.
  • Lucienne LOUWART, veuve de Guido DONADON, décédée à l’âge de 94 ans.
    Un temps de prières sera célébré mardi à 09.30 à Embourg.

Au fil des semaines

•    Dimanche 27 septembre à 11.15, la messe sera célébrée en wallon à l’occasion des fêtes de Wallonie.

  

Horaire des eucharisties des 26 et 27 septembre en l'église de Vaux

    • Samedi 26 septembre: 18.00
    • Dimanche 27 septembre : 10.00 et 11.15 en wallon.
    • La messe d’11.15 sera retransmise sur Facebook.      

 

12 & 13 septembre 2020

24ème dimanche - A -

« Ne devais-tu pas, à ton tour,
avoir pitié de ton compagnon ? »

DÉCÈS

  • Nicole SCALAIS, décédée à l’âge de 78 ans. 
    Un temps de prière a été célébré au Funérarium de Vaux.
  • Jean-Claude HAERIGS, décédé à l’âge de 70 ans. 
    Un temps de prière a été célébré au cimetière d’Embourg.
  • Valérie MOUSSET, veuve de Raymond DETRE, décédée à l’âge de 98 ans. 
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Boris STOVBA, veuf de Marie-José TREELS, décédé à l’âge de 73 ans. 
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Artemide dite Olga BACUZZI, veuve de Redivo SANTIN, décédée à l’âge de 86 ans. 
    Un temps de prière a été célébré au Funérarium de Trooz.
  • André WAUTERS, époux de Marie-France CLAJOT, décédé à l’âge de 73 ans. 
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Paulette MORMONT, veuve d’Armondo FABBRI, décédée à l’âge de 90 ans. 
    Ses funérailles seront célébrées à Vaux, mardi 13 sept à 14.00.

Au fil des semaines

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Horaire des eucharisties des 26 et 27 septembre en l'église de Vaux

    • Samedi 26 septembre: 18.00
    • Dimanche 27 septembre : 10.00 et 11.15 en wallon.
    • La messe d’11.15 sera retransmise sur Facebook.                                     

 

5 et 6 septembre 2020

23ème dimanche - A -

« Tout ce que vous aurez délié sur la terre
sera délié dans le ciel. »

Au fil des semaines

  • Avec la rentrée scolaire, vient la rentrée de la catéchèse.  Les dispositions pour les reprises de la catéchèse vont être précisées très prochainement par le diocèse. 

Les renseignements pour les inscriptions des enfants de première primaire à la catéchèse des Premières Communions seront prochainement donnés aux enfants scolarisés dans les écoles de notre Unité Pastorale.  Mais dans un souci de communication optimale, vous trouvez ces renseignements au verso de cette feuille.  Si vous connaissez dans votre rue ou votre entourage un enfant en première année primaire, vous êtes gentils de transmettre ce papier aux parents.

En ce qui concerne les Premières Communions et les Professions de Foi qui auraient dû être célébrées cette année, un courrier a été envoyé aux parents cette semaine.

  • Lundi 14 septembre à 20.00, chez Pierre, siège de l’asbl, AG de l’asbl Saint-Jean l’Évangéliste.
  • Mardi 15 septembre de 14.00 à 16.00 : réunion de Doyenné
  • Mercredi 16 septembre à 20.00, en l’église de Vaux : nous reprenons nos soirées « Dé-couvrons le cœur de Dieu ».  Dans cette église, la distanciation physique est assurée.  Le thème de cette soirée sera : « Vers un nouveau monde ?  À travers les deux récits de la création » : Topo, Partage, Complies, Verre de l’amitié.  Cette soirée sera retransmise sur le compte Facebook : Pierre Hannosset
  • Jeudi 17 septembre à 15.30, chez Pierre : Équipe Pastorale
  • Le week-end des 19 & 20 septembre, lors des eucharisties, nous prierons d’une façon toute spéciale pour la paroisse de Beaufays en ces dates habituelles de sa fête.
  • Le 27 septembre à 11.15, la messe sera célébrée en wallon à l’occasion des fêtes de Wallonie.
  • Notre ami Michel Minon est en convalescence suite à une petite intervention chirurgicale.  Les messes du mercredi à Prayon et du vendredi à Fraipont sont maintenues.

 

  29 & 30 août 2020

22ème dimanche - A -

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, 

qu’il prenne sa croix et qu’il me suive »

Lignes de vie 

Décès                                               

  • Margaretha HEYEN, veuve de Jacques COLSON, décédée à 80 ans.
    Un temps de prières a été célébré au Funérarium de Beaufays.

Mariage                                    

  • Ce samedi en l’église saint-Remacle de Spa Brieuc GEUZAINE et Valérie SCHMITZ se sont conférés le sacrement de mariage.

 

CONSEIL NATIONAL DE SÉCURITÉ

Rien de bien neuf concernant les paroisses, si ce n’est que, dès mardi 1er septembre, l’église de Vaux pourra de nouveau accueillir 200 personnes aussi bien pour les eucharisties dominicales que pour les funérailles, les mariages et les baptêmes.  C’est déjà ça …  Pour le reste : « sainte Patience, à notre secours ! »

 

Au fil des semaines

  • Notez déjà, la messe télévisée qui sera retransmise depuis l’église de Vaux, le dimanche 4 octobre.  Nous ne connaissons évidemment pas encore les modalités pratiques de cet événement.
  • Le secrétariat d’Unité Pastorale à Embourg reprend ses activités dès mardi 1er septembre, tous les jours ouvrables de 09.00 à 12.00 et de 14.00 à 17.00.
  • Avec la rentrée scolaire, vient la rentrée de la catéchèse.  Les dispositions pour les reprises de la catéchèse vont être précisées très prochainement par le diocèse.  Quant aux premières communions, professions de foi et confirmations, les nouvelles vont être envoyées aux parents cette semaine.
  • Le « Regards Croisés » de la rentrée est arrivé.
  • Dimanche prochain, lors de la messe de 11.15, nous ferons mémoire des 69 morts de la Tragédie de Forêt, en juin 1944. 
  • Dimanche prochain de 17.00 à 19.00, à la Ferme d’Embourg : première réunion des confirmands.

 

 

Communication du Conseil National de Sécurité de ce 20 août (extrait)

A partir du 1er septembre, les célébrations eucharistiques en l'église de Vaux pourront acceuillir 200 personnes, tout en continuant de respecter des mesures de distanciation: masques obligatoires, distances de 1,50 m entre les personnes (à l'exception des familles), ...

 

Aussi bien pour les funérailles, les mariages et les baptêmes.

C'est déjà ça .... Pour le reste : "sainte Patience, à notre secours !"


 

22 & 23 août 2020

21ème dimanche - A -

« Et vous, que dites-vous ?
Pour vous, qui suis-je ?»

  

Lignes de vie

Décès                                               

  • Emma BOMAN, décédée à l’âge de 62 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Vaux.
  • Jean-Paul LEVAUX, époux de Rose-Anne TENAERTS, décédé à 74 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Marie-Louise DEPAUW, veuve de Raymond JUPSIN, décédée à l’âge de 78 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Vaux.
  • Eugène DEPREZ, époux d’Yvonne GREIFF, décédé à l’âge de 80 ans.
    Un temps de prière a été célébré au cimetière de Nessonvaux.

Mariage

  • Ce samedi, Nicolas AENDEKERK et Lorie HEUMANN
    se sont conféré le sacrement de mariage en l’église d’Embourg. 

 

Horaire des eucharisties des 22 et 23 août en l’église de Vaux :

  • Samedi 22 août : 18.00
  • Dimanche 23 août : 10.00 & 11.15
  • La messe d’11.15 sera retransmise sur Facebook.

 

Au fil des semaines

  • *  Notez déjà, la messe télévisée qui sera retransmise depuis l’église de Vaux, le dimanche 4 octobre.  Nous ne connaissons évidemment pas encore les modalités pratiques de cet événement.

 

 MERCI BEAUCOUP …  NOUS Y SOMMES ARRIVÉS …

Pour le compte « Aide aux Syriens accueillis dans notre UP » vous avez donné en une semaine plus de 4.500 € …  C’est merveilleux !!!  Le déficit est comblé.  Nous pouvons faire face aux minervaux et aux différents frais d’année académique.  Vous pouvez continuer à nous aider en faisant votre don ou un ordre permanent sur le compte de la paroisse d’Embourg : BE11 3400 6114 0148  avec la mention : « Syrie » 

                   


 

14, 15 & 16 août 2020

Assomption de Notre-Dame

& 20ème dimanche - A -

« Mon âme exalte le Seigneur,

Mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur »

Lignes de vie

Décès                                               

  • André GERARDY, veuf de Paulette MUYZENBEECK, décédé à 88 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées en plein air à Ninane.
  • Micheline MEYERS, veuve de Joseph DIEPART, décédée à l’âge de 79 ans.
    Ses funérailles seront célébrées lundi à 11.00 à Vaux.
  • Suzanne CHEVIGNE, veuve d’Armand DETHIER, décédée à 95 ans.
    Un temps de prière sera célébré lundi à 12.30 au cimetière de Beaufays
  • Robert SCIMAR, veuf d’Andrée JACQUES, décédé à l’âge de 94 ans.
    Ses funérailles seront célébrées lundi à 14.00 à Embourg.
  • Georges BOVY, époux d’Annie BERTONASCO, décédé à l’âge de 52 ans.
    Ses funérailles seront célébrées mardi à 10.30 à Embourg
  • Marie-Louise BROLET, épouse de Raoul BOVY, décédée à l’âge de 85 ans.
    Ses funérailles seront célébrées mardi à 14.00 à Vaux

Baptême 

Nous nous réjouissons avec les parents de Mila ALESSI
qui reçoit le sacrement de baptême ce dimanche. 

        MERCI BEAUCOUP …  NOUS Y SOMMES ARRIVÉS …

Pour le compte « Aide aux Syriens accueillis dans notre UP » vous avez donné en une semaine plus de 4.500 € …  C’est merveilleux !!!  Le déficit est comblé.  Nous pouvons faire face aux minervaux et aux différents frais d’année académique.  Vous pouvez continuer à nous aider en faisant votre don ou un ordre permanent sur le compte de la paroisse d’Embourg : BE11 3400 6114 0148  avec la mention : « Syrie »


 

 

8 & 9 août 2020

19ème dimanche - A -

« Confiance, c’est moi,
n’ayez plus peur »  

  • Lignes de vie

     

    Décès

    • Jacques GAUTHOYE, époux de Monique MARÉCHAL,
      décédé à l’âge de 72 ans.  Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.

N’ayez pas peur !

Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ !...

N’ayez pas peur !

Le Christ sait « ce qu’il y a dans l’homme » !

Et lui seul le sait !

Jean-Paul II


1er et 2 août 2020

18ème dimanche - A -

« Ils n’ont pas besoin de s’en aller.

Donnez-leur vous-mêmes à manger. » 

Lignes de vie 

Décès

  • Robert BAERTEN, veuf de Nicole BEN, décédé à l’âge de 88 ans.
    Un temps de prière sera célébré au Funérarium d’Embourg, lundi 3 à 11h00.
  • Julia BRICQUELET, veuve d’Albert AERTS, décédée à l’âge de 90 ans.
    Ses funérailles seront célébrées à Embourg, mercredi à 10h30.

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Le nombre maximum de fidèles est à nouveau de 200 personnes -
pour les célébrations religieuses publiques

En application du Conseil national de Sécurité du 20 août 2020, de nouvelles mesures ont été décidées par le Gouvernement fédéral, qui seront d'application à partir du 1er septembre.       
À partir de cette date, seules 200 personnes au maximum pourront être présentes lors d'une célébration religieuse publique. La distance d'1m 50 reste en vigueur, de même que l'obligation pour les fidèles de porter le masque durant la célébration ainsi que celle de se désinfecter les mains lors de l'entrée dans l'église, cette dernière étant un lieu public. Ces mesures seront d'application jusqu'à la fin du mois d'août.

Les autres mesures du protocole pour les célébrations dans les églises catholiques restent en vigueur. Le protocole se trouve en ligne sur les sites de Cathobel.be et de Kerknet.be. Au cœur de l'été, les célébrations eucharistiques demeurent des temps essentiels pour nourrir notre vie spirituelle et notre engagement de chrétien. Nous espérions un assouplissement des restrictions pour participer à !'Eucharistie au mois d'août mais cela ne sera malheureusement pas possible. Il est sage pour l'Église d'assumer avec tous les citoyens une responsabilité collective afin d'enrayer de nouveaux développements du Covld-19.

Conscients que la crise du Covid-19 est loin d'avoir épuisé toutes ses conséquences, nous portons dans la prière celles et ceux qui en sont particulièrement affectés.

20 août

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RAPPEL

PORT DU MASQUE EST OBLIGATOIRE DANS LES LIEUX DE CULTE

 

 

Si, par hasard, vous oubliez d’emporter un masque, ne faites pas demi-tour :
des masques sont disponibles à l’entrée de notre église.

Pierre +, votre curé


 

Extrait de la conférence de presse de la Première-Ministre Sophie WILMÈS  (27 juillet 2020)

« Le Conseil National de Sécurité (CNS) a resserré la vis en matière de rassemblements, de manière à tenter d’endiguer la propagation du coronavirus en Belgique. Les événements vont devoir encore limiter les présences, et les rassemblements privés sont aussi fortement limités à un maximum de 10 personnes (sans compter les enfants de moins de 12 ans).

Pour ce qui est des événements organisés, avec public, il y a un nouveau maximum strict : 100 personnes si c’est en intérieur, 200 si c’est à l’extérieur, avec obligation quoi qu’il en soit de porter le masque. »

Nos églises sont petites, à l’exception de celle de Vaux-sous-Chèvremont qui peut contenir, en temps normal, plus de 700 personnes.

En raison des recommandations du CNS (superficie, distanciation, …), l’église de Vaux ne peut plus accueillir que 100 personnes depuis ce jour, après avoir été « capable » d’en accueillir 200 pendant le mois de juillet. Retour en arrière.

Cela ne change en rien nos habitudes depuis le 8 juin. En effet, lors de chacune des 3 messes du WE en l’église de Vaux, il n’y a jamais eu plus de 100 fidèles.

Venez toujours participer en confiance aux eucharisties du samedi soir à 18h00, du dimanche matin à 10h00 et à 11h15, avec toutes les sécurités exigées : accueil avec du gel hydroalcoolique et des masques (si vous avez oublié le vôtre), mise en place, distanciation entre les sièges (sauf les familles qui peuvent se rassembler), masque obligatoire même si l’on chante, distribution de la communion sans contact, …

En ce qui concerne les évènements dans un cadre privé, (mariages, baptêmes, …) ils sont limités à 10 personnes. Ils doivent s’organiser tout en maintenant la distance nécessaire et en respectant les règles d’hygiène les plus strictes.

 

Ces dispositions sont imposées au moins jusqu’au 1er septembre.

 

De même, le Secrétariat paroissial d’Embourg est fermé.


              

25 & 26 juillet 2020

17ème dimanche - A -

« Le royaume des Cieux est comparable
à un trésor caché dans un champ. »

Lignes de vie 

Décès

  • Marie-Claire BEYENS, veuve d’Henry VAN DUYSE, décédée à l’âge de 87 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Patrick MOREAU, compagnon de Katty BALTUS, décédé à l’âge de 56 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Pascal GERMAIN, décédé à l’âge de 52 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Ninane.
  • Maria BORN, veuve de Félix THEISSEN, décédée à l’âge de 71 ans.
    Ses funérailles seront célébrées à Embourg, lundi à 10h00.

Au fil des semaines

  • Notez déjà, la messe télévisée qui sera retransmise depuis l’église de Vaux, le dimanche 4 octobre. Nous ne connaissons évidemment pas encore les modalités de cet événement.

 

Les 7 paraboles du Royaume chez Matthieu. 

Elles sont un beau programme de vacances.

1.    Le semeur : le Royaume vient par la parole du Christ qui m’est adressée et qui doit prendre racine en moi.

2.    L’ivraie : Le bien et le mal existent en moi et autour de moi.  Raison de plus pour annoncer l’Évangile avec plus de force.

3.    La graine de moutarde : ose des débuts minuscules, espère : l’Évangile a toujours un avenir.

4.    Le levain : Insère la foi au cœur des réalités du monde.

5.    Le trésor : découvre l’essentiel au cœur de ta vie banale.

6.    La perle : Détache-toi de beaucoup de choses dans la joie et donne-toi à fond.

7.    Sans te lasser, lance le filet, accueille, ouvre les portes, sans condamner.

 

Pierre +, votre curé


                         

18 & 19 juillet 2020

16ème dimanche - A -

« Quand la tige poussa et produisit l’épi,
alors l’ivraie apparut aussi »
 

Lignes de vie

Décès

  • Léopoldine, dite Léa FAFCHAMPS, veuve de Jean FRAIKIN, décédée à l’âge de 97 ans.
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.

PORT DU MASQUE EST OBLIGATOIRE DANS LES LIEUX DE CULTE 

          Aux prêtres, diacres et assistantes pastorales

          Chers Amis,

Vous trouverez ci-joint le communiqué de la Conférence des évêques de Belgique publié suite aux mesures gouvernementales imposant le port du masque dans les lieux publics à partir du 11 juillet. Renseignements pris par notre évêque auprès des autorités concernant les personnes qui prennent la parole durant la célébration, il est leur est permis d'enlever le masque quand elles interviennent pour parler en public. Pour l'ensemble des célébrations, il est important de suivre les prescriptions prévues par le protocole, en particulier pour la distribution de la communion.

Cordialement.

Carmelina Volpe 

---oOo--- 

Depuis le samedi 11 juillet, le port du masque est obligatoire dans les lieux de culte. Le Comité de concertation des différents gouvernements de notre pays a pris cette décision, ce jeudi soir. Le port du masque sera aussi obligatoire dans les magasins, théâtres, salles de musique et de conférence, bibliothèques et musées.

Le Comité de concertation a pris cette décision en présence du Groupe d’Experts en charge de la stratégie de déconfinement (GEES), a rapporté la Première Ministre Sophie Wilmès. ‘Les experts ont présenté un nouveau rapport recommandant le port obligatoire du masque. Ils s’alignent ainsi sur l’avis du Conseil supérieur de la Santé.’ Le non-respect de cette obligation est passible de sanction pénale. Un Conseil national de sécurité électronique validera aujourd’hui les décisions du Comité de concertation.

En plus du port du masque, le Gouvernement insiste auprès des citoyens pour l’application des autres règles de conduite. Il rappelle que le port du masque est une protection complémentaire. Le lavage, la désinfection des mains et le maintien d’une distance de sécurité de 1,5 m sont et restent des règles de base. Ces règles continuent pleinement à s’appliquer aux célébrations dans les églises. Le port obligatoire du masque y est désormais rajouté.

 

La Conférence des évêques de Belgique, le 10 juillet 2020 

---oOo--- 

Si, par hasard, vous oubliez d’emporter un masque, ne faites pas demi-tour :
des masques sont disponibles à l’entrée de notre église.

Pierre +, votre curé


                        

11 & 12 juillet 2020

15ème dimanche - A -

« Voici que le semeur sortit pour semer. »  

Lignes de vie

Décès                                                            

  • Christian van den HOVE, époux de Micheline THOEN, décédé à l’âge de 83 ans. 
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Henriette VRANCKEN, veuve de Léon FISCHER, décédée à l’âge de 100 ans. 
    Un temps de prières a été célébré au Funérarium d’Embourg.
  • Renée QUOILIN, veuve de Célestin MEESEN, décédée à l’âge de 87 ans. 
    Ses funérailles seront célébrées à Embourg, lundi à 14.00.  

 

Un mot de nos Évêques à tous les chrétiens de Belgique

« Une espérance à offrir » 

Les semaines que nous venons de vivre ont été historiques. A beaucoup d’égards, elles furent aussi éprouvantes. Bien des personnes, des familles et des communautés ont été durement atteintes, que ce soit par le deuil, la maladie, la perte d’un emploi, l’isolement. Nous pensons d’abord à elles, et tenons à leur exprimer toute notre compassion.

Ce temps de confinement nous a aussi permis à tous d’observer de nombreux gestes de solidarité. Tant de gens ont donné de leur temps, de leurs talents. De voisins ou de parfaits inconnus, ils se sont fait le prochain. Nous croyons que Dieu n’a pas été absent : malgré les moments d’obscurité, nous avons pu percevoir sa proximité et sa Pâque plus forte que les ténèbres. Nous rendons grâce pour ces nombreux signes de l’Esprit à l’œuvre.

Pour les chrétiens, l’impossibilité de vivre les sacrements et de se retrouver en communauté a constitué une véritable épreuve. Être éloignés de nos frères et sœurs nous a coûté. Nous tenons à vous remercier très vivement d’avoir pris soin de respecter les lourdes règles qui nous étaient imposées. C’est avec prudence, mais avec une joie profonde, que nous pouvons, depuis quelques semaines, goûter à nouveau à la communion communautaire « en présentiel ».

Loin de nous immobiliser, ce temps de confinement nous a aussi permis de faire preuve d’une créativité nouvelle. Dans tant de paroisses, d’unités pastorales, de communautés, des baptisés se sont levés, se sont mis ensemble, ont pris des initiatives. Parfois de façon très humble, dans l’urgence, vous avez inventé de nouvelles manières de faire Eglise. Nous avons été touchés par ces gestes de sollicitude, ces services concrets, cette inventivité pastorale. Sans doute avons-nous aussi découvert – ou redécouvert – certaines dimensions que la routine risque parfois de nous faire oublier : l’écoute des autres et de la Parole, la prière personnelle ou familiale, l’importance d’un rythme de vie apaisé pour la réflexion, la relecture, le dialogue. Parallèlement, nous avons ressenti en creux combien nous étaient essentielles la rencontre, l’affection, l’entraide, la communion entre nous et avec Dieu. Nous vous encourageons à demeurer en éveil, à ne pas cesser de rester créatifs. Ensemble, continuons à rendre nos communautés plus belles parce que plus fraternelles, plus sensibles aux blessures de chacun et aux soifs de ce monde. Continuons de soigner nos célébrations pour qu’elles soient sources d’intériorité et d’engagement.

Voilà que demain pointe déjà le jour. Le monde d’après sera-t-il différent du monde d’hier ? Là où il se trouve, chacun a en tout cas le pouvoir de le rendre meilleur. L’épreuve nous a d’ailleurs permis d’identifier quelques défis majeurs pour notre temps. Comment apporter notre soutien aux victimes d’une crise sociale dont nous commençons seulement à percevoir les effets ? En particulier, comment accompagner les jeunes et nous montrer solidaires des personnes âgées, si souvent frappées par la solitude ? Comment offrir une place à ceux que notre société tend à laisser de côté ou aux portes de nos frontières ? Comment donner considération et dignité à ceux qui travaillent au service de tous, trop souvent dans la précarité ? Comment chercher du sens et cultiver l’espérance face aux incertitudes ? Comment accueillir et respecter la vulnérabilité de nos vies ? Comment nous engager face à l’immensité des défis écologiques, sociaux, économiques ?

Sur aucune de ces questions, nous n’avons de formule magique. Mais nous pouvons puiser dans notre foi et nos partages communautaires des ressources pour discerner, et pour agir aux côtés des autres individus et groupes de notre société. Nous invitons les communautés chrétiennes à s’engager, d’un même élan, dans le cœur de Dieu et au cœur du monde. Nous y sommes envoyés par le Christ, par notre baptême. Confronté à cette pandémie, ce monde, capable de grande générosité, est aussi en proie au doute. Offrons-lui notre solidarité, notre espérance et la joie de l’Evangile.

Que cet été soit un temps propice pour nous reposer et nous connecter à l’essentiel. Qu’il nous offre aussi l’occasion de rechercher activement le désir que Dieu a pour chacun de nous, pour Son Eglise et pour notre monde.

En profonde communion avec vous,                                                                      

Vos Évêques. Le 25 juin 2020


 

14ème dimanche - A -

« Ce que tu as caché aux sages et aux savants,

tu l’as révélé aux tout-petits. » 

Lignes de vie

Décès                                                            

  • Sonia SCARTON veuve de Gilles GEORIS, décédée à l’âge de 63 ans. 
    Un temps de prières a été célébré au funérarium de Trooz. 

Un mot de notre Évêque à ses prêtres 

Chers Collaborateurs dans le ministère, 

Voici le nouveau protocole de reprise des cultes, adapté d'après l'Arrêté Ministériel du 30 juin 2020, qui entre en vigueur ce 1er juillet 2020. 

Le plus grand changement est la suppression de la règle des 10m² d'espace libre autour de chaque personne. 

Le nombre maximum de personnes dans une église passe de 100 à 200. Il sera de 400 au 1er août. 

La distance de 1,5 m entre les personnes reste d'application (sauf pour les personnes vivant sous un même toit).

 port du masque est recommandé à l'entrée et à la sortie de l'édifice. 

Il n'y a pas de restriction concernant le chant des fidèles. 

En vous souhaitant un bon temps d'été et de vacances, je vous suis uni dans la prière et le soutien mutuel.

In Christo.

+Jean-Pierre Delville

Outre le fait que nous pouvons maintenant chanter, la différence est que nous pouvons augmenter le nombre de places à Vaux (presque 200 places) … ce qui est une excellente nouvelle. Il ne nous reste plus qu’à espérer la suppression, au plus vite, de la règle du mètre carré par personne : nous pourrons alors rejoindre nos églises et chapelle ! 

Amitiés

Pierre 

Un mot de nos Évêques à tous les chrétiens de Belgique 

« Une espérance à offrir »

Les semaines que nous venons de vivre ont été historiques. A beaucoup d’égards, elles furent aussi éprouvantes. Bien des personnes, des familles et des communautés ont été durement atteintes, que ce soit par le deuil, la maladie, la perte d’un emploi, l’isolement. Nous pensons d’abord à elles, et tenons à leur exprimer toute notre compassion. 

Ce temps de confinement nous a aussi permis à tous d’observer de nombreux gestes de solidarité. Tant de gens ont donné de leur temps, de leurs talents. De voisins ou de parfaits inconnus, ils se sont fait le prochain. Nous croyons que Dieu n’a pas été absent : malgré les moments d’obscurité, nous avons pu percevoir sa proximité et sa Pâque plus forte que les ténèbres. Nous rendons grâce pour ces nombreux signes de l’Esprit à l’œuvre. 

Pour les chrétiens, l’impossibilité de vivre les sacrements et de se retrouver en communauté a constitué une véritable épreuve. Être éloignés de nos frères et sœurs nous a coûté. Nous tenons à vous remercier très vivement d’avoir pris soin de respecter les lourdes règles qui nous étaient imposées. C’est avec prudence, mais avec une joie profonde, que nous pouvons, depuis quelques semaines, goûter à nouveau à la communion communautaire « en présentiel ». 

Loin de nous immobiliser, ce temps de confinement nous a aussi permis de faire preuve d’une créativité nouvelle. Dans tant de paroisses, d’unités pastorales, de communautés, des baptisés se sont levés, se sont mis ensemble, ont pris des initiatives. Parfois de façon très humble, dans l’urgence, vous avez inventé de nouvelles manières de faire Eglise. Nous avons été touchés par ces gestes de sollicitude, ces services concrets, cette inventivité pastorale. Sans doute avons-nous aussi découvert – ou redécouvert – certaines dimensions que la routine risque parfois de nous faire oublier : l’écoute des autres et de la Parole, la prière personnelle ou familiale, l’importance d’un rythme de vie apaisé pour la réflexion, la relecture, le dialogue. Parallèlement, nous avons ressenti en creux combien nous étaient essentielles la rencontre, l’affection, l’entraide, la communion entre nous et avec Dieu. Nous vous encourageons à demeurer en éveil, à ne pas cesser de rester créatifs. Ensemble, continuons à rendre nos communautés plus belles parce que plus fraternelles, plus sensibles aux blessures de chacun et aux soifs de ce monde. Continuons de soigner nos célébrations pour qu’elles soient sources d’intériorité et d’engagement. 

Voilà que demain pointe déjà le jour. Le monde d’après sera-t-il différent du monde d’hier ? Là où il se trouve, chacun a en tout cas le pouvoir de le rendre meilleur. L’épreuve nous a d’ailleurs permis d’identifier quelques défis majeurs pour notre temps. Comment apporter notre soutien aux victimes d’une crise sociale dont nous commençons seulement à percevoir les effets ? En particulier, comment accompagner les jeunes et nous montrer solidaires des personnes âgées, si souvent frappées par la solitude ? Comment offrir une place à ceux que notre société tend à laisser de côté ou aux portes de nos frontières ? Comment donner considération et dignité à ceux qui travaillent au service de tous, trop souvent dans la précarité ? Comment chercher du sens et cultiver l’espérance face aux incertitudes ? Comment accueillir et respecter la vulnérabilité de nos vies ? Comment nous engager face à l’immensité des défis écologiques, sociaux, économiques ? 

Sur aucune de ces questions, nous n’avons de formule magique. Mais nous pouvons puiser dans notre foi et nos partages communautaires des ressources pour discerner, et pour agir aux côtés des autres individus et groupes de notre société. Nous invitons les communautés chrétiennes à s’engager, d’un même élan, dans le cœur de Dieu et au cœur du monde. Nous y sommes envoyés par le Christ, par notre baptême. Confronté à cette pandémie, ce monde, capable de grande générosité, est aussi en proie au doute. Offrons-lui notre solidarité, notre espérance et la joie de l’Evangile. 

Que cet été soit un temps propice pour nous reposer et nous connecter à l’essentiel. Qu’il nous offre aussi l’occasion de rechercher activement le désir que Dieu a pour chacun de nous, pour Son Eglise et pour notre monde. 

En profonde communion avec vous,

Vos Évêques.

Le 25 juin 2020 



27 & 28 juin 2020

13ème dimanche - A -

« Qui accueille un homme juste en sa qualité de juste

recevra une récompense de juste »  

 Ligne de vie

Décès

  • Loris DALLA CORT, époux de Gisèle BRISBOIS, décédé à l’âge de 65 ans. 
    Un temps de prières a été célébré au Funérarium d’Embourg.
  • Pierre BERGER, époux de Jacqueline NOIROUS, décédé à l’âge de 85 ans. 
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Vincent THOREAU, veuf de Bernadette BONDUE, décédé à l’âge de 93 ans. 
    Ses funérailles ont été célébrées à Embourg.
  • Jesus PEREZ - VILAR, époux de Maria-Ester PEREZ - NOCEDA, décédé à l’âge de 83 ans. 
    Un temps de prières sera célébré au Funérarium de Trooz, lundi à 10.30.
  • Philippe VERREYDT, époux de Manuela de le VINGNE, décédé à l’âge de 66 ans. 
    Ses funérailles seront célébrées à Embourg, mardi à 10.30. 60 personnes peuvent y être accueillies.
  • André FOURGON, époux de Monique DENIS, décédé à l’âge de 79 ans. 
    Ses funérailles seront célébrées à Vaux, mercredi à 10.30. 100 personnes peuvent y être accueillies.
  • Élise LERUITTE, veuve de Léonard MARTIN, décédée à l’âge de 98 ans. 
    Ses funérailles seront célébrées à Embourg, jeudi à 11.15. 100 personnes peuvent y être accueillies.

 

Au fil des semaines

Rien de neuf suite au dernier CNS, concernant les cultes.  Comme dit notre Première : « Lorsque rien n’est annoncé comme changement, cela signifie que l’on continue comme auparavant ».

   

BAPTÊMES : Ils reprennent selon des conditions strictes : 20 personnes par famille.  On peut contacter le GSM baptêmes au 0475/115.264.

 

PREMIÈRES COMMUNIONS, PROFESSIONS DE FOI & CONFIRMATIONS : Nous ne savons rien dire aujourd’hui, aussi longtemps que l’on ne pourra pas retrouver un nombre illimité de places dans nos églises.  Pour les confirmations, on attend des nouvelles de l’Évêché.

 

MARIAGES : Ils reprennent dès à présent en tenant compte de la distanciation physique et donc de la limitation des places dans les différentes églises.

 

FUNÉRAILLES : Pour les raisons de limitation des places, elles sont célébrées soit aux cimetières, soit aux Funérariums soit dans les églises d’Embourg et de Vaux.

 

EUCHARISTIES DE SEMAINE : Elles ont repris dans les églises habituelles : Fraipont, Prayon, Ninane, Embourg.

 

EUCHARISTIES DOMINICALES : En raison de la limitation des places et jusqu’à une date indéterminée, elles continuent d’être célébrées dans la seule église de Vaux : samedi à 18.00 ; dimanche à 10.00 et 11.15.

 

SITUATION DES FABRIQUES & ŒUVRES PAROISSIALES : Plusieurs m’ont dit vouloir aider financièrement nos fabriques ou nos œuvres paroissiales qui n’ont plus aucune rentrée depuis 3 mois … mais autant de factures.  Vous pouvez verser votre quote-part sur le compte des œuvres paroissiales d’Embourg BE11 3400 6114 0148, en mettant en communication, la Fabrique ou les œuvres paroissiales que vous voulez aider.

 

COMMUNICATION : Les annonces de chaque semaine, ainsi que les annonces « extraordinaires » sont toujours placées sur le site de la paroisse www.ndds.be.  Les annonces extraordinaires sont également placées sur les portes de nos 11 églises ou chapelle.  Nous comptons sur chacune et chacun pour transmettre les informations à ceux qui ne disposent pas d’Internet. C’est une manière de vivre notre dimension missionnaire.

 

SECRÉTARIAT D’UNITÉ PASTORALE : Il reprendra à Embourg, dès le 1er juillet de 09.00 à 12.00, du lundi au vendredi.  D’ici-là, le plus simple est de me contacter (par mail sur l’adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou par téléphone au 0478/472.518).

 

 

PRIER : Une méditation est proposée tous les jours sur ma page Facebook, un groupe WhatsApp, et un mailing.  Vous pouvez me faire parvenir (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) votre téléphone WhatsApp ou votre mail, pour que je l’ajoute à la liste. N’oubliez pas que sur la chaîne KTO TV, vous trouvez des eucharisties, des temps de prières et de très belles émissions.

 

EUCHARISTIE « TÉLÉVISÉE » : Chaque jour, l’eucharistie que je préside, en privé ou dans un lieu de culte, est retransmise sur ma page Facebook, à des heures qui sont indiquées sur la même page, la veille.   Pour l’instant, elles sont suspendues pour des raisons techniques, mais elles devraient reprendre fin de semaine, début de la semaine prochaine.

 

AGENDA DES ACTIVITÉS : Il nous est impossible de dresser un agenda de l’année dès maintenant et ce, pour les raisons déjà évoquées.  Qu’en sera-t-il de la messe en wallon, des anniversaires de mariages, des fêtes patronales ou de village, des messes des familles, des dimanches merveilleux … etc … Il nous faut tous et chacun invoquer sainte Patience … car nous ne savons rien dire actuellement.  

 

MERCI à toutes celles et à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre nous aident dans notre Unité Pastorale et dans nos deux communes durant ce temps inédit : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », nous dit Jésus

 


 

20 & 21 juin 2020

12ème dimanche - A -

« Soyez donc sans crainte :

vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. » 

Lignes de vie 

Voici la liste de tous les décès depuis le début du confinement.  Dès que la situation sera revenue à la normale, une eucharistie sera célébrée pour tous. 

Constance HANSOUL, Marie-Louise GOYEN, Pierre BODART, Marcel HERRYGERS, Florence NAA,

Philippe SPRONCK, Jenny TILLIEUX, Jean-Claude ROBINET, Henri WISLEZ, Marie-José MAQUINAY,

Marie-Louise BOURGUIGNON, Marcel GRÉGOIRE, Léa PAHAUT, Marie TRILLET, Jeanne COLLARD,

André ROUXHET, Rosine VAN HOYE, Joséphine TROISFONTAINE, Joseph PULJIZ, Élisabeth BOITEUX, Marie-José MATHOT, Gilbert LUCAS, Maria VRANCKEN, Danielle KENIS, Nelly FRAITEUR, Giorgio PACE, Richard EYBEN, Anny HOUBEN, Joséphine JAMART, Georgette DHEUR, Andrée CRAHAY,

Marie-Thérèse HERMAN, Joëlle VAN DEN BULCK, Anne-Françoise RADOUX, Marcelle BLUTH, Jules CORNET, Louis MELIN, Henri RALET, Renée SIMON, Paul-Henri TROUSSON, Suzanne GODEFROID, Martine ROUIR, Simone WATHY, Loris DALLA CORT 

 

Au fil des semaines 

Nous reprenons très lentement un « rythme paroissial ».  Mais, je pense qu’il nous faudra encore beaucoup de temps avant de retrouver notre vitesse de croisières.  Par deux fois, nous nous sommes réunis avec l’Équipe Pastorale et l’Équipe des prêtres pour « voir - juger - agir » selon la méthode de Cardijn.  Je voudrais évoquer avec vous où nous en sommes aujourd’hui, sachant que pour beaucoup de questions, nous devons répondre « je ne sais pas ». 

BAPTÊMES : Ils reprennent selon des conditions strictes : 20 personnes par famille.  On peut contacter le GSM baptêmes au 0475/115.264. 

PREMIÈRES COMMUNIONS, PROFESSIONS DE FOI & CONFIRMATIONS: Nous ne savons rien dire aujourd’hui, aussi longtemps que l’on ne pourra pas retrouver un nombre illimité de places dans nos églises.  Pour les confirmations, on attend des nouvelles de l’Évêché. 

MARIAGES : Ils reprennent dès à présent en tenant compte de la distanciation physique et donc de la limitation des places dans les différentes églises. 

FUNÉRAILLES : Pour les raisons de limitation des places, elles sont célébrées soit aux cimetières, soit aux Funérariums soit dans les églises d’Embourg et de Vaux. 

EUCHARISTIES DE SEMAINE : Elles ont repris dans les églises habituelles : Fraipont, Prayon, Ninane, Embourg. 

EUCHARISTIES DOMINICALES : En raison de la limitation des places et jusqu’à une date indéterminée, elles continuent d’être célébrées dans la seule église de Vaux : samedi à 18.00 ; dimanche à 10.00 et 11.15. 

SITUATION DES FABRIQUES & ŒUVRES PAROISSIALES : Plusieurs m’ont dit vouloir aider financièrement nos fabriques ou nos œuvres paroissiales qui n’ont plus aucune rentrée depuis 3 mois … mais autant de factures.  Vous pouvez verser votre quote-part sur le compte des œuvres paroissiales d’Embourg BE11 3400 6114 0148, en mettant en communication, la Fabrique ou les œuvres paroissiales que vous voulez aider. 

COMMUNICATION : Les annonces de chaque semaine, ainsi que les annonces « extraordinaires » sont toujours placées sur le site de la paroisse www.ndds.be.  Les annonces extraordinaires sont également placées sur les portes de nos 11 églises ou chapelle.  Nous comptons sur chacune et chacun pour transmettre les informations à ceux qui ne disposent pas d’Internet. C’est une manière de vivre notre dimension missionnaire. 

SECRÉTARIAT D’UNITÉ PASTORALE : Il reprendra à Embourg, dès le 1er juillet de 09.00 à 12.00, du lundi au vendredi.  D’ici-là, le plus simple est de me contacter (par mail sur l’adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou par téléphone au 0478/472.518). 

PRIER : Une méditation est proposée tous les jours sur ma page Facebook, un groupe WhatsApp, et un mailing.  Vous pouvez me faire parvenir (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) votre téléphone WhatsApp ou votre mail, pour que je l’ajoute à la liste. N’oubliez pas que sur la chaîne KTO TV, vous trouvez des eucharisties, des temps de prières et de très belles émissions. 

EUCHARISTIE « TÉLÉVISÉE » : Chaque jour, l’eucharistie que je préside, en privé ou dans un lieu de culte, est retransmise sur ma page Facebook, à des heures qui sont indiquées sur la même page, la veille.   Pour l’instant, elles sont suspendues pour des raisons techniques, mais elles devraient reprendre fin de semaine, début de la semaine prochaine. 

AGENDA DES ACTIVITÉS : Il nous est impossible de dresser un agenda de l’année dès maintenant et ce, pour les raisons déjà évoquées.  Qu’en sera-t-il de la messe en wallon, des anniversaires de mariages, des fêtes patronales ou de village, des messes des familles, des dimanches merveilleux … etc … Il nous faut tous et chacun invoquer sainte Patience … car nous ne savons rien dire actuellement.   

MERCI à toutes celles et à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre nous aident dans notre Unité Pastorale et dans nos deux communes durant ce temps inédit : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », nous dit Jésus


  

Les messes seront célébrées à  18.00 le samedi et le dimanche à 10.00 et 11.15 à Vaux

Pour que tout se passe au mieux, il serait bien que les personnes habituées à une eucharistie du samedi, participent à celle du samedi ; les personnes allant à une messe de 09.30 ou 10.00 viendraient à celle de 10.00, et celles participants à une messe de 11.15 à celle de 11.15.  Ainsi tout se passerait sans trop de problèmes.

 


 

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Dernières homélies

  • Méditations de notre Curé

    26ème dimanche du temps de l’Église     27 septembre

    Je ne sais pas pourquoi … mais, beaucoup de gens s’imaginent que Jésus est là pour nous dire ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire ; que Jésus est comme un gendarme qui tient entre ses mains le code de la route.  On imagine même parfois qu’il est un gendarme un peu sadique, qui se réjouit de nous prendre en défaut pour pouvoir nous punir.  Quelle idée de Dieu nous véhiculons parfois dans notre tête …  Et c’est vrai qu’un Évangile comme celui que nous venons d’entendre il y a quelques instants pourrait faire croire à ces personnes qu’ils ont raison : « Si tu dis ‘oui’, fais-le et si tu dis ‘non’, ne le fais pas ».

     

             Mais, c’est se tromper tout-à-fait …  Car l’Évangile n’est pas là pour nous dire ce qu’il faut ou ne faut pas faire …  L’Évangile est une Bonne Nouvelle.  Laquelle de Bonne Nouvelle ?  Eh bien, allons voir la première lecture et nous comprendrons.  Ézékiel le dit et le redit : la Bonne Nouvelle que Dieu a pour nous, c’est qu’il ne veut pas que nous soyons des morts, mais des vivants !  Alors là, oui, quelle Bonne Nouvelle !

     

             « Je veux que tu sois vivant, et je te donne le meilleur truc qui soit » nous dit Jésus aujourd’hui.  « Si tu veux être vivant, viens travailler à ma vigne, car c’est avec mon raisin qu’on fait le meilleur vin ».  Travailler à la vigne du Seigneur, plutôt qu’à la nôtre.  Notre vigne ne donne que de la piquette, mais souvent, nous n’en avons pas conscience.  Il y en a qui en ont conscience : les publicains et les prostituées.  Eux, ils ont compris que ce qui habitait leur vie ne les rendait pas profondément heureux ; ni l’argent, ni le plaisir facile. 

     

    Vous l’avez bien compris : Évidemment, Jésus ne met pas en valeur les publicains et les prostituées en tant que tels ; non, pas du tout, mais il nous dit que eux, au moins, se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas heureux, qu’ils n’étaient pas vivants, qu’ils étaient des morts-vivants, des sortes de fantômes qui hantent les vieux châteaux.

     

    Étonnamment, être vivant est parfois un peu plus difficile que d’être moribond.  Mais c’est vrai quand même : ça ne demande pas beaucoup de volonté d’être un cadavre …  Ça se fait tout seul ; et c’est plus simple d’être couché dans son lit que de mettre les deux pieds dehors pour se lever …  Mais, la journée est tellement plus belle lorsqu’on est debout.

     

    Être debout, c’est justement le verbe que le grec et l’hébreu emploient pour dire « être ressuscité ».  Saint Irénée, l’évêque de Lyon disait : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ». 

    Dieu est super heureux quand je suis debout, quand je travaille à sa vigne. 

    Dieu est super heureux quand je presse le raisin de son amour et que je le mets dans la barrique de l’Église.

    Dieu est super heureux quand je mets son vin en bouteille pour le donner aux autres … et pour le boire moi-même.

    Rappelez-vous : on a dit des chrétiens le jour de la Pentecôte qu’ils avaient trop bu …  Dirons-nous cela de nous aujourd’hui ?  « Si tu travailles à ma vigne, tu auras la joie de t’enivrer du meilleur vin qui soit ; si tu travailles à ta vigne, tu risques un très mauvais « lendemain-de-la-veille ».  Et même si tu arrives que tout le travail soit déjà pratiquement fait ; même si tu arrives au moment où l’on débouche les bouteilles, sois le bienvenu : le vin de ma vigne te réjouira le cœur".  Amen.

     


     

     

    Saints Côme et Damien       26 septembre

    Nous célébrons aujourd’hui la mémoire de deux frères, saints et qui plus est jumeaux, ce qui est, je crois un cas unique dans l’Église.

     

    Ils me semblent très actuels aujourd’hui pour deux raisons.  Tout d’abord, parce qu’ils proviennent des terres arabes ; ensuite parce qu’ils travaillaient tous les deux dans le domaine médical.

     

    Premier point : ils proviennent de ces terres d’où nous proviennent beaucoup de réfugiés.  C’est il y a cinq ans déjà que la Pape François lançait son premier appel à aider et accueillir les réfugiés, une famille au moins par paroisse, communauté religieuse. ...  Nous avons la chance, ici, dans notre Unité Pastorale d’avoir accueilli deux familles ; elles sont notre rayon de soleil et nous apportent tant et tant de choses.  Mais la crise de Lesbos nous a bien montré que nous n’étions encore nulle part ; que la tâche est énorme.  Pour la journée des migrants de cette année, voici ce que François nous dit : « Les personnes déplacées nous offrent cette occasion de rencontre avec le Seigneur, ‘même si nos yeux peinent à le reconnaître : avec les vêtements déchirés, les pieds sales, le visage déformé, le corps blessé, incapable de parler notre langue’ (Homélie, 15 février 2019). Il s’agit d’un défi pastoral auquel nous sommes appelés à répondre par les quatre verbes que j’ai indiqués dans le Message de cette même Journée en 2018 : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. »   Si vous avez l’occasion, je vous invite vraiment à aller lire l’intégralité de son message.  C’est une merveille avec des moyens très concrets à notre disposition ! (http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/messages/migration/documents/papa-francesco_20200513_world-migrants-day-2020.html)

     

    Côme et Damien étaient aussi dans le domaine médical : Côme était médecin et Damien était pharmacien.  On les appelait « anargyres » c’est-à-dire sans argent, parce qu’ils soignaient sans se faire payer.  Ils ont été martyrisés au début des années 300 en Syrie …

    Cela nous rappelle que le rôle fondamental de l’Église est de soigner.  Comme aime à le rappeler François, nous sommes un hôpital de campagne.  Jésus lui-même nous l’a dit : « Je ne viens pas pour les bien-portants mais pour les malades ; ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecins ».  Dès la Pentecôte, les Apôtres vont opérer des guérisons.  Et l’on ne peut oublier le travail gigantesque de prêtres et de congrégations religieuses au service des malades.  Aujourd’hui, les laïcs se sont - heureusement - joints à ce travail.  Vous êtes même largement majoritaires au sein d’institutions chrétiennes ou pluralistes.  Demain, nous fêterons saint Vincent de Paul ; et vous les aidez généreusement par nos collectes mensuelles et vos participations à leurs activités.  Soyons heureux d’être des « médecins » et des « pharmaciens » à la suite de Jésus, de Côme et Damien, de Vincent de Paul, de Mère Teresa, sœur Emmanuelle, l’abbé Pierre et tant d’autres !

     


     

    Vendredi de la 25ème semaine du temps de l’Église     25 septembre

    Pas une semaine ne passe sans que nous soyons envahis par des sondages d’opinion.  « La ministre de la santé doit-elle démissionner ? »  « Êtes-vous pour ou contre le port du masque ? »  « La Belgique en fait-elle assez pour gérer cette pandémie ? »  etc …  Et voilà que Jésus fait la même chose : « Qu’est-ce que les gens disent de moi ? ».  Et les disciples entrent dans ce sondage en lui donnant plusieurs réponses. C’est quand même étonnant, vous ne trouvez pas ?  Pourquoi toi, Jésus, le Fils de Dieu as-tu besoin de savoir ce que les gens pensent de toi ?  J’avoue que ça m’a turlupiné.  En fait, je pense que si Jésus leur pose cette question, ce n’est qu’une mise en bouche, comme un tremplin pour la question suivante qui elle, est tellement plus difficile : « Et vous, et toi, qui dis-tu ? » 

     

    Parler de quelqu’un en « on », tout le monde peut le faire.  « On devrait faire des économies, donner du travail à tous, supprimer la guerre et les inégalités » ...  Facile ...  Mais parler en « Je » et en « tu », c’est une autre paire de manches, c’est bien plus exigeant : là, je suis obligé de m’engager dans ma réponse. 

    « Je veux préserver la planète, m’engager auprès des réfugiés, être actif dans la paroisse ou dans les mouvements de jeunesse ».    Oups, là, c’est autre chose. Eh bien, vous voyez, c’est ça la foi : c’est un dialogue entre un « je » et un « tu », c’est oser découvrir sa personne et vouloir découvrir celle de l’autre, dans une relation constante et toujours à approfondir.  Impossible d’être chrétien « de loin », en regardant du balcon ce qui se passe en dessous.  Non, si je veux te suivre, toi, Seigneur, je dois être dans une relation vraie, personnelle, vivante avec toi.

     

             Dans l’évangile, Jésus ne pose qu’une fois la question aux disciples, mais vous l’avez compris, c’est tous les jours que Jésus nous repose la question.  C’est très concret.  Chaque matin, mais aussi devant n’importe quel acte que je dois poser, il me redit « Qui suis-je pour toi ? »  Et ça change radicalement ma façon d’être et de vivre.  Essayez un peu ... Devant cette voisine enquiquinante que j’ai envie d’envoyer promener, alors que je suis découragé devant tel ou tel engagement pastoral ou autre que j’ai pris, alors, je veux te répondre, Seigneur : « Tu es le Messie, mon Messie, celui qui illumine ma vie ». 

    Vous verrez, vous agirez tout autrement …

     

             Alors, belle journée à tous.  Au cœur de ce jour, tu nous demandes « qui suis-je pour toi ? » Au cœur de ce jour, je veux te répondre : « Je veux que tu sois le centre de ma vie ».  Je vivrai ma journée autrement, mais, c’est sûr, je la vivrai dans une immense joie, celle de Dieu lui-même.

     


     

     

    Jeudi de la 25ème semaine du temps de l’Église      24 septembre

    « Mais qui est cet homme dont j’entends dire de telles choses ? » Et il cherchait à le voir.

    Hérode n’est évidemment pas un chrétien, il n’est pas non plus un saint laïc, lui qui a fait décapiter Jean Baptiste pour ne pas perdre la face devant les siens … et pourtant la dernière phrase de l’évangile très court que nous venons d’entendre est un peu comme un résumé de notre foi chrétienne. « Qui est-il ? Je cherche à le voir ».

    Deux attitudes fondamentales : d’abord une interrogation. Nous ne saurons jamais qui est Jésus ; il est un mystère … Un mystère, vous le savez bien, ce n’est pas quelque chose qu’on ne comprend pas, c’est quelque chose de tellement vaste qu’on n’a jamais fini d’en faire le tour. On pourrait même dire que plus on le connait, moins on a l’impression de le connaître. Et la seconde en est sa conséquence : puisque je ne le connaîtrai jamais « à fond », je cherche sans cesse à le connaître, à le voir.

    On pourrait dire qu’il y a trois manières de connaître Jésus : l’intelligence, l’esprit et la suite.

     

    L’intelligence d’abord. Quelle chance nous avons aujourd’hui d’avoir des tonnes d’instruments à notre portée pour connaître davantage le Seigneur. C’est la catéchèse … et la catéchèse d’adultes en particulier. Je suis un peu effrayé de rencontrer des chrétiens hyper-hyper-spécialisés dans leur domaine professionnel, mais qui restent au niveau de la Profession de Foi, concernant l’intelligence de leur foi. N’ayons pas peur d’acheter un bon livre, de regarder ou d’écouter une belle émission sur KTO Tv ou sur RCF.

     

    L’esprit ensuite. Le premier point, un incroyant peut le faire, cela ne présuppose pas la foi. Il m’est arrivé de rencontrer des incroyants qui avaient une connaissance encyclopédique de notre foi chrétienne. Non, l’esprit, c’est de dialoguer avec lui, de le prier, de ne jamais perdre le contact avec sa personne. Pourquoi ne pas installer chez soi un petit coin- prière, avec une icône, une bougie, une fleur … peu importe ? Pourquoi - en allant plus loin - ne pas décider de prendre tous les jours un temps pour dialoguer avec lui. Nous ne sommes ni moines ni moniales ; il n’est pas demandé à des laïcs d’avoir le même rythme de prière. Mais si, tous les jours - et c’est le « tous les jours » qui est important - nous prenons quelques minutes, seuls, en couple, en famille, devant ce petit coin prière, notre vie changera.

     

    Et enfin, la troisième manière, c’est de marcher derrière lui, aller avec lui, marcher sur les mêmes routes que lui : c’est l’agir ! Je tente de vivre dans le monde comme le Seigneur. Et avant de faire telle ou telle chose, je lui ai demandé au préalable dans la prière : « Tiens, Seigneur, que ferais-tu ici, à ma place ». Je ne sais pas vous le prouver, mais je peux vous assurer que lorsqu’on demande son avis à Jésus sur la manière de faire ou de ne pas faire telle ou telle chose, il nous éclaire toujours !


     

    Mercredi de la 25ème semaine du temps de l’Église     23 septembre

    Jésus va envoyer, pour la première fois, les Douze en mission, sans lui.  Vous imaginez l’aventure ...  Les Douze n’ont aucune formation théologique ou pastorale.  Cela doit être une véritable épreuve pour eux.  C’est tels que nous sommes que le Seigneur nous envoie en mission ; avec notre caractère, nos compétences et nos limites, nos qualités et nos défauts ... juste par ce qu’il en a décidé ainsi.  Et donc, n’objectons jamais au Seigneur que nous ne sommes pas capables, qu’il y a mieux que nous ...  Le Seigneur n’écoutera pas ces arguments.  Il nous a choisis, c’est tout ... et nous avons juste à lui obéir.  Pourquoi ?  Je n’en sais rien, mais c’est comme ça. Je me souviens, quand je suis arrivé comme curé dans une de mes anciennes paroisses, le Conseil Pastoral avait mis par écrit toutes les compétences qu’il attendait de son nouveau curé.  Ça fait un froid, surtout qu’on me demandait une chose et son contraire.  J’avoue que ça m’a refroidi au moment-même et je leur ai dit que je n’étais, dès lors, surement pas le curé qu’il fallait.  Mais je suis resté quand même, en me souvenant de toutes les vocations d’Apôtres et de Prophètes !

     

             Outre le fait de dire « oui », et c’est ce qu’il y a de plus fondamental quand même, quels sont les conseils que le Seigneur leur donne et nous donne aujourd’hui ?

     

             Premier conseil : les Apôtres sont envoyés deux par deux.  Évidemment les exégètes nous disent que pour que, légalement, une parole ait du poids, il fallait deux personnes ; un peu comme aujourd’hui, il faut deux témoins pour valider un acte.  Mais c’est plus profond que cela.  Si j’annonce l’évangile seul, je risque de finir par m’annoncer moi-même ; par ne plus dire ce que le Seigneur pense, mais ce que je pense (qui est d’ailleurs sûrement mieux que ce que le Seigneur pense !!!).  Être à deux, veut dire, être en Église.  Rappelez-vous : « Quand 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ».  C’est en Église et au nom de l’Église que nous annonçons la Bonne Nouvelle.  Nous ne sommes pas des travailleurs indépendants, nous travaillons en « ecclesia », en communauté. 

     

             Deuxième conseil : « Ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie, ni trop de photocopies, de réunionite aigüe, de moyens humains ».  Pourquoi ?  C’est lié ...  Si j’ai tout en mains, je risque de croire que c’est moi qui travaille et non pas le Seigneur ; je risque de ne pas percevoir que tout est grâce, que tout vient de la main du Seigneur.  Rappelez-vous François.  À son époque, l’Église a tout ce qu’il lui faut : argent, pouvoir, honneur ... et du coup, elle est en ruines, car elle se bâtit elle-même.  Il faudra le Poverello, sans rien, dans une pauvreté absolue, à la limite de l’excessif, pour faire jaillir un nouveau printemps dans l’Église de son temps.   Voyez comment Damien a travaillé sans rien pour les lépreux et à transfigurer cette antichambre de la mort en une île où l’on riait.  Regardez comment les Églises persécutées sont florissantes ; c’est tout-à-fait incroyable.  Une fois de plus, je ne comprends pas, mais je constate ...           

     

             Dernier conseil enfin : Si on ne nous écoute pas, partons ailleurs.  Un jour, en allant chercher, avec une religieuse un cadeau que nous avions gagné dans un magasin de meubles, la marchande puis le marchand ont essayé, lourdement, de nous faire acheter un salon.  Ça m’a aidé à comprendre le texte de ce jour.  Non seulement, c’est épuisant pour celui qui essaye de vous convaincre mais c’est extrêmement agaçant et énervant pour celui qu’on veut convaincre.  Je suis sûr que si j’ai besoin, un jour, d’un salon, je n’irai jamais là-bas.  Il en va de même pour la Bonne Nouvelle.  Si nous insistons lourdement, cette Bonne Nouvelle deviendra mauvaise nouvelle ; elle risque même de dégoûter.

     


     

     

    Mardi de la 25ème semaine du temps de l’Église     22 septembre

    D’un côté, la famille de sang de Jésus : Marie et les frères de Jésus, c’est-à-dire au sens hébreu du terme, ses cousins, sa parenté.  De l’autre une foule.  Ils sont nombreux au point que sa famille de sang ne peut s’approcher.  On pourrait dire deux familles : celle de sang et celle du cœur.  Mais, en fait, vous le savez, les deux ne font qu’une : nous sommes tous la famille de Dieu.  C’est pour cela d’ailleurs que l’Église continue de dire que Jésus est le fils unique de Marie.  Sinon, il y aurait eu le risque d’avoir une famille de sang et une famille de cœur.  Laquelle des deux allait être la première : « Moi, je suis le petit-cousin de Jésus, par mon épouse » - « Moi je suis le petit neveu d’un de ses douze apôtres ».  Jésus clôt le problème : sa famille, ce sont ceux qui écoutent sa parole et la vivent.

     

    Être de la famille, être la famille de Dieu, avouons que c’est quand même extraordinaire.  Nous sommes tellement habitués à dire le Notre Père que nous ne réalisons plus …  Jamais un grec n’aurait osé dire qu’il était de la famille de Zeus, ou un Romain de la famille de Jupiter …  Les deux mondes sont totalement séparés et totalement exclusifs l’un de l’autre.

     

    Mais voilà, la Parole de Dieu s’est faire chair ; Jésus est donc et du côté de Dieu et du côté de l’homme ; il réunit les deux en sa personne.  Et puisque nous sommes les frères de Jésus homme, nous sommes indissociablement les frères et sœurs de Dieu en Jésus Christ … et son Père est notre Père comme nous le dirons tout-à-l’heure et c’est le même Esprit qui coule dans ses veines et dans nos veines.

     

    Dans la foule, sans doute tous écoutaient-ils Jésus avec ravissement ; ils étaient heureux et fiers de l’avoir pour frère.  Sans doute devaient-ils être heureux de découvrir qu’ils faisaient aussi partie d’une famille dans laquelle se trouvait Marie. Mais, y a-t-il eu le même ravissement lorsqu’ils ont découvert que tel ou tel autre qui était dans la foule était aussi leur frère ???  Là, ça aura été sans doute plus difficile …  Et pourtant c’est cela le mystère de l’Église.  Si nous écoutons la Parole et tentons de la mettre en pratique, il nous faudra faire effort pour que nous considérions l’autre et tout autre comme un frère ou une sœur.

     


     

     

    Saint Matthieu     21 septembre

    Si vous êtes allés à Rome, vous n’avez pas manqué de visiter la superbe église Saint-Louis des Français et vous y aurez découvert une œuvre majeure du Carravage : La vocation de saint Matthieu, œuvre datée de 1600.

     

    Le peintre va jouer sur le clair-obscur et la peinture est tellement riche qu’il y a une multitude d’interprétations.  Personnellement, j’aime regarder les mains dans ce tableau.

     

    Il y a tout d’abord la main d’un jeune, en train de compter l’argent.  Il a l’air myope tellement son visage est tout proche de la table.  Il est tellement accaparé par l’argent qu’il compte, qu’il ne relève pas la tête ; il ne voit pas Jésus qui est là.  En fait, il ne s’agit pas de voir Jésus - il est toujours là -, il s’agit de tourner les yeux au bon endroit …  Et l’argent - et toutes sortes de richesses - peut faire en sorte que je ne vois pas le Sauveur à quelques mètres de moi.

     

    Il y a ensuite, évidemment, la main de Jésus.  Elle suit le rayon de lumière et montre Matthieu.  Elle ressemble énormément à la main de Dieu que l’on trouve au plafond de la chapelle Sixtine, évoquant la création de l’homme.  Oui, quand le Seigneur tend sa main vers moi, je suis de nouveau créé ; c’est une nouvelle création qui commence pour moi et pour ma vie.   Le Seigneur désigne humblement, mais en même temps fermement Matthieu : c’est toi que je choisis.  Et il continue de le faire avec chacun de nous aujourd’hui.

     

    Il y a la main de Pierre qui se trouve de dos à côté de Jésus.  L’Église est toujours là pour authentifier l’appel du Seigneur.  Aujourd’hui encore, l’Église appelle des hommes et femmes à tout donner à travers l’Église, à travers l’Évêque.  C’est le Seigneur qui choisit mais c’est l’évêque qui ordonne et consacre.  C’est le Seigneur qui choisit mais c’est le diacre ou le prêtre qui baptise.  Jésus a voulu se servir de son Église avec tout ce qu’elle est : Pierre est représenté de dos, courbé, assez âgé … comme notre Église dont nous voyons aujourd’hui plus que jamais toutes les faiblesses …

     

    Enfin, il y a les deux mains de Matthieu.  Tout d’abord la main tournée vers lui-même.  « Tu es sûr que c’est moi que tu appelles, Seigneur ?  Tu t’es sans doute trompé !  Tu ne connais pas vraiment ma réputation et ma vie ».  Sa main est étonnement.  Va-t-il répondre « oui » ?  Son autre main est toujours sur le tas de pièces, mais en même temps, il ne s’y intéresse plus ; il les a déjà quittées ; Il ne semble plus s’intéresser au beau monde qui se trouve entre Jésus et lui : deux jeunes aux vêtements soyeux et chatoyants. Plumes aux chapeaux. Déjà, l’épée des grands. Non, son regard est déjà tourné vers le regard du Christ.  C’est en fait …  Il est séduit !

     


     

     

    25ème dimanche du temps de l’Eglise     20 septembre

    Vous connaissez les chercheurs d’or ...  Des gens, un peu fous, qui passent des journées complètes à chercher un fragment d’or au cœur des ruisseaux.  Sans jamais se décourager, ils continuent.  Et une fois qu’ils ont trouvé une parcelle de métal précieux, ils continuent encore et même avec une énergie renouvelée.

     

             Ne pourrait-on pas dire que le chrétien est un chercheur d’or.  Lui aussi – et le Seigneur l’y encourage dans la première lecture par la prédication d’Isaïe – n’arrête pas de chercher le Seigneur, l’or de sa vie.  C’est ce que nous faisons de jour en jour et de dimanche en dimanche : chercher le Seigneur.  Comme le chercheur d’or, nous l’avons déjà trouvé et en même temps, cela ravive notre désir de le chercher encore davantage.  « Je te cherche, Seigneur ; je te cherche dès l’aube et plus je te trouve, Seigneur, plus j’ai envie de te chercher encore et de te découvrir davantage ».

     

        La lecture de continuer en nous disant : cherche-le mais « tant qu’il se laisse trouver ».  Mais le Seigneur n’arrête pas de se laisser trouver.  Comme un amoureux, il joue parfois à cache-cache avec nous, comme pour attiser encore plus notre désir et de le chercher, et de le trouver.  Mais pour parvenir à bien le chercher, il faut renoncer à toutes sortes de choses, il faut quitter le péché, notre chemin d’homme méchant.  N’est-ce pas d’ailleurs quand nous goûtons l’amour et la miséricorde du Seigneur que nous découvrons au mieux qui est le Seigneur ?

     

             Le psaume nous disait qui est le Seigneur : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres. »  Tu veux connaître, tu veux trouver le Seigneur ?  Alors, ne prends pas la mauvaise route, prends la route de l’amour et de la miséricorde, sinon, tu risques de ne jamais le trouver ...

     

             On pourrait presque oser dire, avec tous les guillemets qui s’imposent, évidemment, que c’est parce que nous avons péché que nous découvrons qui est vraiment notre Dieu.  Nous osons le chanter chaque année à la Vigile Pascale : « Felix culpa », « Bienheureuse faute qui valut au monde un tel Rédempteur ».  Vous l’avez bien compris, il ne s’agit pas de se forcer à pécher pour connaître le Seigneur ...  Non, malheureusement, ça vient bien tout seul, sans nous forcer ...  Mais au cœur de notre péché, nous avons cette merveilleuse occasion de comprendre qui tu es vraiment, Seigneur.

     

    N’est-ce pas aussi ce que nous dit l'évangile à sa façon.  L’évangile nous montre que Dieu n’est pas un chef, un patron à la manière des hommes.  Car, dans la parabole, il va à l’encontre de toute justice simplement humaine et un tel patron se mettrait d’emblée tous les syndicats à dos et mettrait à mal tout stakhanovisme.  Comment une entreprise humaine pourrait-elle tenir si chacun vient travailler quand il veut et reçoit le plein salaire.

     

             Mais voilà, Dieu n’est pas patron, il est un Père qui est malheureux tant qu’un seul de ses enfants n’a pas découvert le bonheur ... et ce bonheur c’est de travailler à sa vigne, c’est de faire grandir le Royaume, c’est de faire advenir le paradis sur terre, c’est de le connaître au sens biblique du terme, d’avoir une relation amoureuse avec lui.

     

             Dieu ne fait qu’inviter et il le fera sans cesse, et donc ce salaire final n’est que le don gratuit de sa miséricorde, de son amour.  Dieu ne peut pas donner une partie de son amour : c’est impossible ; il ne peut donner que tout son amour ; alors peu importe que nous soyons chrétiens depuis notre naissance ou que nous découvrions l’amour du Christ sur notre lit de mort ; peu importe que nous ayons eu une vie de bâton de chaises ou que nous soyons des saints « 5 étoiles ».  Le Seigneur est là qui attend.  Osons imaginer qu’il se met à genoux devant nous bien plus que nous devant lui et qu’il ne cesse de nous dire : « J’ai tellement envie que tu sois heureux, mon enfant, viens travailler à ma vigne et tu goûteras le bonheur absolu ».

     


     

    Samedi de la 24ème semaine du temps de l’Église     19 septembre

    À l’époque de Jésus, les agriculteurs agissaient autrement que nous.  Ils semaient d’abord ; ils labouraient ensuite.  Et ainsi, la semence était mise en terre dans un deuxième temps.  Mais une partie n’était pas recouverte, une partie n’était pas bien enfouie, une partie restait sur les pierres.  Le semeur ne regardait pas tellement le lieu où il semait ; ce qui était important, c’était la semence qu’il envoyait partout et il s’agissait de ne pas se montrer chiche.

     

    On comprend donc mieux cette parabole de Luc, un peu différente de celle de Matthieu que nous avons lue il y a quelques semaines.  Notre « qualité » n’est pas importante aux yeux de Dieu ; ce qui est important, nous dit la parabole, c’est la Parole de Dieu.  Et la Parole de Dieu, vous le savez bien, c’est quelqu’un : Jésus lui-même.  Luc n’est pas juif, il est grec et donc, dans son évangile, on voit beaucoup plus l’universalité.  Nous l’avons lu hier : Jésus n’est pas venu seulement pour les hommes juifs, mais aussi pour les femmes juives.  Et aujourd’hui, il va encore plus loin : Jésus n’est pas venu seulement pour le peuple juif, mais pour le monde entier ; pour chaque homme et chaque femme, qu’il soit chemin, pierre, terre remplie de ronces ou bonne terre. Il n’arrête pas de prodiguer sa Parole ; il ne peut s’en empêcher.

     

    Et voilà que Jésus nous donne les trois empêchements majeurs à accueillir sa Parole

    Premier : « Le diable survient et il enlève de leur cœur la Parole ».  Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es.  Si nous ne fréquentons que des « diseurs de mauvaises nouvelles », des pessimistes viscéraux ou des formalistes enquiquineurs, comment voulez-vous que nous puissions accueillir une Bonne Nouvelle qui nous dit que nous sommes sauvés.  Alors, lisons, regardons, écoutons et fréquentons du positif : ils nous parleront toujours du Seigneur et feront grandir notre foi.

     

    Deuxième : « Ils n’ont pas de racines, ils croient pour un moment et, au moment de l’épreuve, ils abandonnent. »  Monsieur le curé, j’ai tout eu ! Sous-entendu, j’ai été baptisé, j’ai fait « mes » communions et même je suis marié à l’église. Eh ben non …  La foi doit s’approfondir toute la vie, tous les jours.  Sans racine, je ne tiendrai pas longtemps.  Nos évêques et le Pape n’arrêtent pas de nous parler de catéchèse d’adultes ; c’est fondamental !

     

    Troisième : « (ils) sont étouffés, chemin faisant, par les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie … »  C’est le problème du polythéisme.  Évidemment, nous n’adorons pas Zeus ou Amora, la déesse de la moutarde …  Mais tant de dieux et de déesses modernes.  Et l’amour de Dieu est absolu, comme celui d’un conjoint.  Impossible de partager notre cœur !  Si j’aime vraiment mon conjoint, je n’aimerai que lui, qu’elle.  Il en est de même pour le Seigneur, sinon, très vite, nous l’abandonnerons pour nos autres dieux.

     


     

     

    Vendredi de la 24ème semaine du temps de l’Église         18 septembre

    Texte révolutionnaire et d’une actualité brûlante.  En une phrase Luc dit une multitude de choses pour notre vie aujourd’hui : « Il arriva que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes … »

     

    Un.  Jésus passe à travers villes et villages. Jean Baptiste attendait les foules au Jourdain.  Jésus, lui, suit une autre manière de faire.  Il va vers les habitants, il traverse les endroits où ils vivent, où ils travaillent, où ils ont « leurs habitudes ».  Il passe, mais il ne reste pas ; il se propose, il ne s’impose pas.  Comme il dira aux premiers apôtres, on peut imaginer qu’il dit « venez et voyez » … et puis il continue, sans jamais forcer, puisque l’amour ne peut pas forcer.

     

    Deux, il proclame la Bonne Nouvelle.  Les derniers jours nous remettent en position de malheur : le Covid reprend de la vigueur ; la contestation vis-à-vis de ce qui nous est demandé, augmente ; et la fatigue s’installe face à ce maudit virus.  Dans nos villes et nos villages, le Seigneur n’annonce que des bonnes nouvelles.  Et quelle est-elle ?  Le règne de Dieu est là ; le paradis est déjà là, ouvrez les yeux !

     

    Trois.  Jésus est accompagné.  Et là, c’est une bombe.  Non seulement par les Douze mais par des femmes, trois en particulier : Marie de Magdala, Jeanne et Suzanne.  Elles semblent faire écho aux trois apôtres « préférés » Pierre, Jacques et Jean.  Et chez saint Luc, on va retrouver souvent les femmes et les trois femmes, même si les prénoms peuvent changer.  « Les femmes juives étaient certes autorisées à se rendre à la synagogue, mais elles n'étaient jamais disciples d'un rabbin. Il pouvait arriver que des femmes riches entretiennent de leurs biens des rabbins ou leurs disciples, mais il était exclu qu'elles quittent leur foyer pour voyager à leur suite.  Avant son mariage, la femme pieuse restait le plus possible à la maison; la femme mariée ne sortait que pour la prière et les nécessités domestiques, avec un double voile sur la tête et un troisième qui lui cachait le visage. » écrit le théologien belge Jean-Marie Van Cangh. Attitude bouleversante de Jésus chez Luc, dès le début du ministère du Christ.  On les retrouvera encore, dans l’évangile de Luc, sur le chemin du Calvaire (Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus.)  Juste après la mort de Jésus, on nous dit encore : « Tous ses amis, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, se tenaient plus loin pour regarder. »  On les retrouvera encore lors de l’ensevelissement de Jésus et enfin … et surtout, elles seront les premiers témoins de la Résurrection.   Saint Luc insistera sur le fait que les femmes ont cru de suite, alors que ce ne fut pas le cas des Apôtres.  Avec Jésus, la dignité de la femme est retrouvée.  Beau message pour notre monde d’aujourd’hui ! Beau challenge pour l’Église de ce temps !


     

    Saint Lambert     17 septembre

    Imaginez un peu notre réaction si je vous annonçais maintenant que notre évêque a été assassiné … Ce serait une consternation évidemment.  Dieu merci, ce n’est pas Jean-Pierre Delville, mais son prédécesseur lointain, saint Lambert, assassiné un 17 septembre aux environs des années 700.  Cet événement dramatique va marquer un tournant décisif dans la destinée de ce qui n’est alors qu’un petit village qui s’appelle Liège. D’abord enseveli à Maastricht, le corps de Lambert est ramené en grande pompe vers 715 à Liège, à l’initiative de son successeur, le futur saint Hubert. Le saint Patron de notre diocèse était issu d’une famille d’aristocrates de Maastricht. Il succède à l’évêque Théodard, assassiné en 670. C’est vraiment son martyr qui va entraîner l’éclosion du culte du saint martyr et donc faire de Liège une grande ville.

     

    Fêter le saint Patron d’un diocèse, c’est d’abord se rappeler que nous ne sommes pas de nulle part, mais que nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes ancrés dans une histoire et dans une géographie.  Avant nous, il y a eu ici des milliers et des milliers de chrétiens et il y en aura après nous.  Sur nos routes, ont marché des saints et des saintes, connus et inconnus : la Bienheureuse Ève de Saint-Martin, Bienheureuse Marie-Thérèse Haze, sainte Julienne de Cornillon.  La tradition catholique essaye aussi de faire remonter chaque évêque à un des Douze Apôtres, et donc par les Douze à saint Pierre lui-même. Ces généalogies sont souvent un peu douteuses mais peu importe …  Cela montre que nous faisons aussi partie de l’Église universelle. 

    À l’époque de Lambert, un évêque voyageait énormément pour annoncer l’Évangile.  Comme le dit François, ils n’arrêtaient pas d’aller aux périphéries.  C’est à cela que nous sommes de nouveau appelés aujourd’hui.  Nous ne devons pas attendre que nos frères et sœurs humains viennent à nous, nous devons aller vers eux pour être avec eux, nous mettre à leur service, et ainsi témoigner joyeusement de l’amour qui nous fait vivre.

     

    Trois enfin.  C’est le sang d’un martyr qui a donné sa vitalité à la ville de Liège.  C’est l’histoire du grain de blé de l’évangile de ce jour. Impossible pour le grain de donner du fruit s’il n’accepte pas de mourir …  On connaît bien l’image et on la trouve belle … mais concrètement ???  Quand un agriculteur mettait en terre du blé ; ce blé-là, il acceptait de ne pas en faire de la farine dans l’immédiat.  C’était donc un risque majeur de mourir de faim !  Pas d’annonce de l’Évangile sans risque ; impossible de suivre le Christ en restant le long de la plage.  Il nous faut vivre cette autre Parole du Christ : « Avance au large et jette les filets. »

     

     


     

    Mercredi de la 24ème  semaine du temps de l’Église     16 septembre

    « Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons entonné des chants de deuil, et vous n’avez pas pleuré »

    Jésus s’adresse aux pharisiens et aux scribes.  Il leur dit clairement, qu’ils sont « à côté de la plaque ».  Vous êtes tout-à-fait en dehors de la vie réelle et en plus, vous excluez de la religion les plus petits, les plus pauvres, les plus faibles, tellement vous avez construit une religion compliquée.  La religion n’est plus que pour les parfaits ; et surtout, elle n’est plus une religion de la joie avec les joyeux ou de compassion avec ceux qui souffrent.  Elles devenue simplement une religion du devoir et des interdits.

     

    Belle mise en garde pour nous aujourd’hui.  La religion proposée par Jésus se résume donc à ces deux actions : danser avec ceux qui sont dans la joie et pleurer avec ceux qui sont dans la tristesse.  Résumé encore plus simplement : « être avec ».  Faut-il rappeler que c’est le nom même du Verbe fait chair : « il s’appellera Emmanuel, ce qui signifie ‘Dieu-avec-nous’ ».  Si Dieu s’est fait avec nous, comment nous les chrétiens, ses imitateurs, pourrions-nous envisager une autre manière d’être au monde.  Être avec … tout simplement … mais avec aussi toutes les exigences que ça implique : ce n’est plus moi le centre de l’univers, c’est mon frère à côté de moi.

     

    J’ai trouvé ceci chez un confrère québécois ; je vous le livre tel quel : « La finesse de ce passage repose sur le message presque subliminal que Jésus leur envoie. Ils ne savent pas lire les signes des temps parce qu’ils dansent sur la loi avec leurs interprétations farfelues. Alors qu’ils accusent Jésus de glouton, ce sont eux qui «gloutonnent» la loi pour la rendre indigeste. Ce sont eux qui la rendent non digestible plutôt que d’offrir une loi «digérable», ce qui n’en diminue en rien son importance. »

     

    Alors, moi, quelle image de la religion est-ce que je renvoie à mes proches ?

     

    Ce texte se trouve juste après celui où Jean Baptiste en prison, envoie des disciples demander à Jésus s’il est bien « celui qui doit venir ».  Vous connaissez la réponse : « Allez dire à Jean ce que vous voyez, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent. »  Rien qu’avec cette réponse, Jean a cru.  Et nous ?  Sommes-nous capables de voir les signes des Temps, de voir Jésus à l’œuvre aujourd’hui et de nous en réjouir …  Ou bien, sommes-nous des hommes et des femmes qui se lamentent sans cesse …  Dans cette époque de vaguelette du Covid, de quel côté décidons-nous de nous placer.

     

    Le chrétien est comme le soutien du monde, pour l’empêcher de sombrer dans la désespérance.  Avouez que c’est une belle mission, bien loin de tout règlement desséchant …

     


     

     

    Notre-Dame des Sept Douleurs     15 septembre

    Au lendemain de la Croix glorieuse, l’Église célèbre Notre-Dame des 7 douleurs ; 7 étant évidemment le chiffre symbolique de la plénitude.  Fête doucereuse ?  Je ne le crois pas ; surtout pas si l’on considère Marie, comme icône de l’Église. Les voici donc :

     

    1.      Après avoir annoncé que son Fils serait une lumière pour les nations, Syméon dit à Marie que son cœur sera transpercé d’un glaive.  Croix et croix glorieuse.  Si comme Marie nous accueillons dans nos vies la vraie lumière, automatiquement, nous serons critiqués …

     

    2.      La fuite en Égypte.  Dès le début de la vie de Jésus, nous découvrons que l’Amour n’est pas aimé et que l’annonce de l’amour va entraîner le massacre des enfants innocents.  Nous pensons aux martyrs de l’Évangile aujourd’hui.

     

    3.      Jésus disparaît pendant trois jours au Temple.  La suite de Jésus a pour conséquence que les chrétiens ne vivent plus tout-à-fait à la manière des hommes ; notre vraie demeure est dans les cieux et notre vraie maison sur terre est l’église et l’Église.

     

    4.      Marie et Jésus se rencontrent sur le chemin de croix.  L’Église souffre car elle se doit d’être présente partout où les femmes et les hommes d’aujourd’hui portent des croix.  C’est souffrance pour nous, mais il nous est impossible de ne pas y être.  Une Église qui n’est plus, souffrante, aux côtés des souffrants, ne rencontrera pas Jésus.

     

    5.      Marie est au pied de la croix, et le terme latin « stabat », nous dit qu’elle est debout au pied de la croix.  Comme tous les humains, nous vivons le mystère de la mort, de la souffrance ; mais avec Jésus, nous pouvons rester debout, c’est-à-dire déjà ressuscités.

     

    6.      Marie est là quand on descend Jésus de la croix et qu’elle le reçoit dans ses bras.  C’est un immense travail de l’Église aujourd’hui que d’être aux côtés des mourants, des morts et de leur famille.  On aime à rappeler que c’est une religieuse qui a été à la base des soins palliatifs.

     

    7.      Enfin, Marie est là, quand Jésus est mis au tombeau, quand son corps disparaît de devant ses yeux.  C’est le mystère du « sans-nom » tellement c’est terrible.  Elle est là, tout simplement.  Simple présence des chrétiens auprès des situations épouvantables et innommables.

     

    Non, cette fête est loin d’être à l’eau de rose ; elle nous met en marche, nous Église de son Fils, mort et ressuscité.

     


     

     

    La Croix Glorieuse       14 septembre

             Avec le temps, nous nous y sommes habitués, mais, vous le savez, le signe de notre foi est un instrument de mort sur lequel git un cadavre. Nous entrons dans une église et c’est cela que nous voyons directement.  Vous qui m’écoutez, peut-être y en a-t-il une suspendue au mur de la pièce où vous vous trouvez pour l’instant.  Avouons que c’est étonnant, que c’est est même scandaleux.  Si Jésus avait vécu au XXème ou au XXIème siècle, on ne peut imaginer sans frémir ce qui serait suspendu aux murs de nos églises ou de nos maisons : une table sur laquelle le condamné à mort se couche pour recevoir la dose létale ?  Dès que l’on transpose la croix à notre temps, nous ne pouvons nous empêcher de trembler devant cette horreur.  Il faudra d’ailleurs beaucoup de temps aux chrétiens pour l’accepter.  Dans les premiers temps de l’Église, on ne trouve pas de représentation de la croix, mais bien des dessins du Bon Pasteur ou encore le poisson.

     

             Cela nous rappelle que notre foi n’est pas une illusion, un rêve magique, dans les nuages, désincarnée.  Si nous voulions quitter la réalité concrète de ce monde, jamais nous n’aurions pris la croix et Jésus mort comme LE symbole de notre foi.  Bien loin de nous évader de notre condition, nous vivons le drame de l’amour qui n’est pas aimé.  Jésus est venu nous aimer et nous dire que nous étions aimés infiniment de Dieu son Père et cela l’a conduit à la mort.

     

             En même temps, nous savons qu’à chaque eucharistie, nous pouvons déposer nos croix, celles de ceux que nous connaissons, celles du monde entier au pied de la croix de Jésus.  Ceux qui sont déjà allés à Taizé, connaissent ce geste de la prière du Vendredi soir.  Chaque vendredi, au terme de la prière, la croix est déposée sur le sol, au centre de l’église de la Réconciliation.  Et chacun est invité à venir poser le front sur l’icône de la croix.  « Ma croix est trop lourde, Seigneur, je viens la déposer sur ta croix.

     

    Jean, dans l’Évangile va encore plus loin.  En crucifiant Jésus, les hommes révèlent, sans le vouloir, sans le savoir, qui est vraiment Jésus : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, vous connaîtrez qui je suis ».

     

             Et voilà donc notre Messie : non pas un Dieu qui veut la souffrance mais un Dieu qui la partage.  Saint Thomas d’Aquin dit que Dieu n’a même pas l’idée de la souffrance.  Dieu qui n’est qu’amour ne peut pas ne pas imaginer le mal et la souffrance.  Quand il voit la souffrance, il tombe assis et se dit : « Comment est-ce possible ? »

     

             Il tombe assis, mais il n’en reste pas là ; il prend nos croix.  Sur la route de la passion, Jésus a eu un Simon de Cyrène ; désormais Jésus est le Simon de Cyrène qui porte nos croix.  Oui, osons poser nos fronts sur la croix pour nous décharger de ce poids. 

    Dans toutes nos souffrances, même si nous ne sentons rien, même si nous ne voyons rien (comme Jésus ne voyait peut-être même pas Simon), nous savons, nous croyons que toi Jésus, tu es là.

     

    Mais nous ne célébrons pas ce matin le Vendredi-Saint, nous ne célébrons pas la Croix, mais la croix glorieuse.  La Croix chrétienne est toujours glorieuse ; elle ne se comprend qu’à la lumière de la Résurrection.  C’est bien pour cela, que nos frères et sœurs de l’Orient représentent Jésus ressuscité sur la croix, ce Jésus qui a revêtu le vêtement blanc de la Résurrection. 

     

             Avec la fête de la Croix glorieuse, nous ne disons pas que la souffrance et la mort n’existent plus : ce serait nous faire illusion.  Non, nous disons que le mystère de la croix subsiste bien, mais que la croix, que la souffrance, que la mort n’ont pas le dernier mot. 

     

             Depuis le jour de la Résurrection, depuis la clarté du matin de Pâques, Dieu ne permet pas le mal que les ténèbres soient plus fortes que la lumière, Dieu ne permet pas que la mort l’emporte sur la vie, Dieu ne permet pas que le malheur l’emporte sur le bonheur.  La croix glorieuse nous rappelle qu’en Jésus, il y a toujours un avenir.  Et cet avenir, nous pouvons, nous devons contribuer à le faire advenir, car le Seigneur veut avoir besoin de nous, de nos mains et de nos pieds, de nos bouches et de nos oreilles pour que la venue complète de la Lumière arrive. 


     

     

     

    24ème dimanche du temps de l’Église     13 septembre

    Si nous sommes honnêtes, nous devons bien reconnaître que nous n’aimons pas vraiment les textes de ce jour ; qu’on passerait volontiers à dimanche prochain, en oubliant au plus vite celui-ci ! 

    À première vue, on a l’impression que le Seigneur veut vraiment que notre vie de chrétiens soit une vie vraiment impossible.  Alors, certains vont se dire que c’est vraiment trop fort, trop exigeant, et vont « oublier » cette demande du Seigneur.  D’autres, vont serrer les dents, et vont le faire à contrecœur mais en se disant que notre foi est une foi bien inhumaine et bien triste.  Mais non, ce n’est ni l’un ni l’autre que le Seigneur nous demande puisqu’il veut notre bonheur.

     

             Dans le judaïsme, on disait qu’on pouvait pardonner à quelqu’un jusque 3 fois.  C’était déjà pas mal, mais surtout 3 était un chiffre sacré.  On en déduisait donc que si on pardonnait 3 fois, on était comme Dieu.  Mais qu’une fois la quatrième fois arrivée, là alors, on pouvait se déchaîner dans la rancune et dans la vengeance.  Aucun problème, puisqu’on avait fait ce que Dieu demandait !

     

             Le brave Pierre vit avec Jésus depuis un temps et il a constaté que le pardon était très important chez son Maître.  Il va donc prendre un autre chiffre sacré qui en plus est le chiffre de la plénitude : 7.  C’est plus que le double !!!  Bravo Pierre, voudrait-on dire …  Et peut-être même qu’il se dit lui-même : « Quel bon gars je suis : sainteté 5 étoiles ».  C’est vrai qu’avoir un nombre à respecter, qu’avoir une loi qui nous dit ce qu’il faut faire ou ne pas faire est quelque chose de très rassurant.  Ça m’a toujours frappé dans ma vie de prêtre.  Beaucoup préfèrent que je leur dise ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire - quitte à ne pas le respecter - que de leur dire : « Que vous dit votre conscience, qu’est-ce qui vous semble juste à la lumière de l’Évangile ? »

     

    Mais vous le savez bien, Jésus est très libre vis-à-vis des règlements et ici il va encore nous le montrer d’une façon radicale.  Il va se mettre dans une tout autre logique.  Jésus se souvient du premier livre de la Bible.  Après la dispute entre Caïn et Abel et le meurtre qui va suivre, on dit que Caïn va être vengé 7 fois.  Lémek, son descendant, dans un chant dira que lui Lémek, sera vengé 70 fois ; c’est-à-dire que sa vengeance n’aura pas de fin … qu’elle sera éternelle.  En opposition à cette vengeance parfaite de l’homme quand il agit sans Dieu, Jésus annonce le pardon parfait de l’homme qui vit selon Dieu.  Mais ça nous paraît encore plus insupportable … Mais de nouveau, parce que nous le voyons comme une loi, un règlement … Et si ça ne l’était pas du tout ?

     

    Pour cela, regardons quelqu’un qui a dû être pardonné beaucoup puisqu’il avait été un persécuteur terrible : saint Paul.  Dans la lettre qu’il écrit aux Romains, il dit : « tout concourt au bien de ceux qui cherchent Dieu ».  Tout concourt …  Donc même le mal qu’on m’a fait.  Mais, la plupart du temps, nous ne nous en rendons pas compte.   Retournons au livre le Genèse avec l’histoire de Joseph.  Joseph a été vendu par ses frères.  Recueilli en Égypte - je vous passe toute l’histoire que vous connaissez bien - il va occuper une place importante en Égypte et avoir un rayonnement incroyable.  Au début de l’histoire, ni lui ni ses frères ne pouvaient l’imaginer.  Mais voilà, nous ne sommes pas tout-puissants … mais Dieu l’est.  Et il peut récupérer toute situation même épouvantable.  Alors oui, Joseph parviendra à pardonner, non pas parce que ses frères lui ont fait du mal, mais parce que Dieu est allé au-delà de ce mal pour faire advenir le Bien, comme le Maître qui va remettre 60 millions de pièces d’argent.

     

    Dans notre histoire avec Dieu, tout conduit toujours au bien … Nous pouvons arriver au pardon si nous croyons vraiment que tout contribue au bien.  Mais cela peut prendre du temps, des années, toute une vie …  Mais pour Dieu, mille ans sont comme un souffle.

     


     

     

    Samedi de la 23ème semaine du temps de l’Église   12 septembre

    Nous sommes à la fin de ce qu’on appelle le grand discours dans la plaine chez saint Luc ; ce grand discours où Jésus a proclamé les Béatitudes comme modèle de vie.  Et, tout naturellement, en bons disciples que nous essayons d’être, nous tentons d’en vivre.  Mais avouons que cela nous apparaît comme extrêmement difficile, voire impossible.  Et, parfois même, nous avons l’impression que c’est l’inverse de ce que nous désirons qui arrive … Et il nous arrive d’être découragés.  Il nous est bon de regarder à ce moment-là des vies de saints et de saintes ; de voir comment des hommes et des femmes tout petits, remplis de fragilités ou de péchés ont fait des choses qui sortaient de l’ordinaire en vivant des Béatitudes ; Béatitudes qui les dépassaient comme elles nous dépassent …  Mère Teresa, qui semblait tenir à peine sur ses jambes ; Charles de Foucauld vivant dans une vie de désordre ; Thérèse de Lisieux atteinte de tuberculose …  Et vous continuerez.  Il nous faut donc, à la lumière de leur vie, recommencer et recommencer encore.  Comme l’écrivait le cardinal Roger Etchegaray : « J'avance comme l'âne de Jérusalem dont le Messie, un jour des Rameaux, fit une monture royale et pacifique. Je ne sais pas grand-chose mais je sais que je porte le Christ sur mon dos et j'en suis plus fier que d'être Basque. »

     

    Soyons dans la joie car, nous dit Jésus, un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits.  Nous avons été créés bons, très bons même dit la Genèse. Sans doute, de la vermine peut-elle toucher notre arbre ; sans doute une année de sécheresse peut-elle l’empêcher de porter du fruit ; sans doute l’absence de terreau peut-il l’épuiser un instant … Mais puisque l’arbre est voulu bon par Dieu, il finira toujours par donner de bons fruits.

     

    C’est le Seigneur qui fait la majorité du boulot.  Mais, notre part, dans l’histoire de la maison, c’est de creuser très profond, c’est-à-dire de chercher au plus profond de nous-mêmes le Seigneur lui-même.  Et en creusant très profond, nous pourrons poser nos fondations sur le roc.  Vous l’avez entendu : les fondations que nous posons sur le roc, c’est Dieu lui-même quand nous mettons en pratique sa Parole.  Une lapalissade de plus : on ne peut mettre sa Parole en pratique que si on la reçoit, que si on l’écoute.  C’est comme le ciment des fondations.  C’est évidemment Dieu qui le met ; c’est sa Parole.  Mais, le ciment ne prendra que si nous y ajoutons de l’eau ; l’eau de notre baptême.  Sans cela, le béton aura beau être de toute première qualité, il ne prendra pas.  Creuser - chercher Dieu - et verser de l’eau - vivre de notre baptême -.  Avec ces deux choses, notre maison tiendra bon !

     


     

     

    Vendredi de la 23ème semaine du temps de l’église     11 septembre

    Luc commence l’évangile de ce jour par un constat : un aveugle ne peut pas guider un autre aveugle, on le sait bien. Sous-entendu, méfiez-vous : quand vous vous posez en guides, rappelez-vous que vous êtes des aveugles de naissance. La petite histoire de la paille et de la poutre va tout-à-fait dans le même sens : avec une poutre dans l’œil, on est bel et bien aveugles ; pas question de prétendre soigner la cécité des autres. Entre ces deux remarques, Luc a intercalé une phrase à première vue un peu énigmatique : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître. »  Cette formation dont parle Jésus, c’est en quelque sorte la guérison des aveugles que nous sommes. C’est bien le même Luc qui a noté que les disciples d’Emmaüs n’ont commencé à y voir clair que quand « Jésus leur a ouvert l’esprit à l’intelligence de l’Ecriture »

     

    Comme Jésus est venu dans le monde pour ouvrir les yeux des aveugles, à leur tour, ses disciples, guéris par lui de leur cécité, ont pour mission de porter au monde la lumière de la révélation. Ce que le prophète Isaïe disait du serviteur de Dieu, dans ce qu’on appelle les chants du serviteur, est vrai de Jésus-Christ, mais aussi de ses disciples : « Je t’ai destiné à être la lumière des nations, à ouvrir les yeux des aveugles, à tirer du cachot le prisonnier, de la maison d’arrêt les habitants des ténèbres. » Magnifique mission à laquelle les disciples ne pourront faire face que s’ils se remettent en permanence sous la lumière du maître, et se laissent guérir par lui de leur aveuglement.

     

    En quelques phrases, Luc vient de déployer tout le mystère chrétien : formé par Jésus-Christ, le chrétien est transformé dans son regard, son comportement. On retrouve à plusieurs reprises le même enseignement dans le Nouveau Testament ; par exemple, dans la lettre aux Philippiens : « Vous apparaissez comme des sources de lumière dans le monde, vous qui portez la parole de vie. » Ou encore dans la lettre aux Ephésiens : « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Vivez en enfants de lumière. Et le fruit de la lumière s’appelle : bonté, justice, vérité. »

     

     La première étape de la formation, le B.A.BA en quelque sorte, consiste à apprendre à regarder les autres comme Dieu les regarde : un regard qui ne juge pas, ne condamne pas, qui ne se réjouit pas de trouver une paille dans l’œil de l’autre ! D’ailleurs la paille dans l’Ancien Testament, c’est l’image de quelque chose de minuscule. Souvenons-nous du psaume 1 : la paille est balayée par le vent, elle ne compte pas… Précisément, ne comptons pas les défauts des autres : Dieu, lui, ne les compte pas. « Le disciple bien formé sera comme son maître », nous dit Jésus ; cette phrase vient à la suite de tout le discours sur la miséricorde de Dieu, et sur notre vocation à lui ressembler. Tel Père, tels fils… Le programme est ambitieux : aimez vos ennemis, soyez miséricordieux, ne jugez pas, ne condamnez pas… et toujours, en filigrane, il y a cette affirmation « votre Père est miséricordieux » et vous, vous êtes appelés à être son image dans le monde. Comment témoigner d’un Dieu d’amour dans le monde ? Si nous ne sommes pas à son image ?

     


     

     

    Jeudi de la 23ème semaine du temps de l’Église     10 septembre

     « Si l'on te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite ».  Les Béatitudes vont vraiment à contre-courant de notre monde.  La suite du texte que nous venons de lire va dans le même sens et nous emmène même encore plus loin.  Ne prenons pas ce texte trop à la légère, n'en faisons pas une belle image, une image qui est excessive ; cette page est le cœur de notre vie chrétienne, ou du moins, devrait-elle l'être.  Nietzsche disait : « il n'y a jamais eu qu'un seul chrétien : il s'appelait Jésus Christ et il en est mort ».  Nietzsche n'est pas parole d'évangile, bien sûr, mais il nous invite à penser sur le sens du pardon et de l'amour dans notre vie quotidienne.

     

    En disant d'aimer ses ennemis, de leur pardonner, Jésus se met de suite au point le plus douloureux, celui qui servira de test, de vérification à l'amour.  L'ennemi, c'est celui qui ne me rend pas mon amour, celui qui m'agresse, qui me frappe, me vole, me méprise, me traite avec désinvolture.  Et tous, nous mettons des visages derrière ses phrases.  Aimer ses ennemis, aurait pu dire Monsieur de la Palisse, cela implique que les ennemis puissent exister, même pour les chrétiens. Il existe d'ailleurs une oraison du missel romain "pour ceux qui nous haïssent".

     

    Jésus est un non-violent, mais pas un doucereux.  Jésus refuse d'ajouter une once de mal au mal qu'il y a dans le monde, dût-il en perdre la vie.  L'amour dont Jésus nous parle est un amour qui attend une réponse, qui recherche une réciprocité.  On aime et on voudrait que l'on soit aimé en retour.  Mais cette réponse, Jésus nous invite à la demander, à la mendier, comme une réponse libre, dans un infini respect et notre amour pour l'autre doit être prêt à aller jusqu'à accepter son refus.  Comme chrétien, je dois aimer l'autre à tel point que je puisse encore l'aimer même s'il ne veut pas de mon amour.  C'est la folie chrétienne, c'est la folie de l'amour qui sera pendu au bois de la croix que nous sommes invités aujourd'hui par Jésus.  Et c'est la preuve de notre amour.  Souvenez-vous Gandhi, qui, dans sa prison avait confectionné une paire de babouches pour celui qui l'avait fait mettre en prison.  Souvenez-vous aussi de Dietrich Bonhoeffer, qui dans un camp de la mort, demandait des nouvelles de l'enfant malade de celui qui venait de le battre pratiquement à mort.

     

    Folie aux yeux des hommes, sagesse aux yeux de Dieu.  Jamais, sans doute, nous n'arriverons à de tels actes de bonté et d'amour.  Demandons-lui simplement et humblement, aujourd'hui de faire un pas de plus sur le chemin du pardon.  Dans le silence, maintenant, confions-lui ceux qui nous haïssent ou que nous-mêmes nous haïssons.  Confions-les au Seigneur, pour qu'il puisse faire pour eux, ce que nous ne parvenons pas à faire nous-mêmes. 

     


     

     

    Mercredi de la 23ème semaine du temps de l’Église     9 septembre

     

    Certains ont parfois opposé les Béatitudes chez Matthieu, proclamées sur la montagne, plus longues et plus spirituelles (Heureux les pauvres de cœur) avec celles écrites chez Luc, écrites dans la plaine, plus courtes et plus sociales (Heureux, vous les pauvres).  Non, évidemment !  Ce sont les mêmes Béatitudes, d’autant plus riches qu’elles ont des accents un peu différents selon ceux à qui elles s’adressent.  Quand Luc parle, il s'adresse à une communauté chrétienne qui est faite de pauvres, artisans, affranchis et esclaves qui sont la majorité des Églises en Syrie, Asie Mineure et Europe. Mais, en même temps, il y a des riches, cité dans les Actes des Apôtres qui, en accueillant l'Évangile, sont passés du côté des pauvres.  Du coup, le clivage n’est plus entre riches et pauvres, mais entre ceux qui accueillent ou n’accueillent pas l’Évangile.

     

    Luc parle comme un prophète.  Il ne pose pas de jugement, ne lance pas des punitions, mais il constate les choses et se lamente sur ceux qui ne suivent pas la Bonne Nouvelle.  Il les plaint en quelque sorte : « vous êtes bien malheureux, mes pauvres » ! L'Église, notre paroisse, notre Unité Pastorale, notre famille chrétienne sont là comme un lieu pacifique de contestation. En montrant que nous sommes heureux en étant pauvres, affamés, compatissants …, nous leur disons - bien malgré nous - qu’ils ne seront jamais vraiment heureux s’ils ne vivent pas ces mêmes valeurs - qu’ils soient chrétiens ou pas d’ailleurs -.  C’est ça la contestation de l’Église.  Elle n’est pas dans des manifestations extérieures et tonitruantes, elle est dans sa manière de vivre-au-monde.

     

    C’est ce que Luc dit à la fin des Béatitudes.  Vous êtes heureux, non pas parce que vous êtes pauvres, que vous avez faim et que vous pleurez ; non, vous êtes heureux parce qu’en faisant ainsi, vous êtes prophètes, c’est-à-dire que vous parlez au nom de Dieu, à sa place ; que vous devenez, comme Jésus l’a été en plénitude, un peu la Parole de Dieu faite chair : Waouwwww quelle joie, quelle mission merveilleuse !

     

    Trois enfin.  Les Béatitudes sont écrites à une époque et dans un lieu précis, en tenant compte des situations sociales de l’époque et du lieu. Quelles seraient nos Béatitudes, aujourd'hui ? Nous vivons dans un monde à la taille d’un village ; nous vivons dans une situation sanitaire inédite depuis très longtemps ; nous sommes dans une réalité sociale qui semble devenir de plus en plus grave ; nous sommes confrontés à une crise gouvernementale ; nous voyons un racisme et un nationalisme grandissants …  Et on peut continuer …  Quels sont nos Béatitudes pour aujourd’hui ?  Comment serai-je prophète, Parole de Dieu faite chair aujourd’hui, « hic et nunc », ici et maintenant ?  

     


     

     

    Nativité de la Vierge Marie     8 septembre

    Le 8 septembre, les catholiques et les orthodoxes célèbrent la naissance de la Vierge Marie. Cette fête très ancienne prend sa source dans le protoévangile de Jacques, c’est-à-dire un évangile que l’Église ne reconnaît pas. Cette tradition, qui remonte aux premiers temps de l’Église, a pris forme peu à peu et s’est fixée au VIIème siècle. La fête de la nativité de Marie est l’occasion de se mettre en présence de celle qui a eu le courage de dire oui, sans conditions, à Dieu.  C’est aussi très beau d’avoir une fête, le même jour avec nos frères orthodoxes ; c’est l’occasion de prier pour l’unité de nos Églises.

     

    Dans une phrase théologique, on peut résumer cette fête en disant : « Marie nous restitue l'image de l'humanité parfaite dans sa conception humaine immaculée ».  Expliquons plus simplement.  Au commencement, Dieu a fait l’homme à son image. Il était donc sans péché, immaculé ce qui veut dire étymologiquement sans tache.  Mais voilà, l’homme a voulu prendre la place de Dieu « Si vous mangez de ce fruit, vous serez comme des dieux, dit le serpent ».  Et donc, comme disait le faux Monsieur Contact : « Et bardaf, c’est l’embardée ».  Il fallait donc une nouvelle Ève (Marie) et un nouvel Adam qui suivra (Jésus).  Dans la première création, Ève est issue de la côte d’Adam ; dans la nouvelle création, Jésus viendra du sein de Marie.  Une fois l’un, une fois l’autre en premier ; ainsi, la Parole de Dieu montre l’égalité fondamentale entre l’homme et la femme.

     

    Deux.  Je vous rappelle - vous connaissez mon refrain - que Marie est l’image, l’icône de l’Église.  Et ce que Marie vit en plénitude, l’Église le vit de façon inchoative, commence à le vivre.  L’Église est donc en route pour devenir l’épouse parfaite, sans tache, immaculée de Jésus … En marche …  Et, en même temps, c’est déjà commencé.  Nous le disons chaque dimanche : l’Église est sainte, mais de la sainteté de Jésus qui habite en elle.  Nous sommes déjà des saints … mais en commencement.  En Marie, notre image, c’est déjà accompli.

     

    Trois enfin. Saint Jean Damascène dira : « Fille de la stérilité, elle sera la virginité qui enfante. » La tradition disait que les parents de Marie - Anne et Joachim - étaient stériles.  Que l’image est belle.  Sans Dieu, je peux tenter n’importe quoi, je serai stérile ; ma vie ne donnera pas la vie ; ma vie est tournée vers la mort, même si mes capacités humaines sont grandes.  À l’opposé, Marie, Vierge, ne peut donner la vie.  Sa vie est tournée naturellement vers la mort.  Mais avec Dieu, sa stérilité devient fécondité.  Ne regardons donc pas nos capacités ou nos limites humaines, mais avec saint Paul, disons : « Je peux tout en celui qui est ma force » 

     

    Avant même la naissance de Jean le Précurseur, celle de Marie est une annonce de la Nativité de Jésus, le prélude de la Bonne Nouvelle. La venue d’une fille au foyer d’Anne et de Joachim a fait « lever sur le monde l’espérance et l’aurore du salut ». C’est pourquoi l’Église nous invite à la célébrer dans la joie.

     


     

    Lundi de la 23ème semaine du temps de l’Église     7 septembre

    Rappelez-vous : Jésus vient de nous dire qu’il est le Maître du Sabbat.  Et évidemment, on imagine la réaction des pharisiens.  Comme s’ils n’étaient pas sûrs d’avoir bien compris, voilà qu’ils se mettent à l’observer pour voir s’il va continuer dans le même sens : à avoir une liberté - ou une transgression à leurs yeux - absolue du sabbat.

    Pas besoin de vous faire un dessin … Évidemment, il va guérir cet homme.  Mais comme toujours, ce miracle - ce signe - va plus loin que la guérison elle-même.

    Je vous ai rappelé l’origine et le sens du sabbat.  C’est le jour de la contemplation de la beauté du monde et de la libération de l’esclavage.  Mais avec Jésus, on ira encore plus loin puisque cela va devenir le signe de la Résurrection … et le sabbat juif fera place le lendemain au dimanche chrétien, premier jour de la semaine.  Jésus anticipe déjà.  Il dit à l’homme : « lève-toi et tiens-toi debout », c’est-à-dire très clairement : Ressuscite.  Voilà que le sabbat prend une dimension encore plus belle : « Contemple, sois libéré et libère, sois ressuscité et ressuscite d’autres ».  Trois attitudes que nous pouvons avoir à chacun de « nos sabbats ».

    Deux.  C’est la main qu’il guérit.  La symbolique de la main très vaste dans la Bible.  Je me limite à deux, pour ne pas dépasser mes trois points habituels.  La main est le symbole du travail et du don aux autres.  Nous avons gardé l’expression : « Mettre la main à la pâte » - travailler.  Cet homme ne peut plus travailler et c’est le Seigneur qui va lui rendre la capacité de le faire.  Beaucoup de nos contemporains aujourd’hui ne peuvent pas travailler … parce qu’il n’y a pas de travail ; mais beaucoup aussi ne le peuvent plus, parce que le travail les a abrutis ; ils sont en burn-out.  Si le travail est fait pour épanouir l’homme, on se rend compte que l’hyper capitalisme dans lequel nous vivons l’avilit trop souvent.  Le Seigneur nous redit qu’il peut donner un sens à notre travail.  Quel qu’il soit, tout travail peut contribuer à continuer la création, à la rendre plus belle.  Le travail de l’éboueur ou de l’ingénieur peuvent être abrutissant ou peuvent rendre le monde plus beau et meilleur.  Demandons cette grâce au Seigneur de découvrir l’utilité de notre travail pour la beauté du monde.

    Trois enfin.  La main, c’est la main de Dieu.  Cette main qui crée, protège, conduit, fortifie.  Nous qui sommes faits à son image, à notre tour de créer, protéger …  Mais la plus belle fonction de la main de Dieu est sans doute celle dont nous parle David au deuxième livre de Samuel : « Eh bien ! tombons plutôt entre les mains du Seigneur, car sa compassion est grande, mais que je ne tombe pas entre les mains des hommes ! »  Dieu de compassion, pour que nous soyons des hommes et des femmes de compassion !

     


     

     

    23ème dimanche du temps de l’Église     6 septembre

    L’Évangile que nous venons d'entendre est sans doute le texte majeur de la liturgie de ce jour.  Ce texte, ce sont simplement les directives que Matthieu laisse aux premières communautés chrétiennes.  Il leur dit simplement : "Si vous voulez que votre communauté chrétienne soit vraiment authentique, soit vraiment le Royaume de Dieu sur terre, voilà ce qu'il faut faire, voilà ce qu'il faut vivre." 

    Matthieu écrivait aux premières communautés chrétiennes, mais c'est à nous qu'il écrit aujourd'hui. 

    C'est à nous qu'il dit aujourd'hui ce que nous devons faire pour être une authentique communauté chrétienne.

     

             Le centre, la pointe de ce texte, vous l'avez remarqué comme moi, c'est l'idée de la prise en charge mutuelle, de la mutuelle responsabilité des uns et des autres.  Jésus, par Matthieu, décrit le bon fonctionnement d'une communauté chrétienne. 

     

             Une bonne communauté chrétienne, c'est d'abord une communauté où l'on se parle, où l'on parle à ses frères et non de ses frères.  François d'Assise disait ceci : "Heureux le frère qui aime son frère au loin comme au près : et qui le respecte autant que s'il était là avec lui, sans en parler derrière autrement qu'il ne ferait devant lui."  Et si on fait ainsi, c'est parce que, profondément, on se sent solidaire avec eux, jusque dans leurs erreurs; on se sent responsable les uns des autres.  On pourrait dire cela encore d'une autre manière : Une communauté chrétienne est une communauté où personne n'a peur de personne. 

    Non, dans nos communautés, personne ne doit avoir peur de parler, puisque ses paroles sont inspirées par l'amour. 

    Et en même temps, personne n'a peur d'entendre puisque le propos de l'autre est inspiré par le même amour. 

     

             On dit souvent que ce sont les pécheurs qui attiédissent nos communautés chrétiennes, c'est peut-être vrai, mais ce qui est plus sûr encore c'est que ceux qui ne reprennent pas leurs frères, avec un grand amour, ceux-là aussi font diminuer la communion dans l'Église. 

     

             Si l'on ne reprend pas son frère, c'est peut-être parfois le signe que l’on n’aime pas.  Nous avons entendu Ezéchiel dans la première lecture : "Si tu ne dis pas au méchant d'abandonner son péché, il mourra, mais à toi, je demanderai compte de son sang."

     

             On chantait jadis : « Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver ».  Et on comprend ce que cela voulait dire : je n’ai qu’une vie.  Mais, mal comprise par certains chrétiens, cela voulait dire que nous ne devions nous soucier que de notre salut, de notre petite âme à-nous-tout-seuls.  « Que chacun s’occupe de ses vaches et le troupeau sera bien gardé », disait encore la sagesse populaire.  Eh bien non.  Non, nous ne sommes pas seulement responsables de notre salut, nous sommes aussi responsables du salut de nos frères et de nos sœurs de notre paroisse.  Le dialogue avant la prière sur les offrandes va même encore plus loin.  Alors que je vous dis : « Prions ensemble, au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église », vous ne me répondez pas : « Pour la gloire de Dieu et le salut de mon âme ».  Non, vous me répondez : « Pour la gloire de Dieu et le salut du Monde ».  La Liturgie, qui est une belle école, nous fait encore aller plus loin que l’Évangile.  Je ne peux pas être chrétien, sans avoir le sens de la beauté de ma paroisse ; mais je ne peux pas être chrétien non plus sans le sens de la beauté du monde entier.   Il ne s'agit pas de se prendre pour un justicier, encore moins d’agir comme si nous étions supérieurs aux autres que nous reprenons, mais bien d'éduquer avec amour et d'accepter de l'être à notre tour – ce qui est beaucoup moins évident -  parce que tout se vit dans l'affection mutuelle, pour que chacun grandisse dans sa foi et dans son amour.

     

             Voilà bien le rôle du sacrement de la réconciliation.  Le prêtre n'est pas là pour "entendre les confessions" comme on disait dans le temps, il est là d'abord pour réintroduire, au nom de la communauté, dans la communion eucharistique, lui qui est aussi un pécheur.  Là aussi, on avait l’impression que dans ce sacrement, je me rendais « plus blanc que blanc », à la manière de certaines poudres à lessiver.  Mais c’est bien plus que cela.  Chaque fois que je vis dans les ténèbres du péché, l’Église est moins belle ; chaque fois que je vis la réconciliation, l’Église en devient plus belle.

    Chaque fois que je ne reprends pas mon frère de l’Église ou du monde, ceux-ci sont plongés dans les ténèbres.  Chaque fois que, pleins d’amour, je les reprends, le monde et l’Église en deviennent plus lumineux et plus beaux.

     

             On comprend bien ceci en lisant la fin du texte : "Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux."  Quand une communauté est animée par l'amour, Jésus s'identifie à elle.  Il est toujours présent où des frères s'unissent, s'entraident, prient, s'aiment.  Amen 

     


     

     

    Samedi de la 22ème semaine du temps de l’Église     5 septembre

    Nous sommes donc, nous rappelle Luc, le jour du Sabbat.  Et c’est important pour comprendre ce texte.  Le sabbat a été « inventé » par Dieu lui-même. C’est le dernier jour de la création ; le jour où Dieu contemple ses œuvres, l’homme - sommet de la création - et où il s’émerveille.  Oui, cela est bon ; oui, l’homme est très bon.

    Puis, le sabbat est devenu le mémorial de la libération d’Égypte.  L’homme, créé libre par Dieu au cœur du jardin d’Éden est appelé à garder cette liberté et, si ce n’est pas le cas, le Seigneur fera tout pour le délivrer, pour le délier.

    Et voilà, qu’après l’exil, le peuple se retrouve en petit nombre à Jérusalem qui est dominé à ce moment par les Samaritains et les païens.  Pour ne pas être assimilé, les Juifs vont se couper de ces gens-là en multipliant les interdits : défense d’épouser des femmes étrangères, de fréquenter les païens, … Plus tard, les pharisiens vont augmenter ces interdits pour créer comme un « mur de Berlin » entre les Juifs et les nations païennes.

     

    Et donc, ce qui était bon au point de départ va devenir nocif et même toxique.  On va de plus en plus s’attacher à la lettre de la Loi et non plus à l’esprit … à l’Esprit … François notre Pape disait : « Là où il y a de la rigidité, il n'y a pas l'Esprit de Dieu, car l'Esprit de Dieu est la liberté » et une autre fois, il allait encore plus loin « Être trop rigide, c’est de l’égoïsme personnel, chercher à se sentir meilleur que les autres. »  Et c’est bien cela le pharisaïsme qui nous guette tous.  Première chose donc qui nous est rappelée ce matin : Si la loi n’est pas pour ma liberté, elle n’est pas bonne.  Ne faites surtout pas dire que je vous invite à ne pas porter le masque ; celui-ci serait une atteinte à la liberté.

     

    Que nenni !  Car l’homme moderne confond souvent sa liberté et la liberté de tout homme.  Le Roi David ne va pas transgresser la loi pour lui-même seulement, mais pour tous ceux qui l’accompagnaient.  Si le masque ne me protégeait que moi, je pourrais admettre qu’on ne le porte pas … mais il y a mes frères et sœurs …  Alors, je le porte.  Vous connaissez la phrase célèbre : « Ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre ».  Mais comme chrétien, nous allons encore plus loin : « Ma liberté est faite pour contribuer à celle des autres ».  C’est ce que Jésus va faire : il va accepter librement la passion (Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne) pour que nous soyons libérés de la Mort !

     

    Enfin, trois.  Il est bon parfois de transgresser la loi quand la justice n’est pas respectée.  Vous ne le savez peut-être pas, mais Thomas d’Aquin, un monstre de la théologie, disait qu’un pauvre a le droit de voler ce qu’il lui faut comme nourriture pour la journée, s’il n’a pas de quoi se sustenter.  Oh là là, voilà que le curé fait de la politique maintenant, c’est vraiment un communisssss.  Les disciples avaient faim, ils ont pris un peu de blé le jour du sabbat, et ils ont eu raison, dit Jésus, le Maître du Sabbat !

     


     

     

    Vendredi de la 22ème semaine du temps de l’Église

    L’Évangile de ce jour nous rappelle la nouveauté radicale de la Bonne Nouvelle de Jésus.    Nouveau est un terme qui revient constamment dans les deux Testaments : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau » ou bien encore dans l’Apocalypse : « Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car l’ancien monde avait disparu ».  Oui le vieux monde n’est plus ; il n’est pas restauré comme un vieux meuble qui a subi les affres du temps ; non, il est purement et simplement remplacé.  D’où l’image des outres et du tissu. 

     

    Il vaut mieux ne pas mettre du vin nouveau dans de vieilles outres. Les outres, vous le savez, sont des grandes gourdes faites en peau d’animal. Une fois remplie, l’outre subit la pression du vin qui fermente. Une vieille outre ne résiste pas à cette pression, car la peau est devenue dure avec le temps, elle s’est rigidifiée, elle ne peut plus s’étendre, s’ouvrir. Elle éclate. L’Ancien Testament et l’Ancien Testament que nous sommes parfois devient rigide, enfermé dans ses règlements, ses lois, sa morale …

     

    Jésus, je vous le rappelle, aimait le vin. Rappelez-vous : ses adversaires le traiteront d’ivrogne. Il utilise cette comparaison pour dire qu’une réalité nouvelle, un message nouveau exige une nouvelle manière d’être et de faire. On ne peut pas accueillir un nouveau message et rester collés aux vieilles habitudes. L’essentiel, c’est la nouveauté que l’eucharistie crée en nous : un regard nouveau sur le monde, sur la vie ou encore une conscience plus vive de la présence de Dieu ... François nous l’a bien rappelé en disant que nous devions bannir de nos discours pastoraux la phrase qui tue : « on a toujours fait ainsi » 

     

    Jésus ne renie pas le vieux vin - C’est le vieux qui est bon, dit-il - mais les vieilles outres ! L’eucharistie est un vin nouveau. Ce vin nouveau, si nous sommes des outres « plastiques », va bien vieillir en nous ; il va vieillir en sagesse … c’est-à-dire en folie ; il va vieillir en ouverture au monde ; il va vieillir en regard bienveillant et aimant pour nous frères et sœurs.

    Si nous voulons goûter ce vin nouveau, nous sommes invités à nous renouveler, à devenir une outre solide, c’est-à-dire non rigide.  C’est le seul avenir possible pour l’Église de Jésus : perdre toute rigidité.

     

    On ne sort jamais de la messe exactement comme on y est entré. Elle nous transforme pour que, comme une outre nouvelle, nous gardions une nourriture qui nous aide à avancer sur la route, en compagnie de nos frères et sœurs, à la suite de Jésus ; ce vin doux dont on disait que les apôtres étaient remplis au jour de la Pentecôte ; ce vin des noces des Cana, donné et donné encore en surabondance !

     


     

     

    Saint Grégoire le Grand       3 septembre

    Que Dieu est étrange; Paul parlera même de la folie de Dieu.  Oui, Dieu est un peu fou et nous le voyons aujourd’hui dans la manière qu’il a de choisir ceux qu’il envoie.  Franchement, Dieu aurait pu prendre des saints et des gens compétents – des théologiens – pour l’annoncer au monde.  Ça ne manquait pas ...  Et pourtant, là n’est pas le choix de Dieu.  Il choisit Pierre, l’homme pécheur ...

     

            Pourquoi donc, Seigneur, agis-tu ainsi, pourquoi prends-tu ce risque immense de confier à de tels hommes le trésor de ta Bonne Nouvelle ?  Regardons Pierre pour comprendre un peu mieux.  C’est en constatant la pêche miraculeuse qu’il va prendre conscience de son indignité.  C’est donc un signe ... Si nous avons l’impression que le Seigneur a finalement fait un bon choix en nous choisissant, c’est que, sans doute, nous ne faisons pas l’expérience de sa grandeur, de sa transcendance fondamentale.

     

            Mais je pense que le Seigneur nous choisit aussi, petits et pauvres, pour bien nous faire comprendre que c’est lui qui agit et pas nous.  De nouveau, vous l’avez compris, il ne s’agit pas de nier les compétences humaines ou de les compter pour rien – Dieu se sert aussi de notre intelligence -, mais de bien se rendre compte qu’il n’y a que lui qui peut leur donner une réelle efficacité.  Nous pouvons avoir toutes les qualités requises, sans le Seigneur, cela n’est rien.  Rappelez-vous le bel hymne à l’Amour de saint Paul : « Si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien ».  Dieu est Amour.  Alors, relisez ce texte en remplaçant chaque fois le mot amour par le mot Dieu et vous verrez : toutes les langues de la terre et du ciel, toute la fortune, tout le dévouement ... cela ne sert à rien sans Dieu.  Et donc, forcément, cela se voit d’autant plus quand on n’a pas ces qualités; cela devient une évidence quand on voit un persécuteur et un renégat devenir les deux piliers de l’Église.  « Nous portons des trésors, dira encore Paul, mais dans des vases d’argile ».  Ne nous prenons pas pour un « cristal du Val-Saint-Lambert ».  Nous sommes des poteries sans valeur.

     

            Cela nous préserve de l’orgueil, - je n’ai pas été choisi en fonction de mes mérites, de mes qualités, de mes capacités mais parce que Dieu seul l’a décidé, selon son bon plaisir -. Mais, en même temps, Dieu a besoin des pauvres cruches que nous sommes.  Il faut que, comme les Apôtres, nous laissions tout pour le suivre. 

     

            Voilà, il faut le tout pour être un bon envoyé du Seigneur.

    Prendre conscience de la grandeur de Dieu qui me remet à ma juste place, savoir que c’est Dieu qui fait le plus gros du travail et enfin, il faut lui donner une réponse positive.  Bernadette de Lourdes disait : « Je suis le balai du Bon Dieu.  Quand on a fini de s’en servir, on le range derrière la porte ».  Oui, Seigneur, je ne suis qu’un balai; oui, Seigneur, mon balai n’a de sens que s’il est manipulé par toi; mais, Seigneur, c’est de grand cœur que j’accepte d’être ton balai pour que vienne ton Royaume. 

     


     

     

    Mercredi de la 22ème semaine du temps de l’Église         2 septembre

    Voici que Jésus quitte la synagogue, comme nous-mêmes, nous quittons l’église à la fin de la célébration ou comme nous nous déconnectons de cette page Facebook.  Il est donc intéressant de voir ce que Jésus fait, pour le faire à notre tour.

     

             Première chose que Jésus fait, il va chez Simon et André.  Le dernier mot de la messe sera : « Allez dans la paix du Christ », et la liturgie latine le disait encore mieux : « Ite, missa est – Allez, la messe est dite ».  Comme Jésus, il ne faut pas nous attarder à la prière commune.  L’eucharistie, dit-on est la source et le sommet de la vie chrétienne; elle est une source auprès de laquelle on s’abreuve, pour refaire nos forces pour aller dans le monde.  Toute eucharistie nous envoie dans le monde pour être sel, levain et lumière.

     

             Deuxième chose.  Jésus va guérir, tout d’abord la belle-mère de Simon puis cela va faire boule de neige et on va lui amener tous les malades et les possédés de la ville.  Venir vivre l’eucharistie, c’est venir se laisser guérir par le Seigneur.  C’est le sens du Kyrie au début de la messe et nous le dirons encore juste avant de communier : « Dis seulement une parole et je serai guéri ».  Cette guérison que nous vivons ici, elle doit être source de guérison pour le monde.  Les chrétiens ne sont pas là pour faire la morale au monde, mais pour le guérir.  On pourrait même oser dire que si tellement peu de nos contemporains occidentaux participent à l’eucharistie, c’est peut-être parce que les chrétiens occidentaux guérissent trop peu autour d’eux.  Si nous guérissions, comme pour Jésus, on verrait une foule venir à nous pour être guéri.  Qui allons-nous guérir aujourd'hui ?  Quelle visite allons-nous faire, quel coup de téléphone allons-nous passer, quel acte de bonté allons-nous poser ?

     

             Trois.  Sans s’attarder sur sa réussite, Jésus va prier dès l’aube.  L’eucharistie ne doit pas être une parenthèse dans notre semaine.  Pour qu’elle ne le soit pas, elle doit s’alimenter et se continuer par la prière quotidienne, sinon, nous allons avoir une vie à tiroir.  J’ouvre le tiroir chrétien le dimanche, et le reste de la semaine, je peux vivre comme un païen.  Comme les enfants de la catéchèse le font, je vous invite vraiment à avoir chez vous un petit coin-prière, où vous puissiez vous arrêter ne fût-ce que quelques instants tous les jours.  Cela nous empêche d’avoir une vie à tiroir, mais au contraire, une vie unifiée.  Trouvez une place pour Jésus dans la maison, comme nous trouvons une place pour la TV, le PC ou la machine à lessiver ...

     

             Enfin, quatrième action de Jésus.  Il part dans les villages voisins.  Jésus nous invite à avoir un sens de la mission universelle.  Il est parfois si simple de rester dans nos petites casseroles de Notre-Dame des Sources ou de notre Belgique.  Non, l’Église est pour le monde.  Rappelez-vous ce grand texte de Vatican II : Gaudium et Spes – l’Église dans le monde de ce temps.  Je vous en relis juste le début : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. ».

     

             Voilà un beau programme pour la suite de notre journée ou de notre semaine : Allez, guérir, prier et le tout avec une vision universelle.

     


     

     

    Saint Gilles 1er septembre

    Belle fête à tous les paroissiens de Fraipont qui célèbrent aujourd’hui leur fête patronale !

     

    D'origine grecque, Gilles (Aegidius) vécut en ermite dans les forêts près de Nîmes dans le Gard où il fonda une abbaye qui prit son nom : Saint Gilles du Gard. Sa popularité lui vint de ce que le monastère se trouvait sur l'un des itinéraires de Rome à Compostelle. Les pèlerins s'y arrêtaient et chantaient les louanges de saint Gilles à leur retour dans leur pays. Il serait mort en 720.

     

    Gilles vécut donc en ermite dans les forêts et c’est aujourd’hui précisément, la journée de prière pour la sauvegarde de la création. François lance, en communion avec les Églises orthodoxes et réformées, la Saison de la Création. Cette dernière commence aujourd’hui, 1er septembre, Journée mondiale de prière pour la Sauvegarde de la Création et se terminera le 4 octobre en la fête de saint François d’Assise, chantre avant l’heure d’une écologie intégrale. Durant ce temps fort, il ne s’agit pas seulement de prendre conscience des souffrances de « notre maison commune », comme il le dit dans son encyclique Laudato Si, mais de renforcer l’espoir qui transparait dans toutes les initiatives vertes de par le monde. Notre espérance repose aussi sur la jeune génération qui devra construire un monde en rupture avec le précédent.  Soyons donc avec Gilles, François d’Assise et François « de Rome » des hommes et des femmes d’espérance en contemplant toutes les belles initiatives - chrétiennes ou non - en vue de la préservation de notre maison commune : la terre.

     

    Deux.  Dans la synagogue, il y a un homme qui crie.  Tout le contraire de Dieu.  Rappelez-vous, au livre des Rois, Dieu va se faire connaître dans le murmure d’une brise légère.  Crier, c’est essayer de convaincre par la force, par une autorité, par un pouvoir.  Murmurer, au contraire, est la façon dont les amoureux se disent qu’ils s’aiment.  Dieu, le tout-puissant, refuse d’user de son pouvoir, mais Dieu, le tout-aimant, n’arrête pas de susurrer des mots d’amour à notre oreille.  Et le chrétien, imitateur du Christ fera donc la même chose vis-à-vis de ses frères et sœurs humains.

     

    Trois enfin.  Le possédé reconnaît Jésus.  La foi, ce n’est donc pas, étonnamment, reconnaître Jésus comme Fils de Dieu ; ça le Malin peut le faire aussi.  C’est la grande différence en un seul petit mot dans notre Credo.  Nous ne disons pas : « Je crois que Dieu est le Père, que Jésus est le Fils Unique, que l’Esprit est Seigneur. »  Non.  Allez voir.  Mais nous disons : je crois en Dieu qui est Père, en Jésus son Fils et en l’Esprit le Seigneur.  Il ne s’agit donc pas de savoir, mais bien de donner sa confiance, son cœur, toute sa vie, comme Gilles l’a fait.  Amen.

     


     

     

    Lundi de la 22ème semaine du Temps de l’Église     31 août

    Lors de notre baptême, on nous a dit à chacun, en latin ou en français, selon notre âge, en faisant l'onction d'huile sur notre front : "Tu deviens membre de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi".  L’évangile de ce jour nous invite à redécouvrir le caractère prophétique de notre vie de chrétien.  Cela peut paraître un bien grand mot à certains, sans doute, et pourtant c'est notre vocation à chacun.  Au sein de l'Église et du monde, nous sommes envoyés comme prophètes, comme hommes et comme femmes parlant au nom de Dieu.  Car c'est bien cela la signification du mot "prophète" : parler au nom de Dieu.

     

    Vous connaissez sans doute comme moi l'histoire de ce crucifié atrophié qui se trouve dans une église allemande.  Cette église avait été détruite par le feu.  Après l'incendie, on a récupéré le crucifix, mais il n'avait plus ni bras, ni jambes.  Le curé de l'endroit l'a néanmoins conservé.  En dessous, il a fait placer un panneau où il est mis : "Aujourd'hui, je n'ai plus que tes bras et tes jambes pour annoncer la Bonne Nouvelle".  Ce message, c'est à chacun de nous qu'il le redit aujourd'hui : "Je n'ai plus que tes bras et tes jambes".

     

    Mission qui nous dépasse sans doute, mission qui risque de nous faire peur, peut-être aussi.  Et on peut comprendre.  Comment oserions-nous, nous petits chrétiens, nous minorité dans notre monde occidental, être porte-parole du Seigneur ?  Il nous donne quelques conseils :

     

    Le premier, "L’Esprit du Seigneur est sur moi".  C'est vrai qu'annoncer l'amour du Christ va à l'encontre de notre civilisation; c'est vrai que prêcher le pardon, la miséricorde et la justice est périlleux.  Et pourtant, c'est là notre message, c'est là notre mission; et personne ne l'arrêtera jamais.  Vous avez vu comme moi, Don Camillo à Moscou, où dans le train, alors qu'il est déguisé en bolchevique, Don Camillo dit à Peponne cette parole prophétique : « Les chrétiens, on peut les massacrer et les persécuter, il en restera toujours ».  C'est l'histoire de l'Église en 2.000 ans.  Jamais rien n'arrêtera notre annonce de l'Évangile, puisque l’Esprit du Seigneur est sur nous.

     

    Deuxième conseil, nous ne l'aimons pas : "N'est-ce pas là le fils de Joseph ?".  On dirait aujourd'hui : "Mais pour qui se prend-il celui-là ?"  Il y a dans nos communautés d'authentiques prophètes et nous avons souvent de la peine à les accepter.  Facile d'accepter Mère Térésa ou l'abbé Pierre qui sont bien loin de nous, mais tel paroissien ou telle paroissienne qui me dit que je dois changer mon cœur, c'est difficile à admettre.  "N'est-il pas le fils de Joseph ?"

     

    Enfin, troisième conseil : "C'est le monde entier qui nous attend, et pas seulement notre petite paroisse de pratiquants réguliers".  Une paroisse qui ne s'occupe que d'elle-même est une paroisse condamnée à mourir.  Une communauté chrétienne qui ne va pas vers la veuve étrangère de Sarepta ou vers le lépreux syrien Naaman, perd sa raison fondamentale d'être.  Nous n'entrons dans nos églises que pour en sortir.  Notre messe n'est jamais qu'un point de départ et de ressourcement, elle n'est jamais une fin en soi. Tous les évangiles se terminent par des envois en mission: "Allez par toute la terre et faites des disciples".  Demandons au Seigneur de nous envoyer son Esprit, Esprit d'audace et de persévérance.  Que nous soyons, tous ensemble des prophètes sur la terre que nous habitons. 

     


     

     

    22ème dimanche du Temps de l’Église   30 août

     « Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire ». 

     

             Quelle phrase merveilleuse que celle de Jérémie que nous venons d’entendre.  Je suis ici ce matin ; je me suis connecté sur Facebook, non pas pour remplir mon devoir dominical, comme on disait jadis, mais bien, parce que le Seigneur m’a invité à cette célébration de l’amour, au cours de laquelle, il veut me saisir, lui, le tout amour.  Cette phrase de Jérémie nous rappelle qu’être chrétien, ce n’est pas d’abord suivre des idées si belles soient-elles, de suivre une morale, si juste soit-elle ; non, être chrétien, c’est suivre quelqu’un avec qui nous avons une relation d’amour ; c’est donner sa vie à quelqu’un qui passe son éternité à vouloir nous séduire, qui veut faire une alliance et une alliance amoureuse avec chacun d’entre nous.  Notre vie chrétienne n’est pas d’abord dans le « faire », mais dans « l’être » : je suis aimé de Dieu, infiniment ...  Depuis le jour de mon baptême, il ne cesse de me répéter : « Tu es mon enfant, mon fils, ma fille bien-aimé, en toi, je mets tout mon amour » !  Comment donc, ne sommes-nous pas plus joyeux, plus transfigurés ?  Faut-il vous rappeler que le jour de la Pentecôte, on a dit des chrétiens qu’ils étaient pleins de vin doux, qu’ils avaient trop guindaillés, qu’ils étaient en route vers un bon mal de tête d’un lendemain de veille …  Chrétien de Notre-Dame des Sources, et toi qui nous écoute sur Facebook, sommes-nous vraiment des éméchés spirituels ???

     

    Et, en même temps, vous l’avez remarqué, au moment où Jérémie écrit ces mots, il n’est pas dans la palpitation d’un amour naissant, il n’est pas en train de vivre sa lune de miel avec le Seigneur, c’est même tout le contraire. 

    Cette phrase est écrite au moment où il vit la raillerie, l’injure et la moquerie.  À ce moment-là, sa tête lui dit de ne plus vivre avec le Seigneur, mais son cœur lui dit le contraire : il ne peut pas lâcher cet amour qui l’a transfiguré. 

     

    Mes amis, cela peut nous arriver aussi.  Devant la difficulté d’être chrétien aujourd'hui au cœur du monde, nous pouvons parfois être tentés de prendre nos distances par rapport au Seigneur.  À ce moment-là, il nous faut faire comme Jérémie : quitter notre tête, nos raisonnements théoriques, intellectuels, et retourner à notre cœur.  Sous la cendre de nos oublis et de nos indifférences, nous pourrons toujours retrouver la braise de notre amour pour le Seigneur et de son amour pour nous.  Le vent de l’Esprit, que nous avons reçu à notre confirmation pourra toujours ranimer les braises du commencement.  Pendant les moments difficiles, je vous invite à faire mémoire de la séduction qui a été la nôtre au début de notre attachement au Seigneur … et le vent de l’Esprit fera le reste !

     

    L’Évangile nous montre Pierre.  Pierre qui a eu cette séduction absolue pour Jésus, qui a tout quitté, et d’un coup, pour lui donner toute sa vie.  Et, du coup, on comprend que Pierre ne peut pas imaginer et encore moins accepter que Jésus, son ami, le cœur de son cœur puisse souffrir et être tué ... C’est tout-à-fait logique et compréhensible ... et pourtant, Pierre est à côté de la plaque et Jésus le lui dit d’une façon tellement catégorique que cela risque de nous heurter : « Passe derrière moi, Satan ! »  Pauvre Pierre !

            

    Tout est dans le « passe derrière moi ».  Le disciple que nous sommes doit marcher derrière son Maître et non pas devant.  C’est Jésus qui montre la route et non pas nous.  Pierre est rempli de bons sentiments, mais il veut dire à dire à Dieu ce qu’il doit faire.  Quelle tentation que de vouloir prendre la place de Dieu !
    Nous devons permettre à Dieu d’être Dieu ... tout simplement.  Il y a parfois des prières pleines de bonnes intentions, mais qui disent à Dieu : « Écoute, fais plutôt comme ceci, Seigneur, je pense que je sais mieux que toi ce qu’il faut faire ».  Les premiers chrétiens étaient très conscients de ce risque de prendre la place de Dieu et dans les plus vieilles prières universelles que l’on ait retrouvé, on cite simplement les intentions de prière, mais sans jamais dire à Dieu, ce qu’il doit faire.  On les cite simplement, et toi, Seigneur, fais ce qu’il y a de mieux : c’est toi qui sais !

     

    Car, ce que Jésus nous annonce comme programme aujourd’hui est à l’opposé de ce que nous espérons, de ce que nous croyons bon : la Croix !!! Nous voudrions sûrement nous en passer, on le comprend aisément, mais Jésus nous dit que nous ne pouvons faire l’économie de la croix.  Les chrétiens sont tout, sauf masochistes ...  Non, les chrétiens sont – comme leur nom l’indique – des imitateurs du Christ.  C’est l’image du Corps chère à Paul.  Jésus est la tête et nous sommes les membres.  On ne peut pas décapiter le corps entier de l’Église, il n’y a pas moyen de séparer la tête du corps, et puisque Jésus, le Maître, celui qui marche le premier, celui qui est la tête du Corps de l’Église a dû passer par le mystère de la croix pour arriver à la gloire de la Résurrection, il nous est simplement impossible, puisque nous sommes attachés à la tête, que nous ne formons qu’un avec lui de vivre le jour de Pâques, sans passer par le Vendredi-Saint.  Ne nous prenons pas pour Dieu, mais acceptons-le pour le Dieu de notre vie.  Et comme nous disait Paul, dans la seconde lecture : « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable. »

     


     

     

    Samedi de la 21ème semaine du temps de l’église     29 août

             « Qui ne risque rien n’a rien », dit la sagesse populaire !

     

             Le troisième serviteur avait peut-être eu une mauvaise expérience chez son banquier.  Alors, il a enterré son talent, il l'a mis à l'abri des voleurs.  Il se disait sans doute : "Mieux vaut être prudent, ne rien risquer".  Bref, ce troisième serviteur a eu peur : mais peur de quoi ?  Sans doute, peur de son maître qui pouvait revenir à l'improviste; mais peur aussi de se mettre à agir, peur de risquer une fortune.  Et vous le savez bien, ceux qui ont peur finissent souvent par avoir peur de tout.  Peur de l'avenir, peur d’eux-mêmes, peur de Dieu ...  « N’aie pas peur de moi », nous dit Jésus.

     

             Car, mes amis, que serait la foi et l'Évangile sans le risque ?  Quand on enterre son talent, on croit dormir en paix, - et c'est vrai qu'un talent, c'est un grand bien, un très lourd pesant d'or et de quoi trembler ... - on croit dormir en paix, mais on n'est qu'un esclave, mauvais et paresseux, nous dit Jésus, un vil esclave de la peur. 

     

             Deux serviteurs sur trois ont tout risqué, ils se sont mis à travailler, à inventer, à investir : et en faisant cela, ils ont gagné : ils entreront dans la joie de leur maître, dans le bonheur du Christ ressuscité.  Ils auront part au festin de la vie, où rien n'est mesuré, où tout rapporte du cent pour un.

     

             On pourrait dire qu’enterrer son talent, comme l’a fait le troisième serviteur, cela revient à garder Jésus dans son tombeau, à vivre le Vendredi-Saint, non pas comme un passage, mais comme une fin en soi.  Si nous laissons Jésus dans son tombeau, nous continuons de laisser notre monde avoir peur, être frileux, être terré dans ses tombeaux.

     

             Mais non, le Vendredi-Saint, n’est pas une fin en soi : il est toujours suivi par le matin de Pâques, ce matin de Pâques que nous devons faire advenir par le travail de nos mains, avec le Christ.  Oui, le Christ est ressuscité : et aujourd'hui, il nous donne sa Parole, son corps et son sang, il nous livre son amour et sa grâce, et depuis le jour de notre baptême, il nous remplit de son Esprit ...  Aujourd’hui, c’est par nos lèvres que le Seigneur parle, c’est par nos travaux qu’il agit.  Ce matin encore, le Seigneur nous donne des frères et des sœurs à aimer et à aider. 

     

             Vous l’avez donc compris, ce que Dieu nous donne, - nos talents - ce n'est pas un magot, mais ce n’est rien moins que la puissance de sa vie.  "A chacun, nous dit Jésus, je donne, selon ses capacités, une part de ma vie en lui." 

     

             "Viens, serviteur bon et fidèle, nous dit Jésus !  Entre dans mon bonheur !  Reçois, dès ici-bas mon héritage, et, sans compter, partage-le !  N'aie pas peur d'inventer des chemins inédits pour la Bonne Nouvelle, épanouis le monde et tous ceux qui l'entourent !  Aime, aime, sans distinguer les proches et les lointains, les étrangers et les semblables, les amis de toujours et même tes ennemis !  Ose risquer ton avenir et meurs en plein travail ! 

     

             Vous savez, il n'y a pas de pantoufles au Royaume de Dieu, il n'y a que des chaussures de travail !  Fais tout cela et tu entreras dans la joie de ton Maître."

     

             Mes amis, cette parole est sûre et vraie.  L'avenir du monde est aux audacieux, à ceux qui risquent l'impossible, à ceux qui sont, même la nuit, des enfants de lumière. 

     


     

     

    Saint Augustin    28 août

    Après la mère, le fils.  Je vous ai déjà parlé hier de lui.  Après une vie amoureuse et philosophique tumultueuse, Augustin a été baptisé avec son fils Déodat, la nuit de Pâques du 24-25 avril 387, à Milan par l’évêque du lieu, saint Ambroise.  De retour en Afrique du Nord, il fonde une petite communauté contemplative. Il est appelé comme prêtre, puis comme évêque à Hippone. Il combat continuellement les déviations de la foi chrétienne. Il meurt en 430, pendant le siège de sa ville Hippone par les Vandales. Docteur de l’Église, il est l'un des quatre « Pères de l’Église d'Occident » avec saint Ambroise, saint Jérôme et saint Grégoire ».  Son œuvre « Les Confessions » continue d’être lu aujourd’hui par beaucoup.

     

    Quelques phrases de lui pour passer une belle journée.

     

    « Aime et fais ce que (tu) veux ».  Cette phrase est d’autant plus belle qu’elle est prononcée par quelqu’un qui a eu une vie sentimentale très agitée et qui, dans les mœurs de l’époque » a usé d’une liberté absolue.  Et pourtant, vous l’avez compris, c’est tout l’inverse qu’il nous dit ici.  Si tu aimes vraiment, tu n’as pas besoin de loi.  Il devrait être inutile de dire à un conjoint qu’il ne peut pas battre l’amour de sa vie ou à des parents de ne pas nourrir leurs enfants.  Si nous n’étions qu’amour, le code de la route serait sans aucun intérêt : nous donnerions toujours la priorité à l’autre.  Quant au superbe bâtiment des Finances de la ville de Liège, il fermerait de suite : chacun donnerait une partie de ce qu’il gagne pour le Bien Commun.  Oui, quand tu aimes vraiment, tu peux faire ce que tu veux … parce que, automatiquement, il y a tant et tant de choses que tu ne feras pas, que tu t’interdiras de faire, juste par pur amour …

     

    « Crois et tu comprendras ; la foi précède, l'intelligence suit. »  Augustin a été travaillé par la philosophie et grande était sa tentation de connaître Dieu avec sa seule intelligence.  Grand retournement : on ne connaît vraiment quelqu’un qu’en croyant en lui, qu’en lui donnant sa foi, c’est-à-dire sa confiance.  Il en est ainsi de Dieu ; il en est aussi ainsi de nos contacts humains.  Je peux essayer de connaître l’autre par son signe zodiacal, son caractère, la façon qu’il a de s’habiller, de se comporter, ses études, ses origines, sa carte d’identité …  Je ne le connaîtrai jamais vraiment.  Mais que je commence à avoir avec lui une relation d’amour ou d’amitié, alors, oui, je le connaîtrai de plus en plus.  Et je vous l’ai souvent dit : dans la Bible, connaître signifie « avoir une relation amoureuse ».

     

    Et la troisième se passe de commentaire ; elle est sans doute la plus célèbre d’Augustin : « Tard je t'ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t'ai aimée ! Mais quoi ! Tu étais au-dedans de moi et j'étais, moi, en dehors de moi-même ! Et c'est au dehors que je te cherchais ; je me ruais dans ma laideur sur la grâce de tes créatures. Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi, retenu loin de toi par ces choses qui ne seraient point, si elles n'étaient en toi. Tu m'as appelé et ton cri a forcé ma surdité ; tu as brillé et ton éclat a chassé ma cécité ; tu as exhalé ton parfum, je l'ai respiré et voici que pour toi je soupire ; je t'ai goûtée et j'ai faim de toi, soif de toi ; tu m'as touché et j'ai brûlé d'ardeur pour la paix que tu donnes ».

     


     

     

    Sainte Monique                                                                           27 août

    Nous sommes à la fin du IVème siècle, en Afrique du Nord ; cette Afrique du Nord presque totalement déchristianisée et islamisée aujourd’hui, qui était à l’époque un véritable nid de chrétiens et de saints.  Monique provient d’une famille chrétienne.  Mariée à une païen qui recevra le baptême peu avant de mourir, elle est la maman de plusieurs enfants dont Augustin, le futur évêque d’Hippone que nous fêterons demain.  Celui-ci n’est pas baptisé, ce qui est coutume à l’époque.  Il aura une vie très dissolue, ayant un enfant avec une concubine et s’orientant vers la religion manichéenne qui met sur le Même pied le Bien et le Mal.

     

    Quelle fut « l’arme » de Monique : elle pleura.  Comme le dira Augustin dans ses Confessions : « elle le pleura avec plus de larmes que d’autres mères n’en répandent sur un cercueil ».  Cela peut paraître désuet et eau-de-rose aujourd’hui dans notre monde géré par l’efficacité.  Et pourtant, n’est-ce pas la dernière arme lorsqu’on n’en a plus aucune autre.  Cela ne s’appelle-t-il pas tout simplement la compassion ?  Monique, comme toutes les mères, désire le meilleur pour son fils, elle espère plus que tout qu’il soit heureux.  Et, elle constate qu’il ne peut être heureux ainsi.  Mais je vous le rappelais hier, il n’y avait qu’Augustin lui-même qui pouvait choisir la voie de la vie et du bonheur.  On ne peut forcer personne au bonheur … sinon, ce n’est plus le bonheur.  La seule chose qu’elle puisse faire est de compatir, de souffrir-avec, de pleurer pour ce fils qui choisit la voie de la mort et du malheur.  C’est une grande leçon pour nous et notre regard sur notre monde.  Pleurons-nous assez pour nos frères et sœurs, nombreux, de par le monde, qui choisissent la voie de la mort ?  Ou disons-nous simplement : « C’est leur choix, je n’y suis pour rien : qu’ils assument ».  Si tel était le cas, l’Église n’enverrait jamais d’aumôniers dans les prisons.

     

    Pleurer pour les autres, c’est aussi se dire que nous sommes d’une même famille, que nous sommes extrêmement proches les uns des autres.  On pleure rarement pour des gens que l’on ne connaît pas - hormis quand les médias nous font verser une larme bien vite séchée -.  Pleurer, c’est dire à l’autre : « Tu existes, tu as du prix à mes yeux ».  Jésus a pleuré la mort de son ami Lazare ; oui, c’était son ami.  Il l’aimait d’une manière toute particulière, il était spirituellement chair de sa chair.  Cela devrait être très fort pour nous chrétiens.  Puisque nous prions le « Notre Père », cela a pour conséquences que nous sommes tous frères et sœurs …  La détresse du monde entier devrait nous émouvoir au dernier des points.

     

    Trois enfin.  Les larmes de Monique étaient accompagnées d’œuvres, sinon, pas nécessairement pour Augustin, mais pour les autres.  C’est encore Augustin qui écrira : « Quand deux âmes étaient en dissentiment et en conflit, elle ne s’employait qu’à rétablir la paix entre elles. Quand, en présence d’une amie, des ressentiments mal digérés se répandaient en acides confidences sur le compte d’une ennemie absente, elle ne rapportait de l’une à l’autre que ce qui pouvait contribuer à les réconcilier. »  Cela aussi est important.  Je ne peux pas faire grand-chose pour les victimes de l’explosion de Beyrouth, mais je peux aider les SDF de ma commune.  Plutôt que d’avoir des larmes désespérées, mes larmes peuvent me mettre en marche pour changer ce que je peux changer, là où je suis !    

     


     

     

    Mercredi de la 21ème semaine du temps de l’Église     26 août

    Nous continuons l’évangile d’hier où Jésus redit aux pharisiens et aux scribes que leur manière de vivre ne peut pas les rendre heureux.  Selon les versions de la Bible, il y en a 7 ou 8 : une manière de dire que ce sont des anti-Béatitudes : celles qui nous apportent le vrai bonheur.  Deux nouvelles raisons aujourd’hui.

     

    Et tout d’abord, vous avez remarqué le langage de ce jour ; un langage de Pompes funèbres et de fossoyeurs : on n’y parle que de morts, d’ossements et de tombeaux.  Vivre ainsi, c’est déjà être mort et c’est conduire les autres à la mort.  Souvent, on présente le péché comme un bonheur (Ah, le bon chocolat Galler auquel je ne peux résister) tandis que le malheur est le carême durant lequel j’ai promis de ne pas en manger.  Totalement faux, me dit Jésus.  Le malheur, c’est toujours la mort et moi, dit Dieu, je veux pour toi la vie, la Résurrection.  Voilà ce que Dieu disait déjà au livre du Deutéronome : « Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. ».  Si tu veux être mort, sois hypocrite !!!

     

    Nous avons bien vu dans l’Église, ces dernières années, des hommes reconnus comme puissants en sagesse et en sainteté ; présentés comme des modèles aux autres chrétiens, voire à l’humanité entière.  Et puis, un jour, on découvre la face cachée de ces « saints » …  Vous avez entendu plus d’un dire : « Si c’est ça l’Église ».  Et on les comprend !  Quel scandale …  C’est celui aussi des pharisiens : présentés comme des modèles pour les Juifs, voilà que Jésus « dé-couvre » leur vie réelle, une vie de mort.

     

    Le contraire de l’hypocrisie, c’est la sincérité, tout simplement.  Sincérité envers Dieu d’abord.  Je vous ai parlé récemment du risque d’aller à Dieu, à la prière avec un petit fantôme blanc, c’est-à-dire ce chrétien que je voudrais être et que je ne suis pas.  Comme si le Seigneur ne savait pas qui je suis vraiment.  Autant essayer de jouer à cache-cache au milieu d’un terrain de football …  Mais plus encore : pourquoi essayer de me cacher à lui tel que je suis vraiment, puisqu’il m’aime comme je suis, malgré, avec mon péché et ma faiblesse.  Vous connaissez cette belle prière : « Aime-moi tel que tu es, dit Dieu, sinon, tu ne m’aimeras jamais … »

    Sincérité envers moi-même.  Je peux rêver à être quelqu’un d’autre … mais ce n’est pas le cas ; je risque alors de vivre dans l’illusion absolue et, par là-même, passer à côté de mon existence.  C’est seulement si je me vois comme je suis que je peux tenter de me convertir ; c’est seulement en acceptant mes faiblesses que je peux faire un chemin de guérison ; c’est uniquement si je m’accepte tel que je suis que je peux apprendre à m’aimer en vérité, comme le Seigneur lui-même m’aime.

    Sincérité enfin envers les autres.  Car, c’est seulement si j’accepte ma petitesse que je pourrai regarder celle des autres avec une grande empathie et une immense miséricorde.  Il est fait de la même terre que moi.  Et puisque Dieu m’aime comme je suis ; puisque j’apprends à m’aimer à mon tour ; ainsi je pourrai aimer mon frère avec ses limites.

     

    Trois enfin.  Origène disait : « Toute sainteté feinte, gît morte, car elle n’est pas animée par Dieu ».  Animée : remplie par l’Esprit du Seigneur.  L’Esprit n’agit pas dans un petit fantôme blanc, mais en moi et en moi seul.  Amen.

     


     

     

    Mardi de la 21ème semaine du temps de l’Église

    Jésus a vraiment l’air de très mauvaise humeur.  C’est vrai que voilà un bon bout de temps qu’il est poursuivi par les scribes et les pharisiens.

     

    Première chose à bien saisir : Jésus dit : « Malheureux ».  Ce n’est donc pas une condamnation, c’est la simple constatation qu’ils ne peuvent pas être vraiment heureux en vivant de la manière dont ils vivent.  On pourrait traduire : « Mes pauvres pharisiens, comme je vous plains, vous vous plantez si vous croyez être heureux ainsi » …  Mais j’avoue que c’est un peu long et fort peu académique !

     

    Deux.  Vous préférez les épices (menthe, fenouil et cumin) à la Loi fondamentale (justice, miséricorde et fidélité).  La menthe, dans la tradition, était considérée comme pouvant s’avérer néfaste pour la conception chez les femmes ; le fenouil était vu comme aphrodisiaque et le cumin relevait le goût de la nourriture de l’époque, fort peu variée.  On pourrait résumer : « le plaisir de l’homme sans risque de donner la vie et une vie courante plus ‘relevée’.  Autrement dit : Tout est centré sur eux et sur eux seuls …  La loi fondamentale m’ouvre aux autres et au tout Autre.  Nous sommes devant deux conceptions totalement différente de ma vie et même de la société !  Cela implique, lorsqu’on ne considère que soi, l’importance de la belle apparence que l’on donne de soi.  Les choses n’ont pas tellement changé.  Nous vivons vraiment dans une civilisation de l’image à tel point qu’il est de mauvais goût aujourd’hui d’envoyer son CV sans mettre une photo - avantageuse - de son minois.  Et je ne parle pas de cette mode du selfie !!!  Jésus prévient : tu ne seras pas heureux ainsi …

     

    Trois.  Si tu veux être totalement malheureux, confond les normes et les personnes ; sois procédurier, respectueux de la règle à la lettre … surtout et presque uniquement pour les autres, bien sûr.  Nous le savons bien : qu’est-ce qu’un bon juge ?  Ce n’est évidemment pas celui qui respecte la loi à la lettre.  Dans ce cas, on n’aurait pas besoin de lui.  Il suffirait d’ouvrir un livre avec toutes les peines pour toutes les infractions.  Non, un bon juge va d’abord regarder la personne qui est en face de lui.  Il va tenter de trouver ce qui est bon pour elle ; grâce à son avocat, il tiendra compte des circonstances atténuantes et il donnera une sanction qui puisse faire grandir le coupable en humanité une fois celle-ci exécutée.  Dans l’Église, il y eut une époque, où existait ce qu’on appelait la pénitence tarifée.  Le mot dit tout : Vous aviez commis telle chose : pèlerinage à Rome à pied ; telle autre chose, versement sur le compte du curé pour ses vacances … lol …  Oui, la norme était respectée, mais la personne, on l’avait perdue de vue.  Écoutons François : « Un peu de miséricorde rend le monde moins froid et plus juste. Nous avons besoin de bien comprendre cette miséricorde de Dieu, ce Père miséricordieux qui est si patient… Souvenons-nous du prophète Isaïe quand il affirmait que même si nos péchés étaient rouge écarlate, l'Amour de Dieu les rendrait blancs comme neige. Elle est belle cette miséricorde ».     

     


     

     

    Saint Barthelemy         24 août

    Il existe de grands et de petits prophètes.  De la même manière, des grands et des petits apôtres.  Sans doute pas que leur sainteté soit moindre, mais parce que l’Histoire n’a pas gardé grand souvenir d’eux, et dans le cas de saint Barthélemy - Nathanaël - parce qu’on en parle très peu dans les évangiles.  Du coup, si vous tapez « saint Barthélemy » dans Google images, vous allez surtout trouver des photos de l’île luxueuse de saint Barth et aussi des photos de Johnny Halliday et de son épouse … On raconte que Barthélemy a évangélisé l'Arabie, la Mésopotamie, est allé jusqu'aux Indes et aurait subi le martyre, écorché vif en Arménie. C’est pour cela qu’il est le patron des métiers en rapport avec le cuir.  Il est représenté avec le couteau et la peau de bête. 

     

    Dans ce texte de saint Jean, nous trouvons 4 (ou 6 fois selon la façon de compter) le verbe « voir » : « Viens, et vois. » - « Lorsque Jésus voit Nathanaël venir à lui » - « quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » - « vous verrez le ciel ouvert ».  Voilà, chez saint Jean, une manière de nous dire ce qu’est la vocation.  Un théologien indien - Anthony De Mollo - disait : « Le plus bel acte d’amour n’est pas un acte de dévouement mais un acte de contemplation ».  Si je suis d’accord avec la parole de Saint-Exupéry : « L’essentiel est invisible pour les yeux », on pourrait quand même aussi dire : « Tout est dans le regard ».  Nous connaissons tous des regards qui tuent, des regards inquisiteurs, des regards « Kalachnikov ».  Le port du masque a réduit chez l’autre le visage aux yeux et plus que jamais, nous apprenons à déceler les sentiments de l’autre dans son seul regard.  Oui, il est des regards meurtriers, mais il est aussi des regards pleins de bienveillance, d’amour, de compassion, de résurrection.  Enfin, il y a aussi des regards qui voient tout simplement …

     

    C’est le premier regard : « Viens et vois ».  Ouvre les yeux …  Si tu veux connaître Jésus en vérité, ouvre grands les yeux et tu le verras à l’œuvre.  C’est la contemplation.  Regarder l’autre et voir qui il est vraiment ; regarder l’autre et m’émerveiller de qui il est vraiment.  Cela implique une démarche : « Viens ».  Un peu comme celui qui veut contempler les étoiles.  Il va devoir quitter la ville pour aller dans un endroit sans pollution lumineuse, ou bien, il va devoir se rendre dans un observatoire, ou bien encore, il va quitter pour aller se coucher dans l’herbe de son jardin.  Pas moyen de contempler Jésus, si je ne fais pas une démarche, si je ne vais pas à sa recherche.  Comme dit le psaume 62 : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube ».

     

    Deux.  Le regard de Jésus.  Il a vu Nathanaël « en profondeur » ; déjà lorsqu’il était sous le figuier, c’est-à-dire lorsqu’il observait la Loi.  Qu’a-t-il vu chez lui ?  C’est son secret ; c’est leur secret ; mais ce qui est sûr, c’est que c’était un regard d’amour.  C’est un autre psaume, le 138, qui dit : « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ; tu sais quand je m’assois, quand je me lève … Tu me devances et me poursuis, tu m'enserres, tu as mis la main sur moi ... Ta main me conduit, ta main droite me saisit »  

     

    Et enfin Trois.  Avec ce théologien indien, rappelons-nous que cela doit être aussi notre démarche vis-à-vis de nos frères et de l’Église, de notre Unité Pastorale : Portons sur eux un regard qui sauve, un regard de résurrection qui invite à suivre notre Maître.  Amen  

     


     

     

    21ème dimanche du temps de l’Église     23 août

    Nous sommes à la moitié de l’évangile de Matthieu, même un peu au-delà et voilà que Jésus va faire le point avec ses amis.  Car, depuis un bout de temps, ils ont vu Jésus à l’œuvre : Ce jeune Galiléen annonce la Royaume, il guérit tant et tant de personnes ; mais aussi, plus étonnamment, il ose pardonner les péchés, il critique ouvertement certaines règles du shabbat, il a une liberté incroyable.  Alors quoi, qui est-il ?  Certains voient en lui le Messie annoncé, le Messie espéré qui va bouter les Romains dehors.  D’autres, au contraire, y voient un suppôt de Satan.  C’est le cas des pharisiens.

    Et si vous relisiez l’évangile, vous verrez que les disciples eux-mêmes n’ont pas toujours vu très clair et Jean-Baptiste, son brave cousin qui l’avait présenté comme « celui qui devait venir » en était venu à douter dans l’obscurité de sa prison.  Alors, qui est-il vraiment ?  Et voilà que les disciples répondent : « Jean-Baptiste, le retour ; ou Élie, Jérémie ou encore un autre. »

     

             Mais Jésus ne se contente pas de faire un sondage d’opinion.  Celui-ci n’est là que pour que ses proches, ses amis disent qui il est pour eux.  À eux, comme à nous ce matin, la question personnelle au dernier des points est posée : « Et toi, paroissien de Notre-Dame des Sources, que dis-tu ?  Pour toi, aujourd’hui, maintenant, qui suis-je ?  Le Seigneur ne se contentera pas d’une réponse tirée du Catéchisme, d’une revue, de ce qu’untel ou untel a dit …  Ça, ça ne l’intéresse vraiment pas …  Il nous rédiger, ici et maintenant, notre Profession de Foi pour la proclamer tout-à-l’heure.

     

             Et c’est Pierre qui répond en notre nom.  En ce temps de seconde session pour de nombreux étudiants, voilà qu’il obtient la plus grande distinction avec les félicitations du jury : réponse parfaite.  Mais Jésus lui rappelle que c’est le Seigneur qui lui a « soufflé » la réponse.  Pierre a donc eu des copions …

     

             Mais ce n’est pas grave : Jésus lui donne son nouveau nom – Pierre - et la mission qu’il a : bâtir l’Église.

    Et là, il est bon de nous souvenir où nous sommes.  Jésus a quitté la Phénicie où il avait rencontré la Cananéenne.  Il est maintenant plus au Nord, dans une ville nouvelle : Une ville qu’un des fils d’Hérode est en train de bâtir : Césarée.  Dans cette ville, splendide, les Apôtres découvrent toute la beauté de la culture gréco-romaine avec des édifices superbes, des théâtres, des stades, de superbes routes et un commerce florissant.  Alors, on imagine la tête de ces tout petits galiléens : ils n’en reviennent pas.  C’est là, dans cette ville luxueuse que Jésus dit à Pierre que lui aussi, Jésus, veut bâtir, non pas une ville, mais son Église.

     

             Sans doute, Césarée est-elle splendide, mais tout comme le Temple de Jérusalem, elle est appelée à être détruite …  Non, nous dit Jésus, ce que je bâtis, c’est une construction faite non pas de pierres, de cailloux, mais de Pierre, d’hommes et de femmes.  Nous sommes appelés à devenir les pierres vivantes de notre Église.  Nous sommes les pierres vivantes, choisies par le Seigneur au jour de notre baptême, des pierres vivantes que le Seigneur ajuste au couperet de sa Parole et par la force de son Corps et de son Sang ; des pierres vivantes posées sur l’Apôtre Pierre et dont la tête, le sommet est Jésus lui-même.

                   

             Et enfin, Jésus donne à Pierre les clés : ces clés dont nous parle déjà la première lecture ; ce pouvoir des clés, détenu par les scribes, était devenu un système terriblement légaliste qui décidait ce qui était permis et défendu …  Chez Pierre, dans notre Église, ce pouvoir des clés est tout autre : c’est le pouvoir du pardon, de l’amour miséricordieux qui gère la communion entre toutes les pierres vivantes … 

                   

             Oui, sans doute, Césarée est-elle très belle ; mais combien plus belle est notre Église.  Paul le dira dans la deuxième lecture : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour l'éternité !

     


     

     

    La Vierge Marie, Reine         22 août

    Quelle violence dans ce chapitre 23 de Matthieu et que de bois vert lancé contre les pharisiens.  Je vous rappelle : Jésus vient d’entrer à Jérusalem et il a chassé les marchands du Temple.  Chaque jour, il explique son message au Peuple, mais chaque jour aussi, ses adversaires tentent de le prendre en défaut : voilà plusieurs semaines que nous l’entendons.  Et, aujourd’hui, c’est la colère finale de Jésus qui éclate.

     

           Tout d’abord, vous l’avez bien compris, Jésus ne met pas tous les pharisiens dans le même sac : il y a évidemment chez eux, des gens merveilleux, de vrais saints.  C’est un état d’esprit que Jésus condamne : des hommes qui se présentent comme des modèles à suivre et qui détournent les petits d’un vrai rapport à Dieu.  Et vous le savez : autant Jésus est miséricordieux pour les petits qui sont tombés dans le péché par faiblesse, autant il est dur pour ceux qui, sous couvert de piété, caricaturent et déforment la religion.  En plus, quand Matthieu écrit son évangile, c’est après la destruction du Temple par les Romains à un moment où les pharisiens demeurent l’autorité centrale autour de laquelle le judaïsme se reconstruit.  En plus, les chrétiens sont rejetés par eux de la synagogue.  On comprend donc que Matthieu en remet une couche.

    Mais surtout, Matthieu se rend compte que "le pharisaïsme" n'est pas réservé à Israël, mais qu'il est une attitude, un comportement qui s'introduit peu à peu chez certains disciples de Jésus. D'où son devoir de dénoncer un virus dont il voit les ravages récurrents.

    Quels sont donc les péchés que l'on nomme "pharisaïsme" ?  Il y en a 3.

     

    Le premier, c’est dire sans faire.

    Comme dans le judaïsme, notre Église a besoin d’hommes et de femmes qui disent et expliquent la Parole de Dieu.  Il nous faut des catéchistes, des enseignants de la religion, des théologiens.  Et, par ailleurs, nous avons tous, en vertu de notre baptême, la fonction de prophètes dans l’Église : nous sommes tous responsables de l’annonce de la Parole de Dieu ... mais attention à l’hypocrisie de beaux parleurs qui disent et ne font pas, et qui donnent des leçons aux autres.

     

    Deux : un cumul de prescriptions. 

    Le mouvement pharisien était parti d’un bon sentiment : face au laisser-aller, il fallait regrouper des gens zélés, des bons croyants.  Mais tout cela avait abouti à une casuistique, à des minuties et la Loi devenait un fardeau insupportable.  Il fallait être en ordre ... et on ne l’était jamais.  D’où la parole de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau ...  Mon joug est facile et mon fardeau léger ».  Jésus nous invite à revenir à l’essentiel : Lui et lui seul.

     

    Trois : Les pratiques ostentatoires.

    Les phylactères et les châles de prière, avaient pris, chez les pharisiens, des dimensions de plus en plus grandes.  Du coup, on leur donnait les premières places, ce qui flattait leur ego.  Jésus nous redit qu’il ne faut pas chercher l’admiration des gens, mais leur conversion ; et cela n’est possible que s’ils voient des croyants humbles. « Ne vous faites pas donner le nom de Rabbi ou de Père sur terre ».  Avouez que ça peut faire sourire dans notre église où les prêtres sont appelés « Père » ou « Abbé », ce qui revient au même et où fleurissent les Monseigneurs, Excellences et Éminences.  Dieu merci, notre Église s’est bien décapée depuis Jean XXIII, mais, comme sur mes bulletins d’enfance, on pourrait dire : « Bien, mais peut mieux faire ».

     

    Voici donc les trois péchés du pharisaïsme, au temps de Jésus, mais aussi chez nous aujourd'hui : hypocrisie, vanité et orgueil.

     

    Seigneur, guéris-nous de l'hypocrisie, de la vanité et de l'orgueil. Que notre seul signe soit ta Croix ; notre seul titre, enfants de Dieu. 

     


     

     

    Vendredi de la 20ème semaine du temps de l’Église     21 août

    Nous connaissons ce texte de l’Évangile depuis notre petite enfance : nous devons aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes.  Est-il encore utile que la Liturgie nous fasse réentendre ce texte du Deutéronome ?

     

            De fait, on pourrait croire que ce texte est devenu très ordinaire, banal même.  Et pourtant …  En le relisant bien, nous verrons qu’il est tellement une Bonne Nouvelle pour chacun de nous aujourd’hui.

     

    Les pharisiens, vous l’avez compris, veulent mettre Jésus à l'épreuve. Car, en partant d’un bon sentiment – mettre Dieu et l’autre au cœur de la vie de chaque juif – les pharisiens en étaient arrivés à élaborer pas moins de 365 interdits et 248 commandements.  Il y en avait tellement que la plupart des Juifs ne les connaissaient pas.  D’où l’intérêt de savoir ce qui est essentiel.

     

    Jésus répond par la Loi : le Deutéronome.  Une seule phrase : très courte et en même temps absolue.

    Tu veux être un bon Juif, tu veux être un bon chrétien ?

     

    Eh bien : Aime Dieu de toutes les fibres de son être.

    L'amour est une passion, pas un devoir.  Or, le nombre de commandement et d’interdits faisait en sorte que justement l’amour était confondu avec la morale.  Voilà ce que je peux faire ou ne pas faire pour aimer Dieu.  Grosse erreur évidemment.  On range trop facilement Dieu dans les choses qu'il faut aimer.  On fait de l'amour un devoir.  Comment est-ce possible quand on a rencontré le Dieu vivant ?  Plus que respecter Dieu ou même l’honorer, l’homme a cette chance inouïe de pouvoir aimer ce Dieu dont il est aimé infiniment.  On ne nous demande pas d’aimer le code de la route, mais de le respecter.  Mais Dieu n’est pas le code de la route.  Il est quelqu’un qui m’aime tellement qu’il a pris chair de notre chair, qu’il est venu partager mes chemins, qu’il fait une alliance d’amour avec moi.  Et puisque l’amour est réciproque, à mon tour de l’aimer.  Les couples le savent bien.  Ils ne bâtissent pas leur vie en se disant d’abord : « ça, je peux faire, ça j’peux pas faire ! ».  Mais non, ils veulent aimer l’autre et la conséquence – mais la conséquence uniquement - est qu’il y a des choses que je ferai et d’autres que je ne ferai pas.  

     

    Est-ce possible ?  Oui, si on s'aime soi-même !  Si tant d'hommes n'aiment plus Dieu c'est parce qu'ils le voyaient comme une entrave à leur épanouissement.  Or : la gloire de Dieu, selon la phrase tellement connue d’Irénée de Lyon ; la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant.  Aimer Dieu ne va pas me rendre malheureux, mais c’est le contraire.  Plus j’aime mon conjoint, plus je vais être heureux.

     

    Alors, enfin, je peux aimer mon prochain comme moi-même.  Là aussi, c’est une passion, c’est enrober le monde entier dans la tendresse sans limites de notre Dieu, voir Dieu en chaque homme, surtout dans le plus petit et le plus méprisé.

     

    Les 613 préceptes des pharisiens essayaient de résoudre tous les cas.  Jésus nous débarrasse de cette angoisse.  Il simplifie et va à l'essentiel.  Il fait confiance à l'homme et nous dit d'inventer le monde chaque jour.  C'est sans doute moins organisé que la morale prêt-à-porter, mais c'est autrement exaltant. 

     


     

     

    Saint Bernard de Clervaux   20 août

    Considéré comme le dernier Père de l'Église car il relança et rénova la théologie des Pères des premiers siècles, Bernard est né en Bourgogne ; il entra à vingt ans au monastère de Citeaux et fut envoyé fonder en 1115 celui de Clairvaux, dont il devint l'abbé. Il "y introduisit une vie sobre et mesurée à tout point de vue, nourriture, habillement, bâtiments, tournée également vers l'assistance aux pauvres. Ce fut le succès de Clairvaux, dont la communauté ne cessa de grandir et d'essaimer. Bernard entretint une vaste correspondance et composa de nombreux sermons et traités. À partir de 1130, il s'intéressa aux graves problèmes qui affectaient l'Église et la papauté. Il combattit aussi l'hérésie cathare dont les fidèles dépréciaient le Créateur en méprisant la matière et le corps. Il condamna la montée de l'antisémitisme et défendit les juifs.  Voilà pour l’homme.  Prenons quelques paroles venant de lui.

     

    « La raison d’aimer Dieu, c’est Dieu même ; la mesure de l’aimer, c’est de l’aimer sans mesure ». C’est une de ces phrases les plus connue que l’on attribue souvent, à tort, à Augustin.  Pourquoi devons-nous aimer Dieu ? Simplement parce qu’il est Dieu.  Pas parce qu’il fait des choses, mais parce qu’il est, tout simplement.  Et on le voyait avant-hier dans l’histoire du chameau et hier avec les ouvriers de la onzième heure : il en est de même de lui à notre égard.  Le Seigneur nous aime parce que nous sommes ses enfants, et pas en raison de telle ou telle chose que nous faisons, de nos « bonnes actions ».  Il est un chant qui dit : « C’est quand tu aimes que Dieu t’aime ».  On comprend ce qu’il veut dire, évidemment … mais en rigueur de terme, c’est totalement faux.  Dieu m’aime aussi quand je n’aime pas …  Même si Dieu ne faisait rien pour moi - ce qui est par ailleurs impensable -, il me faudrait l’aimer, car il est Dieu … 

    Et comment l’aimer : sans mesure ; c’est-à-dire, comme il nous aime.  Je vous disais hier que le Seigneur ne pouvait pas nous donner une partie de son amour … Ce doit être la même chose pour nous ; il nous faut l’aimer absolument comme il nous aime absolument.  Et je vous rappelle que nous l’aimons chaque fois que nous aimons un de nos frères : « Celui qui dit : j’aime Dieu et qui déteste son frère est un menteur » dira Jean.  Alors, qu’on arrête de dire qu’aimer les autres nous empêche d’aimer Dieu …

     

    « Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres. » Non pas que Bernard diminue l’intelligence humaine … mais il nous rappelle quel est le premier livre d’amour que le Seigneur a écrit, et c’est un livre qu’il ne cesse d’écrire.  Rappelons-nous que des millions d’hommes et de femmes n’ont jamais eu accès à la Parole de Dieu et encore moins à des livres de théologie … mais ils ont pu contempler le mystère de Dieu en contemplant ses œuvres.  C’est bien pour cela que François, notre Pape, insiste tant sur l’écologie.  Il va même plus loin que Bernard, puisqu’il parle d’écologie intégrale, c’est-à-dire comprenant l’homme lui-même.  Il est le sommet de la création ; il n’est pas en dehors.  On pourrait donc poursuivre la phrase de Bernard en disant : « Et tu trouveras encore plus dans l’homme que dans les forêts ».

     

    Et la troisième citation, plus longue, elle a inspiré « l’hymne » de notre Unité Pastorale et elle dit l’amour de Bernard pour Marie :

    En la suivant, on ne dévie pas. En la priant, on ne désespère pas.

    En pensant à elle, on ne se trompe pas.

    Si elle te tient par la main, tu ne tomberas pas.

    Si elle te protège, tu ne craindras pas.

    Si elle est avec toi, tu es sûr d’arriver au but.

    Marie est cette noble étoile dont les rayons illuminent le monde entier,

    dont la splendeur brille dans les cieux et pénètre les enfers.

    Elle illumine le monde et échauffe les âmes.

    Elle enflamme les vertus et consume les vices.

    Elle brille par ses mérites et éclaire par ses exemples.

    Ô toi qui te vois ballotté au milieu des tempêtes, ne détourne pas les yeux de l’éclat de cet astre si tu ne veux pas sombrer.

    Si les vents de la tentation s’élèvent, si tu rencontres les récifs des tribulations, regarde l’étoile, invoque Marie.

    Si tu es submergé par l’orgueil, l’ambition, le dénigrement et la jalousie, regarde l’étoile, crie Marie.

    Si la colère, l’avarice ou les fantasmes de la chair secouent le navire de ton esprit, regarde Marie.

    Si, accablé par l’énormité de tes crimes, confus de la laideur de ta conscience, effrayé par l’horreur du jugement, tu commences à t’enfoncer dans le gouffre de la tristesse, dans l’abîme du désespoir, pense à Marie.

    Que son nom ne quitte pas tes lèvres, qu’il ne quitte pas ton cœur et pour obtenir la faveur de ses prières, n’oublie pas les exemples de sa vie.

     


     

     

    Mercredi de la 20ème semaine du temps de l’Église     19 août

    Révoltant, non ? Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut admettre ce que fait ce patron identifié à Dieu.  C’est vrai, l’évangile nous montre que Dieu n’est pas un chef, un patron à la manière des hommes.  Car, dans la parabole, il va à l’encontre de toute justice simplement humaine et un tel patron se mettrait d’emblée tous les syndicats à dos et mettrait à mal tout stakhanovisme.  Comment une entreprise humaine pourrait-elle tenir si chacun vient travailler quand il veut et reçoit le plein salaire ?

     

             Mais voilà, Dieu n’est pas patron, il est un Père qui est malheureux tant qu’un seul de ses enfants n’a pas découvert le bonheur ... et ce bonheur c’est de travailler à sa vigne, c’est de faire grandir le Royaume, c’est de faire advenir le paradis sur terre, c’est de le connaître au sens biblique du terme, d’avoir une relation amoureuse avec lui.

     

             Dieu ne fait qu’inviter et il le fera sans cesse, et donc ce salaire final n’est que le don gratuit de sa miséricorde, de son amour.  À tout moment de la vie de monde, à tout moment de notre propre vie, Dieu vient voir si nous avons envie d’être heureux.  Nous ne sommes pas des esclaves : il ne peut pas nous rendre heureux malgré nous.  Il ne peut nous donner son amour que si nous le demandons ; que si, comme les ouvriers de la parabole, nous reconnaissons que nous n’avons pas de travail, pas de travail de bonheur.  Et ce Dieu qui veut mon bonheur ne peut pas, ne sait pas (en Belge) donner une partie de son amour : c’est impossible; il ne peut donner que tout son amour; alors peu importe que nous soyons chrétiens depuis notre naissance ou que nous découvrions l’amour du Christ sur notre lit de mort; peu importe que nous ayons eu une vie de bâton de chaises ou que nous soyons des saints « 5 étoiles ».  Le Seigneur est là qui attend.  Osons imaginer qu’il se met à genoux devant nous bien plus que nous devant lui et qu’il ne cesse de nous dire : « J’ai tellement envie que tu sois heureux, mon enfant, viens travailler à ma vigne et tu goûteras le bonheur absolu ». 

    Dans un village, j’ai enterré un jour une dame qui s’était convertie sur le tard, voire sur le « très tard » en ayant eu une vie pas très glorieuse auparavant.  Dans un village, tout le monde connaît tout le monde et l’histoire de chacun.  J’avais donc pris cet évangile aux funérailles.  J’avais dit ce que je viens de vous écrire.  Dans les premiers rangs se tenait une paroissienne « irréprochable » … du moins le croyait-elle …  Elle était un peu sourde.  Quand elle a entendu mon homélie, quand elle a entendu que j’avais dit qu’elle était accueillie les bras ouverts par le grand saint Pierre alors qu’elle avait eu une vie de bâton de chaises et avait découvert l’amour de Jésus quelques mois plus tôt, elle a dit tout bas - c’est-à-dire très haut, vu sa surdité - à sa voisine : « Ah, si j’avais su … ».  J’avoue avoir eu quelque peine à garder mon sérieux ! 

     


     

    Mardi de la 20ème semaine du temps de l’Église     18 août

    J’ai commencé à vous parler hier de cette fameuse histoire vraie du chameau qui était un dromadaire.  Sous son fardeau tellement imposant, il était impossible de voir qui il était vraiment.  Je vous disais que nous étions tous des dromadaires qui nous cachions sous des apparences.  Pourquoi donc ?  Sans doute et je crois avant tout, parce que nous ne nous aimons pas vraiment nous-mêmes.  Si nous acceptions enfin de nous accueillir comme un cadeau pour nous-mêmes, un cadeau qui vient d’un Dieu qui veut notre bonheur et uniquement notre bonheur, nous n’aurions envie d’aucun artifice pour nous cacher.

    Dans un couple, oser se mettre nu devant l’autre implique une confiance absolue en lui ; il m’aime comme je suis ; je n’ai pas besoin de maquillage ou d’autres artifices pour lui plaire.  Je suis beau, je suis belle à ses yeux, tel.le. que je suis.  Il en est de même dans notre relation au Seigneur.  Je peux me mettre nu devant toi spirituellement, parce que tu continueras de m’aimer infiniment …  Alors apprenons à ne plus faire prier le « petit fantôme blanc » que nous ne sommes pas en réalité, mais prions nous-mêmes tels que nous sommes.  Impossible ?  Oui, mais avec le Seigneur, tout est possible.  Plus je le fréquenterai, plus je découvrirai que son amour pour moi ne dépend pas de ma « façade », plus j’oserai le laisser me « décaper » petit à petit.  Il y en aura des tonnes de maquillage ; il y en aura des épaisseurs de vêtements ; il y en aura masques et masques à enlever (pas ceux qui nous protègent du Covid !!!).  Mais il y arrivera petit à petit, si nous acceptons de nous laisser faire …

    Pierre, qui a l’art de poser les questions que l’on n’ose pas poser mais qu’il pose quand même, prend la parole : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre : quelle sera donc notre part ? ».  On le comprend : il a laissé bateau, filets et même … belle-mère …  Il s’attend donc à une récompense substantielle de la part de Jésus.

    Il a raison, il va l’avoir : au centuple ici-bas et plus tard la vie éternelle.  Heureusement, on l’a compris, Pierre ne va pas hériter d’une centaine de belles-mères … Le centuple, il se trouve dans la vie éternelle.  C’est une vie cent fois meilleure que tu reçois dès ce monde si tu suis Jésus.  Car tu découvres où sont les vraies richesses : je vous le disais hier, non pas dans l’avoir, dans le faire, mais dans l’être.  Ce que Jésus nous promet n’est donc pas de l’ordre d’un avoir mais d’une « qualité d’être ». Il nous donne comme perspective de partager sa propre vie. Nous sommes désormais « dieu » avec Dieu, puisqu’il nous apprend que Dieu est notre Père et que nous sommes de sa famille, de « son ordre et de son rang » comme chantait Jean-Jacques Goldmann.

     


     

    Lundi de la 20ème semaine du temps de l’Église     17 août

    Qui donc est cet homme dont nous parle l’Évangile ?  N’est-ce pas, tout simplement, chacune et chacun d’entre nous ?  Chacune et chacun d’entre nous, dans notre relation à Dieu …

     

             Tous ici, autant que nous sommes, nous avons été séduits par quelqu’un : un conjoint, un homme, une femme, Dieu lui-même.  Comme l’homme de l’Évangile, nous nous sommes approchés de lui.  Et cela est très bien : nous avons besoin de ce moment d’émerveillement devant l’autre.  Nous avons le cœur qui palpite, nous n’arrêtons pas de penser à lui, de nous dire que notre vie n’a de sens qu’avec lui (avec ou sans majuscule), que sans lui, nous ne sommes rien !  Nous ne pouvons même pas imaginer que l’autre ait des défauts ou que, parfois, cela soit difficile de vivre tout le temps avec lui.  Mais, je le redis, ce temps est capital !

     

             Mais, vous le savez comme moi, l’amour se transforme au cours des années.  Et voilà, que petit à petit, on aime encore l’autre énormément, mais notre palpitation se transforme en action.  Cela est très bien aussi.  L’amour passe par les actes.  Je continue à aimer, je continue à faire beaucoup de choses pour l’autre, mais le risque est que l’action très généreuse fasse oublier un peu l’amour premier.  Jésus entre dans le jeu de l’homme, pour lui faire comprendre le risque qu’il court.  Quand il cite les commandements, il ne cite pas le premier : « aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit ».  Jésus lui redit ainsi que l’amour n’est pas d’abord de l’ordre du faire, mais du l’ordre de l’être.  Je t’aime parce que je t’aime, pas parce que je le mérite ou que tu le mérites.  Nous sommes dans l’ordre de la gratuité absolue.  L’amour est cadeau, il n’est pas récompense.

     

             Mais cela nous est difficile, tellement nous avons peur de perdre l’amour de l’autre … Et c’est la fameuse histoire du chameau.  Vous le savez bien : le trou de l’aiguille dont on parle, c’est une des deux petites portes qui jouxtent la grande entrée de la porte septentrionale de toute ville.  D’habitude, le chameau passe par la grande porte ; parce qu’il est grand, mais aussi, parce que la cargaison qu’il porte, le rend encore plus grand.  Pour passer par le trou de l’aiguille, il faut absolument que le propriétaire du chameau lui enlève toute sa cargaison.

    Nous sommes ces chameaux, et comme le dit Jésus, nous ne parvenons pas à enlever toute cette cargaison qui nous colle à la peau ; il faut que le propriétaire le fasse : Dieu et ou notre conjoint.  Et en le faisant, il nous redit : « Je t’aime comme tu es, pas pour ce que tu fais ».  Oui, pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible.

     

             Alors, nous découvrons qui nous sommes vraiment.  Je me souviens avoir vu, en vacances, un chameau extrêmement chargé et toute la cargaison était recouverte de superbes couvertures de toutes les couleurs.  Quand on l’a déchargé, j’ai découvert que le chameau … était un dromadaire …  Il était tellement encombré du travail qu’il faisait – et ce travail était très beau, à l’image de la couverture – que je ne voyais pas qui il était.  Dans un couple, dans ma relation avec Dieu, tout ce que je fais – et qui peut-être, est aussi beau que les couvertures – fait disparaître qui je suis vraiment ; non pas un chameau mais un dromadaire.

     

    Alors bonne fête à tous les dromadaires. 

     


     

     

    20ème dimanche du Temps de l’Église     16 août

    « Ma maison sera une maison de prières pour tous les peuples ». 

     

             Où est-elle donc cette maison de prières ?  Est-ce le temple, une synagogue ?  Sans doute y a-t-il un peu de tout cela …  Mais le Nouveau Testament va changer la donne : Chacun de nous est Temple de l’Esprit, chacun de nous est Pierre Vivante de l’Église.  Voilà sans doute le mystère très grand auquel nous sommes conviés ce matin : redécouvrir notre dignité profonde.  Je ne suis pas rien, je ne peux pas avoir sur moi-même un regard misérabiliste, puisque depuis le jour de mon baptême mon corps est devenu le lieu où séjourne Dieu lui-même.  Silouane, un saint russe du Mont Athos disait au siècle dernier : « Nous avons des églises pour prier, mais que ta prière intérieure soit toujours avec toi ».  Et Gilbert Cesbron, cet auteur français d’inspiration chrétienne écrivait : « Chacun de nous est un tabernacle ; il dépend de chacun de devenir un ostensoir ! »  

    Vaste entreprise que celle-là.

    OK, me direz-vous, mais comment puis-je devenir une maison de prières « pour tous les peuples. »   Le monde entier ne peut venir prier en moi …  C’est impossible !  Oui et non.  Physiquement, on comprend l’impossibilité, mais spirituellement, le Seigneur nous invite à faire monter la prière du monde entier en moi.  Le risque existe – et il peut être grand - d’avoir une prière centrée sur moi seul et sur ceux que je connais et que j’aime.  Mais non, notre prière doit être universelle ; elle doit embrasser le monde entier pour embraser ensuite le monde entier.  Nous pouvons prier en lisant notre journal, nous pouvons prier en passant en revue les maisons de notre rue ou les appartements de notre immeuble et ceux qui les habitent ; nous pouvons prier sur notre lit d’hôpital pour les autres patients et pour ceux qui les soignent ; nous pouvons prier dans notre cellule pour les autres détenus, en particulier, ceux qui vivent dans une profonde désespérance …  Puisque nous sommes le lieu de prières par excellence, il n’existe pas un seul endroit où nous ne puissions prier.  Et même, lorsque nous ne le faisons pas, l’Esprit, lui, continue de prier en nous. 

     

             Cette prière, elle peut être toute simple ; c’est la prière de la Cananéenne : « Jésus, Fils de David, prends pitié de moi ».  C’est aussi la prière de l’aveugle au bord du chemin ; elle est encore celle du publicain au fond du Temple.  Cette prière, vous le savez, est devenue dans la grande tradition orthodoxe celle qu’on appelle la prière du cœur ou la prière de Jésus.  Une prière toute simple, de répétition, une prière que l’on peut dire mentalement où que nous soyons et quel que soit notre état de santé …  Nous avons souvent fait de la prière quelque chose d’intellectuel, de difficile …  Mais si nous redécouvrions que prier, c’est juste dire le nom du Seigneur et appeler sur nous son attention.  Il l’a dit dans la première lecture : je ferai bon accueil à ses holocaustes et à ses sacrifices ; Dieu nous a promis de faire bon accueil à notre prière …  Alors, ne nous lassons pas de l’invoquer et de l’invoquer encore.

             N’est-ce pas ce que fait la Cananéenne ?  Elle nous apprend la persévérance dans la prière ; elle va casser les pieds au Seigneur jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle veut.  Et nous, cassons-nous les pieds au Seigneur ou sommes-nous trop polis ?  Une parabole nous le dit, qui nous montre un homme réveillant son voisin en pleine nuit pour lui demander du pain, ou encore le juge inique qui finira par donner raison à la pauvre vieille qui ne cesse de le harceler pour qu’il lui fasse justice.

    Ne nous trompons pas.  Dieu nous entend toujours, il n’a pas besoin qu’on lui répète les choses.  C’est pour nous que c’est important : quand je ne demande qu’une fois quelque chose au Seigneur, c’est que je n’en ai pas vraiment envie.  On m’a demandé de prier pour Untel ; eh bien un soir, je le confierai au Seigneur … et puis … fini !  Regardons les enfants : lorsqu’ils ont vraiment envie de quelque chose, ils ne le demandent pas une fois à leurs parents, mais ils n’arrêtent pas de le demander et les parents comprennent qu’il en a vraiment envie.  Alors, soyons comme des petits enfants : l’Évangile nous y invite aussi.  Osons importuner le Seigneur.  Paul nous l’a rappelé dans la seconde lecture : « Dieu veut faire miséricorde à tous les hommes. »

     


     

    Assomption de Notre-Dame         15 août

     « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur » Deux verbes dans cette première phrase : exalter et exulter.

    Exalter.  Le dictionnaire nous dit : « Éprouver intensément et manifester sans retenue. » Nous les Européens avons parfois beaucoup de peine à exprimer extérieurement et sans retenue nos sentiments intérieurs.  C’est notre éducation.  Mais, plus on descend sur la carte du monde, plus cela semble facile. Les orientaux - comme Marie - parviennent à exprimer leur bonheur - tout comme leur malheur - avec tout son corps : alors elle exulte. On verra aussi David, tout roi qu’il était, danser devant l’Arche du Seigneur.  Marie, aujourd’hui, exulte à cause de Dieu. Parfois nous exultons : j’ai réussi un examen, mon permis de conduire, j’ai pu enfin serrer quelqu’un dans mes bras après un long confinement …., mais aujourd’hui Marie nous invite à exulter en Dieu. Pourquoi ? Tout simplement parce que lui — Dieu — fait « des merveilles ».

     

    Deux.  Ces merveilles, Marie va les exalter. Ici, le dictionnaire nous dit : « Porter quelqu'un à un rang très haut ». Marie exalte la grandeur du Seigneur, elle le loue en disant qu’il est véritablement grand. Dans notre existence, Marie nous invite à chercher de grandes choses, sinon on se perd derrière beaucoup de petites choses. Marie nous montre que, si nous voulons que notre vie soit heureuse, il faut mettre Dieu à la première place, parce que Lui seul est grand. Combien de fois, en revanche, nous vivons en suivant des choses de peu d’importance. Aujourd’hui, Marie invite à lever les yeux vers les « merveilles » que le Seigneur a accomplies en elle. En nous aussi, en chacun de nous, le Seigneur fait des merveilles. Il faut les reconnaître et exulter, exalter Dieu pour ces grandes choses.

     

    Ce sont les merveilles que nous fêtons aujourd’hui. Marie est arrivée au ciel : elle qui est toute petite, elle reçoit la première place. Marie est une maman.  Elle nous attend au ciel, comme une maman attend ses enfants qui reviennent de l’école.  Nous sommes à l’école de l’amour sur cette terre et Marie attend que nous quittions la classe pour rentrer dans notre vraie maison : celle de Dieu.  Je laisse François terminer cette homélie : « Comme toutes les mères, elle veut le meilleur pour ses enfants et elle nous dit : ‘Vous êtes précieux aux yeux de Dieu ; vous n’êtes pas faits pour les petites satisfactions du monde mais pour les grandes joies du ciel ». Laissons la Vierge Marie nous prendre par la main. Chaque fois que nous prenons en main le chapelet et que nous la prions, nous faisons un pas en avant vers le grand but de la vie. Que la Vierge Sainte, Porte du ciel, nous aide à regarder chaque jour avec confiance et joie, où est notre vraie maison, où se trouve celle qui nous attend comme une mère. »

     


     

    Saint Maximilien Kolbe     14 août

    Franciscain, mort à Auschwitz en 1941, Maximilien naît à Lodz en Pologne. Il entre à 16 ans chez les Franciscains conventuels de Lvov. En 1917, alors qu'il est encore étudiant, il fonde avec quelques frères "la Milice de l'Immaculée", mouvement marial au service de l'Église et du monde.

    Prêtre en 1918, il enseigne la philosophie et l'histoire. Dès 1922, il fonde un mensuel pour diffuser la pensée de la Milice et, un peu plus tard, il crée un centre de vie religieuse et apostolique appelé "la Cité de l'Immaculée". En 1930, il se rend au Japon où il fonde encore une autre "Cité". Maximilien est très soucieux de la diffusion de la pensée religieuse par les moyens modernes, les médias. Il rentre définitivement en Pologne en 1936.

    Fait prisonnier en 1939, battu, libéré, puis de nouveau arrêté en février 1941, il est déporté au camp d'Auschwitz en mai. À la suite d'une évasion, dix prisonniers sont condamnés à mourir de faim enfermés dans un bunker. Parmi eux, un père de famille. Maximilien s'offre de mourir à sa place. On lui demande "Qui es-tu ?" - "Prêtre catholique". Il meurt dans le bunker, le dernier après avoir aidé ses compagnons dans la patience, la paix et le réconfort. Le père de famille sera présent au jour de la canonisation du P. Kolbe à Rome.

     

    Belle figure qui nous rappelle que le martyr est de toujours dans l’Église ...  En 2018, 4.305 chrétiens dans le monde ont été assassinés pour leur foi … pratiquement 12 chaque jour.  Entre notre lever et notre coucher, nous pouvons dire pratiquement toutes les heures : « Un de mes frères, une des sœurs chrétiens vient de mourir parce que, comme moi, il mettait sa foi dans le Ressuscité ». Et François disait : « On a peut-être du mal à le croire, mais nous comptons aujourd'hui plus de martyrs qu'aux premiers siècles. »

     

    Première chose.  Et c’est sans doute celle que j’ai découverte durant ce confinement, c’est que Maximilien - avant-gardiste - voulait utiliser tous les moyens de diffusion possible pour la Bonne Nouvelle de l’Évangile : la parole, la diffusion de milliers de médailles miraculeuses, la presse, le cinéma, le théâtre, la radio, l’avion, etc… Nul doute qu’il utiliserait aujourd’hui Facebook, WhatsApp et les mails !!!  Il nous redit que nous devons sans cesse imaginer des chemins nouveaux pour l’annonce de l’Évangile.  C’est encore et toujours une manière d’aller « aux périphéries » si chères à François ; il suivait aussi l’exemple de son fondateur, l’autre François qui avait inventé la première crèche vivante pour annoncer Noël aux habitants de Grescio.  Nos paroisses se doivent plus que jamais d’être missionnaires.  Mais, je vous le rappelle, nous devons respecter la liberté de chacun ; il ne s’agit pas de forcer, d’essayer de convaincre, mais simplement de témoigner de la joie qui nous habite !

     

    Deux.  Maximilien disait : « Mais par-dessus tout, le bon exemple, la prière, la souffrance voulue par amour, voilà l’action par excellence. Notre plus grande mission est de montrer dans la vie pratique ce que doit être le Chevalier de l’Immaculée ».  Notre annonce n’est vraie que si elle est conforme à notre vie concrète évidemment.  Nous sommes un tout.  On se méfie - à raison - de certains discours politiques qui disent, pleins de conviction, exactement le contraire de ce que ceux qui les prononcent vivent en privé.  On se souvient d’un grand défenseur de la famille et des valeurs familiales trahi par des vidéos plus que douteuses …

    Trois.  Il nous rappelle enfin que la sainteté est pour chacun de nous.  Sa devise était : « v égale V ».  Il explique longuement cette formule. En peu de mots, elle signifie : « Si je veux ce que Dieu veut, je serai un saint ». Beau programme, vous ne trouvez pas ?

     


     

    Jeudi de la 19ème semaine du temps de l’Église     13 août

    Rude chemin que celui du pardon : c'est notre expérience de tous les jours : Comment pourrais-je pardonner à Untel qui m'a fait tant de mal ?  Dans un monde toujours à la recherche d'un coupable, pour le moindre fait divers, le pardon n'a pas bonne presse.  C'est vraiment prendre un risque fou de rappeler simplement aux chrétiens que le christianisme est la religion du pardon.

     

             Le pardon, c'est d'abord de l'amour et c'est la forme de l'amour sans doute la plus difficile.  Sainte Thérèse disait qu'aimer c'est pardonner.  Et Saint François, dans son cantique des créatures s'écrie tout à coup : "Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent à cause de ton amour et qui subissent injustice et tribulations.  Heureux ceux-là qui persévèrent dans la paix."

    Jésus lui-même est formel : "Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, que faites-vous d'extraordinaire ?" Et encore : "Aimez ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent"

    Ce qui est déconcertant, c'est que le pardon est présenté comme une chose évidente pour un disciple de Jésus.  On ne trouve pas dans l'Écriture, nulle part, d'encouragement à pardonner du type : "C'est dur, mais courage !"

     

             On ne trouve pas non plus de description du pardon ; alors le pardon, c'est quoi ?

             Pardonner ne consiste sûrement pas à faire comme si rien ne s'était passé, à faire comme une impasse sur le mal commis. 

    Pardonner consiste simplement à ne pas se venger, à ne pas utiliser en sa faveur la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent).

             Mais je dirais que pardonner, c'est d'abord et surtout se tenir sous le regard de Dieu ; c'est continuer, sous le regard de Dieu, à aller de l'avant, sans attacher de l'importance à ce qui est derrière.  On n'oublie pas l'offense, mais l'important c'est d'aller de l'avant.

     

             Jésus nous enjoint de pardonner et surtout, il nous dit que c'est possible.  Nous le devons et nous le pouvons.  Nous le pouvons, non pas humainement, mais nous le pouvons parce que nous avons été pardonnés d'abord.  Celui qui a été aimé est capable d'aimer.  Celui qui a été pardonné est capable, lui aussi de pardonner.  C'est le sens de la parabole de ce jour.  Le cœur en est : "Ne devais-tu pas pardonner à ton tour, toi à qui il avait tant remis ?"

             Pardonner, en un sens, c'est désirer que l'autre, celui qui m'a offensé, se relève et ait le droit de se tenir debout.  C'est l'aimer, parce qu'il est avant tout mon frère.  Et cela, comme Dieu, contre qui j'ai péché, veut toujours mon bonheur et me regarde toujours comme son Fils.

     

             Pardonner vraiment peut demander toute une vie, et même peut-être plus qu'une vie.  Mais celui qui continue de dire "Pardonne-nous ... comme nous pardonnons", fait un premier pas sur le chemin du pardon ; il devient un miroir qui absorbe et répand l'infinie tendresse de Dieu.

             Le pardon est un don !

             Ne nous lassons jamais de le demander au Père de toute miséricorde.

     


     

    Mercredi de la 19ème semaine du temps de l’Église     12 août

    Évangile bien difficile que celui-ci … et pourtant tellement important : c’est ce qu’on appelle habituellement la correction fraternelle.  Nous sommes dans le quatrième discours de l’évangile de Matthieu ; ce quatrième discours est principalement adressé aux responsables de l’Église … mais il nous concerne tous.

     

    Première chose : il prend acte que dans la communauté chrétienne, comme dans toute communauté humaine, il n’y a pas des anges, mais des êtres humains, marqués par la faiblesse, le péché, le mal.  Ne rêvons pas d’une paroisse parfaite, d’un curé impeccable et de paroissiens sans faille.  C’est une illusion …  Je vous rappelle que si l’Église est sainte, elle n’est composée que de pécheurs ; elle est sainte uniquement de la sainteté de Dieu.  Jésus constate cela.  Il pourrait dire : « C’est ainsi, on ne peut rien y changer ».  Mais non, le Seigneur veut rendre son Église de plus en plus belle, de moins en moins marquée par le péché.  Il est d’un optimisme débordant et il nous invite à entrer dans cet optimisme en nous disant comment réagir.

     

    Deuxième chose : on ne peut utiliser la correction fraternelle que si l’on accepte soi-même de la recevoir.  Glurps …  Et là, les rangs diminuent, ils s’étiolent …  Vous connaissez comme moi des redresseurs de tort.  Tout le monde est mauvais, pécheurs, incapables … sauf eux … évidemment.  Ce n’est pas ça la correction fraternelle.  Est-ce que j’accepte que la personne que je réprimande me réprimande à mon tour ?  Ou bien le dialogue n’est-il somme toute qu’un monologue ?

     

    Troisième chose enfin : Vous voyez la pédagogie de Jésus.  On y va d’abord seul à seul, puis à deux ou trois, puis seulement en Église … en Église.  Regardez les réseaux sociaux et comment parfois ils peuvent se transformer en lieu de lynchage vis-à-vis de telle ou telle personne : Samedi, on organise une manifestation pour demander la démission d’un virologue du CNS … C’est du vrai dialogue !!!  Jésus n’est là que pour nous enseigner l’amour mutuel et c’est ça le vrai sens de la correction.  Je sais que l’autre n’est pas heureux en faisant cela ; personne ne peut être heureux quand il vit dans le péché ou le mal.  Parce que je l’aime profondément, j’ai envie qu’il soit pleinement heureux et épanoui ; c’est pour cela que je vais vers lui pour le corriger ; c’est-à-dire pour le convertir, pour le remettre dans le chemin du bonheur.  On est loin d’être dans un match que l’on veut remporter ou d’un pourcentage acquis contre quelqu’un !  J’ai connu l’histoire d’un couple qui n’avait pas pu avoir d’enfant.  Ils avaient un chien qu’ils comblaient d’amour ; celui-ci, c’est vrai, aboyait beaucoup, beaucoup trop, surtout la nuit.  Des voisins bien intentionnés ont fait appel aux autorités.  Le chien a été saisi.  J’ai enterré le couple.  Ils se sont mis au lit et ont allumé leur tondeuse à gazon dans leur chambre : ils se sont donné la mort ; ils sont morts, asphyxiés … Leur filleul avait choisi cet évangile …    

     


     

    Mardi de la 19ème semaine du temps de l’Église     11 août

    Attention de bien lire la première partie de l’évangile de ce jour, car nous avons souvent la mauvaise habitude de lire l’Évangile avec notre mentalité du XXIème siècle …  Et alors, on est à côté de la plaque …   

     

    Aujourd’hui, un enfant est une personne à 100%.  Il y a même depuis le 20 novembre 1959, une déclaration des Droits de l’Enfant adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies.  Pour faire court, chez les Juifs, l’enfant est surtout un adulte en devenir ; en soi, il n’a pas beaucoup d’importance.  On comprend donc pourquoi - dans un autre texte - les apôtres ont raison, lorsqu’ils veulent éloigner les enfants de Jésus.

    Les enfants ne sont pas non plus des purs, qui vont être pervertis par la société, comme le prétend Rousseau.

    Alors d’où vient qu’il faut leur ressembler ?

     

    La grande différence entre un enfant et un adulte, c’est qu’un enfant est dépendant pour tout ou à peu près ; alors qu’un adulte devient indépendant.  La grandeur de l’homme dans le Royaume est donc d’être dépendant : dépendant de Dieu et dépendant de ses frères.  « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » disait la Genèse.  Et je vous l’ai rappelé récemment, alors que Jean-Paul Sartre écrivait que « l’enfer, c’est les autres », nous chrétiens, disons à la suite de Jésus que les autres sont le paradis.  Ma grandeur est de reconnaître que c’est le Seigneur qui me comble de ses biens et qui me fait grandir par l’amour qu’il me donne ; ma grandeur est de reconnaître que mes frères et sœurs sont l’icône, l’image du Seigneur et donc sont aussi celles et ceux qui me comblent et me font grandir.  Avouez que cela change radicalement de la vision moderne de l’homme ou plus il est indépendant - croyons-nous - plus il est heureux !

     

    La deuxième partie de l’évangile, nous montre une autre - et à la fois semblable - dépendance.  La brebis a voulu son indépendance, comme le fils quelques versets plus loin ; elle a cru pouvoir être heureuse toute seule, sans le berger et sans les 99 autres brebis …  Et c’est la catastrophe …  Elle s’est perdue ; elle est perdue.  Peut-être même croit-elle qu’elle ne peut plus être retrouvée ?  Mais le berger est bien plus grand qu’elle : alors qu’elle se perd dans son rêve d’indépendance, le berger devient lui-même dépendant de sa brebis perdue.  Il va laisser le troupeau, son gagne-pain, son indépendance … pour risquer la dépendance vis-à-vis d’une « mauvaise » brebis.  Lui-même devient dépendant ; et c’est précisément leurs deux dépendances qui vont leur donner à tous les deux une liberté infinie : « Il se réjouit pour elle » et j’imagine qu’ « elle se réjouit pour lui ».

     

    Et la première lecture enfin nous donne une dernière dépendance : la dépendance de la nourriture : j’ai faim !  Et le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ce qui est devant toi, mange-le, mange ce rouleau ! »  Mangeons la Parole de Dieu, devenons-lui dépendant ; soyons « accros » comme on dit aujourd’hui.  Elle doit être aussi importante à notre vie que la tasse de café ne l’est à mon réveil quotidien ! Et quand il a mangé ce rouleau, Ézékiel dit : « dans ma bouche il fut doux comme du miel. »      

     


     

    Saint Laurent     10 août 

    Fête dans l’Église, mais aussi dans notre Unité Pastorale et en particulier à Prayon, dont Laurent est le saint Patron.  Ce diacre serait né vers 210 ou 220 à Osca (aujourd'hui Huesca, Aragon, Espagne). Il est mort martyr sur un gril, en 258 à Rome, comme diacre du pape Sixte II. Comment est-il devenu ce grain de blé tombé en terre qui donne beaucoup de fruit ?

     

    Première chose : Laurent est un diacre.  Et vous le savez, diacre vient d’un mot grec qui veut dire le service, la diaconie.  Saint Jean le dira : « Celui qui dit : ‘J’aime Dieu’ et qui déteste son frère est un menteur. »  Phrase très forte.  Notre paroisse est une belle paroisse si, dans le cœur de ses paroissiens, le service des autres est premier.  Je me réjouis vraiment que nous ayons ici une conférence de Saint-Vincent de Paul si vivante.  Quelle image, quel sens aurait notre paroisse si elle ne voyait pas en chacun de ses frères, et en particulier des plus pauvres l’image-même de Jésus pauvre que nous célébrons à chaque fête de Noël ?  L’Église nous le rappelle jusque dans ces ministres ordonnés.  Le Pape, avant d’être Pape, les évêques, les prêtres sont d’abord ordonnés diacres pour bien montrer que le service est au cœur de la vie chrétienne.  Et le premier titre du Pape est « serviteur des serviteurs de Dieu ». 

    Le préfet avait demandé à Laurent de lui donner les richesses de son Église.  Laurent lui a montré les pauvres qu’il aidait en lui disant : « Voilà les trésors de l'Église, que je vous avais promis. »  Alors, Laurent, fais grandir encore dans cette paroisse de Prayon et dans chacune de nos vies, le sens du service.

     

             Deux, et c’est très proche, Laurent a été, peut-être sans le savoir, un précurseur de la justice sociale.

    Car, il aurait pu donner l’argent au préfet et continuer de se mettre au service des pauvres et, peut-être, aurait-il pu trouver de nouveaux moyens financiers pour les aider …  Mais non, Laurent était conscient que voler ce qui revient aux pauvres est extrêmement grave.  On appelait cela dans le temps d’une manière très forte : « un péché qui crie vengeance au ciel ».  L’expression était malheureuse mais elle montrait bien la gravité de ce vol.

    Les chrétiens ne sont pas là pour la pitié ou pour la charité – dans le mauvais sens du terme – non, ils sont là pour la justice.  Je ne peux que vous encourager à vous engager dans la société pour que les pauvres, les démunis, les opprimés soient respectés dans leur dignité d'êtres humains.  C’est le sens de la politique au sens large et noble du terme.  On oublie souvent de le dire, et certains nous le reprochent quand nous en faisons, mais l’Église nous demande – et elle le demande avec insistance – d’œuvrer pour le respect de l’Homme.  Jean-Paul II aura été un exemple puissant, lui disait souvent : « Non à l’exploitation de l’homme par l’homme ».  Nous devons avoir l’audace de dénoncer, ici et maintenant, ce qui est contraire à la grandeur de tout être humain.

     

             Trois.  La foi de Laurent l’a conduit au martyre.  Sans doute aujourd’hui, dans notre pays, ne doit-on plus donner son sang pour le Christ.  Cela existe encore dans tant et tant de coins du monde.  Mais, nous ne pourrons jamais être d’authentiques chrétiens si nous voulons que tout le monde nous applaudisse et dise que nous sommes les merveilleux parmi les merveilleux.  Fêter un martyre, c’est nous rappeler que nous sommes appelés à l’être.  Vous le savez d’ailleurs, le mot témoin se dit martyr en grec : Si je veux être témoin de Jésus, je vivrai le martyre, et en vivant le martyre, je serai témoin du Ressuscité.  Je voudrais bien, le jour de notre fête patronale nous dire le contraire, mais je mentirais.  Je connais des cas concrets, ici à Liège, de plusieurs personnes qui ont eu leur avancement stoppé, juste parce qu’ils étaient chrétiens et qu’ils n’avaient pas peur de le montrer !  Et il suffit de regarder certaines émissions de télévision pour comprendre à quel point l’Église et les chrétiens sont malmenés ou même ridiculisés.  Mais, réjouissons-nous en ce jour de fête, car Tertullien au tout début du IIIème siècle a dit « sanguis martyrorum, semen christianorum », « le sang des martyrs est une semence de chrétiens. »  Et cela c’est toujours manifesté dans l’histoire de l’Église.  Ne cherchons pas trop de moyens humains pour renouveler notre paroisse et y amener de nouveaux paroissiens.  Soyons fidèles envers les pauvres, travaillons pour la dignité de l’homme, acceptons de souffrir pour cela et une nouvelle génération de chrétiens naitra.

     


     

    19ème dimanche du temps de l’église     9 août

             Ne croyez surtout pas que ce soit une insolation due au soleil de ces derniers jours, mais, ce matin, je vous souhaite une très heureuse fête de Pâques.  Oui, Pâques en plein été : c’est bien ce que Matthieu nous invite à célébrer dans l’évangile de ce jour.

     

             Jésus vient de multiplier les pains que les disciples ont distribués : Jeudi-Saint ; les voici sur la mer, sur la mort : Vendredi-Saint ; et voici que Pierre, le premier des Apôtres marche sur la mort, ressuscite : Nuit de Pâques.  Et donc, si Pâques fête la Résurrection de Jésus, cette fête de Pâques en été fête notre propre Résurrection.  Alors, ce matin, voyons comment ressusciter.

     

             Premier point, je vous l’ai dit est juste avant ce texte : la multiplication des pains. Oui, Jésus a multiplié les pains, mais rien d’autre.  Il ne les a pas distribués …  Matthieu dit : « il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. »  Voilà donc la première « condition » pour pouvoir vivre en ressuscité : recevoir le pain de Jésus et le donner aux autres ensuite.  Le recevoir d’abord : c’est évidemment l’eucharistie que nous vivons.  Comme le dit le Concile Vatican II, « l’eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne ».  Elle est la source.  C’est une lapalissade, mais nous ne pouvons donner que ce que nous avons reçu ; nous ne pouvons donner le Christ vivant que si nous le recevons d’abord.  L’eucharistie est une source qui nous envoie irriguer le monde. Et c’est ce que nous risquons parfois d’oublier : l’eucharistie n’est pas seulement pour nous qui y participons, mais pour chaque habitant de notre Unité Pastorale.  Je vous rappelle ce que vous me répondrez tout-à-l’heure lorsque je vous dirai : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’église » - vous me répondrez – pour la gloire de Dieu et le salut du Monde … pas mon petit salut à moi, ni le salut des chrétiens … mais du monde entier !  Mon eucharistie de ce matin doit m’engager à rendre le monde meilleur, plus juste, plus habitable, plus accueillant !  Et de cette manière-là, Jésus se donnera au monde, mais de façon toute discrète, dans le murmure d’une brise légère, comme disait la première lecture.

     

             Deuxième point.  Comment vivre en ressuscité ?  En discutant, en papotant, en babelant avec le Seigneur.  Élie, dans la montagne, doit sortir et se tenir sur la montagne ; le psaume nous dit : « J’écoute, que dira le Seigneur Dieu ? » et l’évangile nous montre Pierre qui dit à Jésus : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. »  Puis, un peu plus loin : « Seigneur, sauve-moi ! »

    C’est la force du peuple d’Israël : Dieu fait partie intégrante de leur vie et quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils vivent, - du joyeux comme du triste - ils en parlent au Seigneur, « comme un ami parle à son ami » disait-on de Moïse.  On comprend que la prière, ce n’est pas se mettre à genoux, les mains jointes et la tête légèrement inclinée vers la droite …  Non, la prière qui nous ressuscite, c’est celle qui nous fait simplement discuter avec le Seigneur au milieu des occupations de ma journée.  « Seigneur, je vais voir untelle, donne-moi un petit coup de main » ou « Loué sois-tu pour notre sœur la pluie » ou encore « Seigneur, il m’énerve ce Hollandais avec sa caravane ».  Pas de béni-oui-oui, mais une vie-avec.

     

             Troisième condition pour être ressuscité avec le Christ. Il nous faut apprendre à ne pas compter sur nos forces, mais sur celle du Seigneur … et c’est sans doute le plus difficile.  L’être humain est fait ainsi : il veut avoir sa vie en main, il veut se sauver tout seul, il veut ne devoir rien à personne !  Et chaque fois, c’est la catastrophe.  En rigueur de terme, Jésus n’est pas ressuscité : il a été ressuscité par le Père.  Son salut, il ne l’a pas gagné, il l’a reçu, comme le plus beau cadeau que son Père pouvait lui faire.  C’est le Seigneur qui a dit à Élie de sortir et de se tenir sur la montagne ; c’est encore Jésus qui a dit à Pierre : « Viens » et qui a étendu la main et l’a sauvé des eaux.  Tout ce qu’Élie et Pierre ont eu à faire : c’est d’accepter, c’est d’obéir.  C’est un verbe que nous n’aimons vraiment pas et pourtant en grec, il veut dire simplement « écouter ».  C’est la profession de foi que les juifs portent dans une petite boite sur le front : « Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est l’Unique ». Si Pierre avait dit à Jésus : « je m’en sortirai bien tout seul », il ne serait pas sous la Basilique Saint-Pierre à Rome, mais six pieds sous l’eau du lac de Tibériade et Élie chercherait encore à voir le Seigneur. 

     

             Le Seigneur veut notre résurrection et, ce matin, il nous en donne les moyens.

    Reçois l’eucharistie et porte-la au monde pour qu’il soit plus beau.

    Vis ta journée avec le Seigneur, de façon toute simple.

    N’essaie pas de t’en sortir tout seul, mais écoute le Seigneur : « ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles ». 

     


     

    Saint Dominique       8 août

    Nous sommes vraiment gâtés par la liturgie durant les vacances.  Comme pour nous reposer, elle nous donne de contempler de belles figures de saints et de saintes.  Aujourd’hui le fondateur de l’Ordre des prêcheurs - le dominicains - : saint Dominique de Guzman.  Nous sommes au XIIIème siècle.  Avec François d’Assise, il est une des grandes figures du renouveau de l’Église à cette époque.

     

    Comme d’habitude, trois petits points pour nous aujourd’hui ; nous qui ne sommes pas dominicains.

     

    Dominique - nous l’avons sans doute chanté avec Sœur Sourire - « En tout chemin, en tout lieu, il ne parle que du Bon Dieu ».  Annoncer l’Évangile, transmettre la Bonne Nouvelle et ce, aux périphéries.  François nous en parle assez pour que j’en rajoute encore une couche … Mais je vous rappelle quelque chose de fondamental que le Concile Vatican II a remis à l’honneur : « Toute l’Église est missionnaire ».  Autrement dit, dans l’Église, tout le monde ne sait pas chanter, tout le monde ne sait pas s’occuper des Fabriques d’Église, tout le monde n’est pas capable de faire un beau bouquet de fleurs devant l’autel …  Mais chacun a pour mission d’annoncer la Bonne Nouvelle ; personne ne peut s’en dispenser. À nous d’inventer de nouveaux moyens pour le faire aux périphéries de nos communes, de nos lieux de travail …  

     

    Deux.  C’est bien, mais attention de ne pas annoncer des idées, si belles soient-elles.  C’est pourquoi la devise des dominicains dit : « contemplata aliis tradere ».  C’est-à-dire, on ne peut annoncer aux autres que ce que l’on a d’abord contemplé, porté dans la prière.  Si nous prions beaucoup en amont, nous n’annoncerons pas des idées, mais quelqu’un, celui que nous rencontrons chaque fois que nous prions.  Le chrétien est un annonciateur, un missionnaire, mais il ne peut l’être qu’en étant d’abord un priant.  « Mais ‘Mossieur’ le curé, je ne sais pas prier … » Pas de problème, Jésus ne nous a pas demandé des extases mystiques, mais de prier, de prendre du temps pour être avec lui, peut-être en ne faisant rien, en ne disant rien, mais en étant là pour lui et avec lui.  On disait de Dominique : « Il parlait toujours avec Dieu et de Dieu »

     

    Trois enfin.  Les Prêcheurs sont un ordre mendiant.  Sans doute, aujourd’hui, ne les voit-on plus venir quémander leur pain quotidien.  Mais fondamentalement, être mendiant, c’est dire à l’autre : « Tu peux m’apporter quelque chose ; j’ai faim de toi ; sans toi, je ne peux pas être pleinement moi-même, je ne peux pas être pleinement vivant, heureux ».  N’est-ce pas une superbe manière de vivre l’annonce de l’Évangile : aller aux périphéries, les mains vides en demandant à l’autre de les remplir.  Alors, oui, l’autre est grandi parce qu’il peut me combler.  Et je vous rappelle que le Seigneur habite mon frère.  À travers lui, c’est lui qui me comblera !

     


     

    Sainte Julienne de Cornillon     7 août

    Qu’il est bon parfois d’être chauvin et même principautaire, puisque l’Église nous donne de célébrer aujourd’hui une vraie liégeoise du XIIIème siècle : sainte Julienne de Cornillon.

     

    Sans raconter toute sa vie … Julienne, orpheline, est recueillie par les sœurs de la léproserie du Mont Cornillon.  Très jeune, elle a des visions qu’elle taira longtemps.  En autre, elle voit la lune dont il manque un morceau.  Elle comprend qu’il manque une fête à l’Église en l’honneur du sacrement du corps et du sang du Christ.  Cela lui vient de la conscience qu’elle a de la parole de Jésus : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps ».  Elle vit cela d’une façon toute spéciale à travers le sacrement de l’eucharistie.  Après maints épisodes rocambolesques dignes d’un film, elle obtient en 1246 de l’évêque de Liège que l’on célèbre la fête du Corps et du Sang du Christ, que l’on appellera bien longtemps la Fête-Dieu, la fête de Dieu ... Jacques de Troyes, ancien archidiacre de Campine, devenu pape sous le nom d’Urbain IV, étendra cette fête à l’Église universelle en 1264.  On verra fleurir alors la dévotion au Saint-Sacrement, les grands ostensoirs en forme de soleil et les processions du Saint-Sacrement.

     

    Que retenir de Julienne pour nous aujourd’hui ?

     

    Tout d’abord, évidemment, le sens de l’Eucharistie ; elle est selon l’ancien adage de l’Église, la source et le sommet de la vie chrétienne.  Et nous risquons trop souvent de la banaliser ou de l’oublier.  Il s’agit de l’amour absolu de notre Dieu pour nous ; mais comme dans l’amour d’un couple, nous savons que la flamme doit souvent être ranimée, sinon, l’être cher devient de moins en moins cher … et on arrive à ne plus s’aimer.  Julienne vivait à une époque où l’on communiait très peu souvent ; d’où ce risque d’aimer de moins en moins le Seigneur.  L’adoration de l’eucharistie sera pour elle un moyen de rester connectée à son grand Amour.  Moins nous rencontrons un ami, plus nous risquons de le perdre.  Ainsi en est-il pour le Seigneur.

     

    Une autre sainte liégeoise : Mère Marie-Thérèse Haze, la fondatrice des Filles de la Croix disait « (Si) Dieu le veut, cela se fera ».  C’est vraiment cela la conviction de Julienne.  Elle a souffert croix sur croix, y compris et d’abord de sa propre communauté religieuse qui iront jusqu’à la chasser de Cornillon, mais elle a tenu bon « espérant contre toute espérance », comme dira Paul aux chrétiens de Rome.  Julienne nous enseigne la persévérance si nous sommes convaincus que ce n’est pas notre plan, mais le plan du Seigneur.  Ainsi en est-il de nos paroisses !  Parfois, on a l’impression de ramer, de ne pas être suivi … mais comme disait un de mes professeurs : « Ce n’est qu’en ramant que la barque avance ».

     

    Trois enfin. L’eucharistie ou l’adoration de l’eucharistie nous fortifie, nous donne la force de sortir de nous-mêmes et d’aller vers les autres, dans le monde.  Julienne avait été éduquée dans une léproserie.  Il y a en a de toutes sortes aujourd’hui, des lèpres …  Plus je regarde Jésus dans l’eucharistie, plus je le verrai dans les « lépreux » d’aujourd’hui … car c’est là aussi qu’il se trouve.  Impossible de séparer la présence du Seigneur dans l’Eucharistie et la présence du Seigneur dans le Frère.  Écoutons François : « Jésus parle en Silence dans le Mystère de l’Eucharistie et nous rappelle chaque fois que Le suivre signifie sortir de nous-mêmes et faire de notre vie un don à Lui et aux autres ».  Plus j’irai à l’eucharistie, plus j’irai chez mes frères et plus j’irai chez mes frères, plus il me faudra me ravitailler dans l’eucharistie !

     


     

    Transfiguration de Jésus     6 août

    Trois visages.  En quelques chapitres, les disciples Pierre, Jacques et Jean vont faire l’expérience des trois visages de Jésus.  Le visage humain tout d’abord ; ce visage qu’ils connaissent « par cœur » depuis trois ans, le visage qui est devenu celui d’un ami ; visage qu’on reconnaît de loin et qu’on devine plein de tendresse, de douceur, de compassion.  C’est le visage de la plus grande partie de l’Évangile : Jésus s’est fait homme au milieu des hommes, semblable à eux en tout à l’exception du péché, dira la prière eucharistique IV.

     

    Dans quelques chapitres, ils vont faire la découverte d’un autre visage : celui auquel ils s’attendaient sans doute le moins : le visage défiguré de l’homme des douleurs : trahi par les siens, abimé par la torture et les coups, ne ressemblant plus à un visage d’homme tellement il est tuméfié physiquement et moralement.  Il n’avait plus figure humaine, dira Isaïe.  Puis viendra la Résurrection ; résurrection dont le Père nous donne un avant-goût aujourd’hui dans la Transfiguration.  On pourrait l’appeler la fête de Pâques de l’été : le troisième visage de Jésus : celui d’un ressuscité.  Le Père bouleverse l’ordre comme pour nous dire : il vaut faut déjà découvrir un peu le mystère de la Résurrection pour pouvoir supporter celui de la Passion !  C’est ce que l’Église vit depuis 20 siècles : la Résurrection a déjà eu lieu et elle nous permet de vivre le mystère de la Passion qui perdure …  Comment ne pas penser d’une façon toute spéciale aujourd’hui à nos frères et sœurs du Liban ?

     

    Sur le mont Thabor, Jésus réunit les deux Testaments : Moïse et Élie pour l’Ancien et les trois pour le Nouveau.  Il est l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin.  C’est en ce Dieu qui est tout en tous que nous entendons la parole du Père, adressée à Jésus et à nous, les imitateurs du Christ : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »  Ce n'est pas d'abord nous qui devons regarder le Seigneur pour nous dire que nous sommes ses enfants.  C'est lui qui nous regarde et nous le dit.  Quelle simplification dans la vie spirituelle !  Dieu fait toujours le premier pas, Dieu a toujours l'initiative, Dieu nous précède toujours.  La transfiguration, vivons-la comme un bain de soleil devant Dieu.  Laissons-nous inonder par cette parole qui nous est adressée, à chacun, personnellement.  Ne nous forçons pas à nous dire : "JE suis ton enfant, Seigneur", mais, dans le silence du cœur, dans le silence de la prière, écoutons le Seigneur nous dire : " TU es mon enfant".  La vraie joie vient de la simplification, de l'abandon joyeux à ce Père qui met tout son amour en nous.  Déblayons joyeusement notre cœur, vidons-le de tout ce qui le remplit et l'encombre, pour que cette phrase : "Tu es mon enfant" vienne s'y installer et y demeure.  Selon l'expression de saint Benoît, ruminons cette Parole de Dieu, laissons-nous transformer par elle. 

     

    Et enfin, ils redescendent de la montagne.  Voilà ce que François disait lors d’un Angélus, Place Saint-Pierre : « Au terme de l’expérience admirable de la Transfiguration, les disciples sont descendus de la montagne les yeux et le cœur transfigurés par la rencontre avec le Seigneur. C’est le parcours que nous pouvons accomplir nous aussi. La redécouverte toujours plus vivante de Jésus n’est pas une fin en soi, mais elle nous induit à ‘descendre de la montagne’, revigorés par la force de l’Esprit divin, pour décider de faire de nouveaux pas de conversion authentique et pour témoigner constamment de la charité, comme loi de notre vie quotidienne. Transformés par la présence du Christ et par l’ardeur de sa parole, nous serons le signe concret de l’amour vivifiant de Dieu pour tous nos frères, spécialement pour qui souffre, pour ceux qui se trouvent dans la solitude et dans l’abandon, pour les malades et pour la multitude des hommes et des femmes qui, dans différentes parties du monde, sont humiliés par l’injustice, l’abus de pouvoir et la violence. »

     


     

    Mercredi de la 18ème semaine du temps de l’Église     5 août

    Elle n’a vraiment rien pour elle.  Tout d’abord, c’est une femme et il n’est pas besoin de vous redire la place de la femme dans le judaïsme de l’époque.  Deux, ce n’est pas une juive, c’est une païenne et en plus une Cananéenne, c’est-à-dire d’une tout autre culture qui a parfois tenté les Juifs ; les Cananéens étaient donc considérés comme des « super-païens-parmi-les-païens ». Trois, sa fille est possédée, donc, c’est que tout n’est pas « clair » dans la vie de cet enfant, mais peut-être aussi dans la vie de ses parents.  On comprend donc bien les apôtres.  Mais, c’est étonnant : ensemble, ils auraient pu la faire décamper, sans aucun problème.  Pourquoi pas ?  Pourquoi se tournent-ils vers Jésus ? Peut-être sont-ils surpris du silence de Jésus face aux demandes de cette femme ?

    Faut-il accepter que ces gens « pas en règle » s’approchent de Jésus ?  Je me souviens d’une paroissienne qui était venue me trouver, furax, parce que j’avais demandé à une divorcée de distribuer la communion.  « M’enfin, Monsieur le curé, vous vous rendez compte ?  Cela ne se fait pas …  D’ailleurs, j’ai changé de file » !!! 

    Sans aller jusque là - j’espère - je pense que tous nous avons parfois ce sentiment d’une « petite » supériorité par rapport à d’autres chrétiens ou à de non-croyants.

     

    Et Jésus ?  À première vue, il peut paraître à la limite de la grossièreté.  Ne pas lui répondre d’abord ; ensuite la traiter elle et les siens de petits chiens … Il ne faut pas se méprendre.  Jésus emploie juste le vocabulaire de l’époque : les Juifs étaient des enfants et les païens des petits chiens.  Mais surtout, Jésus, à ce moment-là n’a pas encore pris conscience du caractère universel de sa mission.  Dans l’esprit juif, le messie vient pour les Juifs : ils sont le Peuple élu, le peuple choisi par Dieu.  C’est eux que Dieu vient délivrer.  Ce texte de Matthieu marque donc un tournant absolu dans la prédication de Jésus.  S’il n’y avait pas eu cette Cananéenne, aurions-nous reçu la Bonne Nouvelle ?  Les Apôtres seraient-ils allés annoncer la Résurrection jusqu’aux extrémités du monde connu ?  C’est notre deuxième « devoir de vacances » du jour : avoir le sens de l’universalité si chère à François ; aller aux périphéries, ne pas cocooner entre nous …

     

    Trois, cette femme est persévérante, mais de façon très humble.  Elle n’attaque pas, elle n’exige pas.  Elle reconnaît d’abord qui est Jésus : « Seigneur, Fils de David » - « toi, le Messie ».  Peut-être ne sait-elle pas vraiment ce qu’est le Messie, mais elle pressent qu’il y a chez Jésus « quelque chose ».  Certains m’ont parfois dit : « Ça sert à quoi ces baptêmes ou ces mariages avec des gens qui ne croient pas ? »  Je pense qu’ils sont les Cananéennes d’aujourd’hui : Ils ne savent peut-être pas, mais ils pressentent qu’il y a un-je-ne-sais-quoi chez nous, dans notre Église.  Alors, comme Jésus, accueillons, ouvrons grand nos portes, et surtout ne jugeons pas.

    Sa persévérance humble lui fera dire qu’elle ne veut pas le pain, juste les miettes … et, qui plus est, par pour elle, mais pour sa fille.  Que c’est beau.  C’est la prière du Centurion que nous disons avant chaque communion : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir » … mais je te reçois quand même, puisque ton amour est infini.  Ainsi en est-il aussi pour celle qu’on pourrait appeler : sainte Cananéenne  

     


     

    Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars    4 août

    Je ne pense pas que je vous étonnerai vraiment en disant que c’est un de mes préférés, puisque Jean-Marie Vianney est depuis 1929 le saint patron de tous les curés et même depuis 2009 de tous les prêtres de la terre …  Alors, simplement trois citations de ce grand-petit-curé de campagne.

     

    « Nos fautes sont comme des grains de sable en face de la grande montagne des miséricordes de Dieu. »

    Le curé d’Ars a passé des centaines et des centaines d’heures à donner le sacrement de la Réconciliation ; on venait de partout dans ce trou perdu d’Ars pour se confesser à lui.  On dit qu’il lisait dans les cœurs.  À cette époque, on insistait lourdement - trop lourdement - sur le péché et pas assez sur l’amour infini de Dieu.  Sa parole est donc très moderne et bouleversante.  Elle nous invite non pas à nous regarder en premier lieu, mais à regarder le Seigneur.  Son amour est démesure : la femme réunit tout son voisinage pour une pièce qu’elle a retrouvée ; le berger abandonne 99 brebis fidèles pour une seule qui a pris la poudre d’escampette et le Père fait la fête pour ce fils indigne qui l’a considéré comme déjà mort !

     

    « Si l'on savait ce qu'est la messe, on en mourrait. »

    À l’époque - mais est-ce que les choses ont vraiment changé ? - l’important était d’être en ordre : la messe et la communion au moins à Pâques ; et si l’on venait à la messe, peu importe d’arriver à temps ou de partir trop tôt, ce qui comptait était d’y arriver avant l’offertoire et de ne pas quitter avant la communion (même si, évidemment, on ne communiait pas).  Ainsi, on était en ordre, on avait le cachet pour le ciel.  Comme souvent dans la vie spirituelle, nous pensions que le plus important à l’eucharistie venait de nous …  Quel orgueil, ou à tout le moins, quelle erreur ! Le curé d’Ars était bouleversé par la présence du Seigneur dans l’eucharistie et au tabernacle.  Lorsqu’il montrait le tabernacle à ses paroissiens, il ne trouvait pas les mots, il répétait simplement en le montrant du doigt : « Il est là, il est là ! »  Peut-être ce jeûne d’eucharistie durant le confinement nous a-t-il fait redécouvrir le sens inouï de l’eucharistie et de la communion.  Essayons de ne jamais nous y habituer !

    « On n'a pas besoin de parler beaucoup pour bien prier. Nous savons que Dieu est là dans le saint tabernacle ; ouvrons-Lui notre cœur ; réjouissons-nous de sa sainte présence : c'est la meilleure prière. »

    Et enfin la prière …  Là aussi, pour prier, il fallait faire aller ses lèvres, sinon « ça ne comptait pas ».  Et puis, le curé d’Ars a été impressionné par un de ses paroissiens qui venait souvent à l’église, mais dont il ne voyait pas les lèvres bouger.  Il lui a demandé ce qu’il faisait.  Le paroissien lui a donné cette réponse devenue célèbre : « Je l’avise et il m’avise » - « je le regarde et il me regarde ».  Le Seigneur est un soleil, la prière est du bronzage dira Michel QUOIST.  L’important ce n’est pas moi : je ne sais pas me faire bronzer.  Seul le soleil me donnera un joli teint.  La seule chose que je dois faire, c’est d’être là et d’être longtemps là.  De nouveau, et comme toujours, c’est le Seigneur qui est premier.

     

    Une petite dernière pour la route, sans commentaire, elle parle de soi.  Elle parle de l’amour de Jean-Marie pour sa Patronne Marie : « Lorsque nos mains ont touché des aromates, elles embaument tout ce qu’elles touchent. Faisons passer nos prières par les mains de la Sainte Vierge, elle les embaumera. »

     


     

    Lundi de la 18ème semaine du temps de l’Église     3 août

    Jésus vient de nourrir les foules, comme il nous a nourris hier à l’eucharistie.  « La messe est dite, allez ! » disait l’ancienne liturgie : Jésus renvoie les foules à leurs activités habituelles ; ils sont pêcheurs.  Mais ils le sont d’une autre manière, puisque désormais, ils pêchent depuis la barque … de l’Église.  Ainsi en est-il de nous !  Lorsque nous quittons l’église, nous restons l’Église ; désormais, tout acte que nous posons, même dans la banalité des choses est un acte d’Église.  Mais, alors que nous avons la certitude d’être avec Jésus lors du repas de l’eucharistie, lorsque nous retournons aux tâches ordinaires, nous sommes seuls … du moins le croyons-nous.  Et qui plus est, voilà que c’est la tempête.

     

    Ou plutôt, pas exactement …  C’est le vent qui est contraire.  Le vent, le souffle, nous le savons bien, c’est l’Esprit de Dieu.  Mais, parfois, dans notre vie quotidienne, professionnelle, familiale, nous sentons bien que c’est un autre esprit qui souffle, l’esprit du monde, qui « est contraire » et du coup, des vagues battent notre barque.  Je vous l’ai dit : barque de notre quotidien et barque de l’Église.  Les deux sont bien battues ces temps-ci : barque de l’Église par tous les scandales sexuels ; barque du quotidien par ce foutu virus dont nous avons bien de la peine à nous séparer.  « Mais où es-tu Jésus ? »  Nous le constatons bien : à ces moments-là, c’est l’absence de Dieu dont nous faisons souvent la douloureuse expérience.  Matthieu nous le dit bien, c’est vers la fin de la nuit seulement qu’il les rejoint.  Avant cela, il priait !  Mais n’est-ce pas une autre manière de dire qu’il était aussi tellement proche d’eux.  Il le dira chez saint Jean : « C'est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés, parce qu'ils sont à toi; et tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ».  Autre présence de Jésus, mais sûrement pas plus petite présence.  Il vient en fin de nuit en marchant sur la mer, en marchant sur la mort.  Et peut-être est-ce cette prière fervente à son Père pour chacune et chacun de nous qui le fait déjà être plus fort que la mort, comme avant-signe de sa résurrection.

    Réaction des apôtres et de nous-mêmes : « C’est un fantôme ».  Lorsque nous sommes plongés dans les affres de la mort, nous ne voyons plus que cela et même la présence du Dieu de vie, nous apparaît comme la venue de la mort.  Rappelez-vous l’homme à l’esprit impur dans la synagogue de Capharnaüm : « «Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. »  Il sait qui est Jésus, mais en même temps, lui l’impur, voit Jésus comme venant encore ajouter de la mort à sa propre mort …  Mais Jésus vient pour sauver, relever, ressusciter !

     

    Pierre, le merveilleux Pierre, en même temps a des doutes - « si c’est bien toi » -  et, en même temps, ose aller à sa rencontre sur les flots de la mort.  Et, en même temps, il réussit … et en même temps, il commence à sombrer … Mais le principal est qu’il a osé, car Jésus est toujours là pour étendre la main et le saisir.  Voilà notre tâche aujourd’hui.  Avoir un tout petit peu, une once de foi, pour oser marcher aussi sur la mort, être plus fort qu’elle.  Oui, nous le pouvons, puisque Jésus est là.  Et quand bien même, nous commencerions à nous enfoncer, il nous relèverait.  Lorsque Jésus et Pierre sont dans la barque du quotidien et de l’Église, le vent se calme : Force de vie de Jésus et foi, même toute petite de Pierre, symbole de l’Église …  Les deux ensemble … Alors, Jésus n’est plus un fantôme : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »   

     


     

    18ème dimanche du temps de l’Église     2 août

     « J’ai faim, j’ai soif de toi ». 

     

    Voilà le cri de notre Dieu ce matin.  Car c’est bien d’abord de Dieu qu’il s’agit dans la liturgie de ce jour.  Il le dit d’une autre manière : « Je ferai avec vous une Alliance éternelle. »  Dieu n’a pas besoin de l’homme – il est Dieu -, mais Dieu veut avoir besoin de l’homme.  L’homme est devenu indispensable à son propre bonheur.  Vous imaginez : en quelque sorte, on pourrait dire : « Sans toi, Dieu n’est pas vraiment heureux ; je suis responsable du bonheur-même de Dieu ! »  Incroyable … mais vrai !

    Ce Dieu qui veut avoir besoin de nous, il sait bien qui nous sommes, il sait que nous risquons de lui dire que nous n’en sommes pas dignes, que nous n’avons pas assez de mérites, de vertus, que nous ne sommes pas des saints.  Oui, il le sait, et c’est pourquoi il nous dit par la bouche d’Isaïe : « Même si tu n’as pas d’argent », même si tu es pécheur … eh bien, moi, Dieu cela ne m’empêchera pas de faire alliance avec toi, de te combler de tout mon amour, parce que c’est à ce moment-là que je suis pleinement heureux, nous dit le Seigneur.

    Mais il y a une chose que Dieu ne peut pas faire : c’est nous donner ce cadeau inouï, si moi, à mon tour, je n’ai pas faim, je n’ai pas soif : « Vous tous qui avez soif, venez ! »  Ai-je soif, ce matin, moi qui suis dans cette église, moi qui suis devant mon poste de radio ?  Ai-je soif de Dieu comme Dieu a soif de moi ? 

     

    Saint Paul explique aux Romains comment s’est manifesté cette soif, ce désir de Dieu pour nous.  Ce n’est pas quelque chose : la fortune, de longues années, une belle réputation.  Non, ce cadeau de Dieu, c’est quelqu’un : Jésus lui-même.  « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ ».  Parce que Dieu a faim et que j’ai faim, il me donne à manger, il se donne lui-même à manger.  C’est ce que nous vivons à chaque eucharistie.  « Je t’aime tellement que j’ai envie de te manger » dit parfois un papa à son petit enfant.  N’est-ce pas ce que Dieu nous dit et ce qu’il espère que nous lui répondons.  Chaque fois que nous venons à l’eucharistie ou que nous la rejoignons grâce aux ondes ou a Facebook, c’est cela qui habite le cœur de notre cœur.  « Seigneur, je t’aime tellement que j’ai envie de te manger ».  Et le Seigneur, amoureusement, se laissera faire.

     

    Aujourd’hui, l’Église continue cette mission du Seigneur de donner à manger.  Les prêtres sans doute, en raison de leur ministère ordonné, mais chaque chrétien en vertu de son baptême.  Tant d’hommes et de femmes sont assoiffés et affamés, et nous avons le trésor de nous savoir aimés infiniment.  Comment pourrions-nous garder ce bonheur pour nous ?  Non, le Seigneur nous redit aujourd’hui : « Donnez-leur, vous-mêmes, à manger ! »  Et peut-être, comme pour la première lecture, risquerions-nous de lui dire notre incapacité : « nous n’avons que cinq pains et deux poissons ».  Et alors …  Tracasse, comme disent les jeunes.  Tracasse, dit Dieu !  Donne-moi le peu que tu as et je le multiplierai.  Je pourrais le faire tout seul, sans toi, sans le peu que tu as entre les mains … mais je ne veux pas me passer de toi, parce que je t’aime ».  « Alors, ne me fais pas ce coup-là, ne sois pas timide ou craintif ».  Oui, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous.  Soyons une Église audacieuse, forte de sa faiblesse, car Dieu habite notre faiblesse.  Oui, tu ouvres la main, nous voici rassasiés. 

     


     

    Saint Alphonse de Liguori     1er août

    Nous sommes gâtés ces jours-ci, par de très belles figures de saints qui nous sont proposés par la liturgie.  Aujourd’hui, c’est le tour d’Alphonse de Liguori.  Nous sommes au XVIIIème siècle, dans la région de Naples.  Brillant avocat, venant d’une famille riche, il entrera au séminaire et, devenu prêtre, il s’occupera des plus démunis.  Il sera aussi à l’origine des Rédemptoristes.  Il finira évêque de Sainte-Agathe-des-Goths, un tout petit diocèse napolitain.

     

    Que pouvons-nous retenir de lui pour notre vie-en-Covid ?

     

    Tout d’abord, il a écrit une belle prière pour la communion spirituelle.  C’est peut-être votre cas aujourd’hui ; cela a été le lot des chrétiens durant de nombreux mois que d’être empêché de communier.  Notre Pape François a rappelé la communion spirituelle.  Voilà la prière d’Alphonse : elle est écrite avec le vocabulaire du temps, évidemment, mais n’en demeure pas moins très belle : « Mon Jésus,

    Je crois que tu es réellement présent
    dans le Très Saint Sacrement de l’autel.

    Je t’aime plus que tout
    et je te désire dans mon âme.

    Puisque je ne peux pas te recevoir sacramentellement maintenant,
    viens au moins spirituellement dans mon cœur.

    Et comme tu es déjà venu,
    je t’embrasse et je m’unis tout entier à toi.

    Ne permets pas que je sois jamais séparé de toi. »  

    Pourquoi ne pas nous en inspirer pour écrire et prier la nôtre, lorsque nous ne pouvons pas communier « physiquement » ?

    Deux.  Il a inventé cette chose merveilleuse qu’on a appelé les « chapelles du soir » : Le soir, des groupes de personnes se réunissaient dans leurs maisons, puis plus tard dans des chapelles, pour prier et méditer la Parole de Dieu.  Je crois que c’est vraiment une piste pour demain, avec le nombre de prêtres toujours moins nombreux.  En vertu de notre baptême, nous avons la capacité de nous réunir entre nous pour prier et partager sur notre foi.  Peu importe la manière : du chapelet au partage d’évangile, de l’ordinateur où l’on peut regarder ensemble une vidéo chrétienne - il y en a tellement - à un partage de vie …  Tout est possible, et ça me semble fondamental pour demain … Et Jésus nous l’a dit : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux »

     

    Trois.  Il a fondé les Rédemptoristes qui ont prêché tant et tant de Missions dans les paroisses.  Souvent, c’était l’occasion de revivifier ces paroisses et ces villages.  Sans doute, la méthode doit-elle évoluer, mais cela nous rappelle quelque chose de fondamental.  Nous ne sommes jamais arrivés ; nous devons toujours nous réveiller, nous ré-veiller ; nous devons sans cesse inventer des chemins nouveaux pour annoncer la Bonne Nouvelle au monde.  C’est un enjeu fondamental de nos paroisses et de nos Unités Pastorales pour demain.

     


     

    Saint Ignace De Loyola         31 juillet

    Nous fêtons donc aujourd’hui, le fondateur des jésuites, de la compagnie de Jésus.  C’est donc une grande fête pour notre Pape François que nous porterons d’une façon toute spéciale dans notre prière.

    Vivant à cheval sur les XVème et XVIème siècle, bien après François d’Assise, il est comme lui un chevalier.  Comme lui, il sera blessé. Toujours comme lui, il se convertira.  Aujourd’hui encore, tant et tant de chrétiens suivent son œuvre majeure : les exercices spirituels.  J’ai trouvé sur le site d’Aleteia (https://fr.aleteia.org) un beau diaporama sur saint Ignace et la façon de vivre ce temps de coronavirus : Chaque fois, une citation d’Ignace et un petit commentaire.  Je vous en livre une partie.

     

    « Trouver Dieu en toute chose »

    Pas simple de trouver la bonne attitude à adopter au temps du coronavirus. La première chose est d’accepter la réalité telle qu’elle se présente à nous, comme celle de cette nouvelle « normalité » qui aujourd’hui s’impose.  La phrase de saint Ignace de Loyola : « Trouver Dieu en toute chose », c’est trouver la paix intérieure pour ensuite accepter un état de fait comme un nouvel état « normal » avec toutes ses conséquences.  Ici, c’est commencer par suivre les consignes des médecins et changer certains de nos comportements pour nous protéger nous-mêmes et surtout, pour protéger les autres …

     

    « Il semble que vous devriez vous résoudre à faire avec calme ce que vous pouvez »

    Saint Ignace de Loyola est très clair : Il est essentiel de ce se concentrer sur ce qu’on peut faire à un moment donné.  Au lieu de s’enfermer dans les inquiétudes, la crise permet l’opportunité de faire le mieux possible ce qu’on est amené à faire. C’est le moment de réveiller en nous tous les talents en sommeil et de les faire fructifier. Pour cela, saint Ignace de Loyola conseille de prendre un moment en fin de journée, pour s’en rappeler tous les événements et repérer ceux qui ont été positifs et créatifs. C’est le meilleur moyen de constituer un trésor, le petit capital de nos bonnes actions et de continuer dans cette direction.

     

    « Personne ne travaille mieux que lorsqu’il fait une seule chose »

    Saint Ignace de Loyola recommande de garder les yeux fixés sur le chemin, un pas après l’autre, en avançant résolument.  En temps de crise, le risque est de perdre de vue l’important en détournant notre regard vers la tempête. Pourtant, pour avancer réellement, il faut conserver notre équilibre, être attentif à son bien-être physique et mental. Concrètement, cela veut dire veiller à la bonne nourriture, faire de l’exercice physique, alterner les activités, rester connectés aux autres, ne pas s’isoler … Et si ce temps incertain était l’occasion de vraies nouvelles routines ?

     

    Très concret ce diaporama …  Comme quoi, Ignace est très « moderne » et avouez qu’on y retrouve beaucoup - et c’est normal - notre bon Pape François, son disciple. Il reste cinq autres citations et commentaires sur le site d’Aleteia, si le cœur vous en dit !   

     


     

    Saint Pierre Chrysologue     30 juillet

    Évêque de Ravenne et docteur de l’Eglise

    La liturgie fait aujourd’hui mémoire de saint Pierre Chrysologue. Évêque de Ravenne, capitale de l’Empire romain d’Occident depuis 402, Pierre a laissé des sermons, retrouvés longtemps après sa mort, qui témoignent de sa foi et de sa chaleur d’homme de Dieu. Il fascine les Papes et les rois avec des « paroles d’or », d’où le qualificatif chrysologue « bouche d’or ». 

    Il est aussi un modèle pour nous les prêtres, parce que ses homélies étaient toujours très brèves !!! Je voudrais partager avec vous trois extraits de ses nombreuses homélies.  Je crois que ça nous fera du bien dans ce temps difficile

     

    La première nous rappelle notre dignité : « Homme, pourquoi es-tu si vil à tes propres yeux, alors que tu es si précieux aux Yeux de Dieu ? »  C’est la maladie de l’adolescent par excellence, mais cette maladie peut perdurer !  Se prendre pour moins que rien, trouver les autres bien meilleurs que soi, être misérabiliste.  Je vous cite souvent ce verset du psaume 138 : « Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis » et les paroles de Marie qui a l’audace de dire : « Désormais, tous les âges me diront bienheureuse ».  Le climat morose dans lequel le Covid nous plonge risque d’affecter la vision que nous avons de nous-mêmes.  N’oublions jamais que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de notre Dieu … que nous sommes beaux.

     

    Deux.  Mais notre beauté est altérée par le péché.  Dieu ne s’y résout pas, il vient à notre secours. Parlant du recensement durant lequel Marie va accoucher, il parle de la pièce de monnaie qui porte la figure de l’empereur et c’est pour lui de dire : « La pièce d’argent porte l’image de César, et l’homme l’image de Dieu. Voilà pourquoi toute la terre est recensée : pour former la ressemblance du roi sur la pièce d’argent, et reformer l’image de Dieu dans l’homme. »  C’est la deuxième citation.  Souvent, dans la Bible, on trouve l’image de Dieu qui est comparé à un potier ; ce potier qui d’un bloc informe de terre va faire jaillir un si beau vase.  Si le vase se « laisse aller » avant de sécher ou d’être cuit, on le jette tout simplement.  Il n’en est pas ainsi de Dieu : il remet notre « vase penché » sur le tour et se remet à l’œuvre pour nous re-former, nous ré-former.  Et il n’a qu’une image en tête : la sienne.  Tant que notre visage ne ressemblera pas pleinement à son visage, il ne se lassera jamais de nous remettre sur le tour.  Ces mains vont nous façonner et nous façonner encore ; ces mains qui guérissent, enlacent, bénissent …

     

    Trois. Cela il nous faut l’annoncer au monde : « Aux gens du peuple, il faut s’adresser dans la langue du peuple ; la communion s’établit quand on parle à tout le monde ; et ce qui est nécessaire, on doit le dire d’après la manière dont tout le monde s’exprime. Un langage naturel est apprécié des gens simples et doux aux personnes instruites. »

    Dans la mesure où notre Dieu est un père - un papa - pour nous ; dans la manière où il s’est adressé à nous par des paraboles toutes simples … faisons de même.  Ce qui faisait qu’il était appelé « Chrysologue », « bouche d’or » c’était justement le fait qu’il s’exprimait tout simplement.  Ne prenons pas un air emprunté quand on nous demande de témoigner de notre foi ; faisons-le simplement, joyeusement … et de façon brève ! 

     


     

    Sainte Marthe    29 juillet

    Jésus avait prévenu : " Les oiseaux ont des nids mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête". Du coup, lui et la bande de disciples qui l'accompagnaient, dépendaient des gens pour le vivre et le couvert. L'accueil de l'Évangile s'effectuait non dans un lieu sacré mais dans la maison : il fallait ouvrir, laisser entrer. La foi ne peut se confiner dans les églises : elle doit se vivre au cœur de la vie ordinaire.

     

    Marthe et Marie sont devenues les prototypes de deux genres de vie religieuse : vie active (enseignement, hôpitaux..) et vie dite contemplative (prière, oraison). Mais ce n'est pas le vrai problème du texte, c’est plutôt : « Quand Jésus vient, que faire en priorité ? »

     

    Marthe se dresse comme l'aînée, la maîtresse de maison consciente de ses responsabilités. D'emblée elle a sonné le branle-bas : il s'agit de faire honneur au Maître, d'autant qu'il ne passe pas si souvent. Et puis il faut préparer un copieux repas pour ces pauvres disciples dont la mine montre bien qu'ils ont rarement l'occasion de manger à leur faim.

    Et que ça saute ! Marthe s'affaire pour mettre sur pied un menu trois étoiles. On va voir ce qu'on va voir : ses compétences culinaires, son art de la table, sa rapidité d'exécution, son sens du gouvernement.

    Tout démarre bien jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive que sa petite sœur n'est pas là. Et où la découvre-t-elle ?? Aux pieds de Jésus, silencieuse, en train de l'écouter. Marthe explose. Mais Jésus doucement calme l'ardeur de "la chef" et prend la défense de la cadette :

     

    Le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. .....

    Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée".

     

    C'est très bien de nous préparer un bon repas, j'en suis ravi, surtout pour mes disciples. Mais quand je passe dans votre maison, murmure Jésus, est-il nécessaire de faire tant de chichi ? Il est normal et louable de vouloir nous nourrir mais Marie a compris qu'il faut en priorité se laisser nourrir par ma Parole !  Dans l'attitude du disciple (assise, attentive), elle écoute mon enseignement, elle cherche à comprendre mon message.

    Lorsque Jésus paraît, il est infiniment plus essentiel de se laisser faire, de prêter l'oreille à ce qu'il dit. Il s'agit moins de se dévouer pour le Seigneur que, au préalable, de cesser de faire pour écouter. Marie ne "contemple" pas : elle écoute. Croire, c'est d'abord accueillir sa Parole, accepter d'apprendre.

     

    Marthe est probablement une pharisienne.  Saint Jean le laisse entendre puisqu'elle dira, lors de la mort de son frère Lazare qu’elle croit à la résurrection).  Elle est persuadée qu'il faut déployer des trésors d'énergie pour faire plaisir à Dieu. Sa foi est obéissance, application minutieuse, acharnement à faire. Et c’est très bien : c’est pour cela qu’elle est sainte.  Mais, attention, dit Jésus.  Derrière cet empressement, il peut y avoir la vanité de montrer ce dont on est capable, la fierté d'être plus douée que les autres, l’attente de compliments et de récompense ...  Religion pharisienne !

     

    Jésus, au contraire, approuve Marie qui reste assise devant lui et qui se laisse instruire, enseigner, guérir par la Parole de son Seigneur.

    En ce temps de vacances, osons faire le point sur nos méthodes.

     

    Est-ce que nous sommes reconnaissants envers celles qui se dévouent dans le service quotidien de la cuisine ? Car Jésus ne dévalue pas les humbles tâches des fourneaux ni même la gastronomie ! La brave Marthe a le défaut de vouloir en faire trop...mais elle est aussi une Sainte !

     

    Avons-nous d'abord écouté ce que le Seigneur nous demandait ? A quoi bon faire et refaire des tas de choses qu'il ne demande pas...et de ne pas faire ce qu'il exige et que nous refusons d'entendre ? La 1ère tâche est la prière d'écoute.

     


     

    Mardi de la 17ème semaine du temps de l’Église     28 juillet

    Après avoir fait l’homélie sur la parabole du semeur, voilà qu’aujourd’hui, à la demande des siens, Jésus va faire l’homélie sur la parabole du bon grain et de l’ivraie.

     

    Allons donc un peu plus profond encore dans la compréhension de cette parabole et tant pis si je me répète : « La répétition est l’âme de l’enseignement … même si elle est parfois lame de rasoir » !

     

    Un.  Jésus redit clairement qui est à l’origine du Bien et du Mal.  Et s’il le redit, c’est pour taper sur le clou : Le Mal ne vient pas, n’est jamais venu et ne viendra jamais de lui ; le Mal vient - en grec - du diable.  Diabolos en grec signifie le Diviseur.  Le Mal absolu, c’est toujours d’essayer de diviser.  Le proverbe dit d’ailleurs : « diviser pour régner ». On l’a vu assez et on le voit encore d’une façon plus forte depuis le dernier CNS : « Qui est responsable de ce retour en arrière ? »  Il faut trouver un responsable pour pouvoir diviser notre communauté belge.  Et, évidemment, chacun y va de son responsable : le gouvernement, les flamands, les étrangers, les jeunes, …  De toutes façons, les autres … pas moi !  Mais l’on sait bien fondamentalement que nous n’en sortirons que si nous vivons plus que jamais en unité, en communion les uns avec les autres.  Le Mal, ce n’est donc pas manger du chocolat pendant le carême ou dire ‘zut’ à quelqu’un ; non, le Mal c’est tenter de semer la Zizanie selon le titre d’un Astérix.  La prière attribuée à François d’Assise le dit bien : « Là où est la désunion, que je mette l’union ».  Et bien avant, les Béatitudes disaient : « Heureux les artisans de paix »

     

    Deux.  Le Mal aura une fin tandis que le Bien est éternel.  Ne faites pas de cauchemars … nous sommes de nouveau dans un texte oriental.  Dieu séparera en nous le Bien du Mal et nous viendrons auprès de lui, en n’ayant plus que le « Bien sur les épaules ».  Le Mal, nous en serons débarrassés.  N’est-ce pas cela aussi le paradis : me regarder totalement beau, sans plus rien qui obscurcit mon regard et sans plus rien qui obscurcit mon regard sur les autres.  Plus de paille, plus de poutre, mais « si ton œil en toi est clair, tout en toi sera clair ».  Dans le Royaume des cieux, le soleil resplendira en permanence.

     

    Trois enfin.  Le Mal sera jeté dans la fournaise.  Brrrr …  Non, Alléluia plutôt.  Il y aura un moment où le Mal sera anéanti pour toujours … Oui, vous l’avez bien lu : pour toujours.  Pour l’instant, c’est souvent la procession d’Echternach : « Trois pas en avant, deux pas en arrière ».  Mais un jour, ce sera totalement et pour toujours ! La première lecture et le psaume, nous disent cette espérance : « Est-ce le ciel qui nous donnera les pluies ? N’est-ce pas toi, Seigneur notre Dieu ? Nous espérons en toi, car c’est toi qui as fait tout cela. » Et « Et nous, ton peuple, le troupeau que tu conduis, sans fin nous pourrons te rendre grâce. »  Alors, dès maintenant, rendons grâce ! 

     


     

    Lundi de la 17ème semaine du temps de l’Église      27 juillet

    « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde ... Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris … »

    Voici deux autres des sept paraboles de Matthieu sur le Royaume.

    Je vous le rappelle : le Royaume des cieux sera pleinement en Dieu, mais il est déjà ici et maintenant, en germe.  À nous de le faire croître.

     

    Première parabole du jour : la graine de moutarde ; elle est toute petite et elle va devenir un grand buisson.  Le sénevé, autre nom de la moutarde blanche est une plante annuelle, qui arrive à maturité en un mois et elle fait de 50 à 90 cm de haut.  Tout est donc relatif … Elle pousse toute l’année, car elle n’a pas besoin de beaucoup de soleil.  Voilà beaucoup de détails qui nous aident à bien comprendre la parabole.  Elle est une plante annuelle : il faut recommencer chaque année à la planter.  Le Royaume, l’Église, la paroisse ne sont jamais plantés une fois pour toutes.  Il faut toujours recommencer.  C’est capital, parce que l’homme a toujours cette tentation de croire que les choses sont faites une fois pour toutes.  Le Royaume étant toujours nouveau, sa plante ne peut pas « ne sait pas » en belge vieillir.  Toute Église, toute paroisse doit toujours « naître et renaître ».

    Elle n’a pas besoin de beaucoup de soleil et donc, elle peut grandir, même en hiver.  Voilà qui est réconfortant.  Même dans les moments tellement difficiles que l’Église vit avec tous ses scandales qui l’habitent … elle peut continuer de grandir ; le froid ne l’en empêchera pas.  La plante est plus forte que le froid ; la vie toujours plus forte que la mort.

    Elle est grande … mais de 50 à 90 cm … Relativisons …  Comme la hauteur de l’Église … Relativisons aussi …  On a rêvé et parfois réussi à bâtir une Église fastueuse et imposante …  Ben non, notre taille sera toujours modeste et notre réputation ne sera jamais énorme … Ce qui n’empêchera pas les oiseaux de venir s’y abriter. 

     

    La deuxième parabole, celle du levain la complète. 

    Tout d’abord, l’Église n’est pas là pour elle-même.  Essayez de manger une assiette de levain pur … et vous m’en direz des nouvelles : c’est immangeable.  L’Église est là pour le monde, comme le levain est là pour la farine.  Sans farine, le levain n’a pas d’utilité …  Sommes-nous bien convaincus qu’il en est de même pour l’Église ?  Et pourtant si, c’est ainsi.  Nous n’avons de raison d’être que parce qu’il y a le monde …

    Enfin, l’Église doit « se dissoudre » dans le monde afin que le monde grandisse.  C’est rare une entreprise qui souhaite sa fin.  Et pourtant, c’est ce que l’Église souhaite, car dissoute dans le monde, c’est le monde entier qui deviendra un bon pain, le pain de l’Eucharistie.  Comme dit la Genèse : « Ils ne sont plus deux, mais une seule chair ».  L’Église n’existera plus, parce que le monde gonflé par l’Église deviendra en plénitude le Royaume.

     


     

    17ème dimanche du temps de l’Église    26 juillet

    Peut-être, quand vous étiez plus jeunes, lors d’une activité de mouvement de jeunesse, avez-vous fait des courses au trésor.  C’est extrêmement palpitant.  On met, seul ou en groupe, toute notre énergie à trouver ce fameux trésor en se servant des indices qui nous ont été donnés ...  Et quelle joie, si on le trouve le premier.

     

    L’Évangile de ce jour est le même et à la fois assez différent.  Dans le jeu, on sait qu’on va trouver un trésor et on s’y attelle.  Ici, dans la première petite parabole, pas du tout ...  Le trésor est là, alors qu’on ne s’y attend pas du tout.  On est en train de bêcher son jardin, dans la platitude du quotidien, et voilà que la bêche cogne sur quelque chose de métallique : le coffre qui contient le trésor.  Le trésor de cette première parabole n’est pas en dehors de la réalité quotidienne, mais c’est en remuant cette réalité de la profession, de la maison, des loisirs, des jeux, qu’on finit par découvrir Dieu qui y est présent.  Comme Jacob, nous disons alors : « Dieu était là et je ne le savais pas ! » Le Royaume n’est pas au-delà de nos horizons familiers, il ne se cache pas au loin dans un lieu sacré, il ne se confond pas avec des expériences surnaturelles. Il est là, comme un trésor caché au fond de la vie quotidienne. On ne quitte pas le monde mais ce monde est changé. Une joie nous envahit parce que, enfin, on voit la profondeur des choses, la signification des rencontres.

     

    La deuxième parabole, elle, ressemble à notre jeu de mouvement de jeunesse, car ici, on cherche un trésor.  Parfois, au cours de notre vie, nous cherchons le Seigneur par des retraites, des lectures, en priant ... et on n’a pas l’impression de le trouver.  Et puis, comme François d’Assise, comme Édith Stein, comme Augustin, comme Claudel, comme Charles de Foucauld ou tant et tant d’autres, voici que subitement tout s’éclaire, et on découvre la perle que l’on cherchait depuis si longtemps : ce sont les conversions fulgurantes; mais ça n’arrive pas qu’à des êtres d’exception, ça peut nous arriver aussi.  D’un coup, tout s’éclaire ...  Et, du coup, on se rend compte que l’on doit renoncer à toutes sortes de choses qui sont incompatibles avec cette perle, mais cela se fait dans la joie.  Rappelez-vous François laissant tout pour embrasser Dame Pauvreté ou encore Charles, quittant sa vie dissolue pour se faire le plus pauvre de tous et devenir le frère universel.

    La troisième parabole nous rappelle que, depuis notre baptême, Jésus a fait de nous des pêcheurs d’hommes ...  Depuis que l’Église est Église, elle annonce l’Évangile aux quatre coins du monde, car depuis que nous avons trouvé le trésor et la perle, nous voulons les partager, pas par prosélytisme, mais pour que le monde puisse vivre notre joie.  Pierre le disait au jour de la Pentecôte : « Je ne peux pas me taire ! ».  Comment le pourrions-nous ?

     

    Ces trois petites paraboles terminent les 7 paraboles du Royaume chez Matthieu.  Elles sont un beau programme de vacances.

     

    1.      Le semeur : le Royaume vient par la parole du Christ qui m’est adressée et qui doit prendre racine en moi.

     

    2.      L’ivraie : Le bien et le mal existent en moi et autour de moi.  Raison de plus pour annoncer l’Évangile avec plus de force.

     

    3.      La graine de moutarde : ose des débuts minuscules, espère : l’Évangile a toujours un avenir.

     

    4.      Le levain : Insère la foi au cœur des réalités du monde.

     

    5.      Le trésor : découvre l’essentiel au cœur de ta vie banale.

     

    6.      La perle : Détache-toi de beaucoup de choses dans la joie et donne-toi à fond.

     

    7.      Sans te lasser, lance le filet, accueille, ouvre les portes, sans condamner.

     


     

    Samedi de la 16ème semaine du temps de l’Église     25 juillet

    Saint Jacques

    Grande fête aujourd’hui à Compostelle où l’on dit que Jacques aurait séjourné ou aurait été enterré selon la légende dorée …  Peu importe l’historicité des faits.  Toujours est-il que chaque année plus de 300.000 pèlerins font le chemin, le « camino » ou une partie de celui-ci, croyants ou non. 

     

    Jacques fait partie du « trio de tête » avec Pierre et son frère Jean.  C’est eux qui sont aux moments décisifs de la vie de Jésus comme la résurrection de la fille du chef de la synagogue, la Transfiguration ou la prière de Jésus au Mont des Oliviers.  Il a donc suivi Jésus, l’a écouté, a stoppé son travail de pêcheur pour lui.  Oui, il peut boire la coupe que Jésus propose …  Et en même temps, il n’a rien compris tout comme sa pauvre mère.  Imaginez un jeune diplômé avec la Grande Distinction, futur jeune cadre dynamique, allant se présenter pour un boulot.  Il a tout ce qu’il faut.  Et voilà que le directeur lui dit : « Es-tu prêt à laver les pieds des employés et des secrétaires ? »  Il prend sans doute ses jambes à son cou ou traite son directeur d’idiot fini.  Jésus le dit à la fin de l’évangile du jour et va le montrer le Jeudi-Saint : avoir une « bonne place » chez « Jesus and Co », c’est prendre la dernière.  Le premier titre du Pape est « serviteur des serviteurs de Dieu ».  Et François nous le montre à souhait.  Voilà ce à quoi nous sommes appelés dans l’Église.

     

    Deux.  Jacques était pêcheur et il devient pêcheur.  Il était pêcheur de poissons et voilà qu’il devient pêcheur d’hommes.  Quand nous décidons de suivre Jésus, il y a de la continuité et de la rupture.  De la continuité d’abord.  Le Seigneur nous prend tel que nous sommes avec nos qualités, nos dons, nos charismes.  Tout cela est bon, puisque c’est lui qui nous les a donnés.  Il nous faut apprendre - humblement - à accepter nos qualités.  Un dicton un peu taquin dit : « Le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois » !  Si j’ai des dons, le Seigneur veut s’en servir.  Mais il y aura rupture aussi.  Ces dons ne seront pas pour moi, pour ma gloriole personnelle, mais pour les autres.  Si je sais jouer de la musique, ce n’est pas d’abord pour ma joie personnelle, mais pour le bonheur des autres.  Si je suis un as en comptabilité, c’est évidemment bien pour gérer mon budget, mais cela peut servir à la paroisse … etc …

     

    Trois enfin.  La légende de Compostelle dit qu’il ne réussit à convertir que neuf disciples. Aujourd’hui, 300.000 ne sont peut-être pas convertis, mais se rendent chez lui …  Apprenons à ne pas calculer nos résultats et encore moins à calculer notre degré de sainteté en fonction de la réussite de notre apostolat.  Bossuet faisait accourir les foules … et il n’est pas saint.  Charles de Foucauld n’a pas converti un seul touareg et c’est un grand saint du XXème siècle.   Aux élections, Bossuet avait la majorité absolue … mais, avec le Seigneur, pas d’élection … ou plutôt une élection au sens étymologique du terme : un choix du Seigneur ; non parce que nous sommes compétents, mais parce qu’il en a décidé ainsi.

     

    Si vous ne savez que faire à manger aujourd’hui, cuisinez des coquilles Saint-Jacques !

     


     

    Vendredi de la 16ème semaine du temps de l’Église         24 juillet

    Dans l’évangile de ce jour, Jésus fait lui-même l’homélie …  Regardons donc plutôt la première lecture de Jérémie.  Israël est partagé entre deux royaumes. Le royaume du nord, a été infidèle à Dieu.  À cause de cela, le peuple a été emmené en captivité en Assyrie.  On aurait pu imaginer que le royaume du Sud, Juda comme on l’appelle, en aurait tiré des leçons. Pas du tout … Il a aussi abandonné le Seigneur. Jérémie leur dit que ce petit reste d’Israël qui vivait en captivité en Assyrie a reçu le message peut encore se repentir. Dieu demeure miséricordieux et ne veux pas punir à toujours. La miséricorde du Seigneur est de toujours à toujours.  Il n’est jamais trop tard pour Dieu.  C’est tout le contraire de notre monde.  La première fois que vous vous promenez sans masque, on vous fait une remarque ; la deuxième fois, un rappel à la Loi … mais la troisième fois, c’est l’amende assurée : trop tard …  Vous avez été prévenu.  Pour le Seigneur, rappelez-vous, c’est toujours possible, c’est pourquoi, il nous demande de pardonner jusqu’à 70 fois 7 fois.  C’est beaucoup moins que lui, mais pour nous, c’est déjà de l’ordre du quasi-impossible !!!

     

    Deux.  Lorsqu’ils seront revenus à Jérusalem, ils ne suivront plus la Loi qui est gravée dans l’Arche d’Alliance : ces commandements gravés dans la pierre qui avaient été donnés à Moïse au Sinaï.  L’Arche n’existe plus et on ne la remplacera plus.  Désormais, la Loi sera écrite dans leur cœur.  Voilà ce que Jérémie leur annoncera dans quelques chapitres.  Et cela change tout.  On peut faire le bien parce que c’est la Loi, ou on peut faire le bien par amour.  Revenons aux masques.  Je peux les porter parce que j’ai peur de me faire attraper, de recevoir une contravention.  Ou bien, je désire le porter, même s’il n’y a pas de forces de police à l’horizon, juste parce que j’aime mes frères et sœurs et que je veux les protéger.  Loi gravée dans la pierre ou loi gravée dans le cœur …  Ce n’est pas une autre loi, mais la façon de la vivre est radicalement différente.  À nous de choisir !

     

    Trois enfin.  « Toutes les nations convergeront vers elle, vers le nom du Seigneur, à Jérusalem ».  Le prophète rappelle que le bien agit comme un aimant.  Si le nouvel Israël vit selon une loi d’amour, il va attirer le reste du monde comme un aimant.  Et c’est très beau que dans notre langue, un « aimant » est aussi le participe présent du verbe « aimer ».  On est toujours attiré par les gens qui s’aiment en vérité …  On est très peu attiré par des personnes qui suivent servilement une loi … parce que c’est la Loi.  Les premiers sont des gens de cœur, les seconds sont souvent des gens cassants !  Alors, si nous devenions des aimants au cœur de nos cités ?

     


     

    Jeudi de la 16ème semaine du temps de l’Église      23 juillet

    Sainte Brigitte de Suède

    Fête sur fête ; fête de femme sur fête de femme …  Aujourd’hui, l’Église nous invite à célébrer la fête (et de nouveau pas la mémoire) de Brigitte de Suède que Jean-Paul II a décrété co-patronne de l’Europe au même titre que le sont Benoît, Cyrille et Méthode, Catherine de Sienne et Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein)... 3 hommes et 4 femmes !

     

    Brigitte, qui vécut au XIVème siècle est d’abord et avant tout une épouse et une mère.  Mariée à Ulf durant 28 ans, ils ont eu huit enfants, dont une, Catherine, canonisée également.  Cela nous rappelle quelque chose de fondamental : la sainteté n’est pas réservée aux prêtres, moines et moniales.  La sainteté est le propre de tout chrétien.  Nous sommes toutes et tous appelés à la sainteté.  Le Concile Vatican II a rappelé que la famille était une « Église domestique », une « Église-en-mini ».  Je vais même prêcher contre ma chapelle : le premier boulot des époux chrétiens n’est pas d’abord de travailler dans la paroisse (Glurps !) … mais de vivre sa foi au sein de son couple et de sa famille !  Il doit y avoir une vraie spiritualité conjugale et familiale.  Avec une fille devenue sainte, elle aussi, on peut imaginer à quel point l’amour d’Ulf et de Brigitte a été un bel amour, donnant l’envie d’aimer à son tour. C’est pour cela que le mariage est un sacrement, c’est-à-dire le signe efficace de l’amour de Dieu pour chacune et chacun d’entre nous.  Lorsque je vois un couple chrétien s’aimer, je vois clairement de quelle manière Dieu m’aime et aime son Église.  Quelle belle mission pour les couples ...

     

    Deuxième partie de la vie de Brigitte.  Devenue veuve, elle refuse un second mariage, vend tous ses biens et se rend au monastère cistercien d’Alvastra.  Mais elle ne devient pas religieuse.  Elle désire simplement approfondir son lien avec le Seigneur dans la prière, la pénitence et l’aumône : ces trois conseils qui nous sont donnés chaque année le mercredi des Cendres.  Elle nous rappelle donc que là aussi, la sainteté peut se vivre en n’étant ni religieuse, ni mariée, mais dans son veuvage en priant, se convertissant, et partageant …

     

    Enfin, Brigitte fera de très nombreux pèlerinages : Rome, Assise, Terre Sainte …  Je vous rappelle ce que François nous disait au début de l’Année Sainte de la Miséricorde : « Le pèlerinage est un signe particulier de l’Année Sainte: il est l’image du chemin que chacun parcourt au long de son existence. La vie est un pèlerinage, et l’être humain un viator, un pèlerin qui parcourt un chemin jusqu’au but désiré. Pour passer la Porte Sainte à Rome, et en tous lieux, chacun devra, selon ses forces, faire un pèlerinage. Ce sera le signe que la miséricorde est un but à atteindre, qui demande engagement et sacrifice. Que le pèlerinage stimule notre conversion : en passant la Porte Sainte, nous nous laisserons embrasser par la miséricorde de Dieu, et nous nous engagerons à être miséricordieux avec les autres comme le Père l’est avec nous. »  Voilà qui reste d’actualité !

     


     

    Mercredi de la 16ème semaine du temps de l’Église         22 juillet

    Sainte Marie-Madeleine

    L’Église peut parfois sembler étonnante aux yeux du monde.  Nous célébrons aujourd’hui sainte Marie-Madeleine.  Non seulement elle est sainte, mais en plus on célèbre non pas une « mémoire », ce qui est le cas pour beaucoup de saints et de sainte mais bien une « fête » … ce qui n’est pas courant du tout.  Avouez que pour cette femme à la réputation sulfureuse, c’est d’autant plus étonnant.

    Et pourtant, c’est une figure très belle que celle de Marie-Madeleine.

     

    Tout d’abord, dans l’évangile de ce jour, on nous dit qu’elle est la première au tombeau et Jean précise même qu’elle y est de grand matin.  Regardez comme la phrase est bien construite : « Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. ».  Le premier jour de la semaine : on est donc le jour de la Résurrection ; cela devrait être un jour de grande joie … et pourtant, c’était encore les ténèbres …  Jean ne veut pas faire l’horloge parlante.  Mais il nous dit qu’alors que ce devrait être un jour de joie, c’est toujours l’obscurité.  Qu’est-ce que ça veut dire ?  Tout simplement, que le Christ a beau être ressuscité, si je n’ai pas un contact personnel avec lui, rien ne se passe.  Et c’est la situation de notre monde : 2.000 ans que le Christ est ressuscité, et on a l’impression que pas grand-chose n’a changé.  Mais Jean va encore plus loin : pour que le Ressuscité se manifeste à nous, il faut que nous le cherchions, que nous allions à sa rencontre, et ce dès le matin.  L’évangéliste pense au début du psaume 62 : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi.  Après toi, languit ma chair ».

     

    Deux.  « Après toi, languit ma chair ».  Vous savez qu’un film et des écrits ont présenté Madeleine comme l’amante de Jésus !!! Quelle idiotie.  Ceux qui ont dit cela ont une vision bien puérile de la sexualité.  Le Seigneur nous a donné 5 sens et il est normal que nous les utilisions tous dans notre rencontre avec le Seigneur.  Madeleine a envie de le toucher et c’est Jésus qui lui dit « non », mais dans le sens de « ne me retiens pas ».  Ce toucher, c’est ce que nous, les chrétiens, nous vivons à chaque communion : nous touchons le Seigneur de nos mains …  Et nous avons vu à quel point cela nous a manqué de ne pas pouvoir le toucher pendant plusieurs mois, de la même manière que nous ne pouvons toujours pas beaucoup nous toucher.

     

    Enfin, elle est appelée « l’Apôtre des Apôtres », puisque c’est elle qui, en quelque sorte, lance l’évangélisation, en allant porter la nouvelle aux disciples.  Et là, nous sommes sûrs de la vérité historique.  Car, les premiers chrétiens, qui sont Juifs, ont dû être bien embêtés que l’annonce fondamentale de leur foi ait été faite à une femme … qui n’a pas de poids juridique chez eux.  Pour ceux qui en douteraient encore, voilà le signe éclatant que Jésus est tout sauf misogyne.  Grâce à François, l’Église l’est aussi de moins en moins ...  Mais il y a encore du travail !    

     


     

    Mardi de la 16ème semaine du temps de l’Église     21 juillet

    « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. »

    Cette phrase de l’évangile du jour m’a très longtemps scandalisé : Comment toi, Jésus, peux-tu reléguer ta mère à l’arrière-plan, alors qu’elle a accepté d’être ta mère, risquant ainsi l’opprobre et le rejet et de Joseph et l’ensemble de son village ?  Comment peux-tu rejeter tes cousins - tes frères et sœurs - qui, visiblement ont pris ta place pour secourir et entourer ta Mère ?  Vraiment, ça ne va pas !!!  Peut-être êtes-vous comme moi …

     

    J’avais évidemment mal compris cette parole.

     

    Jésus donne les bases de l’appartenance à sa famille.  Qui est de ma famille ?  Tout simplement, « celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux ».  Et s’il y a bien quelqu’un qui a accompli ce rôle de façon merveilleuse, c’est bien Marie.  Jésus n’exclut donc pas sa famille humaine, mais il l’élargit, et il l’élargit aux dimensions du monde.  Car aujourd’hui, nous tous qui sommes chrétiens, nous pouvons dire que nous faisons partie de la famille de Jésus, au même titre que Marie et que ses cousins.  Avouez que c’est assez merveilleux.

     

    On pourrait même encore dire - avec tous les guillemets qui s’imposent - que cela l’est encore plus pour nous que pour Marie.  Elle, elle l’a « mérité » pleinement, en acceptant d’être sa Mère ; nous, nous le recevons comme un cadeau que nous n’avons pas mérité ; un cadeau reçu gratuitement à notre baptême.  Après le geste de l’eau, en nous oignant du Saint-Chrême, le prêtre a dit : « tu fais maintenant partie de son peuple, de sa famille ; je te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement membre de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi. »  

     

    « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. »  Belle attitude de celui qui veut faire la volonté du Père : chercher à parler avec Jésus. Et avant cela, ils étaient là, avec la foule : ils écoutaient.  Voilà le cœur de la prière chrétienne : écouter le Seigneur qui nous parle et chercher à lui parler.  On a trop souvent compliqué la prière ; en fait, c’est tellement simple : écouter comme Marie, la sœur de Lazare, aux pieds de Jésus et lui parler comme Moïse dont on disait que devant la Tente de la Rencontre il parlait à Dieu « comme un ami parle à son ami ».

     

    Écouter, nous pouvons le faire de trois manières.  Dieu nous parle à travers sa Parole, à travers la parole d’un frère, à travers un événement.  Il est donc impossible que nous puissions passer une journée sans « recevoir » une parole du Seigneur …  Mais pour cela, il nous faut avoir les oreilles affutées … et débouchées …

     

    Chercher à lui parler … sans emphase … sans phrase avec quatre subordonnées et trois mots compliqués qu’on n’emploie jamais dans la vie courante …  Non, comme un ami parle à son ami.  Car c’est lui qui nous a dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis ».  Et tellement amis, qu’il nous adopte dans sa propre famille.

     


     

    Lundi de la 16ème semaine du temps de l’Église     20 juillet

    Étonnant de demander à Jésus un signe, alors qu’il en a déjà accompli …  Nous le savons bien : ces pharisiens et ces scribes ne demandent un signe à Jésus que pour le confondre. Jésus, dans sa vie, a toujours été réticent aux signes - aux miracles - car il ne sait que trop bien que ceux-ci peuvent être mal compris.  Rappelez-vous : dès le début, dans les tentations au désert, le Malin va lui proposer de faire des signes pour asseoir une autorité, pour montrer sa puissance et son pouvoir.  C’est bien ce que les pharisiens et les scribes demandent à Jésus aujourd’hui : « Montre-nous ton pouvoir et nous croirons », « prouve-nous que tu es bien le Messie ».  Or, quand Jésus fait des signes, c’est pour nous montrer l’amour et la miséricorde de son Père, pour nous faire découvrir que notre Dieu est un Dieu qui aime, qui pardonne, qui nous veut debout.

    Un signe, comme celui que ses opposants demandent aujourd’hui supprimerait la foi : je n’ai plus à croire en Jésus ; je constate juste qu’il est le Messie au vu des miracles.

    Par contre, un « signe d’amour » ne s’impose pas, je dois le voir comme un signe d’amour et l’accepter.  Les amoureux le savent bien : aimer, c’est donner sa foi en « sautant dans le vide ».  S’ils voulaient attendre un signe qui s’impose à eux, jamais ils ne franchiraient le pas !

     

    Deux.  Jésus cite donc le prophète Jonas, un des douze petits prophètes de la Bible.  Rappelez-vous : Dieu lui a demandé d’aller convertir Ninive ; il se débine et s’enfuit en bateau.  Il est avalé par un poisson, reste trois jours dans ses entrailles et est rejeté.  Ninive finira par se convertir.  Pour les Juifs, cette image voulait dire que le Seigneur ne laissait jamais quelqu’un plus de 3 jours dans la détresse … pas même Jonas qui pourtant lui désobéit.  On verra encore cela avec Abraham et Isaac.  C’est le troisième jour qu’Isaac aura la vie sauve et sera remplacé par un bélier sur l’autel du sacrifice.  Ninive était condamnée à mort, mais, comme Jonas-sauvé-de-la-mort, elle sera également sauvée par sa conversion.  On comprend que pour ces scribes et pharisiens cela semble désespérément perdu : pas de conversion en vue chez eux. Le Seigneur ne désire qu’une seule chose : nous sauver, mais il est incapable de nous sauver malgré nous.  Il nous faut accepter et reconnaître ces signes qu’il nous donne.  Et le plus grand, c’est évidemment sa résurrection après trois jours aux entrailles de la terre.

     

    Trois enfin.  La reine de Saba qui sans Ryanair ni TGV, va parcourir tant et tant de kilomètres pour venir écouter Salomon.  « Vous, les Juifs, vous êtes le Peuple élu, et vous ne comprenez pas.  Mais, voici que d’autres, les païens, qui n’ont aucune connaissance de la Torah, vont devenir le nouveau Peuple élu ».  Les pharisiens, à force de se sentir investis d’une mission, en arrivaient à ne plus se remettre en question.  Cela peut être le cas de chacun des membres de notre Église …  Non, on n’est pas chrétien une fois pour toutes …  Parfois, des gens me disent : « J’ai tout ».  Traduisez : j’ai été baptisé, j’ai fait ma « petite » et ma « grande » communion, voire même ma confirmation.  Bref, j’ai tout ; carte d’identité chrétienne remplie et cachetée ; que pourrais-je encore apprendre de Dieu ?  La reine de Saba a marché, elle a fait un pèlerinage et, par Salomon, a découvert l’amour de Dieu.  Sans doute, cela a-t-il changé sa vie !!!  

     


     

    16ème dimanche du temps de l’Église    19 juillet

    Nous la connaissons bien cette parabole du bon grain et de l'ivraie :

    Elle est sans doute une des paraboles de Matthieu que nous connaissons le mieux.  Et, naturellement, nous en comprenons le sens premier : il suffit d'ouvrir les yeux sur notre monde pour y voir à l'œuvre le bon grain et l'ivraie, pour y voir à l'œuvre le bien et le mal, le beau et le laid.

     

    Ce premier sens de la parabole est juste : Partout, la guerre et la paix se côtoient; dans nos villes, l'amour et la haine marchent côte à côte; dans nos familles mêmes, l'union et la désunion se succèdent.  Et cette réalité, elle est une dimension de la vie du monde.

     

    Pourtant, je pense que le texte de Matthieu va plus loin que ce premier sens : ce que Jésus veut nous dire, par le premier évangéliste, c'est que, fondamentalement, le bon grain et l'ivraie sont d'abord en chacun de nous.  Personne, pas même le plus grand saint, n'est que bon grain : écoutez parler les saints et les saintes de leur vie de pécheurs; personne non plus, pas même le plus grand criminel, n'est qu'ivraie.  Toute la famille humaine contient en elle les deux et vit tantôt la moisson de blé qui donne la vie et vit tantôt la coupe des mauvaises herbes qui empoisonnent l'existence.

     

    Oui, mes amis, l'homme est ainsi fait qu'il est capable du meilleur et du pire; il est capable de donner la vie et de la supprimer.  C'est là notre condition d'homme.  Saint Paul écrit dans une de ses lettres : "Le bien que je pourrais faire, je ne le fais pas et le mal que je voudrais ne pas faire, voici que je le fais".  Tous, nous faisons l'expérience de cela : et nous risquons parfois de nous décourager de voir ainsi notre existence ballotter du bien au mal, à tout instant.  Nous risquons, aussi, de nous demander où est Dieu là-dedans et pourquoi il tolère cela.  Le Seigneur nous donne sa réponse simple mais déroutante. Le Seigneur nous invite à la patience : "Laissez croître ensemble bon grain et ivraie, de peur qu'en enlevant un, vous n'enleviez l'autre aussi".  Réponse étrange sans doute.  Le Seigneur ne met pas le mal dans nos vies, pas plus qu'il ne le supprime, mais si mystérieusement il ne fait rien, il peut s'en servir pour faire advenir un plus grand bien.  Oui le mal est et reste toujours un mal, mais il peut nous ouvrir le cœur au bien.  Nous avons tous fait l'expérience d'événements mauvais ou dramatiques dans notre vie qui pouvaient se transformer, grâce au Seigneur, en bien.  Plus nous sommes faibles et blessés, plus facilement, nous pourrons comprendre le mal qui habite l'autre, sans le juger et en l'aimant.  Plus nous sommes pécheurs, plus nous savons que nous devons tout attendre du Seigneur, plus nous savons que notre salut nous est d'abord offert par le Seigneur, plus que nous ne le gagnons à la force des poignets. 

     

    Oui, notre foi, nous dit, depuis la croix et la résurrection, que le mal et la mort n'ont plus jamais le dernier mot; mais que dans notre vie, comme dans notre monde, le dernier mot appartient à Dieu : il est celui qui peut faire jaillir des torrents d'eau vive dans le désert, il est le seul qui peut, en fin de compte, faire pousser des champs de fleurs dans l'aridité de nos cœurs. 

     

    Oui, dans la foi, nous savons que le mal n'est jamais victorieux qu'un instant, que le Seigneur mort en nous, ressuscitera un jour, glorieux, dans notre vie personnelle pour que nous soyons, avec lui, des ressuscités.  Amen

     


     

    Samedi de la 15ème semaine du temps de l’Église   18 juillet

    Jésus a du succès ; les foules l’écoutent et son ravies de son enseignement.  Les pharisiens voudraient qu’on les admire et qu’on les suive de la même manière.  C’est pour ça, dit Jésus, qu’ils aiment à se donner en spectacle …  Mais, visiblement, cela ne fonctionne pas.  Alors naît ce sentiment terrible qui est celui de la jalousie, de l’envie. Augustin disait, très justement, que l’envie était " le péché diabolique par excellence ". Grégoire le Grand, pour sa part, en tirait les conséquences : " De l’envie naissent la haine, la médisance, la calomnie, la joie causée par le malheur du prochain et le déplaisir causé par sa prospérité ".  C’est vraiment cela que nous constatons ce matin chez les pharisiens … que nous sommes bien souvent !

     

    Deux.  Jésus voit cela.  Il pourrait rétorquer, se défendre, attaquer même.  Non, simplement, il refuse la guerre et il s’éloigne, tout simplement.  Car rien n’est plus important que de continuer à révéler au monde l’amour infini de son Père.  Plusieurs fois, il le rappellera : « Si l’on ne vous accueille pas, allez dans un autre village ».  Cela nous rappelle que nous n’avons pas à forcer l’adhésion, mais à simplement proposer le message de l’Évangile.  Et si il est refusé …  Tant pis … Nous le proposerons à d’autres.  Jésus le dira encore ; puisque l’Évangile n’est pas accepté par les Juifs, il ira l’annoncer aux nations païennes.  Il me semble que c’est fondamental pour nous aujourd’hui : nous allons, nous annonçons, et peu importe le reste.  Je vous rappelle souvent la parole de la petite Bernadette au curé de Lourdes, l’abbé Peyramale : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargé de vous le dire ».

     

    Trois enfin.  Et pourtant Jésus ne désespérera jamais de personne … ni même des pharisiens : Nicodème en sera la preuve éclatante !  Jamais il ne brisera le roseau froissé.  Vous le savez bien : si un roseau a été froissé, jamais plus il ne retrouvera sa solidité d’autrefois.  On pourrait donc dire qu’il ne pourra jamais plus servir ; il n’est plus rentable. Même ce roseau inutile, le Seigneur ne le supprimera pas.

     

    Jésus n'éteindra pas non plus la mèche qui fume encore.  Nous le savons tous.  Si la mèche fume, c’est que la flamme est éteinte.  Plus rien à attendre comme lumière de la bougie.  Et pourtant le Seigneur, par le feu de l’Esprit parviendra à la rallumer pour qu’elle brille plus fort encore.

    Ces deux images sont belles pour nous et pour notre attitude envers nos frères.  C’était la belle image de la patience de Dieu qui nous était proposée si souvent dans l’Évangile.  Le semeur qui sème sur l’autoroute dimanche dernier ; le bon grain et l’ivraie qui vont pousser ensemble demain ; le fumier déposé autour de l’arbre qui ne donne pas de fruits …

    Voilà, Père, ce que tu fais pour ton Fils, lorsqu’il sera roseau froissé sur la croix et lumière éteinte au tombeau.

    Voilà ce que toi, Seigneur, tu fais pour nous …

    Voilà ce que nous, Seigneur, sommes appelés à faire pour nos frères et sœurs !

     


     

    Vendredi de la 15ème semaine du temps de l’Église         17 juillet

    Voilà que des disciples de Jésus mangent du blé qu’ils ont cueilli dans un champ le jour du Sabbat.  Le livre du Deutéronome permettait que l’on prenne du blé dans le champ d’un étranger si l’on était affamé.  Mais le problème n’est pas là, c’est qu’ils l’ont fait le jour du sabbat …  Ils ont travaillé.  Que va répondre Jésus ?

     

    Tout d’abord, Jésus leur rappelle qu’ils ne lisent pas toute la Bible …  Juste ce qui les arrange non pas pour la Vie, mais pour détruire l’autre.  La tentation a toujours été grande chez l’homme d’utiliser la Parole de Dieu pour exclure, détruire, punir, tuer même.  Et alors, on ne se sent pas coupable, puisque ce n’est pas nous qui condamnons, nous ne faisons que dire ce que Dieu lui-même dit.  Vous le savez comme moi, quand on prend on phrase seule dans la Bible, on peut lui faire dire tout et son contraire !!!

     

    Deux.  Plus fondamentalement.  La Loi, la Parole de Dieu et la Bible sont pas pour reposer, apaiser, libérer.  C’était l’évangile d’hier : « Prenez mon joug … et vous trouverez le repos ».  Il nous faut choisir sans cesse entre règlement et humanité, entre Loi et Miséricorde, entre une Dieu justicier et le Dieu amour.  Je ne sais pas pourquoi, mais j’imagine les pharisiens de ce jour comme des gens hyper-stressé, proches de l’ulcère à l’estomac …  La Loi ne peut pas donner la paix.  Au contraire j’imagine Jésus très « cool », comme disaient les jeunes de mon époque.  Et puisqu’ils sont avec lui, j’imagine que les disciples le sont aussi.  Si je me sens trop stressé comme chrétiens, c’est peut-être que je suis encore sous l’emprise de la Loi et non disciple de l’Amour. « Si vous aviez compris ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné ceux qui n’ont pas commis de faute. »

     

    Trois. Encore plus fondamentalement.  Les disciples ont faim.  Et dans le texte, il s’agit de manger, il s’agit du Temple et il s’agit du Sabbat.  Vous l’avez bien compris : nous sommes en présence de l’Eucharistie : nous mangeons l’eucharistie, dans l’église, le premier jour de la semaine.  Et les disciples, c’est nous.  Voilà que se révèle à nous que le Christ est venu apaiser vraiment notre faim et soif : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif » dira Jésus à la Samaritaine.  « Je suis le Pain de la Vie, dit le Seigneur.  Qui vient à moi n’aura plus jamais faim » nous dit le Seigneur !

     

    Alors, on comprend que le Seigneur est maître du Sabbat, maître du 7ème jour de la création qui devient, avec sa Résurrection, le 1er jour de la semaine.  Oui, il est maître de ce nouveau jour, commencement d’une nouvelle semaine, celle où nous ne cherchons plus à droite et à gauche des nourritures qui ne nourrissent pas vraiment … au risque de devenir aussi des pharisiens stressés et acariâtres.

     


     

    Jeudi de la 15ème semaine du temps de l’Église     16 juillet

    « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

     

    J’ai déjà médité avec vous sur cet évangile il y a deux dimanches …  Plutôt que de me répéter, je me mets en grève aujourd’hui et vous livre une méditation trouvée sur internet et que je trouve bien belle :

     

    Pourquoi Jésus prend-il cette image du joug ?

    Cela sonne mal à nos oreilles, c’est une image difficile qui évoque une servitude et cela n’a rien d’attirant. Au contraire, c’est plutôt repoussoir ! C’est parce qu’Il s’adresse à des gens qui subissent un joug pesant qui les accable et Il veut les en libérer.  Pour leur proposer un autre qui n’a rien à voir avec ça.

    Ce matin, faisons une demande à Jésus : celle de me laisser libérer par lui de quelque chose qui m’empêche d’être libre.

     

    De quel joug, Jésus veut-il libérer ?

    Ce joug pesant c’est la loi religieuse qui régissait la vie des gens. Cette loi était comparée à un joug.  Jésus critique ceux qui la font peser sur les autres. Tout au long de l’Evangile, on voit Jésus en opposition à ces lois religieuses pesantes, excluantes, enfermantes, ces lois qui emprisonnent la vie. Jésus veut donc libérer celles et ceux qui peinent sous ces lois, ceux qui ploient sous ce fardeau. 

    Ce matin, sentons le désir, la volonté de Jésus qui veut libérer de cela

     

    Quel est le joug de Jésus ?

    Il leur propose un autre joug qui est tout à l’inverse : reposant, bienfaisant, aisé, léger. Parce que ce n’est pas une loi qu’Il propose mais c’est quelqu’un. Lui-même. Quelqu’un à aimer, une amitié, un lien d’amour à faire grandir avec Lui qui est doux et humble de cœur.

    Ce matin, écoutons avec attention comment il décrit son joug. Laissons retentir ces mots en nous. 

     

    « Venez à moi… Prenez mon joug… Apprenez de moi. » 

    Il y a trois verbes à l’impératif.

    Si nous entendons ces verbes comme des ordres, des obligations, nous sommes encore dans le registre du joug pesant qui emprisonne, et ce n’est pas une bonne nouvelle.

    Si nous entendons ces verbes comme une volonté précise de Dieu pour nous : tu dois faire ça, ce n’est pas non plus une bonne nouvelle.

    Mais si nous les entendons comme un appel à vivre, comme une demande d’amitié, comme une prière que Dieu nous fait, nous accédons à une relation de liberté.

    Là, c’est une bonne nouvelle.

    Si nous les entendons comme un appel à inventer notre vie à partir du désir le plus profond et vivant de notre cœur.

    Là c’est une bonne nouvelle.

    Ce matin, comment les entendons-nous ? 

     


     

    Mercredi de la 15ème semaine du temps de l’Église     15 juillet

    Nous retrouvons l’évangile du 12ème dimanche de l’année A.  Je vous redis ce que je vous avais dit : Jésus aime aussi les gens intelligents … heureusement … Mais il voit les scribes, les pharisiens, les Docteurs de la Loi qui aussi intelligents qu’ils soient, ne parviennent pas à entrer dans le mystère du Seigneur.  Il voit aussi les petits qui le suivent, sans aucune instruction religieuse ; il contemple ses apôtres - qui ne sont pas des théologiens - et il voit leur accueil de la Bonne Nouvelle du Royaume. 

     

    Jésus lui-même s’est fait tout petit.  C’est ce que l’hymne aux Philippiens dira d’une façon très forte : « Jésus de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il se dépouilla lui-même, prenant la condition d’esclave. Il se rendit semblable aux hommes. Par son aspect reconnu pour un homme il s’abaissa en se faisant obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix. » De Dieu à Homme, d’homme à homme obéissant, de juste à condamné sur une croix …  Le triple abaissement de Jésus.  Et cela avait commencé en naissant petit au cœur d’une étable.

     

    Par ailleurs, rappelez-vous, il avait mis un enfant au milieu du cercle des Apôtres en disant : « Le Royaume de Dieu appartient à ceux qui sont comme les enfants »,  Qu’est-ce qui fait la grandeur des petits ?  Ce n’est évidemment pas leur petitesse en tant que petitesse.  Ce qui fait leur grandeur, c’est leur dépendance.  L’intelligence peut nous donner cette impression - fausse évidemment - que nous sommes des indépendants, que nous pouvons tout faire et tout savoir tout seul.  La pauvreté me rappelle que sans les autres, je ne suis rien.  La foule autour de Jésus, les apôtres ont bien compris que sans Jésus, ils ne pouvaient rien ; qu’ils avaient besoin de lui pour entrer dans les mystères de Dieu … et surtout que leur dépendance à lui, loin d’être une tare, était une grande joie.  Les scribes et les pharisiens refuseront cette dépendance et voudront aller à Dieu tout seul.  C’est l’éternelle histoire de Babel et de la Pentecôte : Si je veux aller à Dieu tout seul, je me casse la figure ; si j’accepte qu’il se donne à moi, je suis sauvé. 

     

    Je vous propose alors cette vision que Dieu a donnée à Julienne de Norwich, recluse anglaise du XIVe siècle, et connue sous le nom de vision de la noisette. Dieu lui a montré quelque chose de pas plus grand qu'une noisette qu’il tenait dans la paume de sa main.

    « Cette vision de la noisette représente l'infinie petitesse de tous les êtres créés. Je m’étonnai, dit Julienne de Norwich, que cette chose-là pût subsister, car, me sembla-t-il, un si petit rien pouvait être anéanti en un instant. Il me fut répondu dans mon entendement : II subsiste et subsistera à jamais, parce que Dieu l’aime. »

     


     

    Mardi de la 15ème semaine du temps de l’Église     14 juillet

    Avouons que le Seigneur est bien dur envers nous : Voici que des villes païennes - Tyr, Sidon, Sodome - seront traitées moins durement que nous chez qui il a fait tant de biens, chez qui il a accomplis tant de signes.  Et ailleurs, nous le savons bien, il nous assure que les prostituées, les publicains et les pécheurs nous précèdent dans le Royaume.  Sur la croix, il dira à un criminel que le jour-même il serait avec lui sur la croix.  Je suis originaire de Waremme.  Lorsque le lundi, après mon jour de congé, je rentrais à Chênée où j’étais vicaire, le chemin obligé, à l’époque, était la rue Varin : cette rue où il y avait tant et tant de prostituées.  Souvent, je me disais : « Faut l’faire : j’ai tout quitté pour toi, Seigneur, et voici que ces femmes seront chez toi avant moi ! »  C’est pas juste !!!

     

    Pourquoi donc, Seigneur ?  Nous le savons bien.  Le Seigneur m’aime autant que ces femmes.  La différence est que je le sais et elles, elles ne le savent peut-être pas ; je peux goûter tous les jours cette présence aimante du Seigneur dans ma vie ; elles se sentent peut-être rejetées et moquées par Dieu, comme elles sont rejetées et moquées par la société. 

    Si vraiment, je réalisais à quel point le Seigneur m’aime, ma vie changerait radicalement ; pas un peu, mais radicalement.  Le curé d’Ars disait en parlant de l’Eucharistie que si on comprenait ce qui s’y passe, on tomberait mort, non pas d’amour, mais bien de joie.   Je crois que l’on peut dire la même chose pour l’amour du Seigneur en général : si on comprenait le tiers du quart de son amour pour nous, nous tomberions mort !!!  Force est de constater qu’il y a peu de morts dans nos célébrations paroissiales ou abbatiales ou encore lors de notre méditation de la Parole de Dieu.

     

    Je ne peux pas terminer sans citer trois événements du jour.  Tout d’abord, bonne fête à la France et à tous les Français.  Je ne les comparerai ni à Tyr, Sidon, Sodome, ni même à Bethsaïde, Corazine ou Capharnaüm.  Il y a un peu des deux sortes de villes en chacun de nous, à différents moments de notre vie.

    Nous souhaitons aussi un bel anniversaire d’ordination épiscopale à notre Évêque Jean-Pierre.  Il y a sept ans, il était ordonné Évêque

    Enfin, l’Église célèbre aujourd’hui saint Camille de Lellis qui après sa conversion et une vie tumultueuse s’est consacré aux plus démunis, en particulier les malades.  Cela a été son charisme de leur montrer qu’ils étaient aimés de Dieu, infiniment, comme lui-même en avait fait l’expérience. 

     


     

    Lundi de la 15ème semaine du temps de l’Église     13 juillet

    Il est des évangiles dont on voudrait faire l’économie ; on rêverait tous d’un évangile à la Bisounours.  Mais ce n’est pas un évangile à la Bisounours qui nous est proposé mais un évangile des Béatitudes.  Dans les deux cas, le bonheur : un facile et pas très réaliste et un profond, mais donc plus difficile.  Je vous l’ai encore écrit récemment : au moment où Matthieu écrit ces paroles de Jésus, elles ne sont plus une prophétie mais une réalité.  Choisir Jésus, c’est choisir la Paix, mais cela engendrera le glaive. C’est choisir la paix : Jésus est appelé le Prince de la Paix ; il nous dira : « Heureux les artisans de Paix » ; il dira à Pierre de remettre son épée dans son fourreau …  Oui, il est la Paix.  Mais cette Paix dérange le monde, allez savoir pourquoi !  Ou plutôt, l’on sait très bien pourquoi.  La guerre, c’est dire que l’un des deux est plus fort, plus puissant que l’autre ; la paix, c’est dire la profonde égalité entre les hommes.  Et nous rêvons tous, consciemment ou inconsciemment d’un pouvoir, d’une supériorité sur autrui.  Jésus est venu se faire homme au milieu des hommes, un Dieu à notre hauteur …  Il est impossible à l’Église de se situer au-dessus du monde ou à un chrétien de se considérer comme supérieur à un autre.  Le Concile Vatican II a rappelé que l’Église n’était pas comme une pyramide, mais comme un cercle où chacun a une égale dignité.  Et quand on demandait à Jean XXIII, quel était le plus grand jour de sa vie, il répondait : « le jour de mon baptême ».

     

    Deux.  Et nos relations familiales.  Je vous redis ce que je vous ai déjà écrit il y a quelques jours.  Si Jésus nous demande de le placer avant notre famille, c’est justement pour que nous aimions « bien » les nôtres, pour que nous les aimions à sa manière.  Plus encore :  Pour que nous le découvrions ensuite à travers eux ; et par lui, que nous découvrions son Père : « Qui vous accueille m’accueille et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé ».  C’est le sacrement du frère dont je vous ai parlé.  Mon frère, proche ou lointain est l’icône de Dieu lui-même.  Mais pour que je le découvre, je dois d’abord mettre le Seigneur par-dessus tout … Sinon, je n’y arriverai jamais !

     

    Trois enfin : la conséquence.  « Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. » Puisque l’autre, c’est Jésus lui-même, donner un verre d’eau à mon frère, c’est le donner au Ressuscité.  Alors, ne cherchons pas dans notre vie à faire des choses extraordinaires, mais vivons l’ordinaire comme des services rendus à notre Seigneur.  Saint Jean Chrysostome disait : « Si l’amour était parsemé partout, cela donnerait beaucoup de biens ».

     


     

    15ème DIMANCHE DU TEMPS DE L’ÉGLISE     12 juillet

    Évidemment, la météo de ces jours-ci nous aide à bien comprendre la première lecture et le schéma de la pluie.  Elle descend sur terre, elle remonte aux cieux pour y descendre à nouveau …  Mais, ajoute Isaïe, elle va féconder la terre.  Et cela, nous dit encore Isaïe, c’est ce que fait la Parole de Dieu.  Autrement dit : avec Dieu, la Parole de Dieu est toujours gagnante, comme on dit couramment : « ça marche » ;  Ça a toujours marché et ça marchera toujours.  C’est la force de la Parole de Dieu.  Puisqu’elle n’est pas une parole d’homme, mais la Parole de Dieu lui-même, elle sera toujours agissante.  Voilà qui doit nous encourager, nous consoler, nous émerveiller.

     

             Si la première lecture se place au niveau de Dieu qui donne sa Parole – on comprend bien, c’est Jésus lui-même … -  l’Évangile nous met au niveau de sa réception par l’homme et là, franchement … c’est tout autre chose : Bien sûr, dans un langage sémitique, on distingue plusieurs types d’hommes, mais en fait, chacun d’entre nous, selon les jours, est un peu tous les types.

    Dit encore autrement : si l’Évangile ne passe pas dans le monde, ce n’est pas de la faute de Dieu (première lecture), mais c’est de ma faute à moi (Évangile)

     

             Deux.  Cela pourrait donc nous décourager, voire nous culpabiliser …  Je ne suis bon à rien … Mais, ce serait faire fausse route, car l’Évangile n’est pas là pour parler de moi, mais pour parler de Dieu et nous annoncer un Évangile, une Bonne Nouvelle.  Il s’agit donc de regarder Dieu.  Et que constatons-nous ?  Que Dieu est un très mauvais agriculteur !  Dieu sème, là où la graine n’a pas ou très peu de chances de grandir et d’atteindre la maturité.  C’est du gaspillage pur et simple.  Oui, et c’est ce qui est beau.  Ce texte nous montre donc d’abord et avant tout la folle espérance que Dieu a en l’homme.  « Si je sème du blé sur l’autoroute, peu de chance que cela pousse … mais, dit Dieu, je vais quand même risquer … on ne sait jamais. Peut-être que ce cœur, dur comme l’asphalte, va se fissurer et que le blé pourra y grandir et y germer ».  Pour Dieu, nous ne sommes jamais enfermés dans ce que nous sommes pour l’instant ; pour Dieu, il y a toujours un avenir possible ; pour Dieu, tout peut toujours aller vers un mieux.  Voilà qui est donc loin de nous culpabiliser, mais au contraire, voilà qui nous donne une espérance folle.  Je suis appelé à ne jamais désespérer de moi, puisque Dieu, lui, ne désespère jamais de moi.  Et comme dira Jean dans sa première lettre : « Notre cœur aurait beau nous condamner : Dieu est plus grand que notre cœur ! »

     

             Trois enfin : c’est la deuxième lecture.  Paul nous dit qui est le vainqueur du match de cette coupe du monde entre Dieu et l’homme.  Qui va gagner ?  L’homme qui ne peut pas grand-chose ou Dieu qui peut tout ?   La réponse est dans la question : « J'estime donc qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. »  Et tout est sans doute dans le futur proche que Paul emploie : « la gloire qui va bientôt ».  Si nous prions pour la paix en Israël et en Palestine ; si nous œuvrons pour que la justice règne dans le monde et ici dans notre pays ; si nous agissons pour que la dignité de l’homme soit respectée, ce n’est pas dans un optimisme béat et tout-à-fait illuminé …  C’est parce que nous savons que cela va arriver et que cela va arriver bientôt.  Je ne sais pas comment, je sais encore moins quand aura lieu ce « bientôt », mais je veux y contribuer, être autant que je le peux une bonne terre.  Mais, même si je suis souvent l’asphalte de l’E40, la Parole de Dieu continuera de féconder la terre … et la moisson arrivera bientôt.

     


     

    Saint Benoît, patron de l’Europe     11 juillet

    Nous fêtons aujourd’hui un des piliers de l’Occident : Saint Benoît de Nursie qui vécut au 5ème siècle et qui est reconnu comme le Père des moines en Occident.  On peut même aller plus loin : car, lorsqu’on sait que beaucoup de villes se sont construites autour de monastères et d’abbayes, on peut oser dire que Benoît et ses fils sont vraiment à l’origine de notre Occident, tel qu’il est aujourd’hui.  Alors, voyons comment Benoît peut marquer notre vie aujourd’hui, à nous qui ne sommes ni moines ni moniales.

     

    Quand il fonda l’abbaye du Mont Cassin, après avoir été ermite puis Abbé d’un autre monastère, il écrivit sa Règle qui a marqué non seulement les Bénédictins et les Bénédictines, mais aussi les cisterciens et cisterciennes, les trappistes et trappistines et une foule d’autres ordres religieux.  La devise de Benoît est « ora et labora », « prie et travaille ».  On peut le traduire aussi par « prie pour travailler » ou encore « prie quand tu travailles ».

     

    Prie et travaille.  Dans notre vie, nous rappelle Benoît, il faut une alternance heureuse entre les deux.  Si tu passes ta vie à prier, tu risques de devenir quelqu’un d’oisif, de paresseux.  Si tu passes ta vie à travailler, tu risques de ne plus savoir le sens de ta vie.  La journée du moine est entrecoupée par des temps de prières plus ou moins long, jusqu’au cœur de la nuit.  Je vous le redis, nous ne sommes pas moines, mais nous pouvons aussi parsemer notre journée de petits moments de prière : aux feux rouges, à la caisse du Colruyt, en épluchant mes pommes de terre …  On dit que le Roi Baudouin avait une montre qui sonnait toutes les heures.  C’était pour lui l’occasion de prier quelques secondes.  Je connais un confrère qui prie quelques secondes chaque fois qu’il allume ou éteint un interrupteur …  À nous d’inventer !

     

    Prie pour travailler ; prie pour bien travailler.  Notre travail est souvent harassant et de plus en plus de personnes font des burnouts.  Il est temps de redonner une valeur spirituelle au travail.  Tout travail doit pouvoir m’épanouir ; seul l’homme est capable de donner un sens à son travail.  La prière nous aide à spiritualiser toute tâche humaine.  Un vieux moine me disait combien ça l’avait aidé à nettoyer les toilettes du couvent !!!  Il ne le voyait plus tant comme une corvée que d’une manière de rendre la communauté plus heureuse …

     

    Trois enfin : Prie en travaillant.  Rappelez-vous la chanson de Blanche-Neige et les sept nains : « Siffler en travaillant … »  Pour nous cela devient : « Prier en travaillant »  C’est Paul qui disait : « Priez sans cesse ».  Nos frères orthodoxes usent et abusent de la prière du cœur : celle qui consiste à répéter sans cesse : « Jésus Christ, Fils du Dieu Sauveur, prends pitié de moi, pécheur ».  Nous pouvons travailler en disant notre chapelet, en chantant un refrain de Taizé, en redisant une phrase de l’Évangile ou d’un psaume qui nous touche.  Peu importe si nous répétons sans penser à ce que nous disons …  Mais la prière continue devient une présence permanente du Seigneur au cœur de nos vies.

     

    Bonne fête à nos sœurs et frères moniales et moines et bonne route à nous, à leur suite !

     


     

    Vendredi de la 14ème semaine du temps de l’Église     10 juillet

    Au moment où Matthieu écrit son évangile, nous sommes en pleine persécution ; persécution interne - les Juifs ont « excommunié » les chrétiens - et externe - les Romains persécutent également les chrétiens.  C’est donc une énorme difficulté pour une communauté chrétienne encore toute nouvelle et très petite en nombre.  Et voilà qu’aujourd’hui, Jésus les envoie.  Il ne leur cache pas la difficulté : vous serez comme des brebis au milieu des loups.  Le loup, il représente la violence meurtrière du loup ; le loup qui n’attaque pas seulement pour se nourrir, mais peut s’attaquer à tout un troupeau … qu’il ne mangera pas.  C’est, aux yeux des Juifs, le prédateur absolu.  Mais vous savez aussi que le loup en Égypte - où le peuple a été en esclavage - est divinisé ; et vous savez aussi la légende de la louve qui a nourri Romulus et Remus lors de la naissance de Rome.  Rome et Égypte : deux puissances ennemies avec lesquelles ils ont eu ou ils ont maintenant maille à partir.  Mais il y a aussi la violence intra-familiale : « Le frère livrera son frère à la mort, et le père, son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort. »  Et ici, il s’agit plutôt de la persécution des Juifs vis-à-vis des chrétiens.  Rien de neuf sous le soleil.  La persécution sera toujours là pour l’Église.  Et si cela n’apparaît pas clairement chez nous, je rappelle que, chaque année, des milliers et des milliers de chrétiens payent de leur vie leur attachement à Jésus Christ. Ne rêvons donc pas d’en faire l’économie …

     

    Deux.  Quels sont les premiers conseils de Jésus : être prudents comme les serpents, et candides comme les colombes.  Si on traduit littéralement, c’est beaucoup plus complexe : « être rusés comme les serpents, et pas rusés comme les colombes ».  Comment être à la fois l’un et l’autre, son opposé ?  C’est évidemment impossible.  C’est une manière de dire qu’humainement, on ne peut en sortir, mais que cela n’est possible que par un don du Seigneur.  Il le dit d’ailleurs clairement plus bas : « ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. »  Avouez que ça leur fait du bien et que ça nous fait du bien.  Comment nous, petits chrétiens, minoritaires dans notre monde, pouvons-nous nous « défendre » ?  Impossible évidemment, si nous restons à mesure humaine … Le combat est perdu d’avance, c’est celui de David et de Goliath.  Mais le petit rouquin David pourra vaincre le géant Goliath, grâce à Dieu.  C’est donc un appel à la confiance absolue qui nous est lancé, mais aussi - et je crois que c’est bien plus difficile - un appel à l’abandon.  Je reconnais que je ne suis pas Dieu, Seigneur ; alors, viens à mon aide.  C’est ce que nous faisons en priant le Bréviaire comme on disait jadis.  Nous savons que nous sommes incapables de prier, alors, nous commençons l’Office en disant : « Dieu, viens à mon aide.  Seigneur, à notre secours ».  Il en est ainsi pour la prière ; il en est ainsi pour notre vie dans le monde ; il en est ainsi pour la construction du monde d’après …

     

    Trois enfin.  Nous ne sommes pas des masos !  Jésus le dit bien : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. »  Il ne s’agit pas de rechercher la persécution ; il s’agit de l’éviter autant que nous le pouvons.  Les moines de Tibhérine fermaient bien les portes de leur monastère et prenaient toutes les mesures de sécurité possibles.  Mais, ils ont accepté, en restant là, de courir le risque du martyre.  Mais, ils ne l’ont en aucun cas recherché.  Jésus lui-même a demandé : « Père, éloigne de moi cette coupe ».  Telle doit être notre prière.  Mais quand Judas l’embrassera, il ne fuira pas !   

     


     

    Jeudi de la 14ème semaine du temps de l’Église     9 juillet

    Hier, Jésus faisait de douze disciples, des apôtres c’est-à-dire des envoyés en son nom.  Aujourd’hui, il donne les modalités pratiques de la mission, de l’annonce de l’Évangile.

     

    Première chose que nous devons toujours avoir en tête et que François ne cesse de nous rappeler.  Être apôtre, c’est d’abord et avant tout se mettre en route, entrer dans les villages, dans les maisons, y rester un temps avant de partir.  Certains missionnaires le font encore aujourd’hui au loin et c’est une grande grâce pour l’Église ; mais la mission est le propre de tous les chrétiens et le « loin » est parfois tout proche.  François nous le dit : Allons aux périphéries.  L’Église occidentale a sans doute beaucoup trop tenté de faire venir ses frères et sœurs chez elle, dans son Église et dans son église, en oubliant trop que ce n’était pas eux qui devaient se mettre en route, mais bien nous qui devions aller chez eux.  Aller et rester : si nous voulons vraiment « être avec », cela prendra du temps, beaucoup de temps.  Faut-il rappeler que Jésus n’a fait que cela pendant les trente premières années de sa vie ... et nous, nous voudrions en faire l’économie !!!

     

    Il nous faut ensuite proclamer la Bonne Nouvelle.  Mais comment ?  Jésus est clair : par des actes.  Il ne s’agit pas de passer de maison en maison et de parler, de discuter.  Non, il faut d’abord agir.  Et il nous donne quatre actions précises : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons ». 

    Guérissez : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ». 

    Ressuscitez : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». 

    Purifiez : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». 

    Expulsez : « Je veux ton bonheur ».

    Et donc, il ne faut pas parler ?  Si, évidemment, mais après, lorsqu’on nous questionne, lorsqu’on nous demande pourquoi nous faisons ça : « Soyez toujours prêt à rendre de l’espérance qui est en vous », dira saint Pierre.  Et il continue - et c’est fondamental - en disant : « mais faites-le avec douceur et respect. »   

     

    Et enfin, en plus de le faire avec douceur et respect, faites-le gratuitement, puisque vous avez reçu gratuitement.  À l’époque de Christ, sévissaient des guérisseurs, mais ils se faisaient payer.  Nous ne sommes pas dans le même ordre, aime à rappeler Jésus.  De la même manière que nous enseignons parce que nous sommes enseignés, nous guérissons parce que nous sommes guéris, nous ressuscitons parce qu’il nous a remis debout, nous purifions parce qu’il ne cesse de créer du neuf en chacune de nos journées et nous expulsons, parce que le Seigneur a donné sa vie pour nous sauver de tout mal.  Il existe une rallonge spirituelle entre le Seigneur et nous, qui fait passer tout cela.  À notre tour de brancher une rallonge entre notre cœur et celui de nos contemporains pour faire passer tout cela.  Mais ici, le raccordement électrique est et sera toujours gratuit. 

     


     

    Mercredi de la 14ème semaine du temps de l’Église     8 juillet

    « Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité.     Voici les noms des douze Apôtres. »

    Aujourd’hui, Matthieu nous donne d’entendre le choix des douze disciples-apôtres, car, vous l’avez remarqué, les deux termes sont employés en deux phrases. 

    Le disciple, en grec, c’est celui qui reçoit un enseignement ; l’apôtre, c’est celui qui est envoyé, chargé d’une mission.  En raison de notre baptême, nous sommes et disciple et apôtre … mais les deux dans l’ordre.  Nous sommes d’abord des disciples.  Bien avant d’enseigner, nous sommes d’abord enseignés.  Nous sommes déjà au chapitre 10 de l’évangile de Matthieu.  Jésus a déjà passé un bon bout de temps à annoncer à la foule qui le suit - à ses disciples - la Bonne Nouvelle.  Il le fera pendant trois années … et par l’Église, il le fait depuis 2.000 ans.  Le chrétien, c’est donc celui qui se met à l’écoute du Seigneur ; celui qui, à la suite de Samuel dit : « Parle, Seigneur, ton Serviteur écoute ».  Dit d’une autre manière : le Seigneur n’arrête pas de parler, mais encore faut-il que nous l’écoutions, sinon, il parle dans le vide, comme certains professeurs devant une classe endormie à l’heure de la sieste.  Le Seigneur nous enseigne par sa Parole, par l’Église, mais aussi par les événements.  Je suis convaincu que le Seigneur nous a enseigné beaucoup de choses durant ce confinement.  Alors, continuons de l’écouter.

     

    Deux.  Ensuite et ensuite seulement, le Seigneur fait de nous des apôtres ; des envoyés. Seulement ensuite, sinon nous risquons de nous annoncer nous-mêmes plutôt que de l’annoncer, lui.  Si nous sommes envoyés, cela veut dire que nous sommes envoyés par quelqu’un et donc que « nous ne travaillons pas à notre compte ».  Cela a deux conséquences.  Tout d’abord, cela nous délivre de l’orgueil quand notre parole est accueillie : notre parole n’est pas vraiment la nôtre, elle est celle de celui qui nous a envoyé.  La deuxième conséquence est que cela nous épargne le découragement.  Car ce n’est pas nous qui avons choisi la « lettre » ; nous ne sommes que les facteurs.  Et donc, si la lettre est jetée à la poubelle, cela ne doit pas nous effrayer, nous décourager.  Cela va juste nous peiner car nous savons que c’était une bonne nouvelle qu’il y avait dans l’enveloppe.

     

    Troisième point.  Je vous invite à lire et à relire la liste des Douze.  C’est très réconfortant : il y a vraiment de tout … des pêcheurs et des pécheurs, des résistants, des « renieurs », des traites, des contrôleurs des contributions un peu voleurs …  Bref, pas que du beau monde.  Et avec ceux-là, l’Évangile est arrivé jusqu’à nous, grâce à eux et à l’Esprit Saint.  Alors, pas question pour nous de dire que ce n’est pas notre affaire, que nous ne sommes pas « dignes » d’être apôtres.  Ce serait un peu facile … et surtout très peu évangélique !


     

    Mardi de la 14ème semaine du temps de l’Église     7 juillet

    « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc … »

    Jésus prend l’image de la moisson.  Quand on fait la moisson, on est pressé car on craint toujours l’arrivée de la pluie. Jésus a hâte que tous les hommes entrent dans cette communion avec lui et son Père. Mais Jésus parle aussi de moissonner. C’est encore un beau message. Nous pensons souvent spontanément que nous sommes des semeurs : nous semons nos chères valeurs dans l’éducation de nos enfants, dans nos voisinages et nos rencontres. Arrêtons donc un peu de vouloir toujours semer. Le semeur, c’est Dieu, et il sème partout avec la même prodigalité que la nature qui répand ses fruits et ses graines à profusion, dans les épines et les cailloux autant que sur de bonnes terres. Dieu sème inlassablement.

    Á nous, il demande de moissonner, et c’est merveilleux. Allez à vos occupations professionnelles et à toutes vos rencontres comme des moissonneurs : regardez et recueillez tous les beaux fruits que l’humanité porte partout. Ne regardez jamais les crises et les conflits du monde sans voir la bonté, toutes les solidarités, tous les artisans de paix qui fleurissent dans les pires catastrophes. Soyons de joyeux moissonneurs rendant grâce à Dieu pour tout ce qu’il a semé et que son Esprit a fait croître.

    « Priez donc » … Les ouvriers sont peu nombreux, donc priez. Priez parce qu’on manque de bras, parce qu’il y a pénurie.

     

    Mais qui parle ici de manque, de pénurie ? - C’est Jésus lui-même, qui choisissait et appelait ! Qui se soucie des volontaires que Dieu va appeler ? - Jésus lui-même, qui vient d’envoyer devant lui, deux par deux, soixante-douze disciples ! Au moment même où il envoie, Jésus constate que les ouvriers sont peu nombreux !

     

    Si donc Jésus Messie, de son vivant sur terre, a perçu le manque, c’est que ce manque de bras durera aussi longtemps que la mission de l’Église. L’Église, son Église, n’a donc pas à s’étonner ni à désespérer devant la pénurie, car la disproportion entre l’immensité du travail et le petit nombre d’hommes disponibles dure depuis le temps de Jésus et durera jusqu’à sa venue en gloire.

    Jusqu’à la fin des temps, l’Église, pour la moisson de Dieu, sera en manque d’ouvriers et d’ouvrières ; jusqu’au dernier jour de la mission, l’Église priera en situation de pénurie. Il faut donc nous installer durablement dans la prière, dans l’imploration et dans la confiance ; il faut nous préparer à demander à longueur de vie. Ainsi, la prière pour les vocations doit être une dimension de notre prière en Église.

     

    Voilà le formidable optimisme que Jésus lègue à sa communauté ! Il ne dit pas : « Priez le Maître des labours », ni même : « le Maître des semailles », mais bien : « le Maître de la moisson ». Les ouvriers et ouvrières du Seigneur ont parfois et même souvent l’impression que le monde est à l’abandon, que des secteurs entiers de la mission retournent en friche. En réalité, là où nous voyons des herbes folles, Dieu voit déjà la moisson qui lève. Pour Jésus également, pour Jésus missionnaire en Samarie, « déjà les champs étaient blancs pour la moisson ».

     

    Quant à nous, nous entrons dans la réussite de Dieu, dans son travail d’engrangement, et donc dans sa joie de semeur. Et parce que nous partageons déjà avec lui l’enthousiasme de la récolte, c’est à nous de lui réclamer un supplément de bras, un regain de cœur à l’ouvrage.

     


     

    Lundi de la 14ème semaine du temps de l’Église     6 juillet

    Un homme : Un notable.  Chez saint Marc, il porte un nom ; il s’appelle Jaïre.  Comme notable, il sait que Jésus n’est pas apprécié par les pharisiens, mais il ose tout pour sa fille qui vient de mourir.

    Une femme : une malade.  Nous ne saurons jamais son nom.  Elle vient par derrière, voulant juste toucher la frange du vêtement ; cette frange qui, chez les Juifs symbolise l’attachement à la Loi.  On dirait presque que c’est un geste magique.

    Mais chez l’un comme chez l’autre il y a une foi incroyable et aussi une justesse théologique : Si Jésus touche une morte, il va être impur ; s’il se laisse toucher par une femme qui perd du sang - la vie - il est aussi impur.  Mais chez ces deux personnages, il y a cette certitude que Jésus ne peut pas être atteint par l’impureté ou par la mort, mais qu’il peut purifier et ressusciter.  Ils ne se regardent pas tant, eux, que Jésus.  Qui que je sois, quelles que soient mes mort ou impureté, je ne dois jamais avoir peur de m’approcher de Jésus ; en face à face, ou en cachette … peu importe : il peut changer toute impureté en pureté, toute mort en vie.

     

    Deux.  Rien n’est plus important que de sauver des vies.  Ce n’est pas le boulot premier de Jésus aujourd’hui.  Il est en train de parler à des disciples de Jean Baptiste ; il leur annonce sans doute la Bonne Nouvelle.  Et voilà qu’on l’appelle … et il accepte de modifier son emploi du temps.  Il était le Maître qui enseigne ; il devient le Serviteur qui va sauver.  C’est déjà un peu Jeudi-Saint.  Jésus le Maître laisse à ses Apôtres un bel enseignement, dans un long discours, et en même temps il donne son Corps et son Sang et en plus, il va laver les pieds : pas possible d’être plus serviteur que cela.  Quelle humilité de Dieu.  Le curé d’Ars s’émerveillait de ce que, quand il décidait de dire la messe à telle heure, le Seigneur était là à telle heure !!!  Ça pourrait paraître naïf, mais il voyait juste, saint Jean-Marie Vianney.  Ce n’est pas le Seigneur qui nous dit à quelle heure nous devons célébrer l’eucharistie … mais il regarde notre horaire et il vient à ce moment-là.

     

    Trois.  Et c’est évidemment le sommet du texte.  Jésus nous dit que la fille dort seulement.  Et on va se moquer de lui.  À une époque où tous les Juifs ne croient pas à la Résurrection ; lui, en Maître, nous redit que notre vie n’a pas de fin.  Mais que, comme dans notre vie ici-bas, il y a des moments de sommeil pour refaire nos forces et aller plus loin.  Je l’ai déjà dit : c’est à partir de Jésus que l’on a changé le nom du lieu des sépultures.  Avant lui, des nécropoles : des villes des morts.  Avec le christianisme, on appellera ces lieux des cimetières : des champs du repos, des dortoirs pourrait-on dire.  Non, nous ne mourrons pas ; mais nous irons au dortoir dans l’attente du réveille-matin où nous verrons le Seigneur face à  face. Comme dit le psaume : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur ».  Ce que, nous n’en doutons pas et la fille de Jaïre et la femme guérie feront !   

     


     

    14ème dimanche du temps de l’Église    5 juillet

    Jésus n’aimerait-il pas les personnes qui ont, comme on dit, une tête bien faite et bien pleine ? 

     

             Non, vous l’avez bien compris.  Jésus est bien loin de valoriser l’ignorance, comme si plus on est idiot, plus on peut connaître les secrets de Dieu.  Jésus lui-même, d’ailleurs, va passer sa vie à enseigner et il a enseigné tout jeune aux savants et aux sages du Temple; il connaissait bien la Loi et les Prophètes. 

     

             Où est donc la nuance?  Certains juifs et peut-être encore plus nous, à cause de Monsieur Descartes, risquons parfois de faire une dichotomie entre le cœur et le cerveau, nous risquons de vouloir appréhender le mystère avec notre seule connaissance.  Évidemment, cela apporte une grande satisfaction intellectuelle, mais pas grand-chose en plus.  Notre connaissance intellectuelle n’a de sens que si elle est nourrie par le cœur.  Il nous s’agit de contempler d’abord, d’aimer d’abord et avant tout, pour bien comprendre; car Dieu, s’il peut nourrir notre cerveau, habite le cœur de l’homme.  Notre religion est loin d’une religion gnostique, d’une religion du savoir seul; elle est une religion du cœur.  Les orthodoxes ont sans doute mieux gardé que nous cette connaissance amoureuse de Dieu dans la théologie.  On n’aime pas ce qu’on comprend, mais on passe notre vie à comprendre ce qu’on aime.  L’amour est premier  ...  Et les premiers théologiens de l’Église étaient d’abord et avant tout de grands mystiques.

     

             Deuxième risque, je vous l’ai déjà laissé sous-entendre, c’est le contentement que peut donner une connaissance purement intellectuelle qui nous permet de « mettre la main » sur Dieu; comme si on pouvait enfermer Dieu.  Évidemment, je peux vous parler de la transsubstantiation, ou de la procession de l’Esprit par le Père et le Fils, mais ... qu’est-ce que j’aurai de plus, sinon la fausse impression de connaître Dieu.  Je vous le dis souvent : chez les juifs, connaître, veut dire avoir une relation amoureuse.  Je ne pourrai jamais connaître Dieu, mais je pourrai l’aimer, en essayant de l’aimer chaque jour un peu plus.  Si je pense savoir tout de Dieu, je n’ai plus rien à attendre de lui, et une fois de plus, je me suffis à moi-même.  Nous revenons au Magnificat : Dieu ne peut combler de biens que les affamés; si nous sommes riches, il nous renverra les mains vides.

     

             Je nous invite donc, pendant ces deux mois de vacances à ne pas hésiter à lire un peu de la théologie, des Pères spirituels, des vies de saints, mais à les lire en nous demandant : « Comment est-ce que cela va m’aider à t’aimer davantage, comment cette lecture va-t-elle m’aider à me rendre compte que je ne te connais pas, à la limite de moins en moins.  C’est l’expérience des scientifiques : plus ils connaissent, plus ils se rendent compte qu’ils ont encore tout à apprendre.

     

             Il en est de même pour Dieu.  Plus je m’approche de toi, plus je me rends compte que ton mystère est immense.  Mais, si je m’approche de toi aussi avec mon cœur, je sens ton cœur battre et il m’aidera à battre au rythme du tien.   

     


     

     

    Samedi de la 13ème semaine du temps de l’Église    4 juillet

    « À vin nouveau, outres neuves ».  Est-il un Évangile plus actuel que celui qui nous est donné par l’Église aujourd’hui ? Vous le savez bien, les outres sont des récipients en peau.  Ils ont cette caractéristique de pouvoir se dilater un peu.  Et c’est important, car le vin nouveau vit et donc la pression augmente.  Si l’outre est vieille, elle devient donc sèche et par là-même rigide.  Conséquence : non seulement le vin est perdu mais également l’outre.

     

    Je vous invite à relire le paragraphe précédent en remplaçant « vin nouveau » par « monde d’après » et « outre » par « cœur de l’homme ».  Vous serez étonnés ! Car le monde d’après et le cœur de l’homme vont de pair ; impossible de les séparer !

     

    Évidemment, dans le texte, le vin nouveau, c’est la Parole de Jésus, la nouveauté de l’Évangile et les outres, ce sont les jeunes Églises, dans lesquelles se trouvent des Juifs.  Jésus rappelle qu’il est impossible de bâtir l’Église sur une « vieille » image de Dieu : un Dieu sec et rigide ; il rappelle aux jeunes chrétiens qu’ils doivent être « souples » pour pouvoir se « dilater ».  Déjà, chez les premiers chrétiens, existait bel et bien cette ancien de retourner au « vieux », à un monde clos à toute nouveauté, à ce fameux : « on a toujours fait ainsi ».  Plus que jamais, cela peut être la tentation de l’Église : Nous avons changé plein de choses depuis le Concile et nous sommes de moins en moins nombreux en Occident.  « Ah, si on retournait aux bonnes vieilles méthodes d’avant, ce serait plus simple : d’ailleurs, à l’époque, les églises étaient pleines, mon bon Monsieur ! Mais nous, on allait au catéchisme et à la messe tous les jours, on n’enterrait pas les suicidés à l’Église et, pas question que des divorcés viennent présenter leur nouvelle union à l’Église.  Je ne vous parle même pas des personnes pas mariées qui demandent le baptême de leur enfant : quelle horreur !!! »  Est-ce-que j’exagère tellement ?  Pour ma part, j’ai entendu et j’entends encore cela.  Oui, c’est bien plus simple de n’accueillir que les bons et les purs dans l’Église … car ça me donne l’illusion que je le suis également.  Et puis, pas besoin d’être souple … ce qui est fatigant !!!

     

    Trois enfin.  Attention nous dit Jésus : ne pas être souple, ne pas accueillir la belle nouveauté de l’Évangile, cela va te tuer !  Un cadavre est bien rigide … mais il est mort ; un bébé n’arrête pas de gigoter et il est tellement souple qu’il va grandir.  On nous invite d’ailleurs à garder la souplesse de nos articulations pour bien vieillir.  Si l’Église, mon Unité Pastorale deviennent rigides, elles vont se fissurer et mourir ; si le Monde reste celui d’avant, il s’autodétruira ; si mon cœur manque de souplesse, je ressemblerai à un cadavre, à un sépulcre blanchi comme disait Jésus.  Alors, avec les mots de sœur Emmanuelle : Yallah ! En avant !        


     

    Saint Thomas, Apôtre 3 juillet

    Venant de Pondichéry, je devais attendre presque une journée à Chennaï (ex Madras) pour prendre mon avion.  Entrant dans l’église saint Thomas, j’ai découvert que c’était dans la crypte de cette église que l’Apôtre Thomas y serait enterré après y avoir vécu le martyre.  J’ai découvert que Jean-Paul II s’y était rendu, lors de son voyage en Inde.  Du coup, je me suis senti plus proche de Thomas.

     

    Les Apôtres ont peur, ils sont enfermés.  Pourquoi Thomas n’est-t-il pas là ?  Mystère ?  Parce qu’il n’avait pas peur ?  Parce qu’il avait des choses urgentes à faire ?  Nous le lui demanderons lorsque nous arriverons au ciel.  Mais, de toute façon, il est absent.  Il va rater la première rencontre du Ressuscité.  Mais le Seigneur ne dit pas : « Tant pis pour lui, il n’avait qu’à être là ».  C’est sans doute la première chose réconfortante pour nous à travers l’histoire de Thomas.  Le Seigneur vient sans cesse à notre rencontre et si nous ne sommes pas là, il reviendra et reviendra encore.  Rien n’est jamais perdu ; Dieu ne se lasse jamais de chercher l’homme pour qu’il puisse dire un jour, avec Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ».  Jamais de regret dans la vie spirituelle.

     

    Ne stigmatisons pas trop Thomas.  Car, je vous rappelle que lorsque les femmes sont venues dire que Jésus était ressuscité, on ne les a pas crues.  Comme Thomas qui demande des preuves, Pierre et Jean iront au tombeau et c’est seulement là que l’évangile dira : « Il vit et il crut ».  Notre foi n’est pas désincarnée ; nous avons besoin de nos sens pour croire au ressuscité.  Et, en soi, c’est très bien !  Si le Seigneur nous a donné cinq sens, pourquoi ne pourraient-ils pas servir pour notre foi.  Nous les utilisons d’ailleurs lors de l’eucharistie et de nos temps de prière : nous touchons l’hostie, nous la goûtons, nous sentons l’encens, nous entendons la Parole, nous voyons la croix ou une icône ou nos frères et sœurs rassemblés pour célébrer avec nous.

     

    Mais trois, les sens ne sont pas une fin en soi.  La foi va au-delà des sens.  Les sens aident mais ne sont pas indispensables.  « Bienheureux celui qui parvient à croire, même s’il est privé du sensible. » N’est-ce pas ce que nous avons vécu en ne pouvant pas manger le Pain de Vie durant trois mois, et en étant coupé de nos frères et sœurs ?

    Mais cela va encore plus loin.  Parfois, tout nous parle de Dieu : un beau coucher de soleil, une parole de l’Écriture …  Mais parfois, plus rien ne nous parle de Dieu.  On nous dit que Mère Teresa de Calcutta a vécu cela pendant plus de 20 ans.  Bienheureuse est-elle, elle qui a cru, sans plus aucune aide de ses sens corporels et spirituels.  Mais à elle comme à nous, tôt ou tard, le Seigneur dit : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté. »      

     


     

     

    Jeudi de la 13ème semaine du temps de l’Église     2 juillet

    Jésus est sans doute chez Pierre, comme il le fait souvent lorsqu’il est à Capharnaüm.  Le voici bon pour un nouveau toit …  Et que doivent penser sa femme et sa belle-mère ?  Vraiment, Jésus n’apporte que des ennuis à la maisonnée.  Et pourtant … Pourtant, c’est bien le contraire d’ennuis dont il est question aujourd’hui.  Regardons les personnages de l’histoire. Nous sommes un peu chacun d’eux.

     

    Tout d’abord, le paralysé. Il est couché et « sans jambes ».  Il est couché, c’est-à-dire mort et « sans jambes ».  Pouvoir marcher, c’est avoir la possibilité d’être autonome, d’aller vers l’autre, de découvrir de nouvelles choses.  Voilà ce que Jésus va lui rendre.  Mais parfois, il pourrait nous arriver de jalouser ce paralytique : Jésus, tu en fais de belles choses, mais c’est toujours pour les autres ; moi aussi, je me sens paralysé.  Pour toutes sortes de raisons, j’ai de la peine à aller vers les autres, il m’est difficile de penser de nouveaux chemins pour demain, il est compliqué pour moi d’imaginer et de bâtir le monde d’après … Mais justement, si Jésus guérit un paralytique, c’est parce qu’il voit bien qu’autour de lui - et nous sommes autour de lui - il y a toutes sortes de paralysés et multitude de paralysies.  Je n’ai donc pas à être jaloux, mais bien à me réjouir.

    Quand nous sommes paralysés par toutes sortes de choses, la rencontre avec Jésus peut nous remettre debout ; et si je n’y arrive pas tout seul - et c’est le premier point - je demande à d’autres de me conduire à Jésus.

     

    Ensuite, les porteurs.  La première chose qu’ils font, on vient de le dire, c’est de porter, d’apporter leur frère à Jésus.  Mettons-nous à leur place.  J’arrive devant la maison ; elle est bondée.  Qu’est-ce que je fais.  Avouons que la tentation est grande de dire : « On reviendra plus tard » ou même pire encore : « C’est que ça ne devait pas se faire ».  Non, les porteurs ont cette confiance absolue que cette rencontre sera capitale pour le paralysé.  Alors, puisqu’on ne peut pas passer par le canal habituel - la porte - on va inventer, créer des chemins nouveaux, risquer une aventure - le toit -.  François n’arrête pas de nous dire que le chrétien doit enlever de sa bouche l’expression mortifère : « on a toujours fait ainsi ».  Non, comme les porteurs, faisons preuve de créativité, d’originalité, de culot même, et cela dans une confiance indestructible !   C’est vraiment cela l’annonce de l’Évangile aujourd’hui. Jésus voit LEUR foi et il guérit le paralytique.

     

    Trois enfin, il y a la foule.  C’est très étrange, cette foule.  Ils viennent pour écouter Jésus ; ils ont fait une démarche, ils sont sortis de chez eux ; ils sont peut-être mal installés et pourtant, ils restent, séduits par les paroles du Seigneur.  Et, paradoxalement, ils forment comme une muraille qui empêche l’entrée de ce pauvre hère.  Où est l’erreur ?  Elle est celle de n’avoir vu qu’ « un seul Jésus ».  Et en fait, il y en a deux : Jésus et le paralytique : « j’étais malade et vous m’avez visité ».  Dans l’histoire de l’Église, on a parfois appelé le service du pauvre, le « huitième sacrement », ou « le sacrement de l’autre ».  Si nous ne voyons Jésus que dans sa Parole, ou même dans son eucharistie, nos églises seront « bouchées ».  Elles deviendront « églises ouvertes », le jour où les pauvres y seront accueillis comme icônes du Seigneur.    

     


     

     

    Mercredi de la 13ème semaine du temps de l’Église     1er juillet

    Épisodiquement, on me demande si je crois en Satan.  Pour attirer l’attention, je réponds toujours « pas du tout ».  Pourquoi ?  Parce que « croire en », cela signifie mettre sa confiance en quelqu’un et là, aucun doute, je ne lui accorde pas ma confiance.  Mais si je ne crois pas en lui, je crois qu’il est bien là.  Oh sûrement pas nécessairement à la manière de l’évangile du jour, mais je crois que l’homme seul n’est pas capable d’être à l’origine de tant de Mal dans le monde.  Et si je veux être honnête, je dois bien dire que le Malin parvient à « jouer » avec moi, comme avec nous tous.  L’Évangile de ce jour nous dit comment nous sommes quand nous entrons dans son jeu.

     

    Un.  Les deux possédés habitent dans les tombeaux. Ils sont déjà pratiquement morts, ils habitent les ténèbres.  Dieu est lumière et il veut que nous le soyons nous aussi : « Vous êtes la lumière du monde ».  Mais il nous arrive de la mettre sous le boisseau, voire de l’éteindre.  Alors, que ma vie devient sombre et sans vie !  Vivre dans les tombeaux, c’est aussi vivre dans le passé : il n’y a pas d’avenir dans un cimetière ...  On pourrait dire aujourd’hui : il n’y a pas le monde-d’après-Covid dans les nécropoles !

    Si je décide dès maintenant que tout va redevenir comme avant … Attention … danger … c’est que le Malin fait son œuvre en moi.  Celui qui est habité par l’Esprit est fondamentalement optimiste, pas d’un optimisme béat, mais d’un optimisme actif et œuvrant.

     

    Deux.  Les possédés crient.  Rappelez-vous, lorsque Dieu se fait connaître au prophète Élie, il se dévoile dans le bruissement d’une brise légère.  Et Jésus dira : « Je suis doux et humble de cœur ».  Et c’est son rêve pour nous : « Heureux les doux : ils posséderont la terre ».  Vous avez déjà vu comme certains grands de ce monde hurlent, vocifèrent devant le micro ?  Mais il m’est impossible d’imaginer François d’Assise essayant de convaincre par le volume de sa voix.  Mère Teresa avait une voix toute douce et Marthe Robin avait gardé la voix toute fluette d’une enfant.  On imagine la petite Bernadette de Lourdes allant trouver le curé Peyramale ; elle devait être toute tremblante et elle dira cette parole théologique très forte : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire ».  Non, nous ne devons pas convaincre ; donc, inutile d’élever le ton.  Nous disons simplement le cœur de notre cœur, le cœur de notre foi, le cœur de notre joie.

     

    Trois.  Ils disent à Jésus : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous tourmenter avant le moment fixé ? ».  Ils voient Dieu comme quelqu’un qui veut leur malheur, voire même un malheur encore plus grand que celui qu’ils vivent déjà.  J’ai l’impression que c’est une des armes préférées du Malin : nous faire croire que Dieu veut notre malheur.  C’est le contraire évidemment, puisqu’il nous a fait à son image et à sa ressemblance.  Dieu, le tout-beau, veut que je devienne beau aussi ; Dieu, le seul Dieu, veut me faire partager sa divinité.  En plus, il a envoyé son Fils pour moi et son Esprit habite en moi.  En attendant d’être pleinement avec lui, il m’a donné une famille : l’Église …  Alors si ça, c’est un Dieu qui veut mon malheur, il faudra qu’on m’explique.  Mais pourtant, il nous arrive de penser qu’il est plus facile de vivre sans lui qu’avec lui ; que je suis beaucoup plus libre sans m’encombrer de lui dans ma vie … Il m’apparaît comme une entrave à ma liberté.  Irénée de Lyon a cette phrase célèbre : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ».  Alors, tu as beau être malin, ô Malin … tu ne m’auras pas !

     


     

    Mardi de la 13ème semaine du temps de l’Église     30 juin

    Nous connaissons bien cet épisode de l’évangile de Matthieu.  Jésus vient de guérir des malades, les foules se pressent pour le suivre et il monte dans la barque ; on l’imagine exténué.  Les Apôtres - c’est-à-dire nous - sont montés avec lui.  Voilà le premier point.  Être disciple du Seigneur, ce n’est pas seulement se laisser guérir par lui ; ce n’est pas seulement non plus se presser pour l’écouter …  Non, être disciple du Seigneur, c’est monter dans la même barque que lui, la barque de l’Église, et par la même occasion, quitter la terre ferme avec tout ce qu’elle a de rassurant et même de confortable.  Un chrétien ne « reste » pas ; il bouge.  Mais, souvent, nous l’avons vu, lorsque nous décidons de suivre Jésus, la mer est calme, pas de vent, tout va bien.  Et on s’embarque dans une vie de chrétien, sans se poser trop de problèmes.  Puisque Jésus est là, tout va bien.  Pour un couple, on appellerait ça la lune de miel.

     

    Et voilà que d’un coup une tempête se lève.  On devrait mieux traduire un séisme, mais j’y reviendrai.  On ne l’a pas vu venir ; pas de signe précurseur du séisme et du tsunami qui suit.  La barque de l’Église vient d’en subir séisme sur séisme - et les répliques ne semblent pas se terminer - ; mais si nous élargissons la barque au monde, nous voyons les séismes des derniers mois qui touchent encore tellement des pays ou des sous-continents.  Et si nous regardons notre vie, nous y constatons aussi tant et tant de tempêtes et de séismes et nous découvrons aussi que suivre Jésus n’est pas si simple que cela et que bâtir le monde d’après relève d’un fameux défi.  Et à ce moment-là précisément, Jésus semble terriblement absent.  Et pourtant nous dit l’Évangile, il est là, mais il dort … mais il est là.  Présence discrète de notre Dieu dans les moments difficiles ; présence discrète qui nous invite à lui faire une confiance absolue : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? »

     

    Jésus dort, mais ne serait-il pas mort ?  Quelques versets plus haut, il dit : « laisse les morts enterrer leurs morts » et juste après on nous parle des démoniaques vivant dans les tombeaux.  Ne serait-ce pas ici une image de Jésus mort ; la barque étant alors une barque-tombeau ?  On peut le croire, parce que lorsque Jésus est réveillé, c’est le verbe employé pour la résurrection.  Quant au terme de séisme, il y en a un au moment de la mort et de la résurrection de Jésus dans l’évangile de Matthieu.  C’est donc clairement ici déjà une annonce de la mort et de la résurrection de Jésus.  Qu’est-ce-que ça dit pour nous ?  Tout simplement que le Seigneur n’empêche pas les tempêtes parce que nous sommes chrétiens.  Les tempêtes sont bien là, mais il les domine, il ne leur laisse pas le dernier mot.  Rappelez-vous, Dieu avait donné à Adam l’ordre de dominer la création.  Jésus, le nouvel Adam, va dominer la mer - symbole de la mort - et va faire advenir la résurrection dans nos vies.  Alors, oui, il nous est bon de méditer ce verset du psaume 22 : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal : ton bâton me guide et me rassure ».


     

    Saints Pierre et Paul    29 juin

    Grande fête dans l’Église aujourd’hui, puisque nous fêtons les deux colonnes de l’Église : les Apôtres Pierre et Paul !

     

    La première chose que cette fête nous apprend c’est qu’il y a une grande diversité dans l’Église : Si Pierre a connu le Jésus terrestre, Paul n’a jamais rencontré que le Ressuscité ; Pierre s’est occupé d’annoncer l’Évangile aux Juifs tandis que Paul a parcouru le monde entier connu de l’époque pour annoncer l’Évangile aux nations.  Pierre et Paul n’ont pas toujours été d’accord sur tout et ont même eu de fameuses discussions.  Et pourtant, l’icône qui les représente traditionnellement montre leurs auréoles entrelacées … et elles représentent ainsi un cœur.  L’Église est Une et diverse, mais dans un même amour l’un pour l’autre au-delà de toutes les différences.

     

    Deux.  La première lecture des Actes des Apôtres nous raconte comment Pierre est délivré de la prison par un ange.  Tout ce que l’ange lui demande de faire, il le fait, mais c’est seulement sorti de la prison qu’il comprendra les choses : « Vraiment, je me rends compte maintenant que le Seigneur a envoyé son ange, et qu’il m’a arraché aux mains d’Hérode et à tout ce qu’attendait le peuple juif. » Belle image de notre foi.  Écoutons ce que le Seigneur nous demande ; ob-éissons (ce qui veut dire la même chose) même si nous ne comprenons pas au moment-même le sens des événements.  C’est souvent après coup que nous comprenons comment le Seigneur nous a guidés.  Cela s’appelle simplement la confiance, la foi !

     

    Trois.  Dans la deuxième lecture, Paul semble ne pas manquer de culot, d’orgueil : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice. »  Voilà qu’il se canonise lui-même.  Mais il faut aller jusqu’au bout du texte : « Tous m’ont abandonné. Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force. »  C’est exact, Paul est un homme extraordinaire … mais il sait bien, lui l’ancien persécuteur qu’il doit tout au Seigneur.  Il n’est donc pas orgueilleux du tout.  C’est le Seigneur qui fait tout en lui.  C’est lui qui dira : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi »

     

    L’Évangile nous dit la réponse de Pierre, qui est aussi celle de Paul et de tous les chrétiens ; de chacun de nous aujourd’hui : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! ».  Et c’est à chacun de nous, quel que soit notre prénom, quelle que soit notre fonction dans l’Église : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

     


     

     

    13ème dimanche du temps de l’Église     28 juin

    Nous avons repris conscience ces derniers mois de la réalité de la contagion à travers ce fameux coronavirus.  Et la contagion nous apparaît, évidemment, comme une réalité négative … c’est bien normal.  La liturgie de ce dimanche nous invite à entrer dans une autre contagion, positive cette fois : la contagion de la sainteté.  La femme riche, mais stérile, de Sunam et son mari vont être atteints par la sainteté d’Élisée et la femme va enfanter.  Le chrétien, par le baptême, est atteint de la résurrection du Christ et devient lui-même un ressuscité.  Et qui accueille un prophète ou un homme juste reçoit une récompense de prophète ou d’hommes justes. 

     

    Oui, la sainteté, la vie de Dieu, Dieu lui-même sont extrêmement contagieux.  Mais ici, quelle joie !  Vous le savez, dans l’histoire de l’Église, il a été courant de tenter d’être enterré au plus près d’un saint, pour recevoir sa sainteté … et ainsi une entrée plus rapide dans le Royaume !  C’est pour cela aussi que l’on professe tous les dimanches notre foi en une Église sainte.  Elle est composée d’hommes et femmes pécheurs, mais atteinte par la contagion de la sainteté de Dieu dont elle est l’épouse, c’est-à-dire toute proche.  Oui, la sainteté aussi se transmet par un non-respect de la fameuse distanciation physique.  Dit avec un peu d’humour : « Si tu veux ne pas être saint, surtout, tiens-toi à l’égard des saints …  Et dans ce cas, pas de risque.  Mais si tu te tiens trop près de lui, si tu le touches ou l’embrasses … alors, te voilà parti vers la sainteté. »

     

    La liturgie va même encore plus loin, puisqu’elle nous invite à « entrer » dans la divinité même de Dieu.  Lorsque le prêtre met de l’eau dans le vin, il dit cette petite phrase : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité ».  Allons plus loin que la sainteté, osons aller jusqu’à la divinité.  Comment ?  Simplement en laissant notre eau se mêler au vin du banquet éternel de notre Dieu.

     

    Alors, si ma vie change par la proximité avec Dieu, on comprend de façon juste l’évangile de ce jour.  Jésus ne nous demande pas de ne pas aimer nos père, mère, fils ou fille.  On pourrait même dire que c’est le contraire : Il nous demande de les aimer davantage.  Mais pour mieux les aimer, il faut aimer le Seigneur en premier.  Son amour va être contagieux en nous et nous aimerons les autres à sa manière, avec son amour infini et le non le nôtre, si petit.

    Et le dernier mot de l’Évangile nous rappelle combien cela est grand : un petit verre d’eau donné me donnera une grande récompense : celle de l’avoir donné à Dieu lui-même.  Et ainsi, l’eau sera mêlée au vin !

     


     

    Samedi de la 12ème semaine du temps de l’Église   27 juin

    L’Église fête aujourd’hui saint Cyrille d’Alexandrie où il fut évêque au début du Vème siècle.  Je voudrais vous parler un petit peu de lui parce que sa théologie est très en phase avec notre monde.

     

    Tout d’abord, Cyrille va s’attaquer à l’empereur Julien qui considère les personnes à la peau blanche comme supérieure à celles qui ont la peau noire.  Comme vous le voyez, le racisme n’est pas neuf dans notre monde.  Et Cyrille montre ce que l’Église et chacun de nous devons continuer de dire aujourd’hui.  Voici ce qu’il écrit : « Ce qui m'étonne, c'est que Julien prenne la couleur de la peau comme preuve qu'il faut considérer que les nations ont ‘un substrat de nature différente’. S'il croit en cela penser ou dire quelque vérité, il se trompe sans s'en rendre compte : il faudrait dans ce cas, me semble-t-il, que ceux qui ont une couleur de peau déterminée soient tous du même avis et s'accordent dans leurs pensées ; et si quelqu'un a la peau blanche et qu'il est bon, qu'aucun de ceux qui ne sont pas blancs ne soit bon ! Pareillement si quelqu'un est basané ou noir et qu'il est bon, qu'aucun de ceux qui ont un corps blanc ne le soit ! N'y a-t-il pas là déjà de quoi rire ? »

     

    Deux.  Cyrille est un des saints qui est honoré et par les catholiques et par les différents patriarcats orthodoxes.  Cela nous rappelle que nous devons prier et œuvrer à l’unité de nos Églises.  Nous avons la chance inouïe d’avoir au cœur de notre Unité Pastorale la Communauté du Chemin Neuf dont c’est une des vocations : l’Unité des Églises.  Comme Unité Pastorale, nous savons aussi que l’Unité des Églises commence par l’unité de nos diverses paroisses.  Nos 11 lieux sont très différents, mais ils peuvent - et ils le font déjà tellement - vivre une grande unité.  Il nous est bon de pouvoir prier ensemble, et en ce temps de pandémie, de célébrer tous les week-ends ensemble, avant de pouvoir retrouver nos diverses églises et chapelles.  Que ce soit l’occasion de nous aimer encore davantage et de vivre une belle unité.

     

    Trois enfin.  Sans entrer dans les détails, Cyrille s’est battu pour qu’on reconnaisse que non seulement Marie est la Mère de Jésus, mais qu’elle est donc aussi la Mère de Dieu.  Ce n’est pas seulement un être humain qu’elle a porté en elle, mais Dieu lui-même.  Cela pourrait sembler une bataille théologique qui n’a pas beaucoup de sens.  En fait, c’est fondamental pour nous aussi aujourd’hui.  Si Marie est l’image de l’Église et donc de chacun d’entre nous, cela signifie que nous portons en chacun de nous Dieu lui-même, que nous sommes le Temple, la vraie Maison de Dieu.  C’est bien plus que d’être la demeure de quelqu’un, fût-il quelqu’un d’extraordinaire.  Non, Dieu n’habite pas au ciel …  Il habite en moi !!!  

     


     

    Vendredi de la 12ème semaine du temps de l’Église     26 juin

    Chaque année, Je rencontre des lépreux et d’anciens lépreux en Inde.  La toute première fois, j’avoue que cela m’a demandé un effort de les approcher et de les toucher.  Certains sont vraiment totalement défigurés.  Pas simple !

    Absurde, puisqu’aujourd’hui on peut soigner la lèpre et il y a peu de risque de l’attraper pour une personne en relative bonne santé.  Mais, depuis, je n’ai plus aucune peine de comprendre la situation des Juifs face à eux à une époque où l’on ne parvenait pas à les soigner …

    Aujourd’hui, il y a tant et tant d’autres lèpres dans notre monde ; tant et tant d’hommes et de femmes mis au ban de la société, parce que dits « impurs ».  Par ailleurs, nous-mêmes, sommes parfois - ou souvent - des lépreux.

     

    Mais quelle audace chez cet homme.  Alors qu’une foule nombreuse suit Jésus ; lui, tout seul vient au-devant.  Il est normal, chez les Juifs, que les disciples marchent derrière le maître : c’est la coutume.  Mais oser aller au-devant, ce n’est pas correct.  Mais, il se prosterne et surtout lui dit : « Si tu le veux ».  Oui, Seigneur, je ne respecte peut-être pas le bon usage, mais je reconnais que tu es le Seigneur ; j’arrête de me prendre pour Dieu, et je ne me permets pas de te donner des ordres : « Si tu le veux ».  Voilà l’attitude qui doit être la nôtre.  Mais n’est-elle pas souvent aussi celle des mis-au-ban ?  « Si tu le veux », « si tu veux bâtir ce monde d’après où j’aurais une place ».  Je crois vraiment que c’est une demande de notre monde.  Une partie du monde « crie silencieusement » à nos pieds …  « Sauvez-moi ; sauvez-nous ». 

     

    Deux.  Réponse de Jésus : « Je le veux », mais surtout, il le touche.   Comme s’il avait besoin de le toucher pour que le miracle se produise.  Mais, je l’ai compris en Inde !  Je peux sourire à un lépreux, je peux lui dire Vanakom (bonjour).  Mais tout change, si je le touche, si je l’embrasse, si je l’enlace.  Là, je me fais « l’un de lui ».  Je me fais lépreux avec les lépreux ; je m’abaisse, je me mets à son niveau.  C’est capital pour le monde de demain.  Nous pouvons faire beaucoup de bien - très généreusement même - mais sans nous approcher, sans nous faire proche de l’autre.  Mais ce ne sera que pitié ou charité dans le mauvais sens du terme.  Mais comme Jésus, en touchant, ce n’est pas la lèpre qui passe de l’un à l’autre, mais la vie qui passe de l’autre à l’un.

     

    Et c’est le troisième point.  « Va te montrer aux prêtres ».  C’est ainsi que le lépreux était réinséré dans la société.  Mon travail est donc plus que de toucher et de « guérir » ; mon travail sera, par ces gestes, de réintégrer dans la société ceux que l’on a chassés d’elle.  Souvent, en Inde, les lépreux nous demandent de les photographier avec nous, les touchant.  C’est une manière de dire : « Regardez, je suis un homme, il m’a reconnu comme tel ; je peux de nouveau être quelqu’un dans la société ».  Comme Jésus ressuscite cet homme, j’ai la capacité merveilleuse de pouvoir faire la même chose tous les jours, là où je vis : «  1. C’est ma volonté - 2. Je te touche - 3. Je te réintègre. »  C’est beau, non ?     


     

    Jeudi de la 12ème semaine du temps de l’Église     25 juin

    Les deux maisons : celle bâtie sur le roc et celle qui l’est sur le sable.  L’Évangile de ce jour est un best-seller des eucharisties de mariage : c’est très beau de voir des fiancés qui se rendent compte de la difficulté de bâtir une maison qui tienne.

     

    Pour bien la comprendre, je rappelle que Jésus nous dit bien que la distinction n’est pas entre un croyant et un incroyant, mais qu’ici la parabole est adressée aux seuls croyants : un chrétien-roc et un chrétien-sable …  Et les premiers chrétiens juifs connaissent bien l’intensité des tempêtes qui peuvent se lever brusquement dans leur pays et faire de gros dégâts.  Tous les deux sont donc chrétiens … Mais pour être juste, comme hier, je rappelle qu’il ne s’agit pas de deux types de chrétiens, mais des deux types de chrétiens qui habitent en moi.  De temps en temps, je suis sur le roc (on the rock lol) ; de temps en temps, je suis sur le sable.  Et quel est ce roc ?  Saint Paul le dit clairement aux premiers chrétiens de la mégapole de Corinthe : « La pierre de fondation, personne ne peut en poser d’autre que celle qui s’y trouve : Jésus Christ ».  Jésus est la Parole du Père ; les deux « types » l’entendent, mais certains obéissent - ce qui veut dire écoutent - et d’autres pas ; certains mettent en pratique et d’autres pas.  C’est donc clair et tout simple … ou très compliqué (à vivre) : je bâtis ma maison sur le roc, lorsque j’écoute la Parole et que je la mets en pratique.

     

    Deux.  Bâtir sur le roc, c’est bâtir pour aujourd’hui seulement : « Pas de tempête à l’horizon ; pourquoi se fatiguer, bâtissons sur le sol tel qu’il se présente à nous ».  Le chrétien-roc sait bien que sa foi, elle doit durer, elle ne doit pas être d’un instant ; il sait aussi que ce n’est pas parce que c’est facile d’être chrétien aujourd’hui, que cela le sera toujours.  Il sait que - comme écrira Paul aux chrétiens de Philippes - que notre demeure, notre maison est dans les cieux.  Il faut donc voir loin.  La belle antienne mariale du Salve Regina dit bien que sur terre c’est souvent une « lacrymarum valle » : une vallée de larmes.  Alors, bâtissons aujourd’hui en vue des larmes de demain.

     

    Trois enfin.  Le même texte chez saint Luc est un peu différent : « Il a creusé très profond et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l’inondation, le torrent s’est précipité sur cette maison, mais il n’a pas pu l’ébranler parce qu’elle était bien construite ».  Avant d’arriver au roc, il faut d’abord évacuer le sable … et la profondeur est grande.  Le sable, c’est donc le fait d’écouter le Seigneur - peut-être même avec ravissement et beaucoup de foi - mais de ne pas le mettre en pratique.  Et là, il faut creuser bien profond.  « Que c’est beau tes Béatitudes, Seigneur ! » OK !!! Mais accepter d’être pauvre, doux, miséricordieux, compatissant … avouons que c’est une autre histoire !  Mais, voilà, c’est le seul moyen de résister à toute tempête.      

     


     

     

    Nativité de saint Jean Baptiste     24 juin

    Nous fêtons aujourd’hui une naissance, celle de saint Jean-Baptiste que la liturgie nomme la nativité de saint Jean-Baptiste. Il y a aussi dans les fêtes de l’année liturgique deux autres nativités qui sont célébrées : celle de Jésus, évidemment à Noël et celle de Marie, sa mère, le 8 septembre. On comprend donc que Jean-Baptiste est quelqu’un d’important !

    Dès le jour de leur naissance, on veut déjà nous dire le rôle unique, irremplaçable qu’ils vont accomplir tous les trois : annoncer la Bonne Nouvelle pour Jésus ; porter et donner naissance au Sauveur du monde pour Marie et préparer la voie au Messie attendu pour Jean-Baptiste. C’est pour cela qu’on l’appelle le Précurseur.

     

    Regardons maintenant Jean-Baptiste. Luc nous dit, dès sa naissance une intuition de ce qu’il sera en donnant le nom qu’il portera : Jean. Et Jean, ça veut dire : « Grâce de Dieu » ou « Dieu fait grâce ». Saint Bède le Vénérable, commente ce nom ainsi : « Tel est le sens de ce nom [de Jean] : grâce de Dieu, c'est-à-dire celui en qui est la grâce. Car ce nom annonce déjà l'Évangile. Jean désigne le Seigneur Lui-même qui vient, Lui par qui la grâce est accordée au monde ».

    Chez les Juifs, vous le savez bien, le nom exprime une mission. Rappelez-vous, lorsque l’ange Gabriel vient vers Marie à l’Annonciation, il lui dit que l’enfant qu’elle portera s’appellera Jésus nom qui veut dire en hébreu : « Dieu sauve ». Et on pourrait apporter de nombreux exemples tirés de l’Ancien Testament.

    Saint Jean-Baptiste, lui, découvre sa mission à l’âge adulte. Alors, il se retire au désert et donne, en plongeant les gens qui le suivent dans l’eau du fleuve Jourdain, un baptême de conversion.  Il les invite à se préparer à accueillir Celui que le peuple attendait et que les prophètes avaient annoncé. Quand Jésus se présente, il le reconnait et il proclame « Le voici le Sauveur envoyé par Dieu, l’Agneau de Dieu. Je me fais petit et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure » (cf. Jean 1, 26-27).

     

    Voilà donc Jean Baptiste : un serviteur qui prépare la voie et qui disparait devant Celui qui est l’Envoyé de Dieu.

     

    En regardant saint Jean-Baptiste, nous sommes invités à l’imiter et à devenir, comme il l’a été, des disciples et des serviteurs de Jésus.

    Bien sûr, les conditions de vie et les temps ne sont plus ceux du temps de la vie terrestre de Jésus en Palestine, mais comme Jean-Baptiste nous pouvons toujours rencontrer Jésus car il est Ressuscité et toujours vivant.

    La mission de Jean-Baptiste n’est pas finie. Pourquoi ne serions-nous pas nous aussi des Jean-Baptiste qui sont comme des précurseurs qui indiquent la venue de Jésus, qui savent le reconnaître et le faire voir autour d’eux et d’elles ? Ainsi la fête d’aujourd’hui fera de nous des personnes qui témoignent de leur foi en Jésus et qui invitent à le reconnaître comme le Sauveur, la source de notre joie et le Seigneur de nos vies.

     


     

     

    Mardi de la 12ème semaine du temps de l’Église     23 juin

    L’évangile ne serait-il destiné qu’à un peuple d’élites ? On pourrait le penser en lisant les paroles : « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré ; ne jetez pas vos perles aux pourceaux, de peur qu’ils ne les piétinent, puis se retournent pour vous déchirer ».  Une fois de plus, il faut prendre un texte dans son intégralité pour le bien comprendre.  Faisons-le et nous comprendrons bien cette première phrase.

     

    « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi ».  Voilà ce qu’on appelle la règle d’or.  Elle n’est pas propre aux chrétiens.  Elle est chez les juifs, les musulmans, les hindouïstes, les bouddhistes, les taoïstes et les zoroastristes … autrement dit dans toutes les traditions spirituelles et sapientielles de l’humanité.  Mais ici, Jésus ajoute : « voilà ce que disent la Loi et les Prophètes ».  Autrement dit, Jésus dit que cette maxime, ce n’est pas seulement une affaire entre moi et l’autre, mais une affaire entre moi, l’autre et Dieu lui-même.  On dépasse donc une bonne manière de vivre en société.  Non, c’est un appel - on pourrait dire un commandement - de Dieu lui-même ; cela fait partie intégrante de notre foi en un Dieu amour qui nous dit que nous sommes tous des frères et sœurs.

     

    Deux. La fameuse histoire de la porte étroite si bien représentée sur la photo.  Non, ce n’est pas réservé à une élite ; tout le monde, absolument tout le monde peut y passer, mais il y a deux conditions.  Tout d’abord, je dois m’abaisser ; ensuite, je dois ôter mes bagages. 

    Si je veux entrer dans le Royaume, je dois me faire tout petit, je dois me mettre à genoux, je ne dois pas me prendre pour Dieu, mais le laisser être Dieu.  Comme Marie, la sœur de Marthe, je dois m’asseoir aux pieds de Jésus, ou comme Madeleine, c’est agenouillé que je peux verser du parfum sur ses pieds.

    Je dois aussi me dépouiller de mes bagages, mon « moi tout-puissant », mon ego, mon orgueil qui m’encombrent tellement.  Alors on comprend que cette porte étroite, peu l’empruntent.  Mais, de nouveau, il n’y a pas d’un côté les bons et les mauvais.  En chacun de nous, il y a des jours où j’entre par la porte étroite, et des jours où je préfère prendre le large chemin du monde d’avant.

     

    Trois.  Alors, on comprend la première phrase.  De nouveau, il ne s’agit pas d’un type de personnes, mais d’une « partie de nous ».  Impossible de vivre de Dieu - les perles - si tel ou tel jour, je suis un chien ou un porc.  Je comprends la Parole si je me fais apte à la recevoir.  Et comment ?  C’est dans les versets 7 à 11 que la liturgie saute … Je vous les donne, car c’est capital pour comprendre « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Ou encore : lequel d’entre vous donnera une pierre à son fils quand il lui demande du pain ? Ou bien lui donnera un serpent, quand il lui demande un poisson ?

    Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ! ».  C’est seulement en priant le Père que je pourrai recevoir sa Parole, puisqu’il ne me veut que du bien.

     


     

    Lundi de la 12ème semaine du temps de l’Église   22 mai

    La parabole de la paille et de la poutre est tellement connue, même en dehors de l’Église, qu’elle fait partie des expressions que l’on peut trouver dans notre langage courant.  Je me souviens encore d’un article de journal : « La paille et la poutre dans le football belge … »  Mais souvent - et bien malheureusement - on fait de cette parabole une parabole morale.  Mais non, car l’Évangile n’est pas une morale mais une Bonne Nouvelle.  Cette parabole de Jésus nous dit d’abord et avant tout, les choses comme elles sont dans la réalité ; il décrit les choses …  Oui, habituellement, l’homme voit d’abord le négatif chez l’autre avant de le voir chez lui. 

    Ce qui m’a toujours énervé, c’est que l’on dit que moi, j’ai une poutre, et que l’autre, lui n’a qu’une paille.  Est-ce bien vrai ?  En fait, j’ai lu une interprétation qui me plaît beaucoup.  Tous, nous avons une paille dans l’œil, mais quand elle est dans mon œil, elle m’empêche de bien voir et donc, c’est comme si c’était une poutre.  Et, de fait, tout qui s’est mis le moindre petit objet dans l’œil, se rend compte qu’il ne voit plus du tout …  C’est comme si c’était une poutre.

     

    Quelle est la première bonne nouvelle de ce jour ?  Elle nous vient quelques versets plus haut : « La lampe du corps, c’est l’œil. Donc, si ton œil est limpide, ton corps tout entier sera dans la lumière ; mais si ton œil est mauvais, ton corps tout entier sera dans les ténèbres ». Vous le savez bien, Jésus a guéri des aveugles.  Depuis notre baptême, nous savons que notre œil est fondamentalement bon.  C’est le péché qui le « trouble ».   Il le trouble à tel point qu’il me donne une image tellement négative de moi.  J’ai l’impression que j’ai une poutre dans l’œil.  Je me regarde selon mon regard - trouble - et pas selon le regard de Dieu, ce regard plein de tendresse et de pardon.  Rappelons-nous le regard de Jésus et de Pierre après son reniement.  Première Bonne nouvelle.  Je ne suis pas si moche que je le crois, j’accepte de recevoir la lumière du Seigneur pour bien me voir.

     

    Deuxième bonne nouvelle.  Grâce à cette lumière de Jésus, j’accepte de comprendre que je ne vois pas.  Comment Jésus peut-il guérir ma cécité, ou ma malvoyance si je n’en ai pas conscience ?  Avec son regard de miséricorde, je peux arriver à enlever la paille de mon œil.  La poutre est devenue une paille, puisqu’elle est vue ainsi par Dieu.  Rappelez-vous la parole du curé d’Ars : « Nos fautes, même les plus graves, sont des gouttes d’eau, face aux torrents de la miséricorde de Dieu ».

    Et puisque la lumière de Dieu est en moi, je vois clair pour ôter d’abord ma paille, sans me blesser davantage, dans tous les sens du terme : sans me faire mal davantage psychologiquement.

     

    Troisième bonne nouvelle enfin.  Mon œil étant redevenu clair, limpide, alors, je peux aider mon frère à enlever sa paille - celle qu’il considère comme une poutre.  Mais je peux le faire avec le regard de Dieu.  Qu’est-ce-à dire ?  Tout simplement, qu’au lieu de le juger, je vais « jouer le rôle de Dieu » ; je vais lui dire que sa faute n’est vraiment rien face à l’amour infini que j’ai pour lui.  Il est mon frère et je l’aime, comme le Seigneur, lui aussi, m’a fait découvrir que seule une paille blessait mon œil … et que cela ne l’empêchait pas de m’aimer.  J’étais un juge … et me voici un frère !

     

    Alors, oui, c’est vraiment une triple bonne nouvelle qui nous est donnée aujourd’hui !  


     

    Douzième dimanche du temps de l’Église      21 juin

    Jérémie est l’un de mes prophètes favoris, parce que je crois que chaque chrétien peut se retrouver en lui.

     

    Il est d’abord le prophète de la séduction, de l’ « amour-amoureux » de Dieu pour chacun d’entre nous.  Au début de son livre, il a cette expression merveilleuse : « Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire ».  Être prophète n’est donc pas un boulot, ni même d’abord un apostolat, une mission …  Non, être prophète, être chrétien, c’est d’abord et avant tout, vivre une relation amoureuse avec le Seigneur.  Et cette relation amoureuse, elle est commencée par le Seigneur lui-même.  Comme d’habitude, c’est lui qui a le premier mot.  Le chrétien « n’a qu’à se laisser séduire ».  Nous sommes loin d’une religion mortifiante et mortifère.  Cette séduction réciproque va donner un élan missionnaire remarquable à Jérémie.  Il va oser affronter pas moins de quatre rois pour leur dire « leurs quatre vérités ».  Oui, ils sont infidèles au Seigneur.  C’est sans doute un premier point capital pour chacune et chacun : on cherche toutes sortes de moyens pour être une Église, une paroisse, une Unité Pastorale missionnaire.  C’est bien, sans doute …  Mais Jérémie nous dit : « laisse toi être séduit par le Seigneur et ça va te ‘booster’ dans ta mission ».  Vous l’avez compris : évidemment, les plans pastoraux sont nécessaires dans l’Église … Mais s’ils ne sont pas précédés et animés par l’amour du et pour le Seigneur … cela ne sert à rien : « J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, dira Paul, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, cela ne sert de rien »

     

    Deux.  Évidemment, son enthousiasme sera refroidi rapidement.  Ceux qu’il attaque vont l’attaquer à son tour.  Et d’une façon perfide : Comme Dieu, ils vont tenter de le séduire.  « Peut-être se laissera-t-il séduire...

    Nous réussirons, et nous prendrons sur lui notre revanche ! »  Il y a deux combats dans ce monde : le Bien et le Mal.  Et étonnamment, les deux sont séduisants.  Et sans doute que le deuxième a une apparence - une apparence seulement - encore plus séduisante.  C’est toute la deuxième lecture où Paul nous dit : «  le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort. ».  Un langage qu’on n’emploie plus guère aujourd’hui mais que l’on comprend bien, encore plus dans l’épreuve que nous vivons.  Vivre la solidarité, le respect de la nature, la priorité de l’humain, c’est séduisant et ça donne la vie, nous en avons fait l’expérience …  Mais l’égoïsme, la destruction de la nature, la priorité du Moi sont aussi très, plus, séduisants … mais ils conduisent à la mort.  C’est cela que les premiers chrétiens vivent au moment où Matthieu écrit son évangile.  Ils sont persécutés parce que le message des Béatitudes ne passe pas, évidemment.

     

    Trois.  Comment tenir ?  La réponse de Jérémie est simple : il s’adresse au Seigneur et il se confie à lui : « Seigneur de l’univers, toi qui scrutes l’homme juste, toi qui vois les reins et les cœurs, fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras, car c'est à toi que j’ai remis ma cause. »  Là aussi, le langage ne passe plus aujourd’hui : la revanche …  Ok, mais on comprend bien ce que Jérémie veut dire : Avec toi, j’en sortirai.  Ou comme disait Charles de Foucauld : « Mon père, je m’abandonne à toi … car tu es mon Père ».  Il est long le chemin vers le monde d’après.  Il sera semé de beaucoup d’embûches pour tous ceux qui voudront continuer de le bâtir.  Mais avec Paul qui s’adressait aux chrétiens de Rome, nous osons dire : « Qui pourra nous séparer de l’amour de Dieu ? …  Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ. »  Alors, ne craignons pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais ils ne pourront pas tuer notre âme, notre volonté de bâtir le monde d’après.  Il a commencé, il est déjà là !  Alors, chantons avec le psaume : « Que le ciel et la terre le célèbrent, les mers et tout leur peuplement ! » 

     


     

     

    Cœur Immaculé de Marie    20 juin

    Après le Sacré-Cœur de Jésus hier, nous célébrons aujourd’hui le cœur immaculé de Marie.  Pourquoi ?  Vous le savez bien : ce que Marie vit déjà en plénitude, parce qu’elle est pleinement « branchée » sur l’arbre de la Trinité, l’Église dont elle est l’image est en travail pour le vivre à son tour.

    Marie est totalement « branchée ».  Parce qu’elle a porté Jésus en elle, et qu’elle continue, en quelque sorte, de le porter toute sa vie, la fleur de Marie ne quittera jamais la branche de Jésus.  Nous, nous ressemblons plutôt aux princes de Juda de la première lecture : ces princes qui oublient vite la Parole et veulent être des fleurs sans rester accrochés à la branche.  Suivons donc Marie et Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui.

     

    Un. Jésus est assis au milieu des Docteurs de la Loi.  Il est au Temple.  Et c’est normal, puisqu’il devient le Temple de Dieu.  « Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai ».  Par notre baptême, nous sommes aussi la Maison, le Temple de Dieu, mais il s’agit d’y demeurer.  Vous vous rappelez la Parole d’Augustin : « Tard, je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, tard, je t’ai aimée ! Mais quoi ? Tu étais au-dedans de moi et j’étais, moi, en dehors de moi-même et c’est au dehors que je te cherchais » Nous devons don, comme disait saint Benoît à ses moines : « redire ad cor », « retourner à notre cœur »

     

    Deux, c’est cela que Marie faisait : « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements ».  Elle les garde.  Ça ne veut pas dire qu’elle les comprend. Il nous faut parfois du temps pour comprendre tel ou tel événement.  C’est parfois très longtemps après que nous comprenons ce que le Seigneur nous a donné à travers telle ou telle chose.  Et donc, le seul moyen de comprendre, c’est de garder et de garder dans la confiance.  C’est cela à quoi nous sommes appelés : « Je crois, Seigneur, que tu veux mon bonheur, rien que mon bonheur et tout mon bonheur ; je ne comprends pas ce qui m’arrive, ce qui m’est demandé.  Mais, je te fais confiance.  Alors, donne-moi de garder ces choses dans mon cœur et un jour, j’en suis sûr, je comprendrai. »

     

    Trois.  La parole de Jésus : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »  C’est la première phrase dite « à l’envers ».  Si Dieu habite en nous, nous devons être en lui, au-dedans.  Où est ma maison ?  Elle est en Dieu.  Un vieux texte, la lettre à Diognète disait qui étaient les chrétiens : « Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. »   Voilà qui est dit : Ma manière de vivre, je ne la calque pas sur les idées du monde, mais sur les Béatitudes.  Si je veux bâtir le monde d’après ce n’est évidemment pas chez « Donald » que je trouverai les bonnes bases.  Ce sera sur Jésus et son Évangile.

     


     

     

    Sacré-Cœur de Jésus   19 juin

    C’est une fête assez récente que nous célébrons aujourd’hui : la fête du Sacré-Cœur de Jésus.  Alors qu’elle est récente, elle peut paraître un peu vieillotte dans sa formulation.  Et pourtant, elle est très belle.  Elle est liée à la fête de demain qui sera le Cœur immaculé de Marie.

    Le cœur. Dans la Bible, il dit beaucoup de choses : la sensibilité, l’intelligence, la volonté, la conscience morale. Autrement dit, le cœur désigne l’homme tout entier dans sa capacité d’aimer.  Et si nous regardons le cœur de Jésus - qui est aussi le cœur du Père et de l’Esprit évidemment -, c’est parce que nous sommes appelés à avoir le même cœur que la Trinité. Rappelez-vous : nous sommes les feuilles et les fruits accrochés à l’arbre du Père, du Fils et de l’Esprit.  Il est donc normal que nous ayons le même cœur.

     

    La première lecture nous dévoile d’abord que Dieu a un cœur gratuit.  Je vous relis : « Si le Seigneur s’est attaché à vous, s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. »

    S’il nous choisit, c’est parce qu’il l’a décidé, point barre …  Ce sera la même chose avec les Apôtres qu’il a choisis ou avec ses prophètes.  Il n’a pas regardé les qualités, les avantages à en tirer.  Il ne s’agit donc pas de mériter l’amour de Dieu, mais juste de s’émerveiller d’en bénéficier, sans aucun mérite. 

     

    Le psaume nous dit le caractère éternel de l’amour qui vient de son cœur : « L’amour est de toujours à toujours ».  Les couples le savent bien évidemment : il est impossible de dire à son conjoint : « je vais t’aimer pour un bail de trois ans, renouvelable ».  La sagesse populaire le dit bien : « amour rime avec toujours ».  Le problème de Dieu, c’est qu’il a devant lui une épouse infidèle.  Mais rien ne parviendra à lui faire quitter cet amour infini.

     

    La deuxième lecture nous rappelle ce que j’ai évoqué il y a quelques instants : « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. ».  Dit d’une autre manière.  Nous ne pouvons aimer à la manière de Dieu que parce qu’il demeure en nous ; que parce que c’est son cœur qui fait battre notre cœur à l’unisson.  Sans son cœur, le nôtre ne peut que faire de l’arythmie cardiaque.  

     

    Et enfin l’évangile nous dit le repos dans le cœur de Dieu : « devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. » J’ai souffert de fibrillation auriculaire paroxystique.  Mon cœur battait la chamade nuit et jour.  J’étais épuisé, même en dormant.  Telle est notre vie, si nous laissons notre cœur battre à un rythme fou.  Si nous accordons notre cœur au rythme du cœur de Dieu, nous serons dans le repos.  Et le repos divin n’est pas de rien faire, mais de faire tout comme Dieu, avec lui et en lui.  Amen

     


     

    Jeudi de la 11ème semaine du temps de l’Église      18 juin

    Comment bien prier ? C’est sans doute la question que se pose tout croyant.  Et en plus, comme les disciples dans un autre évangile, nous reconnaissons que, fondamentalement, nous ne savons pas prier.  Mais pourquoi ne savons-nous pas prier ?  Parce que nous nous y prenons mal, tout simplement !

     

    Première chose.  Le Seigneur nous dit qu’il ne faut pas rabâcher.  Je suis allé voir dans le dictionnaire la définition exacte : « Revenir sans cesse et de façon lassante sur les mêmes idées. » C’est vrai que là on est mal parti.  Pourquoi ?  Parce qu’on a l’impression d’entrer dans un marché publicitaire.  Plus je fais de la publicité pour Dash, plus les gens achèteront Dash.  Si je demande sans cesse des choses à Dieu, il finira bien par me les donner.  Mais qui est Dieu à ce moment-là ?  C’est moi qui me prends pour Dieu et qui dit à mon sujet ce qu’il doit faire.

     

    Jésus nous apprend donc le Notre Père, pas comme la seule prière mais comme le modèle de toute prière.  Il y a quatre parties.

     

    Un.  Notre.  Quand je prie, je ne prie jamais en mon nom tout seul, mais je prends tous les autres dans ma prière.  Ceux de ma maison de repos, de mon couvent, de ma paroisse, de mon pays …  Il n’y a jamais de prière chrétienne qui soit une prière solitaire.  Notre prière est toujours communautaire, même si nous prions tout seul dans notre chambre.

     

    Deux.  Père. Le nom de quelqu’un, c’est bien plus qu’une carte d’identité, c’est qui il est vraiment.  Dites un peu le Notre Père en mettant Jupiter à la place.  Vous verrez qu’avec les mêmes mots, la prière sera toute différente.  Ici, je vais m’adresser à quelqu’un de ma famille qui est mon papa.  Et donc, la relation va être totalement différente. Et même si c’est suivi par qui es aux cieux - ce qui veut dire : qui es Dieu - nous restons dans une prière toute simple.  Comme on disait de Moïse qu’il parlait à Dieu « comme un ami parle à son ami »

     

    Trois.  La prière chrétienne commence par souhaiter des choses pour Dieu lui-même : Que ton nom, que ton Règne, que ta volonté.  Quand on aime quelqu’un, on commence par lui souhaiter plein de bonnes choses.  C’est une manière de lui dire l’importance qu’il a pour nous ; Que c’est lui qui est Dieu et non pas nous !

     

    Quatre enfin.  On lui demande des choses.  Mais là aussi, tout simplement, pas en rabâchant, puisqu’il sait ce qu’il nous faut : en les posant simplement devant lui, avec confiance : Donne-nous, pardonne-nous, ne nous laisse pas entrer, délivre-nous.

     

    Voilà les quatre secrets de la prière et toute prière chrétienne.  « Avec tous mes frères, je me tourne vers toi, mon et notre papa.  Je te souhaite tout le bonheur du monde.  Et puisque je sais que tu m’aimes, je te demande ce qu’il me faut pour vivre heureux ».  Amen     

      


     

     

    Mercredi de la 11ème semaine du temps de l’Église         17 juin

    Avez-vous déjà vu un renard faire l’aumône, ou une vache jeûner ou encore un panda se mettre à genoux pour prier ?   Non, évidemment !  Ces trois choses : partager, jeûner et prier sont le propre de l’homme.  Seul lui peut le faire.  Nous connaissons bien cet évangile de Matthieu ; il nous est proposé chaque année au mercredi des Cendres, pour ouvrir le temps de notre carême.  Au début du carême, comme aujourd’hui, cet évangile nous redit le désir profond de Dieu : que nous soyons pleinement des hommes et des femmes.  Vous connaissez comme moi la phrase tellement célèbre d’Irénée de Lyon : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ».  Et c’est normal : Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance ; il n’est jamais autant heureux que lorsque nous lui ressemblons davantage.  Ces trois conseils ne sont donc pas des embûches sur notre route, ni invitations à faire sa B.A. quotidienne …  Pas du tout : c’est juste une manière de nous grandir pour être plus humain.    

     

    Deux.  Cependant, nous dit Jésus, tu ne seras vraiment homme debout que si tu suis ces trois conseils, mais en le faisant discrètement.  Ah bon !  Pourquoi ?  C’est de nouveau tout simple et ce n’est pas une question « d’humilité-humiliation » …  Tu ne grandiras pas en fonction du regard que les autres ont sur toi.  C’est horrible de penser que je ne suis quelqu’un de bien que si les autres me reconnaissent comme tel !  Non, je suis quelqu’un de bien, car créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.  Quand un adolescent - ou un adulte - est mal dans sa peau, je l’invite toujours à méditer les superbes paroles du psaume 138 : « Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis ».  Ce n’est pas de l’orgueil que de dire cela …  C’est juste reconnaître la grandeur de Dieu dont je suis l’image, l’icône !

     

    Trois enfin.  « Ton Père qui te voit dans le secret, te le revaudra ».  Là nous arrivons dans les mathématiques.  Si je me considère comme rien, Dieu peut multiplier cela autant de fois qu’il veut, je serai toujours « rien » à mes yeux.  Mais si je fais un petit travail de partage, de jeûne et de prière ; ce petit peu, Dieu va le multiplier à l’infini.  Dieu fera en sorte que je sois encore davantage homme ou femme debout.  Mais la condition est là … comme toujours …  Il faut la part de l’homme pour que Dieu agisse.  Rappelez-vous : il faudra les cinq pains et les deux poissons pour que Jésus nourrisse toute la foule.  S’il n’y avait pas eu ce garçon, il n’y aurait pas eu de multiplication des pains.  Multiplication, vous avez bien entendu ce langage mathématique.  Et il faut que nous apportions du pain et du vin à la messe …  Sinon, pas d’eucharistie.  Ce sont ce pain et ce vin qui deviendront - le mot est capital - qui deviendront le Corps et le sang du Christ.  


     

    Mardi de la 11ème semaine du temps de l’Église     16 juin

     Hier, nous écoutions comment Naboth avait été faussement condamné par le Roi Acab et son épouse Jézabel et lapidé.  Aujourd’hui, Dieu reprend la Parole. Mais il nous faut bien lire le texte avec les yeux de l’époque.  Dieu veut tuer les responsables : Acab et Jézabel. À première vue, cette vengeance de Dieu est totalement incompatible avec l’esprit de l’Évangile.  À travers cette vengeance, le livre des Rois veut simplement dire que le Mal n’a jamais le dernier mot ; que le dernier mot de l’histoire appartiendra toujours au Bien, à la Lumière et à la Vie.  Et cela, vous le voyez aboutira à la Résurrection du Christ.

    Mais ce texte nous montre également un deuxième point qui sera explicité dans l’évangile d’aujourd’hui. Dieu voit combien Acab fait pénitence et il décide de lui épargner la mort mais de la reporter à la génération suivante …  Ce qui nous semble encore plus injuste !  Simplement pour l’auteur une manière de montrer la miséricorde de Dieu.  Mais comme vous le voyez, on n’est encore qu’au tout début de cette notion.  Allons voir l’Évangile qui ira beaucoup plus loin.

     

    Deux.  L’Évangile d’hier nous donnait la loi du Talion : « Œil pour œil, dent pour dent ».  Loi qui se trouve dans l’Ancien Testament et qui était déjà un immense progrès.  On t’a crevé un œil, tu ne peux que crever un œil à celui qui l’a fait.  On t’a cassé une dent, pas question de casser toutes les dents de l’autre.  On se dit parfois que notre monde serait merveilleux si on respectait déjà cette loi.  Avant cela - même dans la Bible - on disait qu’on pouvait se venger 7 fois, voire 70 fois.

    Aujourd’hui, le Seigneur va plus loin, avec ces évangiles que nous n’aimons pas beaucoup.

    On nous dit : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi ».  Chez les Juifs, en effet, l’amour se cantonnait aux membres du Peuple élu.  C’était déjà énorme.  Je dois aimer les chrétiens … ceux du monde entier, sans doute, mais tous ceux de ma paroisse …  Glurps … On pouvait détester les autres ; car puisqu’ils n’étaient pas juifs, ils n’aimaient pas Dieu.  Donc, on rendait en quelque sorte honneur à Dieu en les détestant.

    Jésus va désormais encore plus loin : je dois aimer l’autre quel qu’il soit : peu importe sa race, sa religion, son origine, sa culture, son opinion politique …  Et vous pouvez continuer.  Cela prend une couleur toute particulière avec tout ce qui tourne autour de l’Afro-américain. Georges Floyd ces derniers jours.  Le chrétien est un antiraciste par essence !  

     

    Trois enfin.  Avant d’être un évangile de morale, cet évangile est d’abord une Bonne Nouvelle qui nous dit qui est Dieu : Un Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour.  Oui, il nous aime inconditionnellement, que nous l’aimions ou pas, que nous soyons chrétiens ou pas.  Alors, ne cessons pas de nous émerveiller d’un Dieu dont l’amour est à ce point énorme : « il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » Il s’agit donc d’être parfait comme lui ; pas d’une perfection morale … impossible - mais parfait dans le sens d’accompli.  Je ne serai vraiment un homme, une femme accompli, bien dans sa peau, que si j’aime contre vents et marées.  Amen  

     


     

     

    LUNDI DE LA 11ème SEMAINE DU TEMPS DE L’ÉGLISE      15 juin

    Encore un bien sombre épisode de la vie de cette infâme reine Jézabel, épouse du roi Acab.  Allez savoir pourquoi, mais lorsque je lis l’histoire de ce couple, je pense toujours à Nicolae et Elena Ceauşescu, ce couple qui a sévi sur la Roumanie.  Un potentat, dont la tyrannie était augmentée de celle de son épouse.

    Bref, Acab, désire la vigne de Naborth ; celui-ci refuse de la lui vendre ; Jézabel prépare un procès contre lui, fait venir de faux témoins et il est lapidé hors-la-ville.  Acab peut donc prendre possession de la vigne.  Au-delà de cet événement tragique, se cache un texte d’une grande profondeur.

     

    Tour d’abord.  Acab aurait pu être anéanti, réduit à rien par le Roi de Syrie.  Mais le Seigneur l’a protégé et il a gardé son Royaume. Mais voilà que lui, à son tour, veut spolier Naboth en le spoliant, en s’emparant de son Royaume.  Nous nous rappelons de la parabole de Jésus.  Un serviteur qui devait 10.000 talents, voit sa dette remise par le Maître ; mais ce serviteur fait emprisonner un autre qui lui devait 100 petits deniers.  Ce texte nous rappelle donc que nous recevons du Seigneur une miséricorde, un amour, une tendresse infinis.  Il nous est demandé de vivre la même chose … mais à notre échelle … Mais, même cela nous paraît difficile.  C’est ainsi qu’il faut comprendre la parole du Notre Père : « Comme nous pardonnons aussi ».  Pas à la « mesure de » - nous n’y arriverons jamais,-  mais « à la manière de ».  Et cela, dit le Seigneur, c’est faisable.  Si l’on est vraiment émerveillé de cet amour du Seigneur, on ne pourra faire autrement que de lui ressembler … un tant soit peu !

     

    Deux.  Pourquoi Naboth refuse-t-il de vendre sa vigne ?  Il n’est pas un mauvais bougre ni un idiot, mais en fait, il ne le peut pas.  Le livre du Lévitique dit : « Et le pays ne se vendra pas à perpétuité, car le pays est à moi. Car vous êtes chez moi comme des étrangers et comme des hôtes. »  Dit autrement : sa vigne, c’est un cadeau qu’il a reçu de Dieu … et un cadeau, ça ne se vend pas.  Jésus, le plus grand cadeau de Dieu sera vendu par Judas pour quelques pièces.  Cela nous invite à nous demander s’il ne nous arrive pas non plus de « vendre » notre héritage spirituel pour toutes sortes de raisons …  Pas simple dans notre monde, et dans le monde d’après que nous voulons bâtir de dire qu’il y a toutes sortes de choses auxquelles nous tenons comme à la prunelle de nos yeux et que jamais nous ne lâcherons : ce qu’on appelle couramment les « valeurs chrétiennes ».

     

    Trois.  Malheureuse conclusion.  Il y aura un procès contre Naboth, comme il y aura un procès contre Jésus.  Il y aura deux faux témoins contre Naboth, comme il y aura deux faux témoins au Sanhédrin contre Jésus ; Naboth sera crucifié hors-les-murs et Jésus, crucifié hors-les-murs.  Cette similitude entre Naboth et Jésus, elle est aussi celle de tant de martyrs d’aujourd’hui qui vont jusqu’à la mort.  Mais, en quelque sorte, cela doit nous arriver aussi, même si c’est dans une moindre mesure : des railleries, des petites humiliations ... Je dis bien : ça doit arriver.  Non, pas qu’il faille rechercher la persécution … ça va de soi … Mais, si ça n’arrive jamais, c’est peut-être que nous avons accepté de vendre à bas prix notre héritage spirituel. 

    Amen

     


     

     

    FÊTE-DIEU     14 juin

    Après 3 mois, nous nous retrouvons le jour d’une grande fête de l’Église, d’une grande fête liégeoise : la Fête-Dieu comme on l’appelle chez nous.  C’est beau après trois mois de jeûne eucharistique de faire comme une nouvelle « première communion » le jour où nous fêtons le Corps et le Sang du Christ.  La première lecture nous l’a bien dit : nous avons eu faim.  Mais faim de quoi ?  Que nous disent les lectures ?

     

    Un.  Nous avons eu faim d’être ensemble.  Humainement d’abord.  Et c’est encore bien difficile de ne pas pouvoir se serrer dans les bras, de s’embrasser, de se donner la main.  Mais ça l’a été aussi spirituellement.  Vous le savez bien, le mot « Église » « ekklesia » en grec, ça veut dire rassemblement.  C’est donc la première réalité de l’Église : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ».  La deuxième lecture employait deux fois le mot de communion, de commune-union.  Aujourd’hui, nous n’avons plus faim de cela.  Nous voilà ensemble - à 1m50’ - mais nous voilà ensemble.  Attention, à ne pas nous habituer trop vite à ce rassemblement.  Que cette pandémie nous donne de continuer à nous émerveiller de notre rassemblement !

                             

    Deux.  Nous avons eu faim de la Parole de Dieu proclamée en Église.  Heureusement, nous pouvions la lire et la méditer chez nous.  Et plusieurs m’ont dit que ça a été une découverte pour eux d’ouvrir plus longuement leur « prions en Église », leur « Magnificat », leur Bible pour méditer la Parole de Dieu.  Cela nous a permis de redécouvrir que la Parole de Dieu ce n’est pas quelque chose, mais c’est quelqu’un.  Et c’est quelqu’un qui se donne à manger.  Plusieurs fois dans la Bible, le Seigneur demande à quelqu'un de manger sa Parole.  La Parole de Dieu peut nous nourrir vraiment.  C’est ce que disait la première lecture : « pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » Le cardinal Danneels disait : « La Bible c’est comme un pain.  Mais manger tout un pain, c’est indigeste.  C’est pourquoi la liturgie nous a découpé ce pain en tranches : une pour chaque jour ».  Je nous invite à garder cette habitude de ne pas manger seulement une tranche de bon pain de blé, mais de manger tous les jours une tranche du pain de la Parole de Dieu.

     

    Trois enfin.  Nous avons évidemment eu faim du Corps et du Sang du Christ.  Et là c’est l’Évangile. « De même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » Je pense que tous - moi en tout cas - il nous arrive de communier par habitude.  C’est le moment, on se met debout dans la file … et on y va.  Ce temps de manque nous a sans doute fait découvrir davantage combien cette communion était fondamentale dans notre vie de chrétiens.  Si nous voulons vivre par Jésus, il nous faut le manger, le mâcher, le digérer, l’intégrer pour que nous soyons un - lui et moi - dans un même Corps.  Aujourd’hui, dans un certain sens, nous allons revivre notre Première Communion, celle que nous avons faite il y a quelques années … ou quelques dizaines d’années.  Et souvent, je vois des petits enfants qui voudraient tant communier … mais qui doivent encore attendre un an ou deux.  Et je me rends compte à quel point cette attente est longue et même douloureuse pour certains.  Je nous invite vraiment ce matin à vivre notre communion avec la même intensité et déjà nous serons dans la vie éternelle.  « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».  Non pas « aura la vie éternelle », mais « a », dès maintenant, dans quelques minutes, la vie éternelle.  Amen       


     

    Samedi de la 10ème semaine du temps de l’Église     13 juin

    Transition.  Passage de flambeau entre Élie et Élisée.  Rappelez-vous : hier le Seigneur avait donné pour mission à Élie d’aller consacrer le nouveau roi de Syrie, le nouveau roi d’Israël et son successeur comme prophète : Élisée.  Et voilà qu’Élie semble faire tout à l’envers.  Il commence par Élisée, et jamais il ne consacrera ni Hazaël, ni Jéhu.  Comment comprendre cela ?

    C’est vraiment admirable.  On imagine Élie redescendant de la montagne, tout auréolé de sa rencontre avec le Seigneur, consacrant deux rois.  Quelle mise en valeur, quelle promotion pour celui qui a eu tant de problèmes et qui a été rejeté.  Il aurait sa revange ; on reconnaîtrait enfin qui il est.  Et on imagine aussi l’orgueil qui pourrait s’emparer de lui.  Du coup, Élie commence par oindre son successeur et c’est lui qui consacrera les deux rois.  Ça nous rappelle Jean Baptiste et sa parole : « Il faut qu’il croisse et que je diminue ».  Ça nous rappelle aussi les tentations de Jésus et les fois où il va s’enfuir car on veut faire de lui un Roi. Si on cède à cela, ce n’est plus le Père qui agit, mais nous … et comme toujours, c’est la cata.

     

    Deux.  Élie lui jette son manteau.  C’est un signe de passage de flambeau.  Il ne veut pas l'attirer à lui, mais pour qu’il soit prophète à sa place.  C’est pour cela qu’il va le renvoyer : « Va, retourne, que t’ai-je fait ? »  C’est la deuxième étape.  Non seulement, il refuse les honneurs du monde, mais il ne veut même pas s’accaparer son successeur.  C’est ce qu’on appelle « refuser d’être une belle-mère ».  Nous savons tous à quel point, il est difficile de quitter une fonction que l’on a remplie avec beaucoup de zèle, et de laisser son successeur agir, comme il le veut, avec les priorités qui sont les siennes.  C’est aussi le travail de tous les parents.  C’est plein de bonté, évidemment, mais chacun construit sa vie comme il le veut.  C’est le grand cadeau de la liberté, et on nous le rappelle aussi dans les mesures de protection, de la responsabilité.

     

    Trois enfin.  Élisée va pourtant marcher à la suite d’Élie ; il va se mettre à son service.  C’est Élisée qui se coule dans la manière d’être d’Élie.  Oui, la façon dont nous sommes envers les autres, va « éduquer » notre façon d’être.  Il voit un tout humble qui le laisse exister ; du coup il entre dans cette même humilité et acceptant qu’Élie puisse l’éduquer lui aussi.  Et nous en faisons tous l’expérience.  Nous suivons plus volontiers des personnes qui ne s’imposent pas que des donneurs de leçons ou des « belles-mères ».  Si nous nous mettons à l’école du Christ, c’est parce qu’il est venu et qu’il est mort tout petit : dans une crèche et sur une croix ; si nous nous mettons à l’école du Christ, c’est parce que, toujours, il nous dira : « Si tu veux »  


     

    Vendredi de la 10ème semaine du temps de l’Église         12 juin

    Quel beau texte que celui de la première lecture : Dieu se révèle à Élie dans le murmure d’une brise légère.  Si vous relisez le texte vous verrez qu’il nous dit à la fois ce que nous avons vécu dans le confinement et ce qu’il nous faut vivre aussi dans le déconfinement.  Nous sommes aujourd’hui encore des Élie.

     

    Un.  On nous dit qu’Élie se trouve à l’Horeb, la montagne de Dieu et qu’il a passé la nuit dans une caverne.  Voilà le confinement …  mais c’est aussi le confinement spirituel dans lequel nous pouvons vivre hors cas de pandémie.  « Passer la nuit dans une caverne » ou « être dans la nuit d’un tombeau », comme Jésus le Vendredi-saint, comme nous dans nos divers confinements.  On comprend très bien l’image.  Mais en même temps, on nous dit que c’est la montagne de Dieu.  C’est notre cri depuis Pâques : il n’est plus aucune caverne, aucun tombeau qui ne soit totalement scellé ; aucune nuit qui ne laisse transparaître un tout petit rayon de lumière.  Il nous faut redire le cri de Jacob : « Dieu était là et je ne le savais pas ».  Quoi que nous vivions, fusse quelque chose de terriblement ténébreux, nous sommes toujours à l’Horeb, même si nous dormons, si nous sommes comme morts dans la caverne.  Quelle espérance.  Et pendant ce confinement, nous avons appris à découvrir les entrebâillements de la pierre du tombeau et les petits rayons de lumière.

     

    Deux.  « Et voici que la parole du Seigneur lui fut adressée. Il lui dit : ‘Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer.’ »  Le Seigneur ne veut pas d’entrebâillement ou des petits rais de lumière, mais il peut la pierre jetée au loin et la pleine lumière. « Sors » comme pour Lazare : Le Seigneur va passer.  Nous sommes appelés à sortir de nos confinements, de nos tombeaux de toutes sortes pour voir désormais le Seigneur en pleine lumière.  « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ».  La parole du Seigneur ne dit pas : « il va peut-être passer » ou « sûrement, il va passer ».  Non, la parole est catégorique : « il va passer ».  C’est notre certitude de foi : dans ce monde d’après, Dieu va passer.  Il ne va pas nous laisser y travailler seul ; il reste le maître du chantier. Mais, en même temps, vous le savez, il ne passera ni dans l’ouragan, ni le tremblement de terre, ni le feu.  Cherche le Seigneur dans le murmure d’une brise légère dans ce monde d’après.  Cherche-le ; il se laissera trouver … très discrètement.

     

    Trois.  « Que fais-tu là Élie ? » Question idiote, pourrait-on dire, puisque c’est lui qui lui a dit de sortir !!!  Mais le Seigneur ne pose jamais de question idiote.  Non, c’est une façon de redemander encore une fois à Élie s’il veut vraiment être un ressuscité dans ce monde d’après.  Dieu ne nous forcera jamais la main ; il nous laissera toujours entièrement libre : Veux-tu ?  Que fais-tu là ?  Et si nous acceptons, alors il nous dit : « Repars vers Damas, par le chemin du désert ». Ce Damas d’où il vient, sa vie habituelle et la nôtre.  Mais, nous le savons bien, nous y retournons à travers le désert, le lieu du découragement parfois.  Oui, ce ne sera pas simple de bâtir ce monde d’après.  Mais n’oublions pas que c’est aussi sur le chemin de Damas, qu’un certain Saul de Tarse entendra la voix du Seigneur, qu’il se mettra à sa suite et deviendra un grand annonciateur de sa Bonne Nouvelle.  Alors, n’ayons pas peur du désert qui vient. 

     


     

     

    Jeudi de la 10ème semaine du temps de l’Église - saint Barnabé     11 juin

    L’Église célèbre aujourd’hui la mémoire de saint Barnabé. C’est après la Pentecôte qu’on le découvre dans les Actes des Apôtres ; c’est lui qui a introduit Paul dans la communauté des chrétiens d’Antioche.  Avec lui, il ira annoncer l’Évangile en Asie Mineure. 

     

    Son prénom est déjà tout un programme en soi.  Barnabé, en Hébreu, cela signifie « fils de la consolation ».  La consolation, dans la Bible, est d’abord et avant tout le propre de Dieu lui-même.  On pourrait dire que c’est le travail de Dieu : consoler son peuple, ou traduit d’une autre manière : encourager.  En annonçant la venue du messie, Isaïe dira « Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur ».  Car ce job de Dieu, c’est devenu le travail du chrétien.  On est bien loin d’une vision morale d’un chrétien qui doit « remettre les autres dans le droit chemin » … en considérant que soi, évidemment, on y est déjà, dans ce droit chemin ...  Non, nous avons un rôle d’instituteur, de pédagogue, pourrait-on dire : « Tu es capable d’y arriver ; tu peux t’en sortir ; la situation n’est pas désespérée … » Dans un monde qui condamne ou qui désespère, notre travail est d’élever et de donner de l’espérance.  Et, vous l’avez compris, pas seulement en paroles, mais en actes évidemment !  « Je vais t’aider à y arriver, nous allons nous en sortir ; ensemble, nous allons faire en sorte que la situation ne soit pas désespérée ».

     

    Deuxième point pour notre journée. C’est donc à Antioche que les disciples reçoivent pour la première fois le nom de chrétiens.  Notre nom vient de Christ ; si on avait choisi Jésus, nous serions tous des jésuites … comme notre Pape.  Dans les deux cas, c’est la même chose ; nous sommes des « disciples de », « des collaborateurs de ».  Je vous le dis souvent : le chrétien n’est pas un indépendant, il ne travaille pas à son compte ; il est employé, salarié du Seigneur.  On devrait même dire qu’il est Compagnon.  Étymologiquement, cela veut dire : celui avec qui on partage le pain.  C’est ce que nous faisons, ce que nous allons tous pouvoir refaire dès ce week-end : partager le pain avec celui qui nous a choisi et embaucher pour sa vigne : partager son pain de vie, recevoir son corps, sa vie même.  Mais compagnon a aussi un autre sens.  Au Moyen-âge surtout, existait le compagnonnage : l’apprenti était formé longuement par son patron ; il le regardait, il apprenait de lui les trucs et les ficelles du métier … et puis un jour, longtemps après, il faisait son « œuvre d’art ».  De la même manière, nous sommes compagnons du Seigneur.  Nous le regardons longuement, il nous apprend les trucs de l’annonce et de la vie de l’Évangile, pour que nous aussi, nous fassions notre œuvre d’art : que nous devenions des saints.  Je vous ai donné une définition il y a quelques jours : ressembler tellement à Jésus que lorsqu’on arrive au ciel, le Père nous confonde avec lui.

     

    Trois enfin.  Toute l’Année Sainte de la Miséricorde nous a rappelé qu’elle est au cœur du cœur de notre foi.  Et qu’en même temps, elle est sans doute une des choses les plus difficiles qui soit dans notre vie.  Souvent nous sommes en chemin … et en chemin de croix ; « Va d’abord te réconcilier avec ton frère ».  Voilà ce que dit un prêtre maronite : « Quand ton cœur se ferme contre ton frère, tu nies ta fraternité avec lui, et tu nies en même temps la paternité de Dieu. Car, si tu refuses que Dieu soit son Père, tu refuses qu’il soit ton Père aussi, puisque tu ne peux être fils si tu n’acceptes pas d’être le frère de celui que Dieu a déjà accueilli, accepté et pardonné ».

     


     

    Mercredi de la 10ème semaine du temps de l’Église     10 juin

    Je vous invite à aller relire la première lecture de ce jour (1 R 18, 20-39) ; c’est digne d’un dessin animé.  Les prêtres de Baal qui pendant toute la journée vont essayer de convaincre Baal de venir mettre le feu à leur holocauste, sous le sourire entendu d’Élie … sans résultat.  Puis Élie, qui après avoir fait verser de l’eau sur l’animal pour bien montrer qu’il ne triche pas, fait venir le feu de Dieu, après une simple prière.  On imagine la scène sans problème … et en riant !

     

    Mais ce texte, au-delà de son aspect cinématographique est très révélateur.  Je vous l’ai dit, le peuple juif a suivi le dieu Baal, mais dit le texte, il « danse pour l’un et pour l’autre ».  C’est typique de l’homme : faire sa petite religion à soi, en prenant chez les uns et chez les autres, ce qui m’arrange, ce qui me caresse dans le sens du poil … et le reste, basta.  On peut dire la même chose de la sortie de la pandémie.  Je vais garder du monde d’avant ce qui me convient et créer dans le monde d’après ce que je n’ai pas encore.  Bref, je serai gagnant.  Ce qu’on appelle aujourd’hui le « win-win » : gagnant-gagnant.  Élie nous rappelle qu’il est impossible de faire ce syncrétisme, de prendre ce qui nous arrange, car nous sommes au niveau de l’amour et l’amour est exclusif …  Pas moyen d’aimer mon conjoint en partie et un autre en partie.  C’est un pack.  Et si j’ai choisi mon conjoint, je l’ai choisi entièrement, même ce que je n’aime pas trop.  Il en va de même pour le Seigneur, il en va de même pour le monde ancien ou le monde nouveau.  Pas facile … mais fondamental !

     

    Deuxième chose. Vous l’avez vu, Élie va rebâtir l’autel avec les douze pierres qui représentent les douze tribus d’Israël.  En soi, rien de particulier … sauf qu’au moment de cet épisode, les douze tribus se sont séparées et sont désormais deux Royaumes distincts qui ne peuvent pas se voir en peinture.  Pas moyen de choisir un seul Seigneur, si je ne choisis pas d’abord l’unité dans ma vie.  Mon rapport avec le Seigneur est toujours - doit toujours être - le même que celui que j’ai avec mes frères et sœurs.  C’est pour cela qu’il est tellement important de travailler à l’unité de nos églises chrétiennes, mais aussi à l’unité des paroisses d’une même unité pastorale, et aussi à l’unité dans une même paroisse …  Car Dieu n’a qu’un amour : nous tous ; il nous est donc impossible de l’aimer en ayant plusieurs « amours paroissiaux »

     

    Trois enfin.  Voyez la différence entre le dieu Baal : excités, comme des derviches tourneurs, hystériques, allant jusqu’à se taillader les veines et de l’autre Élie tout paisible.  « Le bien ne fait pas de bruit », dit-on … Mais cela va plus loin : Les prêtres de Baal, par leur manière d’être se montrent comme des hommes « qui sont à la barre » ; ce sont eux qui gèrent la situation.  Élie, lui, met tout dans les mains de Dieu ; il le prie simplement, mais c’est Dieu qui tient la barre du navire.  Les premiers mettent leur confiance en eux ; Élie dans le Seigneur.  Cela nous rappelle le premier psaume de la Bible : « Heureux est l'homme qui se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt. »  Osons confier la barre de nos vies au Seigneur, et jamais, nous ne serons déçus : il veut notre bonheur.


     

    Mardi de la 10ème semaine du temps de l’Église     9 juin

    Hier, nous entendions les Béatitudes : En vivant avec l’esprit de Jésus, nous pouvons être heureux, neuf fois heureux, de façon très étonnante, opposée à la manière du monde : en étant pauvre, miséricordieux, petits, artisans de paix, compatissants.

    Jésus continue aujourd’hui en nous donnant deux autres façons - qui n’en sont qu’une - d’être heureux : en étant sel et en étant lumière.

     

    Première chose : manger du sel tout seul, c’est infecte, immangeable.  Éclairer une pièce entièrement vide … c’est toujours du rien, du néant !  Ça nous dit donc quelque chose de fondamental pour le chrétien que nous sommes et pour toute l’Église. Le chrétien ne sert à rien s’il est tout seul ; on pourrait même oser dire que le chrétien ne servirait plus à rien si le monde entier était chrétien.  Non - et c’est fondamental - le chrétien est là pour le monde ; sa raison d’être est le monde lui-même.  Le Concile Vatican II l’a rappelé avec force dans un de ses tout grands documents : Gaudium et Spes : l’Église dans le monde de ce temps ; pas l’Église toute seule, mais dans le monde.  Et ce même concile dira que l’Église est missionnaire ou elle n’est pas … tout simplement.  Sans le monde, il n’y a pas d’Église.  François n’arrête pas de nous dire que l’Église est missionnaire, qu’elle doit aller aux périphéries.  Voilà donc pourquoi il le dit.

     

    Deux. Ceux qui ont fait du développement de photos, savent qu’il faut plonger le papier dans un révélateur.  C’est le rôle et du sel et de la lumière.  Le sel va mettre en valeur le goût du radis que vous venez de récolter ou des carbonnades flamandes.  La lumière va mettre en valeur un cadre de votre maison, votre salon ou la façade de votre maison.  Toutes ces choses existent avant le sel et la lumière.  Ce n’est pas les chrétiens qui créent la beauté dans le monde, mais ils sont là pour la révéler, pour la mettre en valeur, pour la mettre sur le lampadaire.  Le chrétien est là pour dire au monde : « Que c’est beau ce que vous faites avec tant et tant d’amour ».  Et quand nous faisons des choses avec amour, Dieu est toujours là : « Ubi caritas et amor, Deus ibi est ».  La beauté du monde était là avant nous ; Dieu était dans le monde avant nous, mais nous sommes là pour dire au monde que Dieu habite toutes leurs beautés.

     

    Trois enfin.  On n’arrête pas de nous dire que nous sommes une petite minorité qui ne compte pas.  Et c’est vrai ici en Occident … mais j’aurais presqu’envie de dire « tant mieux ».  Trop de sel rend un aliment immangeable et trop de lumière, au lieu d’éclairer, va éblouir.  Au-delà de notre nombre, Jésus nous redit que nous devons être très humbles et très discrets.  Au Concile, chaque évêque pouvait parler 7 minutes ; après quoi, le micro se coupait automatiquement.  Il fallait donc être concis.  Un évêque belge avait tout compris : il n’a dit que deux mots, mais ils ont sans doute changé la face de l’Église.  Il a dit - en latin, mais vous aurez tous compris - « contra triomphalismus ».  Pas de triomphalisme dans l’Église … Tout était dit.

     

    Si tu veux vivre de la joie des Béatitudes, rappelle-toi que tu es là pour les autres ; dis aux autres qu’ils sont beaux, autant que ce qu’ils font ; et fais tout cela dans une grande humilité.  Amen.

     

     

    LUNDI DE LA 10ème SEMAINE DU TEMPS DE L’ÉGLISE     8 juin

    Achab par l’intermédiaire de son épouse, la sinistre reine Jézabel a installé officiellement le culte à Baal en Israël.  Il devient même un culte national. Catastrophe !  Du coup, les prophètes ont été tués, martyrisés, emprisonnés … et ceux qui restent se cachent.  Élie apparait donc comme quelqu’un de seul face à Achab. Mais la signification de son nom dit bien qu’il n’est pas si seul qu’il n’y paraît.  En Hébreu, Élie signifie : « Celui dont le Dieu est l’Éternel » ; l’Éternel que beaucoup de juifs ont abandonné.  Avouons-le : parfois, nous les chrétiens, nous nous sentons bien seuls dans notre monde ; nous sommes cette petite minorité dont on se moque ou que l’on critique souvent.  Et pourtant, nous sommes tous des Élie - Celui dont le Dieu est l’Éternel -.  Alors, mettons-nous à son école pour voir comment Élie a pu garder l’Éternel comme Seigneur au milieu de ses contemporains qui l’avaient rejeté au profit de Baal.

     

    Première chose : On nous dit qu’Élie « se tenait devant le Seigneur ».  On dira cela de plusieurs autres grands de la Bible : Abraham, Élisée et d’autres.  Marc, dans son Évangile dira que Jésus choisit les Douze pour être avec lui et les envoyer prêcher.  En premier lieu, pour être avec lui.  Si tu veux tenir comme Élie au cœur du monde, vis un compagnonnage permanent avec le Seigneur.

     

    Deux.  Si tu vis en compagnie du Seigneur, tu recevras sa Parole.  C’est le principe des vases communicants spirituels.  Ce que l’autre possède « passe » à moi ; de sa bouche à mon oreille.  Et ce sera encore plus fort avec la venue de Jésus, puisqu’on nous dit que la Parole de Dieu s’est faite chair en moi, par le don de l’Esprit.  Ce qui fera dire à Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi ».  Si tu veux être Élie, dévore la Parole de Dieu, mange-la, rumine-la tous les jours.

     

    Trois enfin.  Élie était un homme de prière.  C’est déjà ce que les deux points précédents disent, mais cela crée comme une dépendance.  Je ne peux plus me passer de lui.  On connaît malheureusement les dépendances nocives : alcool, tabac, drogue, sexe, jeu …  Mais il y a des dépendances positives et la plus grande est évidemment l’amour.  Deux personnes qui s’aiment deviennent dépendantes l’une de l’autre … tout en gardant leur liberté évidemment ; et il en est de même pour l’amitié.  C’est cela la dépendance de Dieu et d’Élie ; d’Élie et de Dieu.  Ne dira-t-on pas de Moïse lorsqu’il se tenait devant la Tente de la Rencontre, au cœur du désert, qu’il parlait à Dieu comme un ami parle à son ami.  Et Jésus dira lui-même : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis, car tout ce que j’ai reçu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ».  Troisième truc donc pour être des Élie : Devenir accro à la prière ; être incapable de s’en passer, comme une question de survie humaine et spirituelle. 

     


     

    Sainte Trinité      7 juin

    J’ai été frappé de lire que sous l’empire soviétique, quand les chrétiens se rencontraient, pour ne pas se faire reconnaître, mais se reconnaître entre eux, certains se donnaient la main et avec leur pouce, traçaient sur l’extérieur de la main de l’autre le signe de la croix, le signe de la Trinité.  Ça m’a beaucoup frappé; ça m’a fait découvrir encore plus que la Trinité n’était pas seulement une réalité « en soi », mais surtout une réalité « pour soi », « pour moi », pour nous tous.

     

                              Vous connaissez l’image très ancienne de la Trinité : celle de l’arbre.

     

    Le Père, ce sont les racines : on ne les voit pas.  Les juifs disaient qu’on ne pouvait pas voir Dieu sans mourir, ce qui était une autre manière de dire qu’on ne voyait Dieu que lorsqu’on était mort.  Il y a un mystère de Dieu.  Un mystère, ce n’est pas quelque chose qu’on ne comprend pas, mais une réalité tellement grande qu’on n’a jamais fini d’en faire le tour.  Dieu est invisible, on ne peut pas le saisir.  Les racines pour la plupart des arbres sont un peu comme un arbre à l’envers, ayant la même largeur et la même profondeur.  « Dieu, personne ne l’a jamais vu – dira saint Jean au début de son évangile – mais Jésus est venu nous le raconter (exégèsato) », raconter par ses paroles, c’est évident, mais surtout par lui-même.  Rappelez-vous les paroles de Jésus lui-même à Thomas : « Qui m’a vu a vu le Père ».  Si je veux connaître le Père, je dois fréquenter Jésus.  Et le rôle de Jésus, est de nous montrer le Père.  Jésus ne vient pas pour lui-même, il ne travaille pas à son compte, comme un indépendant, il est envoyé par son Père pour nous le montrer.

     

    Le Fils, c’est le tronc et les branches.  « Je suis la vigne ».  Jésus est la partie visible de Dieu qui nous dit le Père.  Elle est la seule « partie » de Dieu que nous pouvons voir, contempler, toucher dira même saint Jean, toujours dans son Prologue.  En Jésus, Dieu a désormais un visage et un corps.

     

    L’Esprit, c’est la sève qui va du Père au Fils et du Fils au Père, dans un éternel va-et-vient.  Comme le Père, on ne le voit pas.  Mais il fait que l’arbre vit.  On ne voit pas la sève, mais on voit ses effets, comme on ne voit pas le vent, mais on constate qu’un voilier avance.  On ne voit pas l’Esprit, mais on constate qu’un chrétien en est animé.

     

    L’Église, enfin, ce sont les feuilles et les fruits : « Qui s’attache à moi, porte beaucoup de fruits, car sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn, 15, 5).  C’est l’Église qui, aujourd’hui, donne de voir Dieu.  Gilbert Cesbron disait : « Nous sommes les tabernacles de Dieu, à nous de devenir ses ostensoirs ».  Vous voyez la responsabilité qui est la nôtre.  Nous avons Dieu en nous, en raison de notre Baptême, mais notre rôle est de la montrer par notre manière d’être et de vivre.

     

                              Nous comprenons donc mieux à quel point nous sommes unis à la Trinité, combien le fait que Dieu soit Trinité change ma personne et ma vie : c’est la même sève qui coule en Dieu et en moi depuis le jour de mon baptême et de ma confirmation.  Et cette sève est comme ravivée chaque fois que je reçois un sacrement, car dans tous les sacrements – et pas seulement dans le baptême et la confirmation – dans tous les sacrements, la présence de l’Esprit est demandée et il est donc, chaque fois reçu, lui qui exauce nos justes demandes.

     

                              Les fruits de la présence de la Trinité en nos vies ?  Les lectures de ce jour en donnent six, mais je ne prendrai que la première qui est en même temps un fruit de la Trinité et une conséquence des cinq autres fruits.

     

    « Soyez dans la joie », nous dit Paul.  Je vous l’ai déjà dit souvent, la joie chrétienne est tout sauf une joie béate.  C’est une joie « branchée ».  C’est une expression que les jeunes employaient beaucoup quand je l’étais au millénaire dernier: il faut être branchés, ou en verlan chébrans.  Le mot dit bien ce qu’il veut dire : être branché, c’est être accroché à la branche.  Si je suis bien accroché à la branche du Seigneur, alors, la pluie, l’orage, le vent peuvent venir, je reste accroché et donc je demeure une feuille bien verte, bien vigoureuse.  Ça ne veut pas dire que ça supprime le vent, la pluie ou l’orage, ni même que ce n’est rien de les affronter.  Non, les trois sont toujours là et c’est très pénible et pour une feuille et pour un homme d’être secoués par les événements de la nature ou de la vie ; mais ma joie profonde vient du fait que je resterai bien accroché à l’arbre.  Ce fut notre joie pendant le confinement. Oui, nous avons vécu l’orage de la pandémie, la pluie du confinement et le vent de tant de souffrances, mais nous avons tenu, par le Père-racine qui nous a créés ; par le Fils-tronc-et-branches qui a planté sa tente parmi nous, par l’Esprit- sève qui habite et circule en nous.  « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous » disait Paul, aux chrétiens de Rome. « Ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir, ni la Covid, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ »

     

    Voilà le truc et il est si simple : reste bien accroché à l’arbre de la Trinité .

     


     

    Samedi de la 9ème semaine du temps de l’Église     6 juin

    Personne n’a rien vu, sauf Jésus, apparemment.  Les autres - c’est-à-dire sans doute un peu nous - sont émerveillés par la beauté du Temple et par ce qui est clinquant : les beaux habits, la mise en scène presque théâtrale des riches. Nous sommes dans une civilisation du Regard ; il faut soigner son apparence, réussir sa com, selon l’expression.  Dans toutes les entreprises, chez tous les politiques, il y a un responsable de la communication.  Jésus, n’est vraiment pas un as de la com.  Il va naître dans une pauvre étable d’un bled, il mourra hors les murs de Jérusalem.  Nul en com !  C’est peut-être pour cela qu’il voit les autres nul en com.  Aujourd’hui cette pauvre veuve. 

     

    Et si l’évangile nous rapporte cet événement, c’est sans doute parce qu’ils ont été bouleversés par ce regard de Jésus qui voit ce qui ne se voit pas !

    C’est sans doute la première chose qui nous est proposée aujourd’hui : regarder avec les yeux de Jésus : non pas ce qui brille, mais ce qui est caché, involontairement mais parfois même volontairement, parce que ça dérange.  Quand un grand événement se prépare, on va expulser les SDF de l’endroit.  Ça gène.  Quand je vais en Inde, évidemment, les pauvres n’habitent pas le long de la digue.  Ça fait tache.  À nous de voir ce qui est caché.  François, notre Pape, dit même que ces petites choses, c’est un chemin pour réveiller le monde.  On en a assez parlé à propos du monde d’après.

     

    Deux.  La veuve.  Évidemment, pas de pension de veuve à l’époque.  Elle est dans la précarité et donc, elle est dans les petites choses.  Vous avez entendu, non seulement elle va donner le peu qu’elle a pour vivre.  C’est déjà pas mal ; ça veut dire qu’elle ne donne pas quelque chose, mais qu’elle donne sa vie-même, qu’elle se donne elle-même.  Rappelez-vous : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », c’est-à-dire tout mon être, toute ma vie.  Mais le texte va encore plus loin : elle va même donner de son indigence ; ça c’est étonnant ; autrement dit, elle va donner ce qu’elle n’a pas : son manque.

     

    C’est la deuxième chose que le Seigneur nous propose : repère la pauvreté en toi et donne-la moi ; donne-moi ton manque et je le comblerai. Une petite histoire du petit François d’Assise : « Un jour que François marchait vers un ermitage où l’attendaient quelques-uns de ses frères il était très embarrassé, parce qu’en arrivant, il avait l’habitude de les bénir. Mais ce jour-là il ne voyait pas comment il pourrait encore le faire. Après toutes les marques de méfiance et les désaveux reçus, et même sa mise à l’écart de la direction de l’Ordre qu’il avait fondé, il était très amer et déprimé. Il n’avait plus aucune bénédiction dans son cœur, seulement le dégoût. Et cependant, en entrant, il s’est entendu prononcer spontanément une grande bénédiction. Il a compris alors que c’était toujours Dieu qui se servait de lui pour donner sa bénédiction divine. »

     

    Trois enfin.  Saint Marc raconte cette histoire avant l’entrée de Jésus à Jérusalem, comme pour nous dire : regarde bien cet épisode et tu comprendras la signification de la passion de Jésus.

    Oui, Jésus va donner sa vie, tout ce qu’il est car il n’a rien ; il n’a pas d’endroit où reposer la tête.  Il n’a donc que sa vie à donner.  Mais surtout, donner pour un chrétien, c’est accepter de perdre.  Dans son dénuement total, il a donné son manque : sa vie. Il a tout perdu, mais il a tout gagné : son Père va le ressusciter.  Les parents ici - les mamans en particulier - le savent bien.  Le jour de la naissance de leur enfant, elles commencent à le perdre … car un jour il partira.  On donne un enfant au monde pour le perdre de son sein maternel …  Mais c’est ainsi qu’elle recevra tout.  « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul … mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits, et c’est un fruit qui demeure. »

     

     


     

     

    Vendredi de la 9ème semaine du temps de l’Église     5 juin

     

    À première vue, cet évangile très court semble bien difficile.  Dans l’évangile de Marc que nous lisons toute cette semaine, Jésus vient d’entrer à Jérusalem et il y est acclamé comme le Messie, le Fils de David.  Le lendemain, en chassant les vendeurs du Temple, les Juifs comprennent aussi qu’il est le Messie ; car on disait que quand viendrait le Messie, il n’y aurait plus besoin de marchands dans le Temple.  Jésus est souvent appelé Fils de David.  Déjà, on nous disait au commencement de l’Évangile qu’il naît à Bethléem puisqu’il est de la descendance de David.  Alors, comment comprendre le fait qu’aujourd’hui, Jésus semble refuser ce terme ?

     

    En avançant un peu, on comprend.  Si les Juifs acclament le Fils de David, c’est parce qu’ils imaginent un Messie glorieux qui, par la force des armes, va bouter les Juifs dehors.  D’ailleurs, rappelez-vous, les Juifs diront à Pilate que Jésus se prend pour le Roi et c’est l’inscription qui sera sur la croix : « Jésus le Nazaréen, le Roi des Juifs. »

     

    Jésus veut donc faire découvrir que s’il est le Messie, ce n’est pas à la manière d’un Roi guerrier.  Il ne va pas faire advenir son Royaume par la force, mais au contraire par la plus grande faiblesse apparente qui soit : en donnant sa vie !  Comme Jésus le dira à la Passion, s’il est bien roi, son Royaume n’est pas de ce monde.  Et comme je vous l’ai encore dit très récemment, Jésus, comme tout chrétien est pleinement dans le monde sans être du monde, de ce monde où la violence face à l’autre prévôt.

     

    En fait, les textes des derniers jours que nous venons de lire, ont été écrits par Marc pour les catéchumènes, les futurs baptisés avec les grandes questions qu’ils se posaient sur leur future vie chrétienne : « Faut-il payer l’impôt » ; « Y-a-t-il une résurrection » ; « quel est le premier commandement » ; et aujourd’hui, « Jésus est-il le Messie et dans quel sens ? »  Voilà les questions fondamentales pour la vie chrétienne des futurs chrétiens mais aussi pour notre vie chrétienne de tous les jours. 

     

    Concrètement pour nous, pour aujourd’hui, pour le « monde d’après ». Oui, nous sommes pleinement immergés dans le monde et nous avons un projet pour ce monde nouveau.  Mais, ce nouveau monde, nous ne pouvons pas l’imposer par la force ; nous ne pouvons que le proposer dans une toute grande faiblesse, comme Jésus ?  Comment ?  Comme lui, en « donnant notre vie » pour que cela advienne.  Jésus aurait pu parler simplement du monde nouveau où tous étaient aimés de Dieu.  Qu’en resterait-il aujourd’hui …  Sans doute, pas grand-chose.  Mais non, il l’a vécu jusqu’au bout et cela l’a conduit à la mort.  Nous ne devrons certainement pas dans nos pays aller jusque-là …  Mais le coronavirus étant retombé, je pense qu’il ne faudra pas longtemps pour qu’on nous traite d’idéaliste ou d’utopiste en nous invitant à « retomber les pieds sur terre » c’est-à-dire en reprenant nos anciennes habitudes.  C’est alors qu’il nous faudra tenir, non pas par des paroles, mais en continuant, dans la petitesse à vivre ce nouveau monde !!! Oui, il faut payer l’impôt, mais se donner tout entier à Dieu (mardi).  Oui, nous sommes faits pour l’éternité et invités à vivre dans la gratuité (mercredi).  Oui, en aimant le Seigneur, je serai heureux et il faut m’aimer moi-même et ainsi, je pourrai aimer les autres (hier).  Oui, Jésus est un Messie qui propose un monde nouveau, mais en donnant l’exemple, sans imposer, et je veux faire comme lui (aujourd’hui).  Tout un programme pour les catéchumènes et pour chacune et chacun … 

     

    Et alors seulement, comme pour Jésus, notre Royauté, notre glorification, notre « merci » sera auprès du Père qui nous dira : « Ce que tu as fait au plus petit des miens, c’est à moi que tu l’as fait »

     


     

    Jeudi de la 9ème semaine du temps de l’Église        4 juin

     

    Nous connaissons ce texte de l’Évangile depuis notre petite enfance : nous devons aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes.  Est-il encore utile que la Liturgie nous fasse réentendre ce texte du Deutéronome ?

     

    De fait, on pourrait croire que ce texte est devenu très ordinaire, banal même.  Et pourtant …  En le relisant bien, nous verrons qu’il est tellement une Bonne Nouvelle pour chacun de nous aujourd’hui.

     

    Les pharisiens, vous l’avez compris, veulent mettre Jésus à l'épreuve. Car, en partant d’un bon sentiment – mettre Dieu et l’autre au cœur de la vie de chaque juif – les pharisiens en étaient arrivés à élaborer pas moins de 365 interdits et 248 commandements.  Il y en avait tellement que la plupart des Juifs ne les connaissaient pas.  D’où l’intérêt de savoir ce qui est essentiel.

     

    Jésus répond par la Loi : le Deutéronome.  Une seule phrase : très courte et en même temps absolue.

    Tu veux être un bon Juif, tu veux être un bon chrétien ?

     

    Eh bien : Aime Dieu de toutes les fibres de son être.

    L'amour est une passion, pas un devoir.  Or, le nombre de commandement et d’interdits faisait en sorte que justement l’amour était confondu avec la morale.  Voilà ce que je peux faire ou ne pas faire pour aimer Dieu.  Grosse erreur évidemment.  On range trop facilement Dieu dans les choses qu'il faut aimer.  On fait de l'amour un devoir.  Comment est-ce possible quand on a rencontré le Dieu vivant ?  Plus que respecter Dieu ou même l’honorer, l’homme a cette chance inouïe de pouvoir aimer ce Dieu dont il est aimé infiniment.  On ne nous demande pas d’aimer le code de la route, mais de le respecter.  Mais Dieu n’est pas le code de la route.  Il est quelqu’un qui m’aime tellement qu’il a pris chair de notre chair, qu’il est venu partager mes chemins, qu’il fait une alliance d’amour avec moi.  Et puisque l’amour est réciproque, à mon tour de l’aimer.  Les couples le savent bien.  Ils ne bâtissent pas leur vie en se disant d’abord : « ça, je peux faire, ça je peux pas faire ! ».  Mais non, ils veulent aimer l’autre et la conséquence – mais la conséquence uniquement - est qu’il y a des choses que je ferai et d’autres que je ne ferai pas.  

     

    Est-ce possible ?  Oui, si on s'aime soi-même !  Si tant d'hommes n'aiment plus Dieu c'est parce qu'ils le voyaient comme une entrave à leur épanouissement.  Or : la gloire de Dieu, selon la phrase tellement connue d’Irénée de Lyon ; la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant.  Aimer Dieu ne va pas me rendre malheureux, mais c’est le contraire.  Plus j’aime mon conjoint, plus je vais être heureux.

     

    Alors, enfin, je peux aimer mon prochain comme moi-même.  Là aussi, c’est une passion, c’est enrober le monde entier dans la tendresse sans limites de notre Dieu, voir Dieu en chaque homme, surtout dans le plus petit et le plus méprisé.

     

    Les 613 préceptes des pharisiens essayaient de résoudre tous les cas.  Jésus nous débarrasse de cette angoisse.  Il simplifie et va à l'essentiel.  Il fait confiance à l'homme et nous dit d'inventer le monde chaque jour.  C'est sans doute moins organisé que la morale « prêt-à-porter », mais c'est autrement exaltant.  Amen.   

     


     

    Mercredi de la 9ème semaine du temps de l’Eglise          3 juin

    Hier, rappelez-vous, grosse discussion entre Jésus et les Hérodiens et les Pharisiens sur l’impôt à César.  Jésus élève le débat et après avoir dit qu’il est légitime de payer l’impôt à César, il ne faut pas oublier de donner à Dieu aussi et à lui, il faut tout donner, puisqu’il nous a tout donné en Jésus.

     

    Aujourd’hui, nouvelle querelle, mais cette fois avec les Sadducéens. Les sadducéens, ce sont des juifs qui ne prennent comme référence biblique que la Torah - les cinq premiers livres de la Bible - dans lesquels on ne parle pas encore clairement de la Résurrection.  Donc, pour eux, pas de Résurrection … mais donc aussi, pas de résurrection possible de Jésus un jour.  D’où cette histoire abracadabrantesque comme aurait dit Jacques Chirac.

     

    Il faut bien la comprendre, car j’ai entendu combien de couples me dire la tristesse qu’ils ne se retrouveraient pas comme tel au ciel …  Ce n’est évidemment pas de cela que Jésus veut parler.  Jésus ne veut pas s’attacher au comment des choses, mais au pourquoi, au fondamental.  Comment ça sera là-haut, nous le saurons quand nous y arriverons ; les mots humains ne peuvent rien dire. Mais, comme a dit Paul dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe : « L’amour ne disparaît jamais »

     

    Première chose qu’il nous dit : Le mariage chez les Juifs - comme dans les anciennes civilisations - ne devaient pas être une histoire d’amour.  C’était historique, tout d’abord.  Si on voulait que nous fassions partie de l’histoire, il fallait avoir des enfants pour continuer la lignée, sinon, nous allions vite tomber dans le néant et dans l’oubli.  Nous ne serions plus rien, d’autant plus qu’il n’y a pas de résurrection, disent les Sadducéens. 

    Auprès de Dieu, nous ne tombons jamais ni dans l’oubli, ni dans le néant …,  nous tombons dans les bras de l’Amour absolu …. Et ce, pour toujours.  Il n’y a donc pas besoin de se marier pour faire des enfants.  C’est la première bonne nouvelle : je ne serai jamais oublié, ni néantisé ; je suis fait pour l’éternité et je suis fait pour l’éternité dans l’amour.

     

    Deuxième raison du mariage. Économique.  La femme et les enfants sont de la main-d’œuvre et les enfants aident leurs parents dans leur vieillesse et dans leur veuvage.  Pas besoin d’expliquer longtemps que la vie en Dieu n’a plus rien à voir avec cela.  C’est une suite de l’évangile d’hier.  Deuxième bonne nouvelle : Nous ne serons plus dans une civilisation du besoin de l’autre, mais de la gratuité face à l’autre.  Pourrait-on imaginer être dans l’Amour absolu et ne pas vivre une gratuité absolue ; les deux vont ensemble, inséparablement ! Aimer et être aimé, c’est renoncer à compter, mais passer son temps à donner dans la surabondance, sans calculer et recevoir dans l’action de grâces sans comparer.

     

    Troisième bonne nouvelle.  Ce qui se passera est résolument neuf et ne peut pas être comparé à ce que nous vivons.  Nous serons comme des anges.  Toute la Bible nous parle de nouveauté et de nouveauté absolue.  Il ne s’agit pas de réparer l’homme ni de continuer l’homme actuel ; il s’agit de faire un nouvel homme. C’est une nouvelle création ; une deuxième naissance, un accouchement.  Et c’est la même chose pour ce qui nous est donné de vivre aujourd’hui.  Le monde d’après le Covid ne doit être ni une réparation du monde ancien, encore moins la continuité du monde actuel, mais la création d’un monde nouveau, ce monde déjà en gestation.  Oui, le monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est déjà né.

     

    À nous de le voir et de le faire grandir.  Sinon triste histoire que celle de cette foule d’époux, et autant de belles-mères !!!    

     


     

    MARDI DE LA 9ème SEMAINE DU TEMPS DE L’ÉGLISE       2 juin

     

    « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». 

     

    Jésus, ce matin est face à des Hérodiens et des Pharisiens ; ces personnes ne « peuvent pas aller ensemble ».  Les Hérodiens, ce sont des partisans d’Hérode ; on dirait aujourd’hui des collaborateurs.  Les pharisiens ne le sont pas du tout, mais ils sont pragmatiques : « Puisqu’on peut garder notre liberté religieuse, soyons calmes avec l’autorité. Donc, payons, mais fondamentalement, on est contre. »

    Et toi, Jésus, que vas-tu répondre ?  Si tu dis oui, tu es aussi un collaborateur ; si tu dis non, tu es un pharisien.  Dans chaque cas, il se met la moitié de l’assemblée à dos.

     

    La réponse de Jésus est merveilleuse.  Tout d’abord, il demande à voir la pièce … C’est que lui n’en a pas !  On lui en apporte une qui porte l’image, littéralement l’icône de l’Empereur qui se prend pour Dieu.  Moralité : si vous avez cette pièce, c’est que vous traitez avec Rome.  Qui plus est, vous voilà impur, puisque vous avez sur vous l’image d’un dieu païen.  Jésus n’a pas besoin de l’icône de Dieu sur lui, puisqu’il est l’icône même de Dieu.  Et nous ?  Nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.  Nous n’avons donc pas besoin de cette icône sur nous ; nous sommes également cette image.

     

    Deux.  Jésus, pour autant, ne va pas nier l’importance de l’impôt, même si c’est à un envahisseur.  Il a les pieds sur terre ; il sait et il voit ce que Rome apporte et le commerce que les Juifs font avec lui. La doctrine sociale de l’Église dit bien que « le pouvoir temporel a droit à ce qui lui est dû » : Jésus ne considère pas l'impôt à César comme injuste.  Mais cet argent ne doit pas être « en nous », comme une pièce dans notre poche, comme un pièce de notre cœur ; il est là pour transiter.  On le reçoit et on le rend.  Car il n’est pas fondamentalement nous, à nous, de nous. Rappelez-vous : « le chrétien est dans le monde sans être du monde ».  La part que nous rendons à César existe, mais elle n’est qu’une part, qu’une partie de notre existence.  L’argent, le commerce, l’économique sont là et sont importants dans notre vie, mais ils ne sont pas le cœur de notre vie ; ils ne sont pas le dieu de notre vie.

     

    Trois.  Et à Dieu, il faut rendre ce qui est à Dieu.  Je vous rappelle que nous sommes l’image, l’icône de Dieu.  Et donc, que faut-il lui rendre : nous et nous tout entier …  Écoutez ce qu’écrivait saint Laurent de Brindisi : « Nous avons été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Tu es homme, ô chrétien. Tu es donc la monnaie du trésor divin, tu es une pièce portant l'effigie et l'inscription de l'empereur divin. (…) Si nous voulons être réellement une image de Dieu, nous devons ressembler au Christ, puisqu'il est l'image de la bonté de Dieu (…) »

    C’est fou !  Nous sommes la pièce de monnaie du Seigneur, la monnaie de son trésor …  Nous avons du prix à ses yeux … le prix de son Fils dont nous sommes l’image !

    Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est donc essayer de jour en jour et petit à petit d’être une image qui ressemble de plus en plus à lui, par son Fils.  C’est la définition de la sainteté qu’un curé ardennais donnait.  Il disait : « Un saint, c’est quelqu’un qui ressemble tellement à Dieu, que lorsqu’il arrive au ciel, Dieu le confond avec son propre Fils … »

     


     

     

    Marie, Mère de l’Église     1er juin

     

    Depuis 2 ans, grâce à François, Marie a désormais, pleinement, ses deux grands titres célébrés dans l’Église.  Depuis longtemps déjà, on célébrait Marie, Mère de Dieu, le 1er janvier.  Ce titre lui avait été donné lors d’un Concile, celui d’Éphèse, en 431, et ce titre lui a été donné en grec : « Maria Théotokos ».

     

    C’est le 21 novembre 1964 lors d’un autre Concile - Vatican II - que Paul VI déclara Marie, Mère de l’Église, et cette fois en latin : « Maria Mater Ecclesiae. »  Et c’est Jean-Paul II qui fit mettre cette mosaïque, que je vous ai mise en image, sur la place Saint-Pierre à Rome

    Latin et grec, les deux langues de l’Église catholique.  Les deux fois, lors d’un Concile.  On comprend bien ainsi que Marie est et l’un et l’autre ; et la Mère de Dieu, et la Mère de l’Église.  Parce qu’elle est la Mère de Dieu, elle est la Mère de l’Église, puisque Jésus, le Fils de Dieu en est la tête.

    Je n’arrête pas de vous le dire : Marie est l’image, l’icône de l’Église, et donc de chacun d’entre nous, puisque nous sommes l’Église.

    La Préface de tout-à-l’heure nous dit les 4 rôles de Marie en tant que Mère de l’Église.

     

    « En accueillant ta Parole dans un cœur immaculé, elle a mérité de la concevoir dans son sein virginal. »

    Premier rôle de chacun de nous, à la suite de Marie : accueillir la Parole dans un cœur immaculé ; immaculé de tout autre souci, rempli de tant et tant de choses inutiles.  Marie, Mère de l’Église nous rappelle la place fondamentale de la Parole de Dieu dans notre vie.  Quelle est la place que nous lui réservons ?

     

    « En recevant au pied de la croix le testament d'amour de son Fils,

    elle a reçu pour fils tous les hommes

    que la mort du Christ a fait naître à la vie divine. »

    Deuxième rôle de chacun d’entre nous à la suite de Marie.  Recevoir chacun comme un frère, une sœur.  Comme Marie est devenue la Mère de Jean et par lui, la Mère de tous les hommes, Marie, Mère de l’Église nous donne le monde entier comme frères et sœurs, en commençant par les plus proches et les plus difficiles à vivre.

     

    « Quand les Apôtres attendaient l'Esprit qui leur était promis,
    elle a joint sa supplication à celle des disciples,
    devenant ainsi le modèle de l'Église en prière. »

    Troisième rôle de chacun d’entre nous à la suite de Marie. Nous avons célébré la Pentecôte hier, mais l’Esprit ne viendra que si nous le lui demandons.  Marie, Mère de l’Église nous redit que la prière est la respiration du chrétien, son souffle ; et que le souffle de Dieu ne peut venir qu’à travers notre propre souffle.

       

    « Élevée dans la gloire du ciel,
    elle accompagne et protège l'Église de son amour maternel
    dans sa marche vers la patrie
    jusqu'au jour de la venue glorieuse du Seigneur. »

    Quatrième rôle de chacun d’entre nous à la suite de Marie.

    Comme Marie, nous accompagnons et protégeons l’Église de notre amour.  Marie, Mère de l’Église nous redit que nous ne pouvons l’accueillir comme Mère de l’Église, que si nous aimons l’Église, malgré et avec son péché - qui est le mien, le nôtre d’ailleurs -, qu’il n’est pas de chrétien, sans Église ; qu’un chrétien seul est un chrétien en danger …

     

    Voilà nos quatre rôles à vivre en regardant Marie : méditer la Parole de Dieu, accueillir chacune et chacun, prier encore et encore et aimer notre Église et sa Mère Marie.  Nous sommes l’Église de Dieu, ici à Chaudfontaine et à Trooz ; nous invoquons la Mère de l’Église « Notre-Dame des Sources ».  C’est donc la fête de notre Unité Pastorale aujourd’hui !  Bonne fête à toutes et tous !

     


     

     

    Pentecôte  31 mai

    La Pentecôte est au Nouveau Testament ce que la construction de la Tour de Babel est à l’Ancien Testament.  Ou mieux dit : la Pentecôte est l’Anti-Babel.

     

    Dans le livre de la Genèse, on nous dit que « Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots ».  Dans les Actes, qu’« il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. »  C’est donc la même réalité.  On pourrait dire que nous sommes en face de deux réalités de l’Église, voire même du Monde en élargissant. Regardons donc les différences.

     

    Tout d’abord, la langue.  À Babel, c’est-à-dire Babylone, tous parlent la même langue.  C’est normal, les Juifs sont déportés à Babylone et on leur fait parler la langue de là-bas pour qu’il y ait une unité.  Un peu comme pendant la seconde guerre mondiale, tous les pays occupés devaient avoir l’heure de Berlin.  C’est une unité, mais une drôle d’unité … On devrait plutôt dire de l’uniformité, c’est-à-dire un uniforme : une façade, mais rien derrière.  Alors, le Seigneur va « inventer » les langues pour leur faire comprendre, pour leur faire prendre conscience de la diversité.  Les Juifs et les Babyloniens, Dieu merci, ce n’est pas la même chose. 

     

    Dans la première lecture, c’est le contraire.  Ils viennent de tous les pays, ils sont donc très différents, jusque dans leur apparence sans doute, mais ils ont une unité fondamentale : ils sont de la même religion ; ils sont juifs.  Et voilà que l’Esprit va venir sur les Apôtres et, dit le texte : « tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. » Il ne s’agit donc plus de diversité derrière une uniformité, mais bien, par l’Esprit d’une unité dans la diversité … et c’est très différent. Ce monde d’après dont nous parlons depuis le début de la pandémie, c’est celui-là : un monde uni, un monde d’unité mais dans une extrême diversité.

     

    Deux.  C’est d’ailleurs ce que dit Paul dans la deuxième lecture avec la belle image du corps humain : « le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. » Un corps où tout ne serait qu’auriculaire droit aurait peut-être une façade d’uniformité, mais ce serait un monstre.  À Babel, les hommes ont construit une tour avec des briques … tristement semblables.  Après la Pentecôte, Paul dira que nous sommes non pas les briques, mais les pierres vivantes de l’Église.  Il n’y a pas deux pierres semblables.  Et c’est ce qui fait la beauté d’un mur de pierre.  De la même manière, la beauté du corps humain réside dans sa grande différence conjuguée à sa belle unité.  Ne rêvons ni d’une commune ni d’une unité pastorale uniformes comme des briques : ce serait une construction bien triste ; rêvons d’un monde et d’une Église qui soient des corps bien vivants, c’est-à-dire, des beaux murs de pierre … d’ailleurs souvent plus résistants au temps que des murs de briques.

     

    Trois enfin. Si Babel construit un tour, c’est pour prendre la place de Dieu, autrement dit, pour dire que Babylone est Dieu.  Et chaque fois que l’homme se prend pour Dieu, comme pour la tour de Babel, il s’effondre.  Quand l’homme joue à Dieu face à la nature, regardons ce que ça donne !

    À la Pentecôte, c’est tout le contraire : l’homme ne tente pas de monter vers Dieu, c’est Dieu qui descend vers l’homme.  Et pour faire de lui son messager, le messager de sa Bonne Nouvelle.  Il lui donne son Esprit à travers ce que la deuxième lecture appelle des dons, des cadeaux.  Nous recevons aujourd’hui des cadeaux de Dieu pour devenir Dieu en quelque sorte, mais non pas à sa place mais avec lui, comme ses collaborateurs immédiats.  Et ces dons sont très variés et dans l’Église et dans le Monde …  Mais ces dons sont là pour le rendre plus beau, pour dire au monde qu’il est aimé et qu’il est aimable.  Car il faut bien traduire cette phrase qui semble bien difficile dans l’évangile : il faudrait traduire : « Tout homme à qui vous ne remettrez pas ses péchés, ils ne lui seront pas remis ».  C’est-à-dire : si tu ne dis pas à tout homme qu’il est pardonné, autrement dit qu’il est aimé quoi qu’il fasse, tu vas le laisser dans son désespoir, dans sa tristesse. 

     

    Or, on a cru des Apôtres qu’ils étaient « pleins de vin doux » ; oui si le monde entier pouvait découvrir qu’il est aimé par-dessus tout, il sauterait de joie, il bondirait comme un veau qu’on lâche pour la première fois dans la pâture.   C’est mon souhait pour chacun ce matin : que Chaudfontaine et Trooz deviennent où immense pâture où tous, veaux du Seigneur, nous bondissions de joie !


     

    Samedi de la septième semaine de Pâques     30 mai

    Dans notre petite catéchèse sur les 7 dons de l’Esprit, il nous reste un binôme et le septième.  Dernier binôme tout d’abord, la science et l’intelligence.

     

    Le don de science.  On pourrait l’appeler le « don de saint François et de Joseph Cardijn ».  Le don de saint François.  Le don de science me permet de voir le Seigneur à travers la création, sa merveille, sa beauté !  Je vous y ai invité plusieurs fois lors de ce confinement.  On peut regarder la nature et y voir quelque chose de beau ; ou on peut regarder la nature et y voir la trace de celui qui l’a faite.  Et si le monde est beau, combien plus beau encore est celui qui l’a créé.  Et le plus beau de la création, c’est son sommet : l’être humain.  Ce don de science permet de voir Dieu à travers mon frère, ma sœur, si pauvre soit-il, si défiguré puisse-t-il être par la maladie, l’alcool, la drogue …  Il reste l’image et la ressemblance de Dieu lui-même. 

    Ce don de saint François est bien plus qu’un don « romantique » ; il me force à respecter la nature et son sommet, l’Homme …  Je ne peux pas m’émerveiller devant le Mont Blanc et jeter mon masque en papier à terre dans la rue ; je ne peux pas aimer Dieu et détester mon frère.  Ce qui fera dire à saint Jean : « Celui qui aime Dieu et déteste son frère est un menteur ».  Avant de bâtir des églises, les missionnaires ont toujours commencé par bâtir des hôpitaux !

     

    Le don de Cardijn me donne de voir Dieu dans l’Histoire, dans les événements petits ou grands.  Non pas qu’ils viennent nécessairement de Dieu - je vous l’ai dit : ce n’est pas Dieu qui nous a envoyé le Covid - mais ils nous disent quelque chose de Dieu, sur Dieu, et par là-même de nous et sur nous.  Qu’est-ce que les deux gros mois que nous venons de vivre nous disent de Dieu et de moi ?  Beaucoup de choses … mais je ne répondrai pas à votre place.  Je vous invite à vous poser cette question, et à vous la poser longuement …  Qu’ai-je appris de neuf et sur Lui et sur moi ?  Car c’est cela qui guidera mon et notre avenir.  Voir - juger - agir, disait Cardijn dans sa méthode … en trois points !!! … Regardons bien ce que nous avons vécu ; analysons-le et enfin, soyons prêts pour le mettre en œuvre pour nous, pour notre Unité Pastorale, pour nos communes, nos milieux de travail etc.

     

    Le sixième don est celui de l’intelligence.  Et là, il dit bien ce qu’il veut dire, mais pas de panique en ce temps d’examen.  Ce don de l’intelligence me permet de connaître un peu plus le Seigneur à travers la lecture de la Bible et de la Tradition de l’Église.  N’est-ce pas simplement ce que nous faisons par ces petits mots depuis le début du confinement ; c’est aussi ce que nous faisons lors de nos soirées « Dé-couvrons le cœur de Dieu », ou un lisant un commentaire dans « Magnificat » ou « Prions en Église » ou en lisant un petit bouquin spirituel ou une vie de saints …  C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la catéchèse d’adultes.  Non, la catéchèse ne s’arrête pas à la Profession de Foi ou à la Confirmation.  Elle est jusqu’à mon dernier souffle.  Dieu est tellement beau que je n’aurai jamais assez de temps dans ma vie pour m’approcher de son mystère !   

     

    Et vient le dernier don : la Sagesse.  On pourrait dire que ce n’est pas un septième don, mais le condensé de tous les autres dons.  Si je vis pleinement les six premiers dons de l’Esprit reçus à mon baptême, je deviendrai sage.  Faut-il vous rappeler que la Sagesse chrétienne n’a rien à voir avec l’arthrite, les cheveux blancs, l’air ennuyeux et la poussière … Je vous rappelle simplement les paroles de l’Apôtre Paul s’adressant aux premiers chrétiens de la ville de Corinthe : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose. ».  Il s’agit donc d’être vraiment sages, c’est-à-dire totalement et pleinement fou !!!  On a d’ailleurs dit au jour de la Pentecôte que nous fêtons demain, que les Apôtres étaient « pleins de vin doux ».  Puisse-t-on le dire de nous, chrétiens de Notre-Dame-des-Sources !   

     


     

     

    Vendredi de la septième semaine de Pâques     29 mai

    Notre Dieu est à la fois grand et à la fois tout proche ; les deux en même temps.  Voilà ce que nous apprenaient les deux premiers dons de l’Esprit : la Piété et la Crainte.  Aujourd’hui, pour nous préparer à la Pentecôte, nous allons aborder le deuxième binôme : le Conseil et la Force.  Car, ce Dieu que nous avons découvert par le premier binôme est un Dieu qui s’intéresse à moi.  Il s’intéresse à moi parce qu’il m’a créé (la crainte) ; il s’intéresse à moi parce que je suis son enfant bien-aimé (la piété). 

     

    Je vais donc avoir besoin du don de Conseil.  De quoi s’agit-il ?  De trois petites choses toutes simples.

    Ce don, il me permet d’abord de discerner ; discerner ce qui vient de Dieu et ce qui vient de moi.  Une idée me traverse l’esprit … Est-ce Dieu qui me parle ou bien est-ce simplement mon imagination ?  Nous devons toujours demander à l’Esprit de nous aider à discerner la volonté du Seigneur sur nous.

    Ce don, très concrètement, va aussi m’éclairer sur ce que je dois dire ou ne pas dire, faire ou ne pas faire.  Avec ce don de l’Esprit, « tourner sept fois sa langue dans la bouche avant de dire quelque chose » et s’asseoir pour réfléchir avant de faire quelque chose.  Dois-je envoyer ce mail ? Répondre à ce courrier, aller voir un tel, me tenir à distance d’une telle ?

    Enfin, ce don, en résumé va m’aider à voir clair en moi et dans les autres. Qui suis-je vraiment ?  Qui est mon frère, ma sœur ?  L’être humain est tellement complexe que j’ai bien besoin de l’Esprit pour faire la clarté en moi et autour de moi.

     

    Le deuxième don lui est lié et ne demande pas beaucoup d’explications.  Ici, le terme dit bien ce qu’il veut dire : la Force.  Pour réaliser tout ce don de Conseil, il va me falloir de la Force.

    La force tout d’abord de tenir.  Je vous l’ai déjà dit : il n’est pas trop difficile d’être saint durant un jour … mais durant toute la vie, c’est une autre paire de manches.

    La force aussi de résister aux persécutions.  Dans notre pays, nous n’avons pas de persécutions claires, mais toutes sortes de « mini-persécutions ».  Bah, elles ne sont pas très graves, mais à la longue … pff … Les vacances de Noël et de Pâques deviennent vacances d’hiver et de printemps, la réouverture des cultes ne semble vraiment pas être une priorité, on nous invite à garder la religion dans le cadre privé … etc … Il nous faut une fameuse force à la longue.

    La force enfin de ne pas me gonfler d’orgueil quand je parviens à réaliser cela ; rester le publicain au fond du Temple et pas le pharisien à l’avant de celui-ci !

     

    Belle route vers la Pentecôte !     

     

     


     

     

    Jeudi de la septième semaine de Pâques       28 mai

     

    L’oraison de la messe de ce jour dit : « Père, que ton Esprit nous transforme par ses dons : Qu’il change notre cœur en un cœur que tu aimes, parfaitement accordé à ta volonté. »  Nous transforme par ses dons … Ah bon ?  C’est quoi ces dons ?  Dans ces trois derniers jours qui nous restent avant la venue de l’Esprit, je vous propose une petite catéchèse sur les 7 dons de l’Esprit.

    Ces dons, nous les avons reçus à notre baptême, mais contrairement à notre électroménager, ces dons s’usent si on n’en use pas.  Alors pour en bien user, re-découvrons-les.  Les Pères de l’Église ont comparé ces dons aux voiles d’un navire. Deux voiles aujourd’hui, deux demain et trois samedi.

    Ces dons vont deux par deux et le septième, chiffre de la plénitude, les rassemble tous.  Commençons par le premier binôme : la crainte et la piété.

     

    La crainte pour commencer.  La traduction française du mot latin est effrayante.  L’Esprit Saint ferait-il en sorte que nous puissions ou que nous devions avoir peur de Dieu ?  Et par la même occasion, voir le coronavirus comme son jugement ?  Point non plus …  Le don de la crainte, c’est comme un émerveillement qui nous « fait tomber sur notre derrière » - comme disent les jeunes - tellement il est grand.  Et plus la science avance, plus nous nous émerveillons de la complexité, de la grandeur, de la merveille de notre création et de l’homme, sommet de la création.  Ce don nous invite à la contemplation et à l’émerveillement.  Pendant ce confinement, prenons le temps de contempler la nature - il fait très beau et le printemps est magnifique - et émerveillons-nous.  Comme dit le chant « Que tes œuvres sont belles, que tes œuvres sont grandes ».  Que Dieu est grand ; il est vraiment le tout Autre.  Il est tellement grand que nous ne nous lasserons jamais de le connaître un peu plus … mais nous n’en aurons jamais fait le tour.

     

    Le deuxième don qui lui fait écho, c’est la piété.  Rien à voir non plus avec une pseudo-extase de celui qui - toujours en prenant le langage des jeunes - a fumé la moquette.  Non, la piété, c’est reconnaître la proximité de ce Dieu.  Par la crainte, nous découvrons sa grandeur ; par la piété, sa proximité.  Il nous a d’ailleurs demandé de l’appeler « Abba » « papa ».  Avouez que c’est fou quand même.  Et ce Dieu, je peux lui parler à l’église, mais nous avons appris plus que jamais que nous pouvons lui parler dans notre salon, notre salle de bain, et pourquoi pas, dans notre lit, en pyjama.  Comme on peut le faire avec son papa du ciel.  Dans la liturgie - et on ne se rend plus compte de ce que cela implique - on le tutoie !!!  On ne le ferait sans doute pas avec Charles ou Maggie … mais avec le Seigneur, pas de problème.

     

    Par le baptême et … par le confinement … nous pouvons tomber à genoux devant un Dieu si grand et en même temps « sauter sur ses genoux » comme un enfant sur ceux de son papa ; nous pouvons rester tout émus devant un superbe coucher de soleil et en même temps lui parler avec des mots tout simples, en épluchant nos pommes de terre ; nous pouvons dire « Notre Père (piété) qui es aux cieux (crainte) ».  Selon nos tempéraments, nous sommes plutôt « crainte » ou « piété ».  Demandons à l’Esprit de raviver celui qui est un peu oublié, sans pour autant éteindre celui qui « marche bien ».    

     


     

     

    Mercredi de la septième semaine de Pâques         27 mai

    « Et maintenant, je vous confie à Dieu et à la parole de sa grâce, lui qui a le pouvoir de construire l’édifice et de donner à chacun l’héritage en compagnie de tous ceux qui ont été sanctifiés. Je n’ai convoité ni l’argent ni l’or ni le vêtement de personne. Vous le savez bien vous-mêmes : les mains que voici ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons. En toutes choses, je vous ai montré qu’en se donnant ainsi de la peine, il faut secourir les faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, car lui-même a dit : ‘Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.’ » (Ac 20, 28-38)

     

    C’est un moment très émouvant que nous entendons aujourd’hui.  L’Apôtre Paul fait ses adieux à sa « paroisse » d’Éphèse, cette paroisse, je vous le rappelle, qui sera celle de saint Jean et de Marie.  Il sait qu’il s’en va vers la mort à Rome et donc, qu’il ne les reverra plus jamais.  Ce discours, c’est en quelque sorte son testament spirituel.

     

    Première chose.  Paul rappelle que c’est le Seigneur seul qui peut bâtir l’édifice.  Oui, nous sommes les pierres vivantes de l’Église, mais c’est le Seigneur qui les assemble, qui les met à leur juste place, qui doit les tailler un peu parfois pour qu’elles s’ajustent à d’autres pierres.  Au moment où le confinement se lève et où nous avons faits et des projets pour le monde de demain et déjà des actions, n’oublions jamais que, fondamentalement, c’est le Seigneur qui a agi à travers nous et qui continuera de la faire.  Et donc, ne soyons pas étonnés si ce que nous avions imaginé se passe autrement …  C’est normal : c’est lui qui bâtit.  Nous avons juste à nous laisser faire.

     

    Deux.  Notre boulot, le boulot de l’Église, c’est de secourir les faibles.  Autrement dit, ne jamais oublier que l’Église, l’Unité Pastorale n’est pas là pour elle-même, elle est là pour les autres ; et en particulier pour les plus faibles.  Sans doute, comme moi et beaucoup d’autres, râlez-vous un peu - ou beaucoup - sur le fait que les églises et les autres lieux de culte seront parmi les derniers à rouvrir.  Comme à dit Tommy Scholtes : « Sommes-nous moins bons que les grandes surfaces ? »  Et c’est sans doute vrai.  Mais si nous nous braquons sur nous-mêmes, nous ratons le coche.  Comme vous, je me réjouis de nous revoir et de célébrer ensemble … mais l’essentiel est de continuer de servir les plus faibles.

     

    Trois enfin.  En faisant ainsi, nous vivrons dans la joie, car « il y a plus de bonheur, plus de joie à donner qu’à recevoir »  Jésus est le modèle du bonheur, de la joie absolus.  Il a tout donné, il s’est totalement donné.  Alors oui, râlons un peu - ça fait du bien - mais surtout, donnons, donnons et donnons encore !!!   

     


     

     

    Mardi de la septième semaine de Pâques     26 mai

    « Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. » (Jn 17, 1-11a)

     

    Nous sommes dans ce qu’on appelle la prière sacerdotale de Jésus ; cette grande prière - pas toujours simple - que Jésus adresse à son Père avant de vivre la Passion.  Il y confie ses Apôtres à son Père, au moment où il sait qu’il va les quitter.

     

    Dans ce texte, on nous parle du monde.  Mais, attention de le bien comprendre … Le monde chez saint Jean est un mot très péjoratif.  Il ne représente pas les habitants de notre planète, mais plutôt l’esprit qui anime ce monde : un esprit égoïste, tourné vers la jouissance des biens matériels, où l’autre est un ennemi … et vous pouvez continuer.

     

    Jean nous dit donc trois choses …

     

    Première chose : Si Jésus quitte ce monde, c’est qu’il y est allé …  Monsieur de la Palisse en aurait dit autant ! Autrement dit, Jésus nous redit que ce « monde » dans lequel il y a tant de choses moches, il le connaît de l’intérieur.  Comme dira Paul : « Il s’est fait péché pour nous ».  Sinon, on pourrait lui dire : « Seigneur, tu ne sais pas ce que c’est toi, que de vivre dans notre société actuelle …  Tu es ‘en dehors du monde’ ».  Eh bien non, tout ce qu’il y a de moche dans le monde, il l’a vécu et donc, il nous comprend ; il est solidaire de nous.

     

    Deuxième chose : Le chrétien - imitateur du Christ - est dans le monde.  Nous ne vivons pas au ciel, ni dans une île déserte.  Nous n’avons pas, comme nos frères mormons, des villes qui nous soient propres.  Non, nous vivons au milieu du monde, immergés comme les sept milliards environ d’individus qui la peuplent.  Et donc, comme Jésus, nous sommes - ou nous devons être - solidaires de nos frères et sœurs humains ; nous pouvons les comprendre de l’intérieur.  Comme les non-chrétiens, nous vivons les affres de cette pandémie et de ce confinement.  Nous sommes « dans » le monde.

     

    Dernière chose : S’il est « dans » le monde, le chrétien n’est pas « du » monde.  Autrement dit, nous ne partageons pas les valeurs du monde dans lequel nous vivons ; nous y sommes des contradicteurs … et nous devrons l’être davantage encore demain.  Jésus dira : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » ; mais nous espérons qu’un jour le Royaume englobe le monde.  Que l’esprit du monde disparaisse pour faire place à l’esprit du Royaume, l’esprit des Béatitudes ; ce Saint Esprit que nous attendons durant ces derniers jours avant la Pentecôte.  C’est cela être levain dans la pâte.  Nous sommes peu nombreux, mais un peu de levain pourra faire monter la pâte.  Mais pour cela il doit se mélanger à cette pâte, car du levain seul, ne donnera jamais du bon pain !!!  

     


     

     

    LUNDI DE LA SEPTIÈME SEMAINE DE PÂQUES        25 mai

    « Nous lisons dans l’Écriture : ‘La Parole est près de toi ; elle est dans ta bouche et dans ton cœur.’ Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Celui qui croit du fond de son cœur devient juste ; celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut. » (Rom 10, 8-10)

     

    Nous voilà donc entré dans le sprint final vers la Pentecôte … et peut-être - sauf si les chiffres actuels changeaient - dans le sprint final vers la réouverture de nos églises faites de mains d’hommes ; et cela même si ce sera encore une réouverture très partielle, au vu de la manière dont nous allons devoir célébrer les eucharisties.  

     

    Ce matin, je vous propose de méditer sur ce texte qui est celui que nous prions dans l’office du matin : les Laudes.  Admirable petit texte de Paul.  Vous le savez sans doute, dans la foi chrétienne, il y a une « tension » entre le fait d’être sauvé par les actes que l’on fait ou par la foi que l’on a dans le Seigneur.  Cela a d’ailleurs - entre autres - conduit à la séparation avec nos frères protestants.  Ceux-ci disaient - comme Paul - que l’on était sauvé par la foi en Jésus ; les catholiques - comme le texte du jugement dernier chez saint Matthieu - disaient qu’on était sauvé par les actes que l’on posait.

    Comme toujours, la vérité est évidemment chez les deux ensemble.  Mais il y a un ordre, nous dit le texte de ce jour.

                                              

    Depuis le début du confinement, vous et moi, réfléchissons à ce nouveau monde et comment y arriver.  Mais nous devons faire attention à deux risques majeurs : l’activisme et l’orgueil.

     

    L’activisme, tout d’abord.  C’est-à-dire : travailler et travailler encore - et avec beaucoup d’enthousiasme et de générosité sans doute - mais sans plus réfléchir.  Le Seigneur le dit : « Quel est celui qui veut bâtir une tour et qui ne s’assied pas d’abord … ».  Et on pourrait même dire : « Et qui ne s’arrête pas de faire des pauses ».  Il faut d’abord dit Paul, avoir la Parole près de soi, dans sa bouche et son cœur.  Et il continue en disant que cette parole nous invite à croire, c’est-à-dire à faire confiance.

    On peut faire beaucoup pour les autres sans les autres ; on peut faire beaucoup pour l’Autre, sans l’Autre …  Je vous l’ai dit, c’est plein de générosité, mais ça conduit très vite à un burn out spirituel.  Un grand chirurgien américain disait avant une opération délicate : « Ne nous dépêchons pas ; nous n’avons pas de temps à perdre ».  Il nous faudra toujours nous arrêter et en discuter ensemble et avec le Seigneur « comme un ami parle à son ami » dit la Bible de la relation de Moïse et de Dieu.

     

    L’orgueil ensuite.  C’est-à-dire finir par croire que c’est nous qui sauvons le monde.  C’est l’orgueil de l’homme depuis la création du monde ; l’homme qui joue à Dieu … et qui, en fait, n’est qu’un apprenti-sorcier.  Les problèmes du réchauffement climatique nous montrent à merveille ce qu’est l’homme qui se prend pour Dieu.  Nous sommes collaborateurs, pro-créateurs, co-créateurs - c’est énorme … - mais nous ne sommes que cela.  Laissons au chef - comme aurait dit l’abbé Cassart - d’être le chef et ob-éissons lui, c’est-à-dire écoutons-le.

     

    Travail paisible et humilité … Voilà le programme …  Et ça ira !    

     


     

    Septième dimanche de Pâques

                              Ceci vous est sans doute déjà arrivé ... Vous téléphonez à quelqu'un et la conversation va bon train.  Vous vous emballez un peu, puis vous posez une question à votre interlocuteur ... mais, silence à l'autre bout du fil : la ligne a été coupée.  Eh bien, cette douloureuse constatation de rupture de communication, c'est un peu celle des Apôtres en ce temps, dans ces dix jours qui séparent l'Ascension de la Pentecôte.  Ils sont seuls; ils ont perdu le contact.  Ils ont peur de l'inconnu.  L'Église a bien compris cet esprit dans lequel ils sont plongés.  Elle nous fait lire aujourd'hui une partie de la longue prière que Jésus adresse à son Père, juste avant de retourner auprès de lui.  Et dans cette longue prière, un peu difficile, Jésus demande à son Père de garder ses disciples dans la fidélité.

     

                              Jésus est en train de couper la communication; il est en train de couper les liens physiques, les liens sensibles avec les siens.  Et il sent bien qu'il y a un risque de rupture : rupture entre ses Apôtres et lui : ne vont-ils pas l'oublier, eux qui déjà l'avaient abandonné lors de la passion ?  Rupture peut-être aussi entre les Apôtres et son Père : Jésus était parmi eux, le lien entre le Père et les Apôtres.

     

                              Ruptures de toutes sortes; mais les ruptures dans la Bible sont toujours des appels à aller plus loin. 

     

                              En quelque sorte, il fallait que Jésus quitte ses Apôtres pour qu'ils aillent plus loin; il fallait que Jésus nous quitte ce jeudi de l'Ascension, pour que nous aussi, nous allions plus loin.  Après l'Ascension, viendra la Pentecôte, ce don inouï de Dieu, ce cadeau inimaginable de l'Esprit Saint pour chacun de nous.  Jésus nous a quitté physiquement pour le Père, mais il nous a laissé tous ses sacrements; qui sont désormais ses adresses, les lieux où nous sommes sûrs de pouvoir le trouver, le joindre, renouer notre communication téléphonique interrompue.

     

                              Alors, pendant ces dix jours, nous sommes conviés, vous et moi à la prière. 

    Ce dimanche est pour nous un dimanche de prière pour que vienne l'Esprit des renouveaux sur l'Église qui se prépare à sortir de son confinement, afin qu’elle ne retombe pas dans ses ornières ; l'Esprit de Paix sur l'humanité, où l’économique ne sera là que pour être au service de l’humain ; l'Esprit de sainteté au cœur de tous les vivants, pour que chacun quelles que soient sa race, son origine, sa philosophie, sa religion, soit reconnu dans son caractère unique et respectable.

     

                              En priant ainsi, nous sommes solidaires d'une très longue attente de l'Esprit.  Car, vous le savez comme moi, en tout homme un désir de plénitude reste insatisfait.  Au cœur de l'humanité, un désir d'harmonie ne trouve pas d'aboutissement.  Et l'espoir continue de renaître malgré les échecs. 

     

                              Faisant cela, nous sommes aussi en communion avec ces jours de Jérusalem.  Une poignée d'homme et de femmes y veillent dans la prière jusqu'à l'avènement de l'Esprit.  Ils sont l'aboutissement de toute l'attente d'Israël.  C'est sans doute pourquoi Marie, la Mère de Jésus s'y trouve.  Elle est fille d'Israël.  Elle est aussi l'image de l'Église, elle qui est la patronne de notre UP.  Elle est dans ce groupe à la fois l'aboutissement des promesses, et en même temps l'attente de l'Église Nouvelle.  Elle est pour nous, ce dimanche, l'icône de notre attente, la figure de notre prière.

     

                              Oui, nous verrons la bonté de Dieu.  C'est notre certitude.  La bonté de Dieu sera plus forte que les tempêtes du mal et son souffle soufflera pour nous, pour une création nouvelle.

     

     


     

     

    Samedi de la sixième semaine de Pâques      23 mai

    « Demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite. » (Jn 16, 23b-28)

     

    On a souvent présenté notre foi chrétienne comme quelque chose d’ennuyeux et de bien triste.  Pourtant, la joie est un des thèmes qui revient constamment dans la Bible.  Et si vous y avez fait un peu attention, vous aurez remarqué que les titres des documents importants de notre Pape François comportent tous le mot « joie ».  Il est vrai - on doit bien le confesser - que l’Église, et l’Église c’est nous … a souvent montré une façade bien maussade !

     

    Le 1er mai, je vous avais donné comme méditation, le texte de François d’Assise sur la joie parfaite.  Essayons de creuser encore un peu plus aujourd’hui, pour voir quelle est notre joie. Car, pour la Bible, l’être humain est fait pour la joie ! La joie est tellement présente dans la Bible que la Bible va utiliser tous les termes qui la désignent aussi bien en hébreu  qu’en grec, près de 10 termes différents.

     

    Un.  La Bible nous dit que c’est un devoir pour le juif et le chrétien de se réjouir.  On le trouve toujours chez saint Paul et dans le livre des Psaumes.  Autrement dit, la joie est l’état normal du chrétien.  C’est quand nous ne sommes pas joyeux que nous sommes « anormaux ».  Avouez que c’est pas mal !!!  Et saint François de Sales disait : « un saint triste est un triste saint ».  Alors, soyons joyeux.

     

    Deux.  La source de la joie, c’est Dieu lui-même.  Un psaume dit : « Dieu, ma joie ».  Le croyant est heureux de ce que Dieu lui donne pour son bonheur.  Tout vient de lui.  Je nous invite aujourd’hui à une joie franciscaine.  Dès que nous voyons quelque chose de beau, disons simplement : « Merci, Seigneur ! ».  Une fleur, le soleil et la pluie, un bon  repas, le sourire d’un inconnu, une situation qui se débloque, le coup de téléphone de telle ou telle personne ou d’un membre de la famille …  Nous pouvons trouver des dizaines d’occasion de dire merci tous les jours.  Et chaque merci me mettra de la joie au cœur ; une joie profonde …

     

    Trois.  Cette joie ne cache pas la souffrance.  Nous sommes joyeux, pas benêts …  Ne dira-t-il pas : « Heureux ceux qui pleurent, heureux les persécutés ».  Et à la fin de l’évangile de Jean, Jésus dira : « Votre tristesse se changera en joie ».  Si vous lisez les Actes des Apôtres, nous en avons eu un exemple il y a quelque jour, nous voyons les premiers chrétiens persécutés remplis de joie.  Et dans la vie des saints, on voit sans cesse joie et souffrance se côtoyer … très mystérieusement … mais très réellement.

     

    Pourquoi ?  Simplement - vous connaissez le refrain - parce que le chrétien est un imitateur du Christ et que le Christ et son Père sont joyeux.  Si vous en doutiez, rappelez-vous la femme qui a perdu sa pièce, le berger qui a perdu sa brebis, et l’homme qui a perdu son fils.  Les trois conclusions sont : « Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !” » ; « Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !” » ; « Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” ».  Alors, imitons … Quelle belle journée !

     


     

    Ascension du Seigneur         21 mai

            L’évangile de ce jour nous dit que les disciples « retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu »

     

            Avouez que c’est quand même très étonnant ! Quand un ami s’en va, je ne suis pas sûr qu’au moment de son départ, nous soyons remplis de joie. Or l’évangile nous indique que les disciples étaient “remplis de joie”. Peut-être nous faut-il relier cela avec la prière d’ouverture de notre célébration :

     

    « Ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire ».

     

    L’Ascension du Christ représente, de manière anticipée, la victoire de chacun et de chacune d’entre nous dans sa lutte contre le Mal, contre les ténèbres ; on pourrait même dire, contre ce foutu virus. Et la prière continue : « Nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance ».

     

    C’est la superbe image du Corps que l’on trouve chez Paul.  Nous sommes un corps et dans ce corps, c’est Jésus qui est la tête.  Je vous l’ai déjà dit : À un accouchement, quand la tête est passée, le reste du corps suit tout seul.  Et c’est bien un accouchement que nous célébrons aujourd’hui : l’accouchement, la naissance d’un nouveau monde.  Jésus est déjà dans le nouveau monde - ce monde de l’amour - et nous, nous n’avons plus qu’à nous laisser aller.

     

    Il y a quelques années, j’étais au Foyer de Charité de Nivezé lors de l’Ascension.  Et lors d’une promenade, je suis allé jusqu’à l’aérodrome de Sauvenière ; cet aérodrome d’où décollent des planeurs.  Jésus, c’est l’avion.  Si vous regardez le décollage : sur le terrain, il avance facilement dirait-on.  Le câble, on ne le voit pas si on est à distance … et derrière, on voit le planeur qui dirait-on en wallon, « hosse » à gauche et à droite. Ça, c’est nous ! Oui, on fait confiance et en même temps, on n’est pas trop sûr.  L’avion Jésus s’envole et pendant quelques secondes, le planeur reste toujours au sol.  C’est l’Ascension que nous célébrons ce matin.  Et puis, voilà que le planeur décolle aussi.  Et en décollant, on dirait qu’il prend de l’assurance.  L’air le porte.  Voilà le souffle : c’est l’Esprit Saint.  Jésus a bien promis qu’il allait l’envoyer.  Nous voilà donc déjà à la Pentecôte.  Et puisque le Vent de l’Esprit porte désormais le planeur, voilà que le câble peut se détacher et le planeur continue sa route sans problème.  Il n’est plus tout-à-fait sur la terre et pas tout-à-fait non plus au ciel : C’est l’entre-deux.  Et l’entre-deux, c’est le temps de l’Église.  Nous sommes sur terre avec un goût du ciel, ou si vous préférez, nous sommes déjà au ciel, mais avec les deux pieds encore sur terre.

     

    Mais nous sommes dans la joie du déjà-là où Jésus est déjà pleinement.

     

    Difficile de parler de vacances en ce temps de confinement.  Mais, en quelque sorte, on pourrait dire que Jésus est parti prendre possession de notre appart de vacances ; il va régler les derniers détails.  Mais une chose est sûre : après le déconfinement complet, nous le rejoindrons dans cet appart.  Mais puisqu’il y est, on y est déjà un peu aussi.  D’ailleurs, il nous envoie des photos sur Facebook et WhatsApp : ce sont les sacrements.

     

    Alors, sommes-nous vraiment dans la joie et dans l’action de grâce ? Avons-nous conscience que le mystère que nous célébrons, l’Ascension du Christ Jésus, nous concerne de près ?  Sommes-nous vraiment persuadés que le Christ, montant vers son Père, nous a entraînés avec lui ?  Croyons-nous assez que le nouveau monde est déjà là, pleinement en Jésus, et qu’il finira par arriver dans notre planeur grâce au vent qui porte nos ailes ?  Oui, ce monde est possible !!!  Le monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est déjà né !     

     

    La fête de l’Ascension s’est vraiment le lien entre le ciel et la terre. La “terre” est emportée au ciel et le ciel vient nous rejoindre. Nous avons donc à vivre selon cette réalité. C’est ce que Paul nous disait : « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. »

     

     


     

     

    Mercredi de la sixième semaine de Pâques     20 mai

    « Alors Paul, debout au milieu de l’Aréopage, fit ce discours :

    ‘Athéniens, je peux observer que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : ‘Au dieu inconnu.’ Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer.’ » (Ac 17, 15.22 – 18, 1)

     

    Saint Paul a voulu faire le malin et ça ne lui a pas réussi.  Je vous rappelle : le Seigneur l’avait invité à se rendre en Macédoine et voilà qu’aujourd’hui il est conduit jusqu’à Athènes.  Il se trouve en face de personnes qui sont à la fois de grands penseurs - des philosophes - et qui possèdent une multitude de dieux.  Paul veut jouer au plus futé …  Les Grecs, pour être sûrs de ne se mettre aucun dieu à dos, avaient installé un monument au dieu inconnu.  Paul saisit l’occasion pour dire : « Ce dieu, je vais vous l’annoncer, c’est le mien, c’est le bon. » 

     

    Et il commence en employant leur langage : il fait une merveilleuse description philosophique du Dieu des chrétiens.  Et là, ça marche.  Mais Paul doit aller jusqu’au bout, et il lui faut bien parler de la Résurrection.  Et là, ça foire !!!  Pour les Grecs, il est inimaginable qu’un corps ressuscite ; eux pour qui seule l’esprit compte …

     

    Que retirer de cela pour notre vie concrète ?   Ce qui est reproché à Paul, ce n’est évidemment pas de rejoindre les Grecs dans leur système philosophique ?  Non, évidemment.  Mais Paul est comme « gêné aux entournures » pour annoncer vraiment le cœur de notre foi.  Il en parle en fin de discours, presque en appendice ; il en arrive presque à diluer le message.  Seuls deux personnes - Denys et Damaris - adhéreront à la foi ; les autres se moqueront de lui.  Cela lui servira de leçon ; il retrouvera après son caractère entier.

     

    Ce temps est pour nous aussi le temps de l’exigence absolue.  Au nom de notre foi et de Jésus ressuscité, nous ne pouvons pas amoindrir les exigences évangéliques, ni essayer de mettre Jésus à-la-sauce-ambiante en diminuant les exigences.

     

    C’est le moment de rappeler que, pour nous, et la création et l’homme doivent être désormais au centre du centre, au cœur de la vision du nouveau monde que nous voulons.  C’est ce que François appelle dans son encyclique Laudato Si, « l’écologie intégrale ».  S’il est un point positif de cette pandémie, c’est de nous avoir ouvert les yeux sur cette réalité de l’écologie intégrale.  Un monde où la création et l’homme - sommet de la création - ne sont pas au centre est un monde condamné à la mort.  Je ne peux que me réjouir que tant d’hommes et de femmes ne partageant pas notre foi pensent la même chose que nous.

     

    Alors, pas de bémol à notre discours …  Mais peut-être une « fédération » des hommes et des femmes de bonne volonté.  Car c’est ensemble, et uniquement si nous nous réunissons très nombreux que cette écologie intégrale pourra voir le jour !  Pour employer encore un langage musical : Ne jouons pas en mineur … seulement en Majeur !      

     

     


     

     

    Mardi de la sixième semaine de Pâques                  19 mai

    « Après les avoir roués de coups, on les jeta en prison, en donnant au geôlier la consigne

    de les surveiller de près. Pour appliquer cette consigne, il les mit tout au fond de la prison, avec les pieds coincés dans des blocs de bois. Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu, et les autres détenus les écoutaient. »  (Ac 16, 22-34)

     

    Les choses se passent mal pour Paul et Silas à Philippes où ils viennent de rencontrer Lydie.  Ils ont guéri une femme qui était possédée par un esprit de divination et qui rapportait de gros bénéfices à ses maîtres par ses oracles.  Rien n’a changé : l’argent règle le monde.  Et les maîtres voyant  une partie de leurs revenus s’en aller en fumée, monte la foule contre les disciples.  Cette foule se déchaîne contre eux … et les voilà en prison … Et vous l’avez lu, on n’y va pas par quatre chemins : tout au fond de la prison et pieds coincés dans des blocs !!!

     

    Luc nous dit que nous sommes maintenant en pleine nuit.  Vous vous doutez bien que Luc se contrefiche de l’heure qu’il est.  Mais il veut nous rappeler qu’à ce moment-là, ce sont les ténèbres, c’est le noir dans leur vie, plus de trace de la lumière … et on pourrait croire, plus de place pour Dieu.  Où est-il ?  Pourquoi se cache-t-il ?  Pourquoi cette épreuve ?

     

    Pas besoin d’un long discours : c’est ce que nous vivons, et en particulier, c’est ce que vivent certaines personnes touchées par le virus et des familles dans la détresse et le deuil …  Et c’est bien normal !

     

    Que font les Apôtres ? Ils prient et chantent les louanges de Dieu.  Attention, on ne dit pas qu’ils louent le Seigneur pour leur emprisonnement ; encore moins qu’ils le remercient pour ce qu’ils vivent …  Pas du tout ! 

     

    Ceux qui ont fait du scoutisme et du guidisme connaissent notre Loi et en particulier l’article 8 : « Le scout sourit et chante dans les difficultés ».  Et là aussi, non pas à cause des difficultés - nous ne sommes pas masochistes - mais dans les difficultés.

     

    Ce n’est pas non plus de la méthode Coué.  Non, c’est simplement dire notre espérance : la détresse si grande soit elle, si révoltante puisse-t-elle être n’a et n’aura jamais le dernier mot.  C’est la foi que nous avons célébrée - confinés - la nuit de Pâques.  La mort est toujours là, mais elle n’a plus le dernier mot.  Le ressuscité porte toujours les marques de la passion, mais il a été remis debout par son Père. 

     

    Nous sommes donc joyeux … en espérance …  Et si nous vivons dans l’espérance, comme dans la lecture, les autres prisonniers nous écouteront et notre espérance pourra devenir communicative !   

     

     


     

    Lundi de la sixième semaine de Pâques         18 mai

     

    « Nous avons passé un certain temps dans cette ville et, le jour du sabbat, nous en avons franchi la porte pour rejoindre le bord de la rivière, où nous pensions trouver un lieu de prière. Nous nous sommes assis, et nous avons parlé aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elles nommée Lydie, une négociante en étoffes de pourpre, originaire de la ville de Thyatire, et qui adorait le Dieu unique, écoutait. Le Seigneur lui ouvrit l’esprit pour la rendre attentive à ce que disait Paul. Quand elle fut baptisée, elle et tous les gens de sa maison, elle nous adressa cette invitation : ‘Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur, venez donc dans ma maison pour y demeurer.’ C’est ainsi qu’elle nous a forcé la main. » (Ac 16, 11-15)

     

     

    Il me faut bien mettre ce long extrait de la première lecture pour qu’on comprenne bien ce texte.  Rappelez-vous, le Seigneur a inspiré Paul et ses compagnons de se rendre en Macédoine.  Ils ont obéi.  Et c’est à Philippes qu’ils vont rencontrer la fameuse Lydie.  Lydie est la première chrétienne européenne, puisque Philippes est en Macédoine, au Nord de la Grèce.  Pour ceux qui aiment les dates, sainte Lydie est fêtée le 3 août.

     

    Qu’est-ce que la première sainte européenne dit aux Européens que nous sommes ?

     

    Un.  Lydie vient d’Asie, est installée en Europe, n’est pas juive, mais adore le Dieu des Juifs … et qui plus est, est une femme !  Ça fait beaucoup, non ?  Cela nous redit d’abord que la vocation de notre Europe est d’accueillir tout le monde, quels que soient ses origines, sa foi, son sexe.  François n’arrête pas de nous le rappeler …  « Ah voilà que le curé fait de la politique maintenant ! »  C’est vrai que les migrants, on en parle beaucoup moins depuis la crise du Covid 19.  Et pourtant, ils sont toujours bien là.  Attention donc à ne pas nous renfermer sur nos-problèmes-à-nous : « Soignons les Belges et c’est déjà pas mal ; les professionnels de la santé ont déjà assez de travail comme cela ».  Il est bon d’écouter Emmanuel André sur l’importance des soins à porter à ces gens.  Car, même si nous sommes de parfaits égoïstes, cela risque de se retourner contre nous dans une seconde vague !!!

     

    Deux.  Il n’y a pas de lieu de prières à Philippes ?  Pas de problème, elle va aller prier avec les femmes près de la rivière.  Nous n’avons plus de lieu de prières, à nous de trouver des « rivières » pour prier.  Quelles sont les rivières de mon existence ?  Ces lieux « où je me sens bien », où je suis habité par le calme et la présence de Dieu.  Peut-être le fauteuil de mon appartement, peut-être un lieu où j’aperçois un beau paysage, peut-être un coin de mon balcon ou de mon jardin …  À vous de trouver … et allez y faire un petit pèlerinage - même si c’est votre fauteuil - pour y prier le Seigneur.  Pas encore question de le faire avec d’autres ; il faudra attendre encore un peu.

     

     

    Trois.  Elle a le sens de l’hospitalité. Luc écrit d’ailleurs : « C’est ainsi qu’elle nous a forcé la main ».  On imagine bien cette patronne de PME.  Elle a du caractère ; et quand elle a une idée quelque part …  Vous connaissez le proverbe : « Un océan d’eau tiède n’a jamais cuit un œuf ; un petit poêlon d’eau bouillante peut en cuire six ».  Alors, eau tiède ou eau bouillante ?

     


     

    Sixième dimanche de Pâques       17 mai

    « Au camping du Seigneur »

    Voilà près de sept semaines que nous ne vivons plus les célébrations eucharistiques dans nos églises faites de mains d’hommes.  Comme vous sans doute, je me réjouis de pouvoir nous y retrouver : ‘Église’ signifie ‘assemblée’ et celle-ci est donc fondamentale pour notre foi.  Mais, étonnamment, l’église n’est pas la première maison de Dieu, le lieu principal de sa présence.

     

     

    Jésus le dit à ses Apôtres le soir du Jeudi-Saint : « L’Esprit de vérité (…) demeure auprès de vous, et il sera en vous. »  Et ça leur fait du bien aux Apôtres.  Dans quelques heures, ils vont être séparés de celui avec qui ils ont vécu trois années, à plein temps.  Comment continuer de vivre, alors qu’il va faire sombre, que les ténèbres vont envahir leur vie ?   N’est-ce pas ce que nous vivons peut-être en ce temps ? Le Seigneur pourrait-il nous laisser seuls, alors qu’il n’est qu’amour ?  Non, évidemment ! Alors que nous sommes à deux semaines de la Pentecôte, le Saint-Esprit nous est promis.

     

    Pour nous, il est bien plus que promis.  Depuis le jour de notre baptême, depuis notre confirmation, il est en nous.  C’est le grand mystère de l’Église dont la première lecture nous parle : « Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint » Vous imaginez ???  Dieu est en moi ; je suis désormais sa première demeure, je suis le lieu où il habite.  Et le verbe employé est très fort.  Par l’Esprit, Dieu demeure en nous.  Non, il ne fait pas une visite éclair ; il s’installe, il « plante sa tente » dit le début de l’Évangile de Jean. 

     

    Me voici donc, désormais, le camping du Seigneur.  Le Covid 19 va sans doute limiter le lieu de nos vacances …  Il n’en est pas de même pour le Seigneur.  Son camping ne changera pas ; sa tente est bien arrimée dans le cœur de chaque homme, et rien ne pourra lui donner l’envie de déménager.

     

    Alors, avec les Actes des Apôtres, émerveillons-nous de la superficie de son camping.  Non, ce n’est pas un camping rikiki.  Voilà que par Philippe, il s’étend déjà jusqu’à la Samarie … et ce n’est qu’un début.  Le psaume nous dira que, désormais, c’est toute la terre qui se prosterne devant lui …  Quel camping immense !

     

    Et pour qu’aucun habitant de la terre ne se sente exclu de la présence de Dieu, l’Apôtre Pierre nous donne un moyen infaillible : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ».  Rendez compte tout simplement !  N’essayez pas de convaincre, mais soyez des témoins joyeux et faites-le, continue Pierre, avec douceur et respect.  Car l’amour est infiniment tendre ...  Vivement qu’on se retrouve, mais d’ici-là, pas de panique : Il est là … et peut-être, que je ne le savais simplement plus !

     


     

    Samedi de la cinquième semaine de Pâques     16 mai

     « Pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien lui apparut, debout, qui lui faisait cette demande : ‘ Passe en Macédoine et viens à notre secours.’ À la suite de cette vision de Paul, nous avons aussitôt cherché à partir pour la Macédoine, car nous en avons déduit que Dieu nous appelait à y porter la Bonne Nouvelle. » (Ac 16, 1-10)

     

    Je prie tous les jours pour n’avoir aucun paroissien qui vienne me trouver en me disant qu’il a eu une apparition …  Il suffit de regarder combien le curé Peyramale à Lourdes a eu de problèmes avec les apparitions de Marie à Bernadette, pour ne pas espérer en avoir une dans son Unité Pastorale !!!

     

    Pourtant, la première lecture nous parle d’un songe de saint Paul, l’invitant à se rendre en Macédoine, ce qu’il fit directement, comprenant que c’était une invitation du Seigneur lui-même.

     

    Je n’espère donc pas que vous viviez la même chose … mais un peu quand même …  Que faut-il faire ?  Quels sont les signes que le Seigneur me donne pour bâtir le nouveau monde de l’après-covid ?  Qu’est-ce que l’Esprit nous invite à inventer pour une nouvelle Église après cette pandémie ?  Beaucoup de questions se posent à nous auxquelles nous sommes obligés de répondre.

     

    Paul a eu un contact direct avec le ciel …  Ce n’est pas notre cas … Mais, je vous parlais il y a peu de l’intuition de Cardijn pour les JOC ; intuition « théologisée » à Vatican II : « La lecture théologique des signes des temps. »  Dieu nous parle à travers sa Parole, c’est évident ; mais on avait oublié qu’il parlait aussi à travers le monde ; on y trouve des « clins-Dieu de Dieu ».  Vous l’avez compris : la faute d’orthographe est voulue !!!  Depuis 6 semaines, qu’est-ce que le Seigneur nous dit à travers ce que nous vivons ?  Et à mon avis, il nous parle à quatre niveaux.

     

    Tout d’abord : « Seigneur, que penses-tu qui doit changer dans ma vie, pour mon bonheur ? »

    Ensuite : « Seigneur, que penses-tu qui doit changer dans mon couple, ma famille, mes proches, pour notre bonheur ? »

    Trois : « Seigneur, que penses-tu qui doit changer dans le monde - en commençant par le petit monde de mon quartier ou de ma commune - pour notre bonheur ? »       

    Enfin : « Seigneur, que penses-tu qui doit changer dans l’Église - en commençant par notre Unité Pastorale - pour son bonheur ? » 

                               

    Et Cardijn invitait à une triple démarche : Voir - Juger - Agir.

    Voir, je viens de vous le dire : ouvrons les yeux et regardons les signes.

    Juger, c’est-à-dire discerner ce qui est bon et ce qui ne l’est pas ; ce qui est passager et ce qui est durable …

    Agir : Quels sont les petits pas concrets à réaliser pour avancer dans le bon sens ?

     

    Heureusement qu’on est encore confiné … parce qu’il y a du pain sur la planche ! 

     

     


     

     

    Vendredi de la cinquième semaine de Pâques     15 mai

    « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » (Jn 15, 12-17)

     

    Tous ceux qui sont passés un jour par Taizé connaissent cette icône qui est vraiment l’icône emblématique de Taizé.  Tellement emblématique que sur le cercueil de frère Roger, c’était elle qui était là à la place de crucifix.  Je l’aime énormément …  C’est l’icône de Jésus et de son ami : Le Christ et saint Ménas, supérieur du monastère de Baouit en Moyenne Égypte.  Cette icône copte du VIIème siècle est conservée au Louvre, à Paris.

     

    Je vous laisse juste un commentaire que j’ai trouvé sur cette icône et qui convient à merveille à l’évangile de ce jour : « Je ne vous appelle plus serviteurs … je vous appelle mes amis … c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. »

     

    « Sur cette icône, deux personnes côte à côte. Ils se ressemblent : même taille, même silhouette, même regard, même rayonnement de lumière. Ils ne sont pourtant pas identiques : leurs couleurs, leurs amples vêtements et leurs gestes diffèrent.

    Ils ne sont pas face à face dans une relation qui nous exclurait, mais ils partagent la même perspective. Leurs visages silencieux, leurs yeux larges ouverts nous accueillent en paix.

     

    Le Christ est reconnaissable par la croix évoquée dans son nimbe. À son côté un compagnon de route. Jésus pose son bras sur son épaule d'un geste qui ne retient pas mais qui montre le lien qui les unit et aussi la responsabilité qu'il lui confie. Il s'appuie sur son ami et l'envoie au-devant de lui.

     

    Le compagnon montre le Christ et bénit. Ce dernier geste du Christ sur la terre (Luc 24.50), propre au Sauveur sur les icônes, est accompli ici par le disciple, encouragé par son Seigneur. Bénir, c'est manifester et célébrer que Dieu veut donner la vie en plénitude.

     

    Le Christ porte un gros volume, le disciple un rouleau : la Bonne Nouvelle. Le Christ est la Parole en personne, il a transmis à ses amis tout ce qu'il a reçu de son Père et leur demande de proclamer l'Évangile par toute la terre. »

     

    Avouez que notre « boulot » pour aujourd’hui est simple : imaginer Jésus qui pose la main sur chacun de nous ; essayer de sentir toute la tendresse qu’il y a dans ce geste, l’entendre nous redire : « Tu n’es pas mon serviteur ; tu es mon ami » et enfin, oser prendre la route … confinée pour témoigner de cette bonne nouvelle. 

     

     Ah oui, aujourd’hui, la journée sera belle …


     

    Jeudi de la cinquième semaine de Pâques     14 mai

    « Demeurez dans mon amour.    Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite.     Mon commandement, le voici :

    Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 15, 9 - 17)

     

    Nous célébrons aujourd’hui la fête de saint Matthias, le treizième apôtre.  C’est lui, en effet qui a été choisi par le Seigneur pour remplacer Judas.  Oui, c’est le Seigneur qui l’a choisi, même s’il était déjà mort et ressuscité ; mais les Apôtres ont tiré au sort entre lui et Barsabbas, après avoir prié le Seigneur.  On ne sait rien de plus de lui … si ce n’est la condition sine qua non qu’il fallait pour être « candidat » : avoir accompagné les Apôtres et Jésus durant sa mission sur terre. C’est pas beaucoup, direz-vous, et en même temps, tout est là. Être chrétien, être saint, c’est marcher avec le Seigneur et avec ses Apôtres, c’est-à-dire l’Église : les deux inséparablement !  Avec la sainteté de Jésus et les péchés parfois terrible de l’Église.

     

    L’Évangile du jour est une des merveilleuses pages de Jean.  Jésus nous parle de commandement qu’il résume en un seul : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».  Attention, pas « Aimez-vous les uns les autres », mais « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».  C’est parce que nous sommes aimés que nous sommes capables d’aimer.  Nous le savons bien malheureusement : les personnes qui n’ont pas eu leur dose d’amour en étant enfant, ont souvent beaucoup de peine à aimer en vérité !  Si nous ne goûtons pas l’amour du Seigneur pour nous, nous n’aimerons pas en vérité ; tout au plus ferons-nous des « bonnes actions », des B.A.

     

    Et la conclusion est merveilleuse : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite ».  Souvent, les commandements nous apparaissent comme des entraves à notre liberté.  Mais le commandement d’amour, nous rappelle, Jésus est tout le contraire : il nous donne la joie parfaite.  N’en faisons-nous pas l’expérience en ces jours ?  Qui est le plus heureux ?  Celui qui respecte les règles de confinement ou celui qui les contourne ?  La réponse est dans la question elle-même. 

     

    Enfin, aujourd’hui est un jour spécial pour les croyants de toutes les religions.  Écoutez François : « Et puisque la prière est une valeur universelle, j’ai accueilli la proposition du haut-comité pour la fraternité humaine afin que, le 14 mai prochain, les croyants de toutes les religions s’unissent spirituellement pour une journée de prière, de jeûne et d’œuvres de charité, afin d’implorer Dieu d’aider l’humanité à surmonter la pandémie du coronavirus. Rappelez-vous : le 14 mai, tous les croyants ensemble, les croyants des différentes traditions, pour prier, jeûner et faire des œuvres de charité. » 

     

    Allez, bonne journée ! 

     


     

     

    Mercredi de la cinquième semaine de Pâques       13 mai

    « Si quelqu’un entend mes paroles et n’y reste pas fidèle, moi, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. » (Jn 12, 44-50)

     

    Comme certains d’entre vous, j’ai des oreillettes Bluetooth, ce qui me permet de me promener et en même temps d’écouter Jean-Sébastien Bach, Jacques Brel ou les Beatles (mes 3 B).  Mais si j’ai les deux mains occupées à porter des sacs par exemple, impossible de me déconnecter, je suis forcé d’écouter la musique jusqu’à mon retour. 

     

    Dans notre relation avec le Seigneur, pas d’oreillettes connectées. Quelle liberté que celle de l’homme.  Nous pouvons décider d’entendre ou de na pas entendre ses paroles ; et même entendues, l’homme est toujours libre de les accepter ou pas, d’y être fidèle ou d’y être infidèle.  Et, encore plus loin, même si je suis infidèle, le Seigneur nous redit qu’il n’est pas venu pour juger mais pour sauver. 

     

    Voilà donc notre triple boulot face au Nouveau Monde, au Royaume.

     

    Un.  Tendre l’oreille pour écouter le Seigneur.  Je vous rappelle que nous n’entendons pas la voix physique du Seigneur - sinon, je vous conseille de vous rendre directement dans un endroit spécialisé - ; mais le Seigneur n’arrête pas de nous parler, entre autres à travers les événements.  C’est ce qu’on appelle dans l’Église à la suite du Cardinal Cardijn : « la lecture théologique des signes des temps ».  Autrement dit : je regarde la situation actuelle et j’essaie de discerner ce que le Seigneur me dit.

     

    Deux.  Il me faut évidemment y être fidèle !!!  Je vous l’ai déjà dit, je pense : être un saint un jour, nous y arrivons tous …  Le problème, c’est de durer.  Et là, c’est une autre paire de manches.  Baisser le chauffage d’un degré un jour, nous y arrivons tous, mais chaque jour ??? Et je parle d’abord et avant tout pour moi qui ai toujours froid. Lol !

     

    Trois.  Il me faut sauver et non juger … ceux qui ne pensent pas et n’agissent pas comme moi.  J’avoue qu’il m’arrive de souhaiter un bon coronavirus à un chef d’État d’outre-Atlantique portant un prénom de canard …  Pas sa mort, non, mais qu’il soit bien atteint !!!  Quelle horreur !!! Mais le « vieil homme en moi » comme dit saint Paul est encore bien là.  Mais avouez que c’est pas simple de vouloir sauver cet homme … en tout cas pour moi …  J’avoue préférer le juger !

     

    Oh là là, Seigneur … Pas facile tout ça !  « Mais si, Pierre, tu es libre de le faire ou pas et moi, je ne te jugerai pas, je te sauverai ! »

     


     

     

    Mardi de la cinquième semaine de Pâques   12 mai

    « Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé, ils descendirent au port d’Attalia, et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi. » (Ac 14, 19 - 28)

     

    Lystres, Derbé, Pergé …  Paul et Barnabé commencent à voyager pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume.  Ça réussit plutôt : on les prend même pour des dieux … mais tout cela accompagné aussi de persécutions de leurs anciens coreligionnaires.  Et voilà que, de retour, ils racontent cela.  Mais n’est-ce pas aller à l’encontre de la parole du Seigneur qui a dit de faire le bien « en secret », qui nous a dit, lorsque nous faisions l’aumône que notre main gauche devait ignorer ce que faisait notre main droite ?  Et l’orgueil, vous en faites quoi ?

     

    Comprenons bien.  Tout d’abord, en lisant le texte, vous remarquez que Luc, l’auteur du livre des Actes dit « ce que Dieu avait fait avec eux » et non pas « ce qu’ils avaient fait ».

     

    Mais il faut aller au-delà de ça.  Nous le savons : on peut dire le bien que l’on fait pour se mettre en valeur, pour montrer que l’on a déjà atteint la sainteté-cinq-étoiles.  Ce n’est évidemment pas de cela qu’il s’agit ; nous serions alors le pharisien de la parabole du pharisien et du publicain.

     

    Mais on peut dire le bien que l’on fait - et surtout si l’on est conscient que c’est le Seigneur qui le fait avec nous - pour montrer que c’est possible et ainsi encourager les uns et les autres à prendre la même voie.  Alors, ce n’est pas de l’orgueil, cela devient de l’humble témoignage.

     

    Regardons François notre Pape.  On pourrait dire qu’il est bien orgueilleux …  Mais non, lorsqu’on voit son style de vie tout simple, hors des palais du Vatican ; lorsqu’on voit comme il est proche de ceux qui souffrent et des tout-petits ; lorsqu’on l’entend s’excuser quand il a eu un mouvement d’humeur … cela nous encourage … tout simplement …

     

    Est-ce que moi aussi je ne suis pas capable de vivre comme lui ?  Oui, évidemment, puisque c’est le Seigneur qui agit avec moi.  Alors, n’ayons pas peur de témoigner - humblement - de ces petites choses que nous faisons durant ce temps pour faire advenir un nouveau monde.  Partageons les uns et les autres, nos petits « trucs », nos astuces, nos résolutions.

     

    Vous le savez comme moi : on repère vite qui veut se vanter et qui veut partager … et pas de misérabilisme, car disait mon professeur de français en rhétorique : « le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois »

     


     

     

     Lundi de la cinquième semaine de Pâques     11 mai

    « Or, à Lystres, il y avait un homme qui était assis, incapable de se tenir sur ses pieds. Infirme de naissance, il n’avait jamais pu marcher. Cet homme écoutait les paroles de Paul. Celui-ci le fixa du regard et vit qu’il avait la foi pour être sauvé. Alors il lui dit d’une voix forte : ‘ Lève-toi, tiens-toi droit sur tes pieds. ‘ L’homme se dressa d’un bond : il marchait. » (Ac 14, 5-18)

     

    Vous le savez bien, chez les Juifs, à l’époque du Christ et bien avant, on considérait la maladie et la souffrance comme des conséquences du péché personnel ou communautaire.  Je vous ai déjà rappelé que c’était totalement faux évidemment.  Mais, comme toujours, il y a une once de vérité : je suis UN et donc mon cœur et mon corps sont liés.  Donc, si le coronavirus n’est en rien une punition de Dieu, il a quand même dévoilé toutes sortes de choses qui ne fonctionnaient pas dans notre société.

     

    Paul dit bien plus que : « Sois guéri ».  Il dit à l’homme : « Lève-toi ».  Dois-je vous rappeler que le verbe grec est celui pour employer : « Sois ressuscité ».  Il s’agit donc bien plus d’un retour à la vie, d’une renaissance comme Jésus dira à Nicodème que d’une guérison physique.  Mais en même temps, celle-ci n’est pas négligeable.

     

    La réaction de l’homme ne s’est pas fait attendre et elle est surprenante de rapidité : « L’homme se dressa d’un bond ».  Et on comprend : quelques lignes plus haut, l’auteur des Actes venait de nous dire : « (Paul) vit qu’il avait la foi pour être sauvé ».

     

    Et enfin, lorsque l’homme s’est mis debout, on nous dit qu’il marche.

     

    Que tout cela est beau pour nous aujourd’hui !!!

     

    Évidemment, nous espérons la guérison physique de ce maudit Covid 19.  Ne pas le désirer serait une aberration, tout comme ne pas prendre les mesures nécessaires pour hâter ce jour …

    Mais, c’est bien plus que cela : nous espérons une résurrection de notre monde, une nouvelle naissance, un monde résolument neuf.

     

    Deux.  Il faut se lever d’un bond.  Comme souvent dans l’Évangile, il n’y a pas de temps à perdre.  Je vous le dis depuis le début du confinement : c’est dès aujourd’hui qu’il faut prendre les moyens pour faire advenir ce monde.  Pas seulement des projets, mais des actes concrets.

     

    Trois.  Il nous faut avoir la foi pour être sauvé.  Si nous ne croyons pas qu’un nouveau monde est possible, alors, c’est fichu avant même de commencer.  Vous connaissez le proverbe qui dit : « Nous ne savions pas que c’était impossible, alors nous l’avons fait ».  J’adore !  Si nous regardons seulement à vue humaine, à vue-de-nez, c’est sûr que rien ne changera.  Et dès lors, en conclusion, il nous faut être bien droits sur nos jambes et marcher.  On n’empêchera jamais Jésus de marcher : même sur la croix on ne lui brisera pas les jambes : quel beau symbole …  Et le Cantique des Cantiques dira, en parlant du Bien-aimé : « Ses jambes : des colonnes de marbre posées sur des socles d’or pur. » Voilà à quoi doivent ressembler les nôtres si nous les voulons semblables à celle de Jésus ; si nous désirons ce nouveau monde …

     

    Allez, lève-toi, debout : il est temps !  

     


     

     

    Cinquième dimanche de Pâques     10 mai

     « En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien. » (Ac 6, 1-7)

     

    Bien loin d’avoir une vision idyllique sur la première communauté chrétienne, comme c’est parfois le cas, aujourd’hui, le livre des Actes nous montre un problème de l’Église primitive : les frères grecs trouvent que leurs veuves sont délaissées.  Nous proclamons chaque dimanche que l’Église est sainte, mais il n’empêche qu’elle est composée d’hommes et de femmes pécheurs comme nous tous.  On pourrait s’arrêter là, mais il me semble beau de voir comment la première communauté réagit, pour voir comment nous aussi nous devons réagir. 

     

    Tout d’abord, on va chez les Douze et les disciples.  Quand il y a un problème dans l’Église, il faut en référer aux Apôtres d’aujourd’hui qui peuvent alors analyser avec les disciples d’aujourd’hui.  Si nous voulons être dans la justice et la vérité, il faut faire part de nos problèmes aux responsables de l’Église et faire confiance à l’Esprit Saint qui, par eux, guide, soutient et fortifie son Église.

     

    Ensuite, les Apôtres rappellent les trois piliers de la vie chrétienne : prier et célébrer, annoncer et servir.  Et le service vient en premier, comme un signe de la vérité de notre prière et de notre annonce de la Parole de Dieu.  Si ceux qui portent le nom de chrétiens ne servent pas leurs frères dans l’amour, le reste est vain.  Rappelez-vous les paroles de Paul : « si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien »

     

    Enfin, ils n’ont pas peur d’inventer, puisque beaucoup de théologiens voient ici la création, l’invention en quelque sorte des diacres.  Comme disait saint Jean XXIII à qui l’on reprochait de tout changer au Vatican : « j’aime tellement les traditions que j’en invente des nouvelles chaque jour »     

     

        « Soyons des pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel ».  Voilà ce que saint Pierre dit dans la deuxième lecture de ce dimanche.  Il ne nous demande pas d'être des briques vivantes, mais bien des pierres.

    Les briques sont tristement identiques.  C'est bien, me direz-vous.  C'est vrai qu'il est beaucoup plus facile de monter un mur droit avec des briques identiques qu'avec des pierres de toutes les formes.

    L'Église n'est pas un bâtiment en briques mais en pierres.  Malheureuse Église où chacun devrait être identique à l'autre.  C'est vrai aussi qu'elle serait plus facile à construire.  Chacun s'alignerait consciencieusement sur l'autre et tout cela marcherait facilement.  Mais quelle morosité, quelle banalité.

     

    Notre Église et nos communautés sont et doivent être toujours davantage des pierres.  Ce sera plus difficile.  Nous sommes tous différents et il n'est pas toujours facile de trouver deux pierres qui s'accordent aisément l'une avec l'autre.  Parfois il faut - au sens propre - arrondir les angles.  Mais heureux sommes-nous !  Dans nos communautés, chacun trouve sa joie de voir l'autre différent de lui, mais complémentaire et parfois deux pierres qui paraissent extérieurement inconciliables, peuvent s'accorder en les mettant sous un autre angle que celui que l'on avait prévu initialement.

     

    Enfin, dans l’Évangile de ce jour, le Seigneur nous invite à la foi : « vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi », car il est « le Chemin, la Vérité et la Vie ».  Autrement dit, il nous invite à ne rien faire sans lui.  Sans lui, nous risquons de nous tromper de chemin ; sans lui la vérité de nos vies sera toute relative ; sans lui, notre vie ne sera pas une vie de ressuscité, mais une pauvre vie allant de décrépitude en décrépitude. 

    Je nous invite donc dans ce temps pascal et dans la l’attente de la Pentecôte à prier encore et toujours davantage l’Esprit du Ressuscité : alors « nous pourrons accomplir les mêmes œuvres que le ressuscité, voire même des plus grandes » nous dit Jésus, car nous serons avec lui sur le Chemin, nous connaîtrons, nous aimerons la Vérité et nous vivrons de sa Vie de ressuscité. 

    Amen ! Alléluia !    


     

    Samedi de la quatrième semaine de Pâques     9 mai

    « ‘Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée.’  Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » (Is 49, 13 - 15)

     

    En ce samedi, passons la frontière et allons chez nos voisins et cousins du Grand-Duché de Luxembourg qui célèbrent dans la joie la fête de leur sainte patronne : La Vierge Marie consolatrice des affligés.  La Consolatrice des affligés  a été proclamée patronne du Luxembourg et elle a reçu symboliquement les clefs de la ville, le 16 octobre 1666. Au même moment naissait la tradition de « l’Octave », c’est-à-dire du pèlerinage annuel qui amène les fidèles à vénérer la Vierge dans la cathédrale, où est conservée sa statue: une sculpture en bois de tilleul polychrome, de 73 cm de hauteur et remontant à la fin du XVIème siècle.  C’est cette image que je vous ai mise aujourd’hui.

                                                                                             

    Je vous rappelle la longue prière que François nous a donnée pour le mois de mai.  La dernière partie est justement adressée à Marie, sous ce vocable de Consolatrice des Affligés.  L’exercice pratique de ce jour est très court.  Je nous invite à prier simplement et doucement cette dernière partie de la prière.

     

    O Marie, Consolatrice des affligés
    embrasse tous tes enfants dans la tribulation
    et obtiens que Dieu intervienne
    de sa main toute puissante
    pour nous libérer de cette terrible épidémie,
    afin que la vie puisse reprendre
    dans la sérénité, son cours normal.

     

    Nous nous confions à Toi,
    toi qui resplendis sur notre chemin
    comme signe de salut et d’espérance,
    ô clémente, o miséricordieuse,
    ô douce Vierge Marie.

    Amen.

     


     

     

    Vendredi de la quatrième semaine de Pâques     8 mai

    « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. » (Jn 14, 1-6)

     

    L’évangile de ce jour semble continuer la première lecture d’hier …  Et c’est très bien !

     

    « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ».  Jusqu’il y a peu, on traduisait : il y a beaucoup de places.  C’était très mal traduit, parce que ça voulait dire que nous allions tous être confinés pour l’éternité dans une et une seule maison …  Et nous faisons l’expérience qu’on en a vite fait le tour même si elle grande et qu’on a envie de s’évader, de prendre l’air dans tous les sens du terme.

     

    La nouvelle traduction est beaucoup plus juste : une maison et des demeures ; on pourrait presque dire : un quartier ou une commune et plusieurs demeures.  La maison de Dieu est un ensemble de maisons.  Et comme pour les saints, chaque maison est différente, mais chaque maison a son charme.

     

    Lorsque j’étais curé à LLN, j’ai vécu dans une ville où par le choix des briques et des toits des maisons, tout se ressemble assez fort, même si c’est différent.  Mais c’est la ressemblance qui frappe.  Ce n’est pas un reproche : c’est normal pour une ville où tout a été bâti pratiquement en quelques dizaines d’années.  Impossible d’y trouver des quartiers médiévaux ou de la Renaissance …  La demeure de Dieu n’est pas LLN.  Il y a dans l’Église … mais aussi dans le monde, différentes façons d’être, de vivre, d’aimer et d’aider.  L’important, c’est qu’on « se sente bien » dans la maison.  Il y a dans nos communes de l’interculturalité, des origines différentes, des milieux sociaux, des tendances politiques … très différents.  Nous devons nous en réjouir.  L’important est que chacun s’y sente bien.  Car, lorsque je me sens bien, je suis forcément bien avec les autres.  Si je ne me sens pas bien dans ma maison, je vais devenir envieux, jaloux, méfiant.   Si je me sens bien dans ma « maison », même si je n’aime pas celle de l’autre, je serai heureux qu’il se sente bien dans la sienne, et je pourrai même aller jusqu’à contribuer à rendre sa « maison » plus belle, plus chaleureuse.

     

    C’est peut-être ça aussi le monde-d’après-le-corona que nous voulons bâtir : un monde où non seulement nous acceptons, mais où nous promouvons la différence …  Quelle qu’elle soit, si cela permet à l’autre des heureux et bien dans sa peau.   

     


     

     

    Jeudi de la quatrième semaine de Pâques     7 mai

    « De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus … » (Ac 13, 13-25)

     

    Nous sommes dans la synagogue d’Antioche de Pisidie.  C’est le jour du sabbat.  Paul et ses compagnons vont, tout naturellement, à la prière synagogale.  

     

    Les chefs de la synagogue les invitent à parler et c’est Paul qui se lance dans un « cours d’histoire sainte », comme on les appelait quand j’étais enfant.  Depuis la sortie d’Égypte jusqu’à Jésus, il va montrer comment Dieu a suscité des personnes pour guider et sauver son peuple : Juges, prophètes, rois et Jean le Baptiste pour terminer.  Mon vieux cours portait bien son nom : Histoire Sainte.  Pour nous, chrétiens, il n’y a pas d’histoire banale, mais nous sommes invités à voir la présence du Seigneur.  Et pour nous, elle est souvent bien plus discrète que celle qui nous est présentée dans l’Ancien Testament.

     

    Mais aujourd’hui, dans le temps tellement particulier que nous vivons, le Seigneur continue de susciter des saints, des prophètes ou des héros si vous ne partagez pas ma foi.  Depuis le début du confinement, nous en applaudissons certains tous les soirs et les cloches résonnent pour eux.  Mais il y en a tellement et tellement d’autres.

     

    Ce matin, je vous invite à les cueillir, au près et au loin, des petits et des grands, de très connus et des connus-que-de-vous-seul.  Et ensuite, faites-en un bouquet à contempler, à humer ; un bouquet devant lequel on s’émerveille.  C’est la première étape … et elle prendra du temps … car plus vous en trouverez, plus vous en découvrirez d’autres … et vous aurez un bouquet de pissenlits (comme je vous ai dit l’autre jour), de roses, de jasmins …

     

    Mais ne vous arrêtez pas là.   Et surtout, n’essayez en aucun cas de les imiter.  La bonne sagesse théologique dit qu’ « imiter un saint, c’est toujours le singer ».  Et c’est vrai : il n’existe pas deux personnes semblables sur terre, et donc, il n’existe pas deux « saintetés » identiques non plus.  Mais, contempler le bouquet nous permet de nous en inspirer.  J’aime beaucoup ce verbe.  Devant un bouquet de fleurs, on va inspirer profondément pour nous remplir entièrement de sa bonne odeur.  Et cette bonne odeur, fera en sorte que moi aussi, je « sente bon ».

     

    Qu’est-ce que les « saints » d’aujourd’hui inspirent comme nouvelle attitude de vie, dès aujourd’hui et pour demain ?

     

    « In-spirer » - « In-spiritu » - « Dans l’Esprit ».  Oui, si nous inspirons profondément, non seulement c’est l’odeur de chaque fleur qui viendra en moi mais c’est aussi l’odeur de l’Esprit du Seigneur.  Ah, qu’il fleure bon, celui-là !     

     


     

     

    Mercredi de la quatrième semaine de Pâques       6 mai

     « Mettez à part pour moi Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés. » Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains, ils les laissèrent partir. Eux donc, envoyés par le Saint- Esprit, descendirent à Séleucie et de là s’embarquèrent pour Chypre ; arrivés à Salamine, ils annonçaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. » (Ac 12, 24 - 13, 5)

     

    Durant le temps de Pâques, nous lisons en première lecture le merveilleux livre des Actes des Apôtres ; ce livre qui nous montre la première Église.  Ce livre est un peu au Nouveau Testament ce que le livre de l’Exode est à l’Ancien Testament.  Les Juifs étaient esclaves en Égypte et les Apôtres étaient enfermés dans le Cénacle.  Le Seigneur va faire traverser la Mer Rouge à son peuple, comme un baptême et l’Esprit va descendre sur les Apôtres enfermés, également comme un baptême.  Le Peuple va marcher dans le désert vers un pays - la Terre Promise - où coulent le lait et le miel, et les Apôtres, comme nous le voyons dans la première lecture de ce jour vont parcourir le monde entier connu de l’époque pour annoncer la Terre Promise qu’est la Résurrection de Jésus.  

     

    L’Ancien Testament est terminé, mais le Nouveau Testament se continue à travers l’Église, à travers ce que nous chrétiens « coronavirusés » vivons aujourd’hui …

     

    Alors, attention !  Alors que les Juifs sont délivrés de l’esclavage, alors qu’ils vivent le désert en direction de la Terre Promise, voilà qu’ils vont se rebeller et dire à Moïse - authentique !!! - qu’ils regrettent la soupe à l’oignon qu’on leur servait au pays des Pharaons.

    Et nous ?  Je suis convaincu que ce virus nous a permis de nous délivrer d’une vie d’esclavage - tant d’hommes et de femmes en témoignent - mais, depuis le confinement, nous marchons dans le désert.  Et grande pourrait être la tentation de regretter aussi notre soupe à l’oignon, notre vie « d’avant ».  Nous n’arrêtons pas de dire que l’après ne sera pas le même que l’avant, mais ce sera un travail ardu à faire sur nous-mêmes … car nous aimons nos certitudes, nos habitudes et nous avons beaucoup de peine à quitter le « on-a-toujours-fait-ainsi ».

     

    Et notons bien la différence entre les aliments : la soupe à l’oignon, elle n’existe pas dans la nature telle qu’elle.  Elle est le fruit de la transformation par la main de l’homme.  Dans la soupe à l’oignon, c’est nous qui avons le contrôle de la situation, qui tenons les rennes.  Le lait et le miel, ils nous sont donnés par la vache et par l’abeille … et à travers eux, par le Seigneur lui-même.  Et là, nous avons quelque peine à lui faire pleinement confiance.  Comme disait ma grand-mère : « On sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on aura » …  Quelle horreur !!! 

     

    Faire, bâtir, construire un nouveau monde, c’est d’abord et avant tout faire une confiance aveugle à l’inconnu et à l’Inconnu ; c’est nous laisser être poussé par l’esprit et l’Esprit dont nous ne savons « ni d’où il vient, ni où il va ».  Oserons-nous ?

     


     

     

    Mardi de la quatrième semaine de Pâques    5 mai

    « On célébrait la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. » (Jn 10, 22-30)

     

    Nous sommes toujours dans l’image du berger et de ses brebis.  Mais aujourd’hui, Jean nous dit que cela se passe à la fête de la Dédicace du Temple.  Voilà ce qu’un spécialiste - Richard Goulet - nous dit de cette fête : « Fête de la Dédicace, fête de la Lumière ou fête des Maccabées, la Ḥānukkāh (en hébreu : « inauguration » ou « dédicace ») est la fête juive qui commémore la Nouvelle Dédicace (en ~ 165) du second Temple de Jérusalem, trois ans après sa profanation par Antiochus IV Épiphane, roi de Syrie ; cette consécration avait marqué l'échec des tentatives de celui-ci pour supprimer la foi juive. La Ḥānukkāh commence le 25 du mois de kislev (en décembre) et dure huit jours. Le rite principal de la Ḥānukkāh consiste à allumer sur un candélabre à plusieurs branches une chandelle le premier soir, deux le second, et ainsi de suite ; ce rite a une signification spirituelle ;  il représente l'expansion constante de la foi juive : la célébration rappelle aussi une anecdote du Talmud qui raconte comment une petite provision d'huile non profanée, tout juste suffisante pour une journée, a miraculeusement brûlé au Temple pendant huit jours, jusqu'à ce que de l'huile nouvelle pût être obtenue. Pendant cette fête, il est de coutume que les enfants reçoivent des cadeaux et s'adonnent à des jeux. »

     

    Saint Jean ajoute : « C’était l’hiver ».  Monsieur de la Palisse en aurait dit autant …  Mais nous l’avons compris, Jean va au-delà du calendrier : « c’était l’hiver, il faisait froid, c’était la saison où tout est mort. »  Autrement dit, on a beau célébrer l’anniversaire de l’inauguration de la présence de Dieu dans son Temple, ce Temple est « froid », il est « mort » puisque c’est désormais Jésus qui est le nouveau Temple, la nouvelle maison de Dieu … et puisque … (vous connaissez le refrain) nous sommes imitateurs du Christ … c’est nous qui sommes désormais la maison de Dieu.

     

    Je vous l’ai déjà dit et je le redis avec force, avec d’ailleurs des évêques : je comprends le désir de pouvoir retourner à l’église pour nos célébrations.  Mais ce ne sera pas d’abord parce que c’est la maison de Dieu.  Non, ce sera pour nous retrouver en « troupeau de brebis ».  Nous sommes des animaux grégaires.  Il nous est impossible de vivre seuls, comme chrétiens ; nous avons besoin du troupeau de l’Église.  C’est pour cela qu’il court après la brebis perdue : pour qu’elle retrouve la joie de la vie en troupeau.  Un chrétien seul est toujours un chrétien en danger de mort !

     

    Je peux donc écouter la voix du Seigneur, de là où je suis ; je peux le suivre depuis là où j’habite …  Donc, pas besoin de l’église-bâtiment pour cela.  Mais j’ai besoin de l’église-bâtiment pour que NOUS écoutions sa voix et pour que NOUS le suivions. 

     

    À mon avis, ce sera une grande découverte de l’après confinement : redécouvrir la joie de la communauté chrétienne que nous sommes.  Si je viens à la messe le dimanche, c’est pour faire un beau troupeau avec les autres et sûrement pas pour être un mouton de panurge …  Quand nous pourrons revenir dans nos églises, nous re-découvrirons la belle parole du Psaume : « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis ! On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d'Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement. On dirait la rosée de l'Hermon qui descend sur les collines de Sion. C'est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours. » (Psaume 132) 

     


     

    Lundi de la quatrième semaine de Pâques     4 mai

    « Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent,   comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.   J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. » (Jn 10, 11-18)

     

    L’Évangile que nous entendons aujourd’hui est la suite de celui de la messe dominicale d’hier.  On continue de nous parler du berger qu’est Jésus et du berger que nous devons être à sa suite. 

     

    Aujourd’hui, ce sont trois nouveaux aspects du berger-Jésus qui nous sont rapportés pour que nous les mettions tous les trois en pratique.

     

    Un.  Le berger connaît ses brebis.  Vous le savez bien, Jean est pétri de la Bible et chez lui « connaître » évoque le livre de la Genèse : « Adam connut Ève et elle engendra Caïn ».  On est donc bien loin d’une connaissance intellectuelle.  Connaître, veut donc dire : « avoir une relation amoureuse ».  Faire du bien, c’est pas mal, nous dit Jésus.  Mais nous devons aller bien plus loin.  Nous devons aimer ceux à qui nous faisons du bien.  Vous connaissez comme moi ma chanson préférée chez Jacques Brel : les dames patronnesses.  De fait, elles font énormément de bien, mais elles sont incapables d’aimer.

     

    Deux.  Le berger donne sa vie pour ses brebis.  Nous ne pouvons qu’être dans l’émerveillement en contemplant tant et tant de bergères et de bergers qui donnent leur vie pour l’instant.  Et qui vont parfois même jusqu’à donner leur vie physiquement en soignant les malades atteints du Covid-19 : Combien de morts dans le personnel des hôpitaux, ou des maisons de repos : aides-soignants, techniciennes de surfaces, médecins, infirmiers et infirmières ; combien de prêtres (63 en Italie) qui ont voulu rester au chevet des mourants … Oui, le bon berger qui donne sa vie est une histoire qui se perpétue au long des siècles.

     

    Trois.  Il a encore d’autres brebis.  Être saint ou héroïque un instant, c’est difficile, mais on peut y arriver … mais il faut durer et durer toute la vie.  Vous vous souvenez de l’histoire de Vincent de Paul ?  À la fin de sa vie, on lui demandait : « Qu’auriez-vous pu faire de plus, Monsieur Vincent ? »  Il a répondu simplement, en un seul mot : « Davantage » 

     

     


     

     

    Quatrième dimanche de Pâques     3 mai

    Ceux qui ont visité les catacombes de Rome, ces immenses cimetières souterrains où les premiers chrétiens se réunissaient pour prier et ensevelir leurs martyrs, y auront vu des graffiti qui représentent Jésus comme le Bon Berger qui porte sur ses épaules une brebis égarée.

    Ce texte que nous venons de lire a vraiment marqué les chrétiens.  Mais, demandons-nous aujourd’hui, comment Jésus est berger des hommes

     

    Un.  « Celui qui entre par la porte de la bergerie, il est le pasteur des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix »  On aurait pu imaginer que le Seigneur vienne parmi nous d’une façon extraordinaire, avec tambours et trompettes, sur un char de feu, tirés par des chevaux en or ….  Pas du tout, il entre par la porte de la bergerie, c’est-à-dire de notre humanité.  C’est ce que nous fêtons à chaque Noël.  Rien de magique …  Le naturel …  Avec Jésus, tout est clair et sans fioriture.

     

    Deux.  Si le texte nous dit que « les brebis écoutent sa voix », ça veut dire qu’il parle !  Et il parle à toutes les brebis.  La Bonne Nouvelle de l’Évangile est pour tous.  Et le prophète dira, il n’élèvera pas le ton.  D’ailleurs, il vient « dans la brise légère ».  Et donc, nous sommes libres de l’écouter ou de ne pas l’écouter.  La centième brebis - que nous sommes souvent - ne l’écoutera pas …

     

    Trois.  «  Il les appelle chacune par son nom ».  Marx disait que les hommes étaient des morceaux de charbon qui faisaient avancer la locomotive de l’humanité.  Pas vraiment poétique comme vision de l’homme.  L’Évangile ne voit pas l’Église comme une caserne où tous marchent au même pas.  Non, dans l’Église, chacun a un prénom différent, chacun a une vocation unique.  Et le Seigneur veut nous faire grandir chacun dans notre vocation.  Regardez les saints : Y en a-t-il deux semblables ? François d’Assise et sainte Thérèse d’Avila ; Jean XXIII et Maximilien Kolbe …  Le curé d’Ars et Damien de Molokaï …Tous différents …  

     

    Quatre.  « Il les fait sortir ».  Ça, il nous faudra encore attendre un tout petit peu.  Mais nous connaissons le refrain de François.  L’Église n’est Église que si elle sort aux périphéries, que si elle quitte la tranquillité de sa routine, que si elle ose inventer des chemins nouveaux.

     

    Cinq enfin.  « Il marche à leur tête ».  Jésus ne nous laisse pas nous dépatouiller tout seul, après nous avoir demandé de sortir.  Non, Jésus, le Bon Berger, marche toujours à la tête du troupeau.  Nous ne devons jamais regarder en arrière, mais toujours en avant.  Il est là, il nous précède, il nous ouvre le chemin, il le déblaie devant nos pieds.

     

    Ce dimanche, l’Église prie pour les vocations, en particulier pour les vocations de prêtres.  Demandons au Seigneur de nous donner des prêtres à aimer ; des prêtres qui emploieront les méthodes de Jésus : faire retentir la Voix de l'Evangile, aider chacun à accomplir sa vocation personnelle, donner l'audace de quitter les ornières de la médiocrité et du découragement, s'exposer les premiers et aller de l'avant.

     


     

    Samedi de la troisième semaine de Pâques   2 mai

    Nous sommes gâtés ces jours-ci.  Nous fêtons aujourd’hui un des monuments de l’Église, très vénéré aussi par nos frères et sœurs de l’Orthodoxie : Saint Athanase, évêque d’Alexandrie.

     

    Athanase (ce qui veut dire immortel) a été évêque d’Alexandrie au 4ème siècle durant une quarantaine d’années et a subi au moins cinq exils durant son épiscopat pour des raisons de politique et de foi, les deux étant tellement liées à l’époque.  C’était une des douloureuses époques de l’Église, l’époque où un certain Arius - qui eut des tonnes et des tonnes de disciples, dont des évêques - prétendait que Jésus n’était pas vraiment Dieu, mais qu’il était comme un être intermédiaire entre Dieu et les hommes.

                                                                       

    Mais pourquoi donc cela nous intéresse-t-il aujourd’hui, dans notre vie très concrète ?  Je vous explique …  Athanase est Docteur de l’Église, c’est-à-dire qu’il donne un enseignement valable pour tous les temps dans l’Église.  Je vais donc m’attacher avec vous à une de ses phrases les plus connues : « Dieu s'est fait homme pour que nous devenions Dieu; il s'est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible, et il a lui-même supporté la violence des hommes pour que nous héritions de l'incorruptibilité ». (…) « En effet, avec sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme "la paille dans le feu". »

     

    Un.  « Dieu s'est fait homme pour que nous devenions Dieu ».  Voilà donc le rêve de Dieu sur nous ;  on pourrait dire qu’il veut nous rendre aussi beau que lui ; il veut nous rendre immortel comme lui - comme le montre bien le prénom du saint du jour -.  C’est important de le dire, parce que j’entends toutes sortes de discours disant que le Covid19 est voulu par Dieu ; qu’il est en quelque sorte une punition pour tout ce que nous faisons.  Quelle horreur ! Comment pourrait-on imaginer un Dieu amour qui fasse cela.  Il combat avec nous contre ce virus.

     

    Deux.   « En effet, avec sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme "la paille dans le feu". » Ça, vous le savez comme moi, c’est de l’ordre de la foi pure.  Je ne sais ni vous l’expliquer, ni vous en donner des preuves, mais c’est le cœur de ma foi et de la vôtre.  Depuis la nuit de Pâques, nous proclamons que la mort est morte.  Mais nous le faisons parfois en pleurant devant tant et tant de morts …  Hier, j’apprenais le décès d’un ami de séminaire, l’abbé Philippe Lejeune, un an plus jeune que moi …  Pas de mots, mais seulement cette certitude de foi : la mort est morte.  Mais j’imagine la tristesse de sa vieille maman, de sa famille, des paroissiens d’Aywaille où il était prêtre auxiliaire.  Mais il nous faut continuer de le proclamer : « La mort est morte »

     

    Trois enfin.  « Il s'est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible ».  Vous connaissez mon refrain : le chrétien est un imitateur du Christ.  Et donc si Jésus nous montre l’amour du Père, à nous maintenant de le montrer.  C’est donc notre boulot.  Trouvons notre petit geste du jour pour montrer au monde - à notre petit monde - cet immense amour dont nous sommes aimés et dont le monde entier est aimé !  


     

    Vendredi de la troisième semaine de Pâques                 1er mai

    Aujourd’hui, notre Unité Pastorale devait effectuer son pèlerinage à pieds depuis La Brouck jusque Banneux.  Tous ensemble, avec ceux qui nous auraient rejoints nous aurions célébré l’eucharistie avec la célébration de l’Onction des Malades.  Vous connaissez la suite … Mais le Seigneur, dans son humour, nous donne de vivre un peu ce pèlerinage.  Le thème de cette année, à Banneux, est la parole de Marie : « Je viens soulager la souffrance ».  Avec l’équipe catéchétique, nous avions choisi comme sous-titre, un proverbe allemand cité par le recteur des sanctuaires :

    « Joie partagée,

    joie redoublée …

    Peine partagée,

    diminue de moitié … »

    Nous avions décidé cela bien avant l’arrivée de ce fichu virus, et, forcément, bien avant le confinement …  Mais en relisant ce que nous avions préparé, c’est un peu comme si c’était le Saint-Esprit qui nous avait inspiré ce thème.  Alors, je vous donne à méditer aujourd’hui un des textes que nous avions décidé de vous proposer : il est de François, le petit pauvre d’Assise.  Il nous parle de la joie parfaite.  Elle n’a vraiment rien à voir avec la joie telle que l’on pourrait l’imaginer.  Elle est plutôt comme la parabole de la joie que nous pouvons vivre en ce temps.  Alors, bon pèlerinage virtuel à Banneux …

     

    « Frère Léon interrogea saint François et dit : « Père, je te prie, de la part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite. » et saint François lui répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu'il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres ; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu'il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu'à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d'injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite. »

     

    Il était également prévu de vous remettre une croix franciscaine en forme de Tau .  En voilà le sens :

    Beaucoup se demandent pourquoi les frères franciscains portent cette drôle de croix en bois qu’ils appellent le « Tau » ? Dans la Bible, le prophète Ezéchiel (Ez 9) en fait un signe d’élection divine. Saint François d’Assise adopte cette lettre comme paraphe dans ses écrits et va jusqu’à la dessiner sur les portes des cellules des frères. C’est le signe de la protection divine. Lors du concile de Latran IV en 1215, auquel François assiste, le Pape Innocent III proclame : « Soyez les champions du Tau et de la Croix. » François et ses frères, eux aussi marqués du Tau, signifient par là leur volonté d’être « les serviteurs de Dieu ».

     


     

    Jeudi de la troisième semaine de Pâques       30 avril

    « Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère :

    « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Jn 19, 25-27

     

    Hier, l’Église d’Europe était en fête avec Catherine de Sienne.  Aujourd’hui, c’est le continent africain qui célèbre Notre-Dame d’Afrique.

     

    Elle est représentée avec la peau noire, tout comme à Banneux, elle a les traits d’une liégeoise, alors que, faut-il le rappeler, Marie est juive !  Marie est toujours représentée avec les traits des femmes de la région où elle est honorée.  Quand je me rends à Pondichéry, elle a évidemment les traits d’une authentique Tamoule.

     

    Je trouve cela très beau.  C’est une manière de se faire « tout à tous ».  Paul dira, dans une de ses lettres qu’il adresse aux chrétiens de Corinthe : « Avec les Juifs, j’ai été comme un Juif, pour gagner les Juifs. (…) Avec les sans-loi, j’ai été comme un sans-loi. (…) Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. »

     

    N’est-ce pas cela le véritable amour, la véritable empathie ? Se mettre dans la peau de l’autre ; et ainsi, essayer de le comprendre de l’intérieur ; tenter de s’approcher, avec des mains tremblantes, de son mystère.  Car l’autre sera toujours en mystère et il n’y a que de l’intérieur que je pourrai dé-couvrir un peu de sa vie.

                                

    Il me semble que nous devons vivre le temps qui nous est donné de la même manière, sinon, on peut vite tomber dans un « colonialisme-social ».  Je sais ce qui est bon pour l’autre et je vais donc le lui donner.  N’allons pas trop vite…  Écoutons d’abord notre frère et notre sœur.  Quelles sont ses attentes ?  Qu’attend-il de moi ? Comment aimerait-il que je me fasse proche de lui ?  Qu’est-ce qui lui ferait vraiment plaisir ?  Alors, petit à petit, je me glisserai dans sa peau et dans son mystère.  Petit à petit, j’apprendrai que l’autre est plus important que moi.  Petit à petit, j’apprendrai que le cadeau est beau lorsqu’il est aimé par l’autre … et pas nécessairement par moi.  Combien de fois n’avons-nous pas reçu un cadeau que nous n’appréciions pas du tout, mais qui plaisait tant à celui qui nous l’a offert !  Simplement parce que l’autre n’était pas entré dans le mystère de la vie.

     

    Alors, comme Notre-Dame d’Afrique, comme Paul, demandons cette grâce de nous faire « tout à tous » … dans la vérité.  

     


     

     

    Mercredi de la troisième semaine de Pâques     29 avril

    « Père, tu as enflammé de ton amour sainte Catherine de Sienne en lui faisant contempler la passion de Jésus et en l’appelant à servir l’Église ; Par son intercession, accorde à ton peuple d’être uni au mystère du Christ, pour exulter dans la découverte de sa gloire. »

     

    Fête aujourd’hui dans l’Église, puisque nous célébrons Catherine de Sienne.  Elle est une des patronnes de l’Europe avec Benoît, Cyrille et Méthode, Brigitte de Suède et Edith Stein.

     

    Qu’a-t-elle donc de particulier pour nous aujourd’hui, cette italienne, morte en 1380, à 33 ans ?

     

    La première chose, c’est que Catherine a mis toutes ses forces à travailler à l’unité de l’Église.  Nous sommes à l’époque des Papes à Avignon.  Catherine aura une audace folle pour une petite et jeune religieuse.  Elle mettra toute son énergie à faire revenir le Pape à Rome ; et parce qu’il n’obéissait pas assez vite à sa guise, elle est allée le chercher à Avignon.  Faut l’faire, non ?   C’est sans doute la première chose qu’elle peut nous apprendre aujourd’hui : l’unité.  Nous voyons bien que cette crise peut entraîner des divisions : au sein d’un même pays, entre les différents pays de l’Europe, entre l’Europe et les autres continents …  Historiquement, toute période difficile dans l’histoire de l’humanité a toujours créé ce genre d’attitude.  Un certain Donald a eu comme slogan : « America first ».  Mais n’est-ce pas peut-être aussi une tentation qui sommeille en chacun de nous dans la recherche de masques, dans mon-déconfinement-à-moi-en-premier … Et j’en passe.  Premier boulot de la journée : être artisan d’unité là où je suis.  Plus que jamais, nous devons être et faire communauté.

     

    Deuxième grand axe de la vie sociale de Catherine : elle va se faire médiatrice de paix entre les villes du Nord et les villes du Sud de l’Italie toujours en guerre entre elles.  Elle va s’épuiser pour établir des contacts entre elles et arriver à la paix.  Vous avez vu comme cette pandémie nous fait chercher des boucs émissaires, des coupables en tout genre, vrais ou faux, peu importe.  Il est bien connu que ce qui est bon vient de moi et ce qui est mauvais vient de l’autre !!!  Il ne s’agit évidemment pas de nier les fautes des uns et des autres … et de moi-même … mais peut-être simplement d’essayer de les regarder à la manière de Catherine - qui est celle de Jésus - : voir d’abord en l’autre ce qui est beau, grand et bon.  Et puis après, et seulement après (et parfois très longtemps après) on peut les « juger ».  Et on le fera très différemment dans la mesure où on les a d’abord regarder avec des yeux de tendresse et d’amour.  Et je crois que ce deuxième boulot de la journée ne sera pas le plus simple lol.

     

    Belle fête à tous !  

     


     

    Mardi de la troisième semaine de Pâques     28 avril

    Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. (Ac 7, 51 - 8, 1a)

     

    Le brave Marx, Karl pour les intimes, a sorti cette phrase célèbre : « La religion est l’opium du peuple ».  Je crains qu’il n’ait jamais regardé la Bible d’un peu près.  Quelques jours après Pâques, la liturgie nous donne de contempler le martyr du premier diacre : Étienne.  Et déjà, quelques jours après la Noël, les chrétiens commémorent le massacre des petits enfants : les saints innocents.  Non, la foi et la joie chrétiennes ne sont pas désincarnées.  Nous ne « fumons pas la moquette ».  Non, notre joie chrétienne est et se vérifie dans les situations difficiles.  Et cela peut aller jusqu’au martyre.

     

    Et ceci va dépasser, évidemment, le cadre des chrétiens, mais touchera tout homme et toute femme « de bonne volonté ».  Pourquoi ?

     

    Durant ce gros mois de confinement, nous avons rêvé (et nous avons eu raison de le faire) à un monde meilleur, plus humain, plus convivial, plus centré sur un autre essentiel.  Nous avons rêvé une nouvelle façon de vivre en communauté.

     

    Je suis d’une nature profondément optimiste, mais je vois des signaux qui m’inquiètent …  On a critiqué durant des années la fête des Mères qui devenait par trop commerciale … et voilà que maintenant, on propose de la reculer d’une semaine pour que l’activité commerciale puisse en profiter.  Vous l’avez compris : je me mets aisément à la place des fleuristes ou des « parfumeurs » qui ont dû fermer de longues semaines.  Là n’est pas la question … Mais c’est peut-être un signe.

    La Chine vient de bâtir à la vitesse V-V’ 5 nouvelles centrales au charbon pour faire redémarrer l’économie.  Je comprends aussi …  Mais c’est peut-être un signe.

    Les commerces vont rouvrir avant que les réunions familiales puissent avoir lieu.  Je comprends encore et toujours …  Mais c’est peut-être un signe.

    Je ne parle pas du président des États-Unis qui n’a jamais cessé de laisser l’économique au tout premier plan …   Mais c’est peut-être un signe.

     

    Alors, oui, peut-être allons-nous vivre le martyre.  Non pas le martyre de sang ; mais sans doute se dira-t-il que nous sommes des doux rêveurs ; qu’il est temps de retomber les pieds sur terre ; que l’utopie c’est bien, mais qu’il y a le principe de réalité ; qu’il faut laisser cela à Greta et aux adolescents boutonneux …

     

    Et donc, allons-nous renier notre foi en un autre avenir ?  Ou, comme Étienne, accepter d’être raillé pour qu’il advienne, ce nouveau monde ?

     

     


     

     

    Lundi de la troisième semaine de Pâques      27 avril

    Aujourd’hui, je laisse la parole à François qui vient de nous écrire à propos du mois de mai tout proche.  Belle journée à tous.

     

    Chers frères et sœurs,

     

    Le mois de mai est désormais tout proche, mois où le peuple de Dieu exprime avec une particulière intensité son amour et sa dévotion pour la Vierge Marie. Il est de tradition, en ce mois, de prier le Rosaire à la maison, en famille. Une dimension, la dimension domestique, que les restrictions de la pandémie nous ont “contraints” à valoriser, également du point de vue spirituel.

     

    J’ai donc pensé proposer à tous de redécouvrir la beauté de prier le Rosaire à la maison pendant le mois de mai. On peut le faire ensemble ou personnellement ; c’est à vous de choisir selon les situations, en évaluant les deux possibilités. Mais, de toute manière, il y a un secret pour le faire : la simplicité ; et il est facile de trouver, aussi sur internet, de bons modèles de prières à suivre.

     

    De plus, je vous offre les textes de deux prières à la Vierge que vous pourrez réciter à la fin du Rosaire, et que je réciterai moi-même pendant le mois de mai, uni à vous spirituellement. Je les joins à cette lettre de sorte qu’elles soient mises à la disposition de tous.

     

    Chers frères et sœurs, contempler ensemble le visage du Christ avec le cœur de Marie, notre Mère, nous rendra encore plus unis comme famille spirituelle et nous aidera à surmonter cette épreuve. Je prierai pour vous, spécialement pour ceux qui souffrent le plus, et vous, s’il vous plait, priez pour moi. Je vous remercie et vous bénis de tout cœur.

     

    Rome, Saint Jean de Latran, 25 avril 2020

    Fête de Saint Marc Evangéliste

     

    François

     

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    Prière à Marie

     

    Ô Marie,
    tu resplendis toujours sur notre chemin
    comme signe de salut et d’espérance.

    Nous nous confions à toi, Santé des malades,
    qui, auprès de la croix, as été associée à la douleur de Jésus,
    en maintenant ta foi ferme.

     

    Toi, Salut du peuple romain,
    tu sais de quoi nous avons besoin
    et nous sommes certains que tu veilleras
    afin que, comme à Cana de Galilée,
    puissent revenir la joie et la fête
    après ce moment d’épreuve.

     

    Aide-nous, Mère du Divin Amour,
    à nous conformer à la volonté du Père
    et à faire ce que nous dira Jésus,
    qui a pris sur lui nos souffrances
    et s’est chargé de nos douleurs
    pour nous conduire, à travers la croix,
    à la joie de la résurrection. Amen.

     

    Sous Ta protection nous cherchons refuge, Sainte Mère de Dieu.

    N’ignore pas nos supplications, nous qui sommes dans l’épreuve,
    et libère-nous de tout danger, Ô Vierge glorieuse et bénie.

     

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    Prière à Marie

     

    « Sous ta protection nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu ».

     

    Dans la présente situation dramatique, chargée de souffrances et d’angoisses qui frappent le monde entier, nous recourons à Toi, Mère de Dieu et notre Mère, et nous cherchons refuge sous ta protection.

     

    Ô Vierge Marie, tourne vers nous tes yeux miséricordieux dans cette pandémie du coronavirus, et réconforte ceux qui sont perdus et qui pleurent leurs proches qui sont morts, enterrés parfois d’une manière qui blesse l’âme. Soutiens ceux qui sont angoissés pour les personnes malades auprès desquelles, pour empêcher la contagion, ils ne peuvent être proches. Suscite la confiance en celui qui est inquiet pour l’avenir incertain et pour les conséquences sur l’économie et sur le travail.

     

    Mère de Dieu et notre Mère, implore pour nous de Dieu, Père de miséricorde, que cette dure épreuve finisse et que revienne un horizon d’espérance et de paix. Comme à Cana, interviens auprès de ton Divin Fils, en lui demandant de réconforter les familles des malades et des victimes, et d’ouvrir leur cœur à la confiance.

     

    Protège les médecins, les infirmiers et les infirmières, le personnel sanitaire, les volontaires qui, en cette période d’urgence, sont en première ligne et risquent leur vie pour sauver d’autres vies. Accompagne leur fatigue héroïque et donne-leur force, bonté et santé.

     

    Sois aux côtés de ceux qui, nuit et jour, assistent les malades ainsi que des prêtres qui, avec sollicitude pastorale et engagement évangélique, cherchent à aider et à soutenir chacun.

     

    Vierge Sainte, éclaire l’esprit des hommes et des femmes de science, pour qu’ils trouvent de justes solutions pour vaincre ce virus.

     

    Assiste les Responsables des Nations, pour qu’ils œuvrent avec sagesse, sollicitude et générosité, en secourant ceux qui manquent du nécessaire pour vivre, en programmant des solutions sociales et économiques avec clairvoyance et avec esprit de solidarité.

     

    Marie très Sainte, touche les consciences pour que les sommes considérables utilisées pour accroître et perfectionner les armements soient au contraire destinées à promouvoir des études adéquates pour prévenir de semblables catastrophes dans l’avenir.

     

    Mère très aimée, fais grandir dans le monde le sens d’appartenance à une seule grande famille, dans la conscience du lien qui nous unit tous, pour que nous venions en aide aux nombreuses pauvretés et situations de misère avec un esprit fraternel et solidaire. Encourage la fermeté dans la foi, la persévérance dans le service, la constance dans la prière.

     

    Ô Marie, Consolatrice des affligés, embrasse tous tes enfants dans la tribulation et obtiens que Dieu intervienne de sa main toute puissante pour nous libérer de cette terrible épidémie, afin que la vie puisse reprendre dans la sérénité son cours normal.

     

    Nous nous confions à Toi, toi qui resplendis sur notre chemin comme signe de salut et d’espérance, ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie. Amen.

     


     

     

    Troisième dimanche de Pâques   26 avril

    « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. (Lc 24, 13-35)

     

    Pauvres disciples d’Emmaüs.  Visiblement, ils avaient vécu de belles années avec Jésus …  Et voilà qu’en trois jours, tout s’est envolé.  Ils retournent donc chez eux. 

    Vous l’avez remarqué, nous ne connaissons le nom que de l’un d’entre eux : Cléophas.  L’autre n’a pas de nom, parce que c’est chacune et chacun d’entre nous.  Par ailleurs, les archéologues n’ont jamais retrouvé le village d’Emmaüs, parce que Emmaüs, c’est ici …

     

    C’est donc notre histoire que Luc nous raconte aujourd’hui. 

                                     

    Si nous participerons virtuellement à l’eucharistie ce matin, c’est que tous, à un moment ou à un autre de notre existence, nous avons mis notre confiance dans le Seigneur.  Oui, nous croyons qu’il peut être un soleil dans notre vie.  Mais voilà : tel ou tel événement que nous avons vécu ou telle chose que nous rêvions de vivre se sont passés, la pandémie, ses malades et ses décès nous ont ébranlés … et comme les deux disciples, nous nous demandons où est Jésus.  Est-ce que je ne me suis pas trompé, n’était-ce pas une illusion ?  Qui d’entre nous pourrait dire qu’il ne s’est jamais posé cette question.

     

    Et pourtant, nous dit Luc, voilà que le Seigneur marche avec nous sur la route, nous parle, nous explique, mais nous ne le reconnaissons pas.  Vous vous souvenez du combat de Jacob, combat à la fin duquel Jacob dira : « Dieu était là et je ne le savais pas » ou encore saint Augustin qui dira : « Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais. »

     

    Ne cherchons pas le Seigneur au loin, ne nous trompons pas de route, mais invitons-le ce matin : « Reste avec nous, Seigneur, il se fait tard et déjà le jour baisse »

    Oui, si tu veux rencontrer le Seigneur, entre avec lui dans l’auberge d’Emmaüs, cette auberge qui est notre église virtuelle ce matin.  Aujourd’hui, comme il y a 2.000 ans, il va rompre le pain et il va disparaître.  Oui, il va disparaître, puisqu’il est désormais dans ce pain, il est désormais le pain.

     

    Ce récit nous redit le cœur de notre foi.  Dieu est toujours là, même si je ne le vois pas ; Dieu est toujours là dans cette Parole que nous venons d’entendre et dans ce pain que nous allons recevoir … nous ne savons pas encore quand ...  Mais, comme pour tout amour, si le Seigneur ne rêve que d’une chose – se donner à nous, nous donner son amour – comme pour tout amour, il respecte notre liberté et se fait tout petit, tout pauvre.  « J’ai envie de toi, mais je t’aime tellement que je ne peux pas forcer ton oui »

     

    Si nous répondons au Seigneur, nous aurons le cœur tout brûlant ; si nous répondons oui à son amour, nous irons vite à Jérusalem, pour annoncer qu’il est vivant.  C’est ainsi que l’Église avance et grandit depuis 2.000 ans : par la force de témoins qui sont témoins joyeux de la Bonne Nouvelle d’un certain Jésus de Nazareth.

     

    Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité.  Alléluia !         

     


     

     

    Samedi de la deuxième semaine de Pâques - Saint Marc, évangéliste

     « En mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » (Mc 16, 15-20)

     

    Bonne fête à tous les Marc qui me lisent, en ce jour de leur fête.  Saint Marc, un des quatre évangélistes, ami de Pierre et de Paul, a écrit un récit très court, au point que certains l’ont appris par cœur ou que des comédiens, tel Samir Siad l’ont récité sur scène.  Un récit très court et qui va très vite.  Un récit essentiel au sens premier du terme : qui va au cœur, à l’essence des choses.

     

    En sa fête, la liturgie nous invite à méditer son envoi en mission … et le nôtre aujourd’hui.  Très bref aussi … en quatre points.

     

    Un.  Il s’agit d’abord d’expulser les démons. Un théologien belge donne une belle définition du démon : « Les démons sont ces esprits mauvais qui nous agitent et nous troublent. Ils se retrouvent dans nos angoisses et nos peurs incontrôlables. »  Voilà ce que nous devons supprimer … et il y a du pain sur la planche.  Beaucoup de gens dans cette pandémie sont angoissés, troublés.  Notre premier rôle, chez Marc, est donc d’apaiser, d’être des témoins d’espérance.  Le journal « La Vie » dans son dernier numéro consacrait un article à donner 10 bonnes nouvelles du monde.  Ça nous change !

     

    Deux.  Parler des langues nouvelles.  Nous en faisons l’expérience depuis un bon mois maintenant.  Il faut inventer du neuf ; ne surtout pas faire du copier-coller de ce qui était.  L’avenir est à la créativité.  « À vin nouveau, outres neuves, sinon le vin nouveau fera éclater les vieilles outres ». 

     

    Trois.  Pas de peur, puisque ni le serpent, ni le poison mortel (peut-être le désinfectant cher à Donald Trump …) ne pourront nous faire du mal.  C’est tout le mystère de Pâques que nous continuons de célébrer durant ces quarante jours du Temps Pascal : Il faut parfois du temps, mais la Vie est toujours plus forte que la mort ; la mort n’a désormais jamais plus le dernier mot !

     

    Quatre enfin.  Imposer les mains aux malades.  On voit le drame des maisons de repos.  On constate les « glissements » de personnes âgées qui se laissent mourir ; on a sans doute aussi près de nous des personnes seules.  À nous de leur imposer les mains.  Comment ?  Imaginons …  Une carte postale, un coup de fil, une petite fleur ou une mousse au chocolat sur le seuil de leur maison ou devant la porte de leur appartement …À vous d’en trouver d’autres. 

     

    Quatre petits points.  Ils sont les signes du Royaume qui avance !   

     

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia

     


     

     

    Vendredi de la deuxième semaine de Pâques         24 avril

    « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » (Jn 6, 1-15)

     

    J’avoue être fan de ce récit de saint Jean.  Car elle montre un miracle à plusieurs.  Qui a fait le miracle ?  Jésus ?  Non !  L’enfant ? Non ! Les deux ?  Oui, sans hésiter … et pas dans n’importe quel ordre. 

     

    Le premier responsable de ce miracle, c’est l’enfant évidemment.  Car le Seigneur ne peut multiplier que quelque chose.  On nous l’a appris à l’école : 1000 fois 0 … c’est toujours zéro !!!  Sans l’enfant, Jésus n’aurait rien pu faire. Dans cette crise du Coronavirus, Dieu ne peut - en Belge, ne sait - rien faire sans nous.  Il pourrait peut-être, mais il ne le veut pas.  Sinon, nous perdons notre liberté et notre capacité d’aimer dont je vous parlais hier.

     

    Qui plus est, c’est un enfant.  Pour les Juifs, à peu près rien, puisqu’il est dépendant des autres.  Il ne peut rien faire seul. D’ailleurs, il y a fort à parier que les cinq pains et les deux poissons, c’est sa maman qui les lui avait préparés.   Il est dépendant et voilà que tous vont dépendre de lui.  Dans ce moment que nous vivons, nous sommes des enfants … Nous découvrons plus que jamais notre dépendance !  Et, paradoxalement, c’est notre dépendance qui va permettre de rendre les autres dépendants de nous, dans le bon sens du terme évidemment.

     

    Mais j’ai lu une interprétation que j’aime beaucoup.  Je n’étais pas sur la montagne.  Je ne sais donc pas comment ça s’est passé.  Je le demanderai au Seigneur quand je le verrai face à face !  Mais, d’ici là, ce qui suit me plaît beaucoup.  Certains disent qu’en bons prévoyants, les Juifs n’ont pas suivi Jésus en n’ayant pas prévu un minimum à manger.  On sait bien qu’il n’est pas aisé de trouver des Colruyt dans tous les petits villages de Terre Sainte.  Alors, on a toujours avec soi, une petite musette avec de quoi manger ou à tout le moins de quoi grignoter.  Voilà qu’un enfant - insouciant sans doute - accepte de mettre sa musette à la disposition de tous.  Insouciant, inconscient et qui plus est totalement irréaliste !  Mais, les autres sont étonnés.  Il n’est rien, il n’a pratiquement rien, mais il donne.  Et, du coup, petit à petit, les autres vont eux aussi sortir leur musette et partager ce qu’ils ont.  Et comme dans chaque auberge espagnole, il y a beaucoup trop.

     

    Alors, Pierre, pas de miracle ?  Tu es un fameux curé, toi !!!  Rassurez-vous …  Je pense que le miracle est au moins aussi grand.  Rappelez-vous.  Jésus nous dit que le Royaume est à ceux qui ressemblent aux enfants.  Parce que Jésus a compris que c’est « lorsque je suis faible, que je suis fort. »  Voilà un immense miracle !  Alors, pourquoi hésiter ?

     

                        Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  


     

    Jeudi de la deuxième semaine de Pâques

     

    « Le Père aime le Fils et il a tout remis dans sa main. » (Jn 3, 31-36)

    Durant des dizaines et des dizaines d’années, on nous a fait chanter - sans heureusement y prêter trop attention vu l’heure tardive et le repas copieusement arrosé - « Pour effacer la tache originelle et de son Père, apaiser le courroux ». Vous avez reconnu évidemment un extrait du « Minuit chrétiens » qu’un baryton lançait, avec force tremolos, à la messe de Minuit.

     

    Quelle aberration, car, on imaginait en quelque sorte que le Père envoyait son Fils unique au casse-pipe tandis que lui, comme en pandémie, se lavait les mains …

     

    Saint Jean remet les pendules à l’heure.  Si le Père a envoyé son Fils, c’est parce qu’il l’aime par-dessus tout.  Et la preuve qu’il l’aime par-dessus tout, c’est qu’il remet tout dans sa main.  Vous l’avez entendu : pas beaucoup de choses, pas même presque tout …  Non : tout, absolument tout !  On pourrait même imaginer - avec tous les guillemets qui s’imposent - que le Père considère le Fils comme plus compétent que lui pour cela.  On est bien loin d’un Dieu sadique, voulant sacrifier son Fils.

     

    Mais déjà, lors du récit de la création, Dieu confiait aussi le monde entier à l’homme.  Cette création est inachevée ; à toi, humain de la continuer, de la poursuivre, de la parachever.  Et s’il nous a donné cette mission, comme pour le Fils, c’est parce qu’il nous aime, qu’il nous considère « compétent » pour le faire.  Les parents le savent bien mieux que moi : un des principes de l’éducation est de faire prendre conscience à ses enfants de ses capacités ; c’est seulement ainsi qu’il deviendra un adulte épanoui.

     

    Cela prend évidemment une couleur particulière dans ces temps que nous vivons.  Ce monde nouveau qui est à bâtir, ce n’est pas seulement notre décision ; c’est d’abord, pour les chrétiens, une mission que le Seigneur lui-même nous donne … et il nous la donne à la fois parce qu’il nous aime plus que tout, parce qu’il est convaincu que nous pouvons le faire et que, ce faisant, nous deviendrons de plus en plus des « adultes accomplis » c’est-à-dire que nous grandirons en humanité.

     

    On est loin aussi de la B.A. que nous devrions accomplir en ce confinement …  C’est bien plus beau aussi …  « Je peux le faire, je peux bâtir ce nouveau monde : Dieu croit en moi ».  Alors, fonçons …  Comme disait Baden Powell : « Plus est en toi » ! 

     

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia


     

    Mercredi de la deuxième semaine de Pâques       22 avril

    « Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière. » (Jn 3, 16-21)

     

    Que l’homme est étrange …  Dès que nous entendons le mot « jugement » nous pensons à « condamnation »…  Avouez que c’est une image bien triste du système judiciaire !  Lorsque je suis jugé, je risque aussi - j’ai la chance aussi - de ne pas être condamné.  Alors, remettons bien les choses en place.  Jésus dira par ailleurs qu’il n’est pas venu pour condamner mais pour sauver.  Voilà qui va nous aider à voir un peu plus clair dans ce texte de Jean.

     

    Vous le savez, le début de l’évangile de Jean est bâti sur 7 jours … comme le récit symbolique de la création du monde.  Et la Genèse, comme l’évangile de Jean commencent par « Au commencement ».  Jésus nous parle donc aujourd’hui d’une nouvelle création, de l’après Covid, pourrions-nous dire, du début du confinement annoncé pour le 3 mai.

     

    Première chose qu’il nous dit : « Nous avons préféré les ténèbres à la lumière ».  Pas besoin de s’appesantir longuement sur cette partie.  Le confinement nous fait prendre conscience de tout ce qui était ténèbres dans notre société.

     

    Deuxième chose.  Pourquoi avons-nous préféré les ténèbres à la lumière ?  Jean nous dit : « parce que celui qui fait le mal déteste la lumière ».  Ne dit-on pas de telle ou telle personne qu’ « elle fait ses coups en douce » ?  Ici aussi, pas besoin de beaucoup d’exemples : il y avait dans notre société comme une « obscurité morale » qui pouvait permettre tout et n’importe quoi.  Que l’on se souvienne par exemple des scandales financiers qui ont marqué « certaines œuvres liégeoises » lol.

     

    Troisième chose.  Ce qui est caché finit toujours par être dévoilé.  Et c’est cela la grande leçon de cette pandémie.  Tout apparaît au grand jour : le « chacun pour soi », le « tout pour le profit » ne peuvent pas conduire l’humanité à un plus, ni la communauté à une plus grande convivialité. 

     

    Tous, nous en sommes convaincus …  Enfin, pas tout-à-fait … Les files de voiture devant les McDo ce midi sont peut-être un signe qu’il y a encore du travail.  « I n’a co d’l’ovrèdge ! » Alors, au boulot !  Vite à la lumière !  C’est cela aussi Pâques : les ténèbres sont vaincues par la lumière !

     

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  

     


     

    Mardi de la deuxième semaine de Pâques     21 avril

    « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. » (Jn 3, 7b- 15)

     

    Nous continuons la rencontre entre Jésus et Nicodème.  Hier, Jésus l’a un peu « secoué » et Nicodème n’arrive pas à comprendre.  Humblement, il demande à Jésus de lui expliquer ; et Jésus, qui a en face de lui un bon théologien, va lui faire comprendre les choses à travers l’histoire du Peuple élu.

     

    Au désert, ayant vite oublié comment le Seigneur les avait sauvés de l’esclavage en Égypte, les Juifs vont s’éloigner du Seigneur.  La conséquence : de nouveaux des serpents … comme au jardin d’Éden.  Ses serpents ont une morsure mortelle.  Que faire ?  Moïse se tourne vers le Très-Haut qui l’invite à élever sur un poteau un serpent d’Airain.  Ce serpent guérira ceux qui le regarderont.  Cette image du serpent n’est pas propre aux Juifs ; on le retrouve sur le caducée du personnel médical - le bâton d’Esculape - et il est présent dans beaucoup de mythologies.

     

    Jésus va aller plus loin.  Jusqu’ici c’est un « autre » qui guérit.  II en était de même pour le pardon.  On envoyait dans le désert un bouc, que l’on avait chargé de tous les péchés pour qu’il aille y mourir et par le fait-même que nos péchés meurent aussi. Désormais, avec Jésus, il ne s’agit plus d’un « autre » qui va guérir, mais de lui-même.  C’est lui qui va être « l’anti-serpent » suspendu au poteau de la croix et qui guérira aussi ceux qui le regarderont.  Changement radical.  Le salut n’est plus dans un « autre », mais dans « moi ».  Jésus aurait pu inventer un autre caducée, il aurait pu dire : « allez vous adresser à Untel, il est super compétent ».  Non, il veut donner la guérison lui-même ; et cette guérison viendra par le don absolu de sa vie.

     

    Voilà qui peut être facilement transposé à notre situation de confiné.  Où est le salut ?  Chez un autre ou chez moi ?  Vais-je charger un bouc émissaire de tout ce qui n’a pas été et de tout ce qui n’est pas dans la gestion de ce fléau ?  Vais-je inventer un nouveau bâton d’Esculape vers lequel il faut se tourner ?  Non, il s’agit, comme Jésus, d’accepter que ce soit moi qui contribue à la guérison du Covid-19.  C’est plus difficile évidemment … Continuer de respecter les règles ; ne pas nécessairement se rendre chez HUBO juste pour y acheter un pinceau ; trouver un moyen pour aider ma vieille voisine … qui pourtant est vraiment ennuyeuse …  Comme pour Jésus, cela passe par une certaine mort.  Mais, nous l’avons célébré à Pâques : De la mort jaillit la vie !

     

     Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia


     

    Lundi de la deuxième semaine de Pâques     20 avril

     

    « Nicodème lui répliqua :

    ‘Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ?’ »

    « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. » Jn 3, 1-8

     

    Aujourd’hui, rencontre de Jésus avec Nicodème, ce pharisien instruit, connaisseur de la Loi au plus haut point.

    Et pourtant, ce grand savant, voilà que Jésus va le déstabiliser par deux fois.

     

    Une première fois, en lui disant qu’il lui faut naître à nouveau.  Souvent, dans notre vie, nous sommes invités à rajeunir, à faire comme nous faisions plus tôt, à retrouver l’enthousiasme de notre jeunesse, de nos commencements.  D’ailleurs, toute la publicité va de ce sens : « Paraissez 20 ans de moins que votre âge … »  Avec Jésus, c’est très différent : il ne s’agit pas de rajeunir, mais de vivre une nouvelle naissance.  Il ne s’agit pas de rembobiner le compteur de quelques milliers de kilomètres pour mieux vendre sa voiture.  Non, il s’agit de recommencer à zéro, de faire du neuf, de l’inédit ! 

     

    Depuis pratiquement les débuts de l’épidémie, on nous dit qu’il y aura un avant et un après.  Mais lequel ?  Nous pourrions être tentés de vivre comme lors des golden sixties ou de l’immédiate avant-guerre … ou que sais-je encore ?  Faire un monde avec « un peu plus de ceci » ou « un peu moins de cela » … Non, si nous voulons réussir, il faut inventer, créer, bâtir un monde résolument nouveau, un monde inédit, c’est-à-dire un monde qui n’a jamais existé si ce n’est peut-être en rêve.  Et avec le Seigneur, nous sommes toujours invités non pas à réparer mais à faire du neuf … et donc à rêver.  N’est-ce pas aussi ce que les philosophes de toutes les époques ont fait ?  Déjà Platon parlait de la Cité Idéale.  Alors, rêvons … non pas pour nous évader, mais pour mieux créer.  Comme un peintre qui rêve d’abord longuement devant le paysage avant de prendre ses pinceaux ! 

     

    La deuxième fois où Jésus va le déstabiliser, c’est par cette image du vent.  En bon pharisien, Nicodème ne pouvait imaginer que le monde juif avec sa foi.  Rien ne pouvait sortir de bon ailleurs.  Il y a avait le peuple élu et de l’autre, le reste du monde …

     

    Cela peut paraître orgueilleux - et ça l’est évidemment - mais ne risquons-nous pas tous d’être un peu comme lui.  J’ai mes idées, mes certitudes, mes priorités, ma philosophie, ma religion … etc …  Et forcément, j’ai trouvé le « bon » et le « bien ».  « Mon œil » semble nous dire Jésus.  L’Esprit - pour les chrétiens, le Saint-Esprit - souffle partout.  Alors, ose regarder ce que les autres pensent, vivent, essaient de bâtir et laisse-toi interpeller par eux.  Quels sont les rêves ou les fondations du monde nouveau qui se trouvent chez lui ?  La sagesse populaire dit qu’ « il y a plus dans deux têtes que dans une ».  Il en est également ainsi pour le nouveau monde, pour le « monde d’après la pandémie ».

     

                        Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  


     

    Deuxième dimanche de Pâques   19 avril

    « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun » (Ac 2, 42-47)

     

    Qu'il nous est bon, pendant tout le temps de Pâques, de lire et de relire ce merveilleux livre, qu'est celui des Actes des Apôtres.

     

    Oui, il nous est bon de le lire, car ce texte écrit par Luc, nous montre la première communauté chrétienne, celle qui vit de la Résurrection, toute neuve, encore.  Mais par-delà, ce livre, vieux de 2.000 ans, c'est pour nous un appel qui nous est lancé.  Chaque fois que nous ouvrons ce texte de Luc, nous voyons ce que doit être l'Église de notre temps, nous voyons ce que doivent être nos paroisses, pour vivre vraiment du Ressuscité.  Faut-il vous rappeler que notre Unité Pastorale continue de vivre - et même de bien vivre - malgré la situation que nous vivons, durant laquelle nous ne nous rencontrons plus physiquement !

     

    Sans doute, ce texte est-il un peu arrangé, sans doute, Luc a-t-il augmenté un peu les qualités de la première communauté.  Mais peu importe : Écoutons ce texte, comme un appel à être toujours davantage une communauté vivant dans la lumière du Ressuscité.

     

    Première chose que Luc nous dit : c'est que la première communauté chrétienne avait un seul cœur et une seule âme.  Le Concile Vatican II a défini la Paroisse comme étant : "La famille des familles".  C'est cela que ça veut dire !  Quand une communauté chrétienne est vraiment authentique, elle vit dans l'unité.  Nous devons toujours veiller à ne pas former des petits groupes qui vivent l'un à côté de l’autre ; mais sans se connaître vraiment.  Nous ne sommes pas des concurrents, dans l'Église, nous devons être une famille, ou comme dit saint Paul - mais c'est la même chose - nous devons être un corps.  Et dans un corps, chacun est important : le cerveau, comme les doigts ; le cœur comme le genou.  Personne ne peut dire que l'autre ne sert à rien.  Mais chacun doit remercier le Seigneur pour son frère différent de lui.

    C'est dans la prière, et d'une façon toute spéciale, dans l'eucharistie, que nous vivons l'unité.  Nous ne venons pas à la messe, seuls, nous y venons ensemble, pour remercier le Seigneur pour notre paroisse, cette seconde famille qu'il nous donne.  Et aujourd’hui, sans y venir physiquement, nous la vivons d’une manière ou d’une autre, mais … ensemble.

     

    Deuxième chose que le Seigneur nous dit, par ce texte des Actes, c'est que les premiers chrétiens mettaient tout en commun : leur argent sans doute, mais, sans doute, plus largement, toute leur vie.  Une paroisse évangélique est une paroisse où chacun partage la joie de son frère, mais aussi une paroisse où chacun porte le souci et les peines des autres.  Cela implique, mes amis, que nous nous connaissions toujours davantage.  Car comment, pourrions-nous partager les joies et les peines des autres si nous ne les connaissons pas.  C'est bon, ce que beaucoup d'entre vous font déjà, en se saluant au début et à la fin de chaque eucharistie. Et aujourd’hui, malgré le confinement, nous pouvons nous envoyer un mail, un sms, nous donner un coup de fil ...

     

    Troisième chose enfin, les Actes nous disent que dans la première communauté chrétienne, personne n'était dans la misère.  Car la vie chrétienne, elle n'est pas une vie dans les nuages : elle se vit très concrètement, jusqu'à un certain partage de nos biens.  C'est ce que nous faisons à chaque collecte. Et aujourd’hui, malgré le confinement, nous pouvons nous impliquer de toutes sortes de manières dans le soulagement de la misère dans notre pays et dans le monde.

     

    Vous le voyez, ces trois points, notre communauté chrétienne les vit déjà.  C'est bien.  Mais, par ces textes, le Seigneur nous rappelle que rien n'est jamais définitivement acquis, que ces trois points nous devons nous les rappeler toujours, et que nous devons les faire grandir toujours davantage, ici à Trooz et à Chaudfontaine. 

     

    En ce temps de Pâques, demandons au Seigneur, que sa lumière nous guide toujours plus loin sur ce chemin.

     


     

    SAMEDI DANS L’OCTAVE DE PÂQUES

     

    « Allez dans le monde entier.

    Proclamez l’Évangile à toute la création. » (Mc 16, 9 - 15)

     

    Nous sommes toujours en confinement et la liturgie nous donne un envoi en mission : « Allez », alors que je ne peux pas quitter mon domicile et « proclamez ».  Où ?  Dans ma salle de bain ?  Seigneur, tu as vraiment de drôles d’idées …

     

    Pas si drôles que ça ou plutôt encore plus drôles que ce qu’on imagine …

     

    Je vous invite à relire tout ce texte de Marc pour découvrir dans quel cadre Jésus les envoie en mission.  En fait, tous, auraient raté leur examen s’il y en avait eu un.  Heureusement, comme pour les enfants et les jeunes, il n’y en a pas cette année, pas plus que dans le Royaume.

     

    Tous.   Marie-Madeleine va leur annoncer qu’elle a vu Jésus : « ils refusèrent de croire ».  Ensuite, c’est le tour des disciples d’Emmaüs qui viennent leur raconter leur aventure extraordinaire : « Ils ne les crurent pas non plus. »  Enfin, il apparaît aux Onze : « Il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité. »

     

    On est donc bien loin d’un envoi en mission idyllique, comme une récompense à ceux sur qui il sait qu’il peut toujours compter …  Non, c’est tout-à-fait l’inverse.  Il ne leur demande même pas si, désormais, ils ont compris.  Non, juste après ces reproches il les envoie !

     

    Quel Dieu étonnant quand même.  Il sait que nous sommes petits, « bouchés à l’émeri », « avec les portugaises ensablées » … et pourtant, rien ne le décourage.  Qui plus est, ce n’est pas une petite mission qu’il donne : il s’agit de l’annoncer dans le monde entier, à toute la création.

     

    Nous le comprenons bien : seuls, nous n’y arriverons jamais, mais avec Lui, tout est possible.  Paul dira aux premiers chrétiens de Rome, persécutés et petite minorité : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

     

    Alors, de deux choses l’une.  Ou nous nous regardons dans notre confinement - et c’est un risque - et alors, nous ne bougerons pas, terrorisés que nous serons devant l’immensité de la tâche, ou nous regarderons le Seigneur qui est en nous … et alors, nous foncerons - même en restant dans notre maison.  Je découvre sur Facebook des images du Père Anil et d’autres du Volontariat en Inde.  Ils n'ont rien, mais ils ont confiance.  Ils n’ont rien et ils donnent ce qu’ils ont.  Et je ne sais comment, mais des tonnes de pauvres de Pondichéry ou du village d’Anil sont nourris.  Nous n’avons que cinq pains et deux poissons …  Mais distribuons-les et, l’amour aidant, ils se multiplieront !

     

                      Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  

     

    Vendredi dans l’octave de Pâques        17 avril 2020

     

    Or, cette nuit-là, ils ne prirent rien. Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » (Jn 21, 1-14)

     

    Personnellement, j’aurais eu envie de dire à Jésus « Mais de quoi je m’mêle ».  Comment se permet-il de donner des conseils à des pécheurs chevronnés, lui, cet inconnu à leurs yeux ?  Et pourtant, étonnamment, ils vont le faire et les filets seront pleins « à craquer ».

     

    Difficile de quitter ses habitudes qui deviennent vite ses certitudes.  François, notre Pape, n’arrête pas de nous dire qu’il faut bannir à tout jamais cette phrase : « On a toujours fait ainsi » qui est une autre manière de dire : « De mon temps »

     

    Mais voilà qu’ils osent créer du neuf ; voilà qu’ils osent sortir de l’habitude ; voilà qu’ils osent risquer une aventure.  Et ce n’est qu’un début …  Parce qu’ils vont devoir en oser bien d’autres après la Pentecôte en quittant tout pour annoncer la Bonne Nouvelle aux quatre coins du monde.  À Chennai, en Inde, je suis allé prier sur ce qu’on dit être le tombeau de saint Thomas.  Et je me disais : « Mais quelle audace il a dû avoir, quelle foi chevillée au corps pour aller au-delà du monde connu de l’époque ».  Mais il l’a fait et dans le Kerala et le Tamil Nadu, la foi chrétienne s’est bien installée.

     

    Notre ami Covid nous invite aussi à inventer de nouveaux chemins pour notre vie personnelle, notre vie en société et notre vie ecclésiale.

    Notre vie personnelle d’abord.  Plusieurs m’ont dit que ce temps de confinement est pour eux comme une retraite, ou s’ils ne partagent pas ma foi, comme un espace de réflexion.  Dans ma vie « normale » il est possible de prendre un petit temps tous les jours pour prier ou réfléchir.  Je le dis à tous les mariages, lorsque j’invite les futurs époux à prendre dix minutes tous les jours pour se dire leur amour.  Et je prends comme exemple le Mundial ou l’Euro.  Que de temps nous parvenons à trouver pour regarder ces hommes courant après un ballon …

    Notre vie en société.  Je n’arrête pas de nous le rappeler depuis le début du confinement.  Je ne suis pas seul sur la terre …  Combien de temps vais-je décider de donner chaque semaine à mes frères et sœurs, pour que la solidarité de ce temps ne soit pas un feu d’artifice, merveilleux, mais bien court ?

     

    Ma vie ecclésiale enfin.  Ce temps nous aura rappelé que si l’eucharistie est « source et sommet de la vie chrétienne » selon une antique expression, elle n’empêche pas de vivre sa foi chrétienne au jour le jour.  À une époque où il fallait une dérogation - très longue à venir - pour pouvoir célébrer la messe seul, Charles de FOUCAULD est resté des mois sans l’eucharistie …  Et faut-il le dire, il n’avait pas l’eucharistie par internet ou la TV.  Et pourtant, voilà un grand saint …  Maximilien KOLBE, dans son cachot ne l’avait pas non plus.  Et pourtant, voilà un grand martyr du siècle dernier …  Et l’on pourrait continuer.  Nos sœurs moniales de Brialmont n’ont plus l’eucharistie … et elles ne la regardent pas à la TV … Dieu n’est pas esclave de son eucharistie pour nous donner son amour.  Il trouve et trouvera toujours d’autres moyens.  S’il est un mérite de notre absence d’eucharistie, c’est bien de ne pas avoir une « spiritualité à tiroir »

     

    J’ai vu un dessin humoristique où l’on voit Satan dire : « Je suis parvenu à faire fermer toutes les églises ».  Et Dieu de lui répondre : « Mais non, désormais, il y en a une dans chaque maison !!! »   

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia

     


     

    Jeudi dans l’octave de Pâques      16 avril 2020

     

    « Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : ‘La paix soit avec vous !’ Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai.’ Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : ‘Avez-vous ici quelque chose à manger ?’ Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux. » (Lc 24, 35-48)

     

    J’aime beaucoup les récits des apparitions du Ressuscité.  Ils nous disent le cœur de notre foi, d’une façon toute simple : des « visites » du Seigneur à ceux qui l’aiment et à ceux qu’il aime.  Alors, regardons ce qu’il dit, juste après la visite à Emmaüs.

     

    Tout d’abord : « La paix soit avec vous ».  Je vous rappelle ce qu’est la paix.  Voilà ce que dit la théologie : « Ce mot désigne la tranquillité de l’âme et l’arrêt des conflits. Dans la Bible, la paix est une promesse. À la naissance de Jésus, les anges chantent ‘Paix sur terre’. Ressuscité, Jésus dit à ses disciples ‘la Paix soit avec vous’. Cette paix est l’assurance de la présence de Dieu pour toujours à nos côtés. » Recevoir la paix du Seigneur, c’est donc découvrir la certitude qu’il est toujours là ; il me le promet et cela doit me donner la paix de l’âme.  J’étais adolescent et je participais à une eucharistie où une religieuse venait témoigner de sa mission en Afrique.  Elle travaillait en brousse et était souvent seule.  Elle m’énervait parce qu’elle n’arrêtait pas de sourire.  En bon adolescent boutonneux, je suis allé la trouver : « Comment pouvez-vous sourire alors que vous êtes souvent seule ? ».  Sa réponse fut courte : « Mais il est toujours là ».  Le boutonneux est resté sans voix !  Alors, si je me sens seul dans mon confinement, pourquoi ne pas avoir un bout de conversation avec lui, puisqu’il est là ?  Il me l’a promis …

     

    Ensuite : « C’est bien moi ».  Évidemment, il est dans ma maison, mon appartement, mais il est aussi dans toutes les personnes qui portent les plaies de la passion.  Nous aimerions sans doute que le Seigneur ressuscité apparaisse « cicatrisé » même mieux, qu’une céleste chirurgie esthétique ait même fait disparaître les cicatrices de la Passion.  Mais non, le ressuscité visite ses amis, vivant mais avec les plaies de la mort.  On comprend donc qu’ils ne le reconnaissent pas de prime abord.  C’est sans doute la même chose pour nous.  Nous voyons des images terribles à l’écran des soins intensifs ou de maison de repos.  Pas facile de nous dire que là est le Ressuscité aujourd’hui, manquant d’oxygène - c’est d’ailleurs ainsi qu’il est mort sur la croix : ne parvenant plus à respirer -, seul, abandonné…  Et pourtant …

     

    Enfin : « Avez-vous quelque chose à manger ? » Quel Dieu étonnant !  Non seulement, il fait corps, il fait « un » avec les souffrants, mais en plus, lui, le Ressuscité, le glorifier, il nous demande de le nourrir.  Déjà à la Samaritaine, il avait demandé à boire ; encore sur la croix, il a exprimé sa soif ; et maintenant sa faim.  Étonnant, lui qui a dit que l’homme ne vivait pas seulement de pain, mais de la Parole.  Étonnant, lui qui n’a pas voulu changer les pierres en pain mais qui les a multipliés pour la foule.  L’humanité crie sa faim et sa soif et Dieu, qui s’est fait homme parmi les hommes, nous demande aussi à manger …  Voilà notre boulot du jour : nourrir le Ressuscité !     

     

                Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  


     

    Mercredi dans l’octave de Pâques        15 avril 2020

    « Pierre déclara : ‘ De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. ‘ Alors, le prenant par la main droite, il le releva et, à l’instant même, ses pieds et ses chevilles s’affermirent. » (Ac 3, 1-10)

     

    Pour beaucoup d’entre nous, on pourrait transposer « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas » en « des compétences médicales ou infirmières, je n’en ai pas ».  Peut-être pourrions-nous rêver à cela : devenir ces véritables héros et héroïnes de cette pandémie …  Mais le rêve n’a jamais guéri une seule personne.  François de Sales, ce grand évêque de Genève disait : « Il faut fleurir là où on a été semé ».  Et c’est sans doute la clé de tout.  Il faut fleurir, non pas rêver de fleurir ; la floraison, nul n’en est dispensé. Mais la manière et le lieu, nous les choisissons pas, ils nous sont donnés.  Inutile de rêver être une rose si je suis une pâquerette, ou un pissenlit si je suis un lilas.  Si tu es rosier, donne des roses et si tu es lilas, embaume de ton doux parfum.  Et pourquoi donc a-t-on décidé que la rose était plus belle que le pissenlit ?  Absurde !  Vous le savez, c’est très culturel : Au Japon, on offre des chrysanthèmes en signe de bienvenue (sic !).

     

    Mon saint Patron n’a pas de compte au Lichtenstein ou en Suisse ; il n’est qu’un pauvre pêcheur galiléen qui a eu pratiquement trois ans de chômage en suivant Jésus … et en plus, il a toujours sa belle-mère, le pauvre ! Il pourrait donc se justifier face au mendiant de la belle porte ; mais ce serait une manière de se désengager, de rêver d’être quelqu’un d’autre.

     

    Il n’a ni or ni argent, mais il a Jésus.  Et, avec lui, et comme lui, il va pouvoir guérir cet homme.

     

    Je ne suis ni médecin, ni infirmier, mais je crois que mon petit pissenlit peut aussi rendre de l’espoir au « monde de la pandémie ».  Ce que je ferai, si petit cela soit-il, pourra ressusciter, guérir, apaiser, soulager.  N’est-ce pas cela aussi la foi ?  Croire en l’impossible ; croire en cette force du ressuscité avec qui je peux tout.  C’est Paul qui dira encore aux chrétiens de Philippes : « Je peux tout en celui qui est ma force ».  Il est le terreau qui fera fleurir mon pissenlit et le rendra aussi beau que la rose baccara !

     


     

    Mardi dans l’octave de Pâques

    « Jésus lui dit alors : ‘ Marie ! ‘ S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : ‘ Rabbouni ! ‘, c’est-à-dire : ‘ Maître ‘. » (Jn 20, 11-18)

     

    Marie-Madeleine vient de trouver le tombeau vide et elle pleure.  Elle rencontre Jésus qu’elle prend pour le jardinier : elle ne le reconnaît pas.  Il faudra que Jésus l’appelle par son prénom pour qu’enfin, elle reconnaisse le Ressuscité.

     

    Être appelé par son prénom …  C’est le cas dans toute la Bible : Abraham, Moïse, Samuel, Jérémie …  Parfois même, le Seigneur va changer le nom.  Abram devient Abraham, Jacob devient Israël et Simon deviendra Pierre.  La tradition s’est perpétuée aujourd’hui : Si les religieuses ou les moines ne changent plus automatiquement de prénom, la tradition est conservée pour le Pape : Jorge devient François.

     

    Attention à tous les chiffres que nous entendons tous les jours.  On risque de ne plus voir que des statistiques, des courbes, des pics ou des plateaux.  Mais derrière chaque « numéro » il y a une personne unique, irremplaçable.  Pour moi, il y a Anne-Marie, une ancienne secrétaire d’une de mes anciennes UP et Pierrot, un responsable de Pompes Funèbres que j’ai rencontré plusieurs fois par semaine durant neuf ans.  Je pense à mes amis indiens que j’ai quitté en février et dont je me demande si je les reverrai … Il y a aussi la dizaine de personnes de notre UP dont j’ai célébré les funérailles depuis le début de la pandémie.  Je ne les connaissais pas et pourtant, la liturgie m’invite à les appeler par leur prénom et à les tutoyer.  Oui, ils sont uniques et irremplaçables !

     

    Je crois qu’au-delà des chiffres, cette pandémie fait grandir majoritairement la fraternité entre nous.  Nous avons, plus que jamais, conscience d’appartenir à une seule et même famille.  La fraternité : se reconnaître comme frères et sœurs.  Et dans une famille, on s’appelle par son prénom !

     

    Comme pour la Madeleine, si nous sommes appelés par notre prénom par une personne, je la reconnaîtrai au sens fort du terme ; je la connaîtrai à nouveau.  Et « connaître », dans la Bible, c’est « avoir une relation d’amour ».  Vous imaginez ?  Désormais, mon voisin, ma voisine est un frère, une sœur et je l’aime … et elle m’aime …

     

    Christ est ressuscité !  Il est vraiment ressuscité !  Alléluia  


      

    Lundi dans l’octave de Pâques

     

    « Quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. » (Mt 28, 8 - 15)

     

    L’humour du Seigneur est sans pareil.  Il connait notre situation de confinés et pourtant, comme dans l’évangile d’hier, de nouveau, on va marcher et courir beaucoup dans l’évangile de ce lundi de Pâques.

    Tout d’abord, les femmes qui courent annoncer la Bonne Nouvelle aux disciples.   Cela nous rappelle ce que nous savons, mais que nous avons à redécouvrir chaque jour : nous ne sommes pas là pour faire la morale au monde, mais pour leur annoncer une Bonne Nouvelle : « Le Seigneur est vivant, il t’aime et il veut te rencontrer ».  Elles quittent le tombeau vite, nous dit Matthieu et elles courent.  Cela nous dit bien l’urgence de cette mission de l’Église.  Et l’Église le fait avec crainte et joie. 

     

    La joie, on comprend facilement.  La crainte, ce n’est pas du tout la peur dans le langage biblique.  La crainte, c’est l’étonnement devant ce qui vient de nous être dit.  Autrement dit, la Bonne Nouvelle que nous avons à annoncer au monde ne « passera » que si nous en sommes étonnés et émerveillés.  La résurrection et la certitude d’un Dieu qui nous aime nous émerveille-t-elle encore et nous comble-t-elle encore de joie ?

     

    C’est alors qu’elles font cette démarche que Jésus vient à leur rencontre.  Étonnant …  Il aurait pu venir à leur rencontre avant qu’elles ne partent …  Eh bien, non, Jésus ne nous rencontre que lorsque nous partons en mission, que lorsque nous sommes les témoins de sa Bonne Nouvelle.  C’est une manière de nous dire que lorsque nous l’annonçons, il est toujours avec nous ; qu’il ne nous laissera jamais seul dans l’annonce de l’Évangile ; il est le premier annonciateur de la Bonne Nouvelle.  Et c’est pour cela qu’il leur dit : « Soyez sans crainte », « ne soyez pas étonnés ». 

    Après l’étonnement, il faut annoncer.  N’est-ce pas ce que nous vivons à chaque eucharistie virtuelle ou réelle ?  Pendant une heure, nous nous étonnons d’un Dieu si proche de nous …et puis nous sortons de l’église pour l’annoncer et en vivre.

     

    Les grands-prêtres et les Anciens, eux, n’entrent pas dans cette Bonne Nouvelle : ils n’acceptent pas d’être étonnés, bouleversés, envoyés …  Et donc, rien n’a changé.  Quand on n’accepte pas un Dieu proche, on choisit un autre dieu tout proche, le dieu argent.  C’est ce Dieu que Judas a choisi et qui a conduit à la mort ; c’est ce Dieu que les gardes accepteront et qui servira à dire que Jésus est toujours dans la mort.  Oui, tous les jours, il nous faut choisir entre le Dieu de la Vie – Jésus ressuscité – ou le Dieu de la mort – Mammon -.

     

    Avec le psaume, disons-lui : « Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie !  À ta droite, éternité de délices ! ».    

     

            Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

     


     

     

    Dimanche de la Résurrection          12 avril 2020

     

    « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. » (Jn 20, 1-9)

    On n’arrête pas de nous dire - très justement par ailleurs - de ne pas sortir de nos maisons.  Mais aujourd’hui, nous célébrons celui qui est sorti de sa dernière demeure.  Et alors que nous sommes confinés, voilà que l’évangile nous invite à courir !!! 

    Marie-Madeleine, partie avant tout le monde pour aller au tombeau en revient en courant …  Puis les deux autres qui s’y mettent aussi : Pierre et Jean.     

        

    Et la vie et Pâques nous font courir, même en pleine pandémie !

    La vie d’abord ...  Comme Marie-Madeleine, la vie nous fait courir quand nous avons l’impression que ce qui lui donnait de la saveur disparaît.  Jésus a donné de la saveur à l’existence de Marie, il l’a déjà ressuscitée en quelque sorte … et voici que tout semble avoir disparu.  Il était la lumière du monde … et plus de lumière ….  Il était le sel de son existence … et tout devient fade.  C’est son désespoir qui la fait courir et elle court vers l’Église : l’Église mystique – Jean – et l’Église institutionnelle – Pierre -. Si Jésus n’est plus là, est-ce que vous, Pierre et Jean, pourrez donner du sens et de la saveur à mon existence ?

     

    Voilà la première chose qui nous est demandée en ce matin de Pâques.  Être des hommes et des femmes qui sont là pour accueillir les détresses de leurs frères, pour écouter ce que le monde nous dit de sa recherche de sens. Être à notre tour le sel de la terre et la lumière du monde.

     

    Deuxième sprint.  Celui de Pierre et de Jean.  Ils ne comprennent pas, mais ils vont jusqu’au tombeau.  Ils y seront témoins de l’impensable.  Il leur faudra entrer dans le tombeau et voir les signes de la mort, pour comprendre la résurrection.

     

    Voilà le deuxième travail qui nous est donné ce matin.  Il ne s’agit pas de croire en la Résurrection ; il s’agit d’en faire l’expérience : « il vit et il crut ».  L’Église et nos paroisses peuvent faire tous les discours possibles pour convaincre de la bonne foi de notre foi, … cela ne sert de rien.  Non, une communauté chrétienne, est une communauté qui fait d’abord l’expérience inouïe d’un Dieu vivant aujourd’hui.  Et cela, nous ne pouvons le faire que par la prière et par l’action ; les deux ensemble indissociablement !

     

    Par la prière : Si Jésus n’est pas vivant, à quoi ça sert de le prier ?  Plus nous prierons, plus nous goûterons que toi, Jésus, tu n’es pas une idée ancienne, mais que tu es là aujourd’hui. Je peux te parler comme un ami parle à son ami.

     

    Par l’action : C’est par nos actes que les habitants de notre monde pourront comprendre que Jésus est vivant.  Il n’a plus que nos mains et nos jambes aujourd’hui pour annoncer la Bonne Nouvelle.  C’est ce que Pierre fera, avec les Apôtres et les premiers chrétiens.  C’est ce que l’Église tente de faire depuis 2.000 ans et doit faire davantage encore aujourd’hui. 

     

    Voilà le vrai boulot de l’Église en ce dimanche de la Résurrection. 

    Sainte fête de Pâques.

    Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! 

     


     

     

    Samedi-Saint                                                       11 avril 2020

    On confond souvent le Samedi-Saint et la Vigile Pascale.  En fait, la Vigile Pascale se célèbre la nuit de Pâques …  Elle est déjà le dimanche de la Résurrection, puisque pour nos frères juifs, le jour commence la veille au soir.

    En fait, le Samedi-Saint, est le « jour des ténèbres ».  Il n’y a aucun office, si ce n’est la Liturgie des Heures (le Bréviaire, pour faire court). En Jésus, la mort a frappé Dieu « en plein visage ».

    C’est le jour du grand silence.  Le Samedi-Saint, l'Église demeure auprès du tombeau de son Seigneur dans le silence.

    Je respecterai aussi ce silence.  Je vous laisse seulement un extrait d’une très ancienne homélie du Samedi-Saint.  Méditons-la lentement … dans le silence …

    « Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles (...). Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut aller visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve, captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils (...) ‘Je suis ton Dieu, et à cause de toi je suis devenu ton Fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, je suis la Vie des morts’ » (Ancienne homélie pour le Samedi Saint : PG 43, 440A. 452C. 461).

     

     


     

    Vendredi Saint   10 avril 2020

    Chemin de Croix

     

    in Prières de Michel QUOIST

    1ère Station : Jésus est condamné à mort

     

    C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. » Alors ils crièrent: « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi ? » Les chefs des prêtres répondirent : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » Alors il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié et ils se saisirent de lui. (Jn 19,14-16)

     

    Seigneur, il est trop tard pour te taire,

    tu as trop parlé;

    il est trop tard pour te laisser faire,

    tu t’es trop battu.

    Tu n’étais pas raisonnable, non plus, tu exagérais,

    ça devait arriver.

    Tu as traité les gens de bien, de race de vipères.

    Tu as embrassé les lépreux pourris.

    Tu as parlé avec les étrangers.

    Tu as dit que les prostituées seraient les premières au paradis.

    Tu as été ami avec les pauvres, les pouilleux, les estropiés.

    Tu as été un mauvais pratiquant des règlements religieux.

    Tu as voulu interpréter la Loi

    et la réduire à un seul petit commandement : Aimer.

    Maintenant, ils se vengent.

    Ils ont fait des démarches contre toi.

     

    Seigneur, je sais que si j’essaye de vivre un peu comme toi,

    je serai condamné. J’ai peur. On me montre déjà du doigt.

    Certains sourient, d’autres se moquent.

    Certains sont sur le point de me trahir.

    J’ai peur de m’arrêter en chemin.

    J’ai peur d’écouter la sagesse des hommes.

    Et pourtant, Seigneur, je sais que tu as raison,

    Aide-moi à lutter, aide-moi à parler,
    aide-moi à vivre ton Evangile jusqu’au bout,

    jusqu’à la folie, la folie de la Croix.

     

     

    2ème Station : Jésus est chargé de sa croix

     

    Jésus, portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu-dit « Le Crâne, ou Calvaire », en hébreu : Golgotha. (Jn 19,17)

     

    Seigneur, voilà ta Croix.

    Ta croix, comme si c’était ta croix!

    Tu n’en avais pas,

    tu es venu chercher les nôtres,

    et tout au long de ta vie, t

    out au long du chemin de ta passion,

    tu as pris – un à un –

    les péchés du monde entier.

    Marche maintenant,

    Et courbe-toi,

    Et souffre,

    Mais avance,

    Il faut que la croix soit portée

     

    Seigneur, tu chemines silencieusement ;

    c’est donc vrai qu’il y a un temps pour parler et un autre pour se taire ?

    C’est vrai qu’il y a un temps pour lutter

    et un autre pour accepter de porter en silence

    nos péchés et les péchés du monde ?

    Seigneur, j’aimerais mieux me battre avec la croix;

    mais la porter, c’est dur.

    Et plus j’avance, plus je regarde le mal dans le monde,

    plus la croix pèse sur mon épaule.

     

    3ème Station : Jésus tombe pour la première fois

     

    L’Évangile ne dit rien des chutes de Jésus sous  le poids de sa croix, mais il les laisse entendre quand il nous montre les soldats réquisitionnant Simon de Cyrène pour l’aider à la porter. Aussi, la tradition indique une première chute dans la ville de Jérusalem, avant la rencontre avec le Cyrénéen.

     

    Il est tombé.

    Un instant il a titubé, comme un homme ivre,

    et puis il s’est abattu.

    Dieu a mordu la poussière.

    Ainsi, Seigneur, à ta suite, 

    je suis parti confiant,

    et me voilà tombé.

    Je croyais pourtant m’être définitivement donné à toi,

    mais je t’ai laissé.

    J’ai laissé l’encombrante croix  et me voici en dehors du chemin.

    Et les autres passent sur la route, Seigneur, brisés, foutus.

    Et les croix se préparent et les dos s’arrondissent.

     

    Seigneur, donne-moi non seulement de partir à ta suite,

    mais aussi de tenir.

    Évite-moi ces fautes de surprise qui me laissent stupide et vide, 

    loin de ton chantier où se bâtit le monde.

     

    4ème Station : Jésus rencontre sa mère

     

    L’Évangile de Jean nous montre Marie au pied de la croix avec des saintes femmes. Une tradition qui remonte au 5ème siècle veut qu’elle ait rejoint son fils pendant le trajet et compati à ses souffrances, les offrant pour nous avec sa douleur.

     

    Seigneur, ta pauvre Mère me fait pitié.

    Elle suit. Elle te suit.

    Elle suit l’humanité sur son chemin de Croix.

    Elle marche dans la foule, anonyme,

    mais elle ne te quitte pas des yeux. 

    Pas un de tes gestes, pas un de tes soupirs,

    pas une de tes blessures ne lui sont étrangers.

    Elle connaît tes souffrances.

    Et sans t’approcher, sans te toucher, sans te parler,

    avec toi, Seigneur, elle sauve le monde !

     

    Souvent, mêlé aux hommes,

    je les accompagne sur leur chemin de croix, et je suis écrasé par le mal.

    Je me sens incapable de sauver le monde.

    Il est trop pesant et trop pourri et chaque jour au détour de la route,

    je fais connaissance avec de nouvelles injustices

    et de nouvelles pauvretés.

    Seigneur, aide-moi à cheminer parmi les hommes.

    Fais que jamais je ne baisse les yeux.

    Que jamais je ne ferme mon cœur.

     

     

    5ème Station : Simon de Cyrène porte la croix derrière Jésus

     

    Pendant qu’ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. (Lc 23,26)

     

    Il passait sur la route, ils l’ont réquisitionné.

    C’est le premier venu, un inconnu.

    Seigneur, tu acceptes  son aide.

    Seigneur Tout-Puissant,

    tu te fais aider par l’homme impuissant.

     

    Seigneur, tu veux avoir besoin de l’homme.

    Seigneur, j’ai besoin des autres.

    La route des hommes est trop dure pour être parcourue seul.

    Mais j’écarte les mains qui se tendent.

    Je veux agir seul, je veux lutter seul, je veux réussir seul.

    Et pourtant à mes côtés cheminent un ami, un époux, un frère,

    des voisins, des copains d’école, des collègues de travail...

    Tu les as placés là, Seigneur, et je les ignore trop souvent.

    Pourtant, c’est tous ensemble que nous sauverons le monde !

    Seigneur, aide-moi à découvrir tous les « Simon » de ma route,

    tous ceux qui m’accompagnent au fil des jours.

     

     

    6ème Station : Véronique essuie la face de Jésus

     

    L’Évangile ne nous dit rien de cette femme qui essuya le visage de Jésus, couvert de sueur et de sang, et en reçut l’empreinte sur son linge. On  vénérait à Rome, au 12ème siècle, le voile de Véronique, et l’événement sans doute légendaire fut commémoré dans le chemin de croix.

     

    Seigneur, elle t’a longuement regardé.

    Elle a souffert de ta souffrance.

    N’y tenant plus, elle a bousculé les soldats

    et d’un linge fin essuyé ton visage.

    Tes traits ensanglantés

    furent-ils fixés sur son linge ?

    Peut-être.

    En son cœur, sûrement !

     

    Seigneur, il me faut te contempler longuement, gratuitement,

    comme le petit frère admire et aime son grand frère.

    Car je veux te ressembler et, pour cela, d’abord te regarder.

    Si tu veux, je deviendrai un peu comme toi,

    puisque l’ami qui aime son ami devient une seule âme avec lui.

    Mais, Seigneur, trop souvent je passe devant toi, insouciant,

    ou je m’ennuie quand je m’arrête et te regarde.

    Et de toi j’offre aux autres une bien triste caricature.

    Pardon pour mon regard voilé.

    Pardon pour mon cœur encombré.

    Mais Seigneur, viens tout de même chez moi, mes portes sont ouvertes.

     

     

    7ème  Station : Jésus tombe pour la deuxième fois

     

    C’est encore la tradition qui nous rapporte cette deuxième chute de Jésus, qui aurait eu lieu à la porte de la ville, dite la Porte judiciaire. Les pèlerins de Jérusalem la commémorent depuis le 13ème siècle.

     

    Seigneur, tu n’en peux plus.

    A nouveau, te voilà par terre.

    Cette fois, ce n’est plus seulement

    le poids de la croix qui provoque la chute, mais la fatigue accumulée, la lassitude.

    Ainsi la souffrance répétée endort la volonté.

     

    Mes péchés, Seigneur, sont de terribles endormeurs de conscience.

    Je m’habitude très vite au mal : un manque de générosité ici,

    une infidélité là, une simple imprudence plus loin...

    Et mon regard s’obscurcit, je ne vois plus les obstacles,

    je ne vois plus les autres sur ma route.

    Et mes oreilles se ferment,

    je n’entends plus la plainte des hommes.

    Seigneur, je t’en prie, garde-moi jeune dans mes efforts.

    Epargne-moi l’habitude qui endort et qui tue.

     

     

    8ème Station : Jésus rencontre les femmes de Jérusalem

     

    Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que les femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23,27-29)

     

    Elles pleurent. Elles sanglotent.

    Ça se comprend. Il y a de quoi.

    Si vous voyiez dans quel état ils l’ont mis.

    Et elles sont impuissantes,

    elles ne peuvent intervenir.

    Alors elles pleurent.

     

    M’apitoyer sur tes souffrances et sur les souffrances du monde,

    j’y arrive, Seigneur.

    Mais pleurer sur mes péchés, c’est autre chose.

    J’aime autant me lamenter sur ceux des autres.

    C’est plus facile.

    J’en ai trouvé des coupables : la politique, l’économie, la pauvreté, l’alcool, le cinéma, le travail, les curés qui ne comprennent rien,

    les gens qui ne font rien, les chrétiens...

    Et bien d’autres, Seigneur, bien d’autres !

    Au total, à peu près tout le monde, sauf moi !

    Seigneur, apprends-moi que je suis un pécheur.

     

    9ème Station : Jésus tombe une troisième fois

     

    À partir du 15ème siècle, les pèlerins de Jérusalem vénéraient près de l’église du Saint Sépulcre un lieu où l’on dit que notre Seigneur, portant sa pesante croix, tomba sous son poids, saisi d’angoisse et d’effroi en apercevant devant lui le rocher du Calvaire.

     

    Encore !

    Les soldats ont beau taper dessus.

    Il ne bouge plus.

    Seigneur, es-tu mort ?

    Non, mais à bout de forces.

    Minute d’angoisse affreuse.

    Il faut repartir immédiatement, dans l’état où tu es, Seigneur,

    et puis marcher. Un pas, puis un autre et d’autres encore...

     

    Encore.

    A chaque fois je retombe. Je n’y arriverai jamais.

    Je l’ai dit quelquefois, Seigneur, et je t’en demande pardon.

    Si je me décourage, Seigneur, je suis perdu.

    Si je lutte encore, je suis sauvé

     

     

    10ème Station : Jésus est dépouillé de ses vêtements

     

    Ils prirent ses habits; ils en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas.  Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, tirons au sort celui qui l’aura. » C’est bien ce que firent les soldats. (Jn 19,23-24)

     

    Tu n’avais plus que ta robe à toi.

    Tu y tenais, ta mère te l’avait tissée.

    Mais c’était encore trop.

    Une seule chose est nécessaire, Seigneur :

    ta Croix.

    Cette fois, tous les obstacles sont tombés entre vous deux.

    Vous allez pouvoir enfin rester ensemble pour toujours.

    En couple tragique, vous sauverez le monde !

     

    Ainsi, Seigneur, je dois abandonner tous ces vêtements de parade

    qui me gênent en ma vie.

    Cet « Avoir » qui étouffe l’« Être » en moi et me sépare des autres.

    Ainsi, Seigneur, peu à peu, je dois faire mourir en ma vie,

    tout ce qui n’est pas fidélité à ta volonté.

    Je n’aime pas cela, Seigneur. Comme tu es exigeant.

    Je donne et tu réclames encore.

    Je voudrais garder quelques petites choses.

    Mais si tu veux tout, Seigneur, prends tout.

    Et aide-moi à te le donner

     

     

    11ème Station : Jésus est cloué sur la croix

     

    Lorsqu’on fut arrivé au lieu-dit : Le Crâne ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,33-34)

     

    De tout ton long, Seigneur,

    tu t’étends sur la croix.

    Voilà.

    C’est parfait.

    Il n’y a pas à dire, elle est faite pour toi.

    Tu l’occupes tout entière,

    et pour être plus sûr d’y adhérer davantage,

    tu laisses les hommes t’y clouer soigneusement.

    Seigneur, c’est du travail bien fait, du travail consciencieux.

    Maintenant, tu coïncides exactement avec ta croix. 

    Ne bouge plus!

     

    Ainsi, Seigneur, je dois rassembler mon corps, mon cœur, mon esprit.

    Et de tout mon long, m’étendre sur la croix de l’instant présent,

    avec ses souffrances, ses doutes.

    Tu me présentes ma croix, chaque jour,

    chaque minute et je dois l’occuper.

    Ce n’est pas facile, Seigneur.

    L’instant présent est si étroit,

    il n’y a pas moyen de se retourner.

    Pourtant, Seigneur, je ne te rencontrerai pas ailleurs.

    C’est là que tu m’attends.

    C’est là qu’ensemble nous sauverons nos frères.

     

     

    12ème Station : Jésus meurt sur la croix

     

    Jésus dit : « J’ai soif. » Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche.  Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. »

     

    Encore quelques heures,

    encore quelques minutes,

    encore quelques instants.

    Voilà 33 ans que ça dure.

    33 ans que tu as vécu sérieusement,

    minute après minute.

    Tu ne peux plus échapper maintenant.

    Tu es là, tout au bout de ta vie, tout au bout de ta route.

    Il faut faire le dernier pas : le pas du don.

    Tu hésites !

    Il faut te décider, Seigneur, tout est prêt.

    Tu es là, immobile sur ta croix. 

    Pourtant la vie circule encore dans ce corps attaché.

    Cette fois la vie s’enfuit, désertant chaque membre un à un.

    Seigneur, encore un effort.

    L’humanité est là qui attend sans le savoir, le cri de son sauveur.

    Tes frères sont là. Ils ont besoin de toi.

    Ton Père se penche et déjà tend les bras.

     

    Seigneur, sauve-nous,

    sauve-nous !

    Tu as tout donné pour nous !

     

    Puis inclinant la tête, il remit l’esprit. (Jn 19,28-30)

     

    Le Christ vient de mourir pour nous.

     

    Une minute de SILENCE

     

     

    13ème Station : Jésus est détaché de la croix et remis à sa mère

     

    Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Un des soldats avec sa lance perça le côté de Jésus ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. (Jn 19,25. 34.38)

     

    Ton ouvrage est terminé.

    Tu peux lâcher ton outil.

    Tu peux descendre te reposer.

    Tu l’as bien mérité.

    Lentement, tu glisses comme un homme fatigué de son travail

    et qui tombe de sommeil.

    Ta maman te reçoit en ses bras.

    Tu reposes en paix.

    Sur ton visage calme et détendu, on dirait une lueur de joie.

     

    Ainsi chaque soir, je m’endors, ma journée terminée.

    Dans quel état, Seigneur, me suis-je mis quelquefois !

    Marie, accepteras-tu tout de même de me veiller toutes les nuits ?

    N’oublie pas, tu es le refuge des pécheurs.

    Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour moi pauvre pécheur.

    Fais que chaque soir, je puisse m’endormir dans tes bras, en paix.

     

     

    14ème station : Jésus est déposé au tombeau

     

    Prenant le corps de Jésus, Joseph l’enveloppa dans un linceul neuf, et le déposa dans le tombeau qu’il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. (Mt 27,59-60)

     

    Maintenant, n’en parlons plus.

    Rentrez tous chez vous.

    Il est enseveli et la pierre est posée.

    La famille pleure et les amis sont désemparés.

    Tout est fini cette fois.

    Seigneur, ce n’est pas fini.

    Si la route de la vie est dure et monotone,

    si elle mène au tombeau, je sais qu’au-delà du tombeau,

    tu m’attends glorieux.

     

    Seigneur, aide-moi à fidèlement parcourir mon chemin,

    bien à ma place dans le monde.

    Aide-moi surtout à te reconnaître

    et à t’aider en tous mes compagnons de route.

    Car ce serait mentir de pleurer devant ta croix,

    si je ne te suivais pas, vivant, sur la route des hommes.

     

     

     


     

     

    Jeudi-Saint                                       9 avril 2020 

     

    « Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche. »

     

    « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. » (Ex 12, 1-8.11-14)

     

     

    « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13, 1-15)

     

    En cette fête du dernier repas de Jésus et de la première eucharistie, contemplons ces trois phrases de la liturgie de ce soir.  Elles nous disent toutes les trois ce qu’est l’eucharistie dont vous êtes cruellement privés depuis tant de temps et sans doute encore pour un long temps …

     

     

    L’eucharistie nous dit l’Exode est d’abord un repas communautaire.  S’il n’y a pas assez de monde sous le toit pour manger l’agneau pascal, eh bien, on invite la voisine …  Le lieu où nous avons coutume de nous rassembler pour le repas - l’église, ekklesia - est un mot qui veut dire d’abord : le rassemblement, la convocation.  Célébrer l’eucharistie, c’est d’abord et avant tout reconnaître que nous sommes appelés, tous et chacun, par le Seigneur, à venir célébrer son repas.  Il ne s’agit pas d’avoir « sa » messe, comme je l’entends encore parfois.  Il s’agit de nous rassembler là où le Seigneur nous a invités.  Et je vous l’ai dit hier : « ce soir, il nous invite chez nous, ou mieux, il s’invite chez nous ».  Évidemment, si l’on est plusieurs, facile de faire église … mais si je suis tout seul ce soir, comment vivre ce rassemblement : les voisins ne peuvent même pas m’inviter … J’ai été frappé par les funérailles de ce jeune, retrouvé noyé dans la Meuse.  On était déjà dans le confinement, et donc, impossible de participer aux funérailles.  Ses amis et ses amies, sont allés mettre sur les chaises de l’église leur photo.  Ainsi, mystérieusement, ils étaient là.  Ce soir, je vous invite donc à mettre en pensée, plein de personnes dans votre église-maison : de la famille, des amis, des voisins, des souffrants, des soignants ...  Vous verrez, elle débordera vite.

     

     

     

    Deuxième chose que nous dit l’Exode : Que votre messe ne dure pas trop longtemps !!! Étonnant, non ?  Eh bien non ! « Pâque » signifie « passage » et pour les Hébreux, c’était le passage de l’esclavage à la liberté.  Mais très vite, dans le désert, ils regretteront la soupe à l’oignon qui leur était servie en Égypte.  Ce n’est pas une blague : allez relire le livre de l’Exode.  Étonnant …  En même temps, nous voulons sortir de notre esclavage et en même temps, fondamentalement on y est si bien.  Oui, on a envie que l’après Covid ouvre un autre monde … mais en même temps, on n’est pas si mal dans nos habitudes et notre confort.  Il ne faut donc pas trainer quand le Seigneur nous invite à sortir, sinon nous risquons vite de faire marche arrière.  Je nous invite donc, en ce Jeudi-Saint à prendre une « résolution » pour l’après Covid.  N’en prenez qu’une car « qui trop embrasse, mal étreint ».  Mais prenez-la vite … sans trainer … cette journée même … et confiez-la de suite au Seigneur : profitez-en, il est venu souper chez vous. Vite, vite, vite, sinon, gare à la marche arrière !!!

     

     

     

    Et enfin, l’Évangile nous explique pourquoi il faut aller très vite.  C’est le lavement des pieds.  Je vous ai mis la photo de François lavant les pieds de prisonniers.  Durant tout ce confinement, je - ou plutôt les lectures - vous ai parlé de service.  Aujourd’hui, Jésus nous dit jusqu’où il faut aller : à genoux devant des personnes malhonnêtes : voleurs, criminels …  À genoux : dans un geste d’adoration et donc aussi, plus bas qu’eux, en-dessous d’eux.  Avouez que là, nous sommes dans la sainteté 5 étoiles.  Et pourtant, « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. »  Vite, sinon, vous et moi nous allons faire marche arrière …   Personnellement, je sens que j’appuye déjà sur la pédale de l’embrayage ! Mais ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu.  Ce qui est impossible à l’homme seul est possible avec Dieu le Père, par Jésus son Fils et dans l’Esprit de force et de persévérance.

     

      

     

     


     

    Mercredi-Saint            8 avril 2020

    « Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. » (Is 50, 4-9a)

    « Allez à la ville, chez untel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” » (Mt 26, 14-25)

     

    « C’est chez toi que je veux célébrer la Pâque ».  Jamais, sans doute, cette parole de l’Évangile n’a-t-elle été aussi actuelle : Chez toi ! Nous avions … et nous retrouverons, j’en suis sûr, la bonne et joyeuse habitude de nous rendre à l’église - dans la maison de Dieu - pour célébrer le Triduum Pascal.  Évidemment, c’est très bien.  Le risque, c’était de finir par croire que c’était nous qui, en quelque sorte, nous invitions chez Dieu, alors que c’est toujours lui qui a l’initiative.  Ce confinement nous donne l’occasion de redécouvrir que c’est le Seigneur qui a le gouvernail ; c’est lui qui décide de vivre sa Pâque chez nous.

     

    Rappelons-nous les paroles de Jésus à Zachée : « Aujourd’hui, je viens manger chez toi ».  Il est le petit, le rejeté, le pécheur public … et Jésus s’invite.  De la même manière, il s’invite chez moi pendant ces jours saints.  Peu importe qui je suis, ce que j’ai fait ou pas fait, mon « degré de foi » …  Il n’en a rien à faire …  Il veut juste venir manger chez nous !

     

    Mais Jésus est Amour et l’Amour ne s’impose pas.  Il viendra si je le veux.  Écoutons l’Apocalypse : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. »  Nous n’avons rien à faire, si ce n’est à ouvrir la porte.  Il apportera du pain et du vin ; la croix aussi … ; mais la lumière de la résurrection par-dessus tout.  Et cela, si et seulement si je lui ouvre la porte, et comme disait notre Pape, sans ‘si’ et sans ‘mais’.   

     

    Et la première lecture nous dit comment nous pouvons lui ouvrir la porte : « pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé ».  Car, avec saint Jean, nous savons que « celui qui dit ‘jaime Dieu’ et qui déteste son frère est un menteur ».  La porte ne pourra s’ouvrir que si je décide en ces jours de soutenir quelqu’un d’épuisé.  Le reste n’a aucune importance.  Seul l’amour compte, seul l’amour reste, l’amour seul est le révélateur de notre foi.

     

    Je ne suis ni Mère Teresa, ni l’abbé Pierre, ni François, ni …  Le Seigneur le sait, évidemment.  Mais, je suis moi, chez qui, avec qui le Seigneur a envie de prendre son repas pascal.  Alors, trouve le petit, le tout petit geste d’amour que tu vas faire pour soutenir quelqu’un d’épuisé aujourd’hui.  En ces temps, tu n’as vraiment que l’embarras du choix …  Et si tu le fais, voici que le verrou de ta porte d’entrée va exploser et sous le vent de l’Esprit, la porte s’ouvrira toute grande.  Et tu verras le Seigneur entrer chez toi.  Et il n’y viendra pas seul : il viendra « avec ses disciples », il viendra avec l’Église tout entière.  Et ta maison deviendra et église et Église !

     


     

    Mardi-Saint        7 avril 2020

     

    « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » (Is 49, 1-6)

     

     

     

    J’ai de la valeur aux yeux de Dieu ; il est ma force.  Comment ?  La première lecture d’hier nous y préparait : « Voici mon serviteur que je soutiens » … que je « sous-tiens », que je supporte, que je « sous-porte ». Voilà comment le Seigneur montre la valeur que nous avons à ses yeux : en nous tenant-par-dessous, en nous portant.  Rappelons-nous l’histoire de la brebis perdue qu’il prend sur ses épaules . Et nous dit la parabole : « Il est tout joyeux de nous porter … » Voilà comment nous découvrons notre valeur : en nous laissant être porté joyeusement.  Notre valeur est immense, car, porté sur les épaules de Jésus, nous devenons plus haut que lui.  Cela émerveillera la petite Thérèse de Lisieux !  Mais n’est ce pas le rêve de tout maître que d’être dépassé par le disciple ?

     

     

    Mais souvent, nous ne nous rendons pas compte que nous sommes portés.  C’est la belle parabole des pas sur le sable que je vous rappelle : « J'ai rêvé que je cheminais sur la plage en compagnie du Seigneur, et que, dans la toile de ma vie se réfléchissaient tous les jours de ma vie. J'ai regardé en arrière, et j'ai vu qu'à ce jour où passait le film de ma vie surgissaient des traces sur le sable : L'une était mienne, l'autre celle du Seigneur. Ainsi nous continuions à marcher jusqu'à ce que tous mes jours fussent achevés. Alors je me suis arrêté, j'ai regardé en arrière. J'ai retrouvé alors qu'en certains endroits il y avait seulement une empreinte de pieds ... Et ces lieux coïncidaient justement avec les jours les plus difficiles de ma vie, Les jours de plus grande angoisse, de plus grande peur, et de plus grandes douleurs ... J'ai donc interrogé : Seigneur, tu as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie, et j'ai accepté de vivre avec toi. Mais, pourquoi m'as-tu laissé seul, dans les pires moments de ma vie ? Et le Seigneur me répondit : Mon Fils, je t'aime, j'ai dit que je serais avec toi durant la promenade, et que je ne te laisserais pas une seule minute. Je ne t'ai pas abandonné. Les jours où tu as vu à peine une trace sur le sable furent les jours où je t'ai porté .... »

     

     

    Dans le récit de la Passion, nous voyons Symon de Cyrène qui, sans le savoir et en étant forcé de le faire, va porter aussi … non pas Jésus, mais sa Croix.  Jésus l’a-t-il sû ?  Ce n’est pas dit …  Peut-être ne s’est-il pas rendu compte de la présence de Symon :  La croix était tellement lourde …  Mais combien plus lourde aurait-elle été sans la présence de ce réquisitionné !

     

     

    Nous voilà donc invités à devenir des Symon, ou encore des Christophe …  Vous vous souvenez ?  Il était passeur de voyageurs à travers un torrent impétueux. Un jour, arrive un petit enfant. S’appuyant sur son bâton, Christophe le prend sur ses épaules pour lui faire traverser le torrent et son danger mortel. Il s’étonne de son lourd poids mais l’enfant lui répond :  « En me portant, c’est le monde entier que tu as porté. »   

     

     


     

     

    Lundi-Saint                                                          6 avril 2020

    « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; (…) Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton. (…)                   Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit. » (Is 42, 1-7)

     

    Servir …  Voilà sans doute le verbe qui revient le plus souvent durant la Semaine Sainte que nous venons de commencer.  Servir, mais servir comme et à la suite de Jésus.  Déjà hier, nous l’avons vu ; aujourd’hui encore avec ce texte d’Isaïe ; Jeudi avec le lavement des pieds …

    Et on comprend que les Juifs n’aient pas pu accepter un Messie qui serait un Serviteur.  Naturellement, ne préférions-nous pas tous les héros glorieux.  Je n’ai évidemment rien contre cet homme qui n’a pas choisi son patronyme, mais avouez que le joueur de football qui s’appelle « Messi » pourrait symboliser les héros des temps modernes !!!

     

    Et puis, avec cette pandémie, nous découvrons les vrais héros de notre temps …  Point n’est besoin de les citer encore, mais peut-être leur dire - ou savoir - que le texte d’Isaïe s’adresse bien à eux.  Ils sont soutenus par le Seigneur ; ils n’éteignent pas la mèche qui faiblit ; et tout cela, sans hausser le ton, car nous le savons : « Le bien ne fait pas de bruit ».

     

    Et François, hier, de nous rappeler la grandeur du service.  Écoutez : « Le drame que nous sommes en train de traverser en ce moment nous pousse à prendre au sérieux ce qui est sérieux, et à ne pas nous perdre dans des choses de peu de valeur ; à redécouvrir que la vie ne sert à rien si on ne sert pas. Parce que la vie se mesure sur l’amour. Alors, en ces jours saints, à la maison, tenons-nous devant le Crucifié – regardez, regardez le Crucifié ! –, mesure de l’amour de Dieu pour nous. Devant Dieu qui nous sert jusqu’à donner sa vie, demandons, en regardant le Crucifié, la grâce de vivre pour servir. Cherchons à contacter celui qui souffre, celui qui est seul et dans le besoin. Ne pensons pas seulement à ce qui nous manque, pensons au bien que nous pouvons faire. »

     

    La vie ne sert à rien si on ne sert pas …  Beau programme, non ? Et s’adressant aux jeunes - faut-il vous rappeler que nous sommes tous jeunes, même si certains le sont depuis plus longtemps que d’autres … - il leur disait … et donc, il nous dit : « N’ayez pas peur de dépenser votre vie pour Dieu et pour les autres, vous y gagnerez ! Parce que la vie est un don qui se reçoit en se donnant. Et parce que la joie la plus grande est de dire oui à l’amour, sans ‘si’ et sans ‘mais’. Dire oui à l’amour, sans ‘si’ et sans ‘mais’. Comme l’a fait Jésus pour nous. »

     


     

    Dimanche de la Passion et des Rameaux                           5 avril 2020

     

    Aujourd’hui, je laisse François vous parler, afin que vous viviez une sainte Semaine Sainte …

     

    « Chers amis, bonsoir!

     

    Ce soir, j'ai l'opportunité d'entrer chez vous d'une manière différente que d'habitude. Si vous le permettez, je voudrais m'entretenir avec vous quelques instants, en cette période de difficulté et de souffrance. Je vous imagine dans vos familles, tout en vivant une vie insolite pour éviter la contagion. Je pense à la vivacité des enfants et des jeunes qui ne peuvent pas sortir, aller à l'école, faire leur vie. J'ai dans mon cœur toutes les familles, en particulier celles qui ont un être cher ou qui ont malheureusement connu un deuil dû au coronavirus ou à d'autres causes. Ces jours-ci, je pense souvent aux personnes seules, il est donc plus difficile de faire face à ces moments. Je pense surtout aux personnes âgées qui me sont si chères.

     

    Je ne peux pas oublier celui qui est malade du coronavirus, les gens hospitalisés. Je suis conscient de la générosité de ceux qui s'exposent au traitement de cette pandémie ou garantissent des services essentiels à la société. Combien de héros, chaque jour, chaque heure! Je me souviens aussi de ceux qui ont des difficultés financières et qui sont inquiets pour le travail et l'avenir. Une pensée va également aux détenus des prisons, auxquels s'ajoute la douleur de la peur de l'épidémie, pour eux-mêmes et leurs proches. Je pense aux sans-abri, qui n'ont pas de maison pour les protéger.

     

    C'est une période difficile pour tout le monde. Pour beaucoup, très difficile. Le Pape le sait et, avec ces mots, il veut parler à tout le monde de sa proximité et de son affection. Nous essayons, si nous le pouvons, de faire le meilleur usage de ce temps: nous sommes généreux; nous aidons ceux qui en ont besoin près de nous; nous recherchons, peut-être par téléphone ou réseau social, les personnes les plus solitaires; prions le Seigneur pour ceux qui sont éprouvés en Italie et dans le monde. Même si nous sommes isolés, la pensée et l'esprit peuvent aller loin avec la créativité de l'amour. Cela est nécessaire aujourd'hui : la créativité de l'amour.

     

    Nous célébrons la Semaine Sainte d'une manière très inhabituelle, qui manifeste et résume le message de l'Évangile, celui de l'amour de Dieu sans limites. Et dans le silence de nos villes, l'Évangile de Pâques résonnera. L'apôtre Paul dit: "Et il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et s'est levé pour eux" (2 Co 5, 15). Dans Jésus ressuscité, la vie a vaincu la mort. Cette foi pascale nourrit notre espérance. Je voudrais le partager avec vous ce soir. C'est l'espoir d'un temps meilleur, dans lequel nous pouvons être meilleurs, enfin libéré du mal et de cette pandémie. C'est un espoir : l'espoir ne déçoit pas; ce n'est pas une illusion, c'est un espoir.

     

    Ensemble, avec amour et patience, nous pouvons préparer un meilleur temps pendant ces jours. Je vous remercie de m'avoir permis d'entrer chez vous. Faites un geste de tendresse envers ceux qui souffrent, envers les enfants, envers les personnes âgées. Dites-leur que le Pape est proche et priez pour que le Seigneur nous libère bientôt du mal.

     

    Et vous, priez pour moi. Bon appétit. À bientôt ! »

     


     

    Samedi de la 5ème semaine de carême                                4 avril 2020

    « Je vais prendre les fils d’Israël parmi les nations où ils sont allés. Je les rassemblerai de partout et les ramènerai sur leur terre. J’en ferai une seule nation dans le pays, sur les montagnes d’Israël. » (Ez 37, 21-28)

     

    Le peuple élu est en exil à Babylone.  C’est l’époque des grands prophètes.  Parmi eux, Ézékiel.  Il va être le chantre de l’espérance ; cette espérance dont nous avons tant besoin aujourd’hui.  Dans ce temps terrible, il met les paroles de la première lecture du jour dans la bouche de Dieu :  Dieu ne les oublie pas, il va les ramener en Israël, mais surtout, de toutes les tribus, il va faire une seule nation, un seul peuple, une seule famille. 

     

    C’est depuis toujours le rêve de Dieu.  Dès le début du monde, Dieu avait imaginé un seul peuple.  Mais, rappelez-vous l’épisode de la tour de Babel (de Babylone) : les hommes vont se mettre à parler différentes langues et la tour va s’effondrer ; désormais l’humanité est partagée, divisée … et souvent en guerre. 

     

    Mais Dieu ne se lasse jamais de rassembler son peuple comme un troupeau.  S’il est souvent comparé à un berger, on pourrait le comparer aussi à un chien de berger.  Vous les avez déjà vu courir pour que le troupeau reste un.  Saint Jean le dira dans son Évangile en dévoilant le cœur de Jésus : « Que tous soient Un, comme toi et moi Père, nous sommes Un ».  Et à la Pentecôte, l’« Anti-Babel », voici que chacun entend dans sa langue les merveilles de Dieu.

     

    Nous sommes à Babylone.  Le risque est que chacun parle sa langue et soit « en Babel » en opposition avec son frère.  Et, en même temps, nous voyons déjà tant de signes d’être « en Pentecôte ».  Plus que jamais, nous découvrons que le Monde est un village ; qu’il n’y a qu’une seule race : la race humaine ; que le virus - et la guérison, ne l’oublions pas - ne fait pas de différences entre les hommes : tous, nous pouvons être touchés et tous, nous pouvons être guéris !!!  Ce temps nous rappelle que nous sommes Un et que nous devons l’être toujours davantage.

     

    Déjà, en temps normal, je suis tellement heureux de voir comment cela se vit déjà dans nos deux communes : les rassemblements autour des crèches de Noël, les apéros et barbecues de quartier … etc …  Aujourd’hui, il nous faut inventer ces rassemblements … sans être rassemblés.  Mais notre créativité peut et doit être sans limite.

     


     

    Vendredi de la 5ème semaine de carême                              3 avril 2020

     

    « Dans mon angoisse, j’appelai le Seigneur ;vers mon Dieu, je lançai un cri ; de son temple il entend ma voix : mon cri parvient à ses oreilles. » (Psaume 17)

     

     

    Où donc est Dieu ?

     

    Plus nous avançons dans cette pandémie, plus nous sommes touchés, parce que nous connaissons telle ou telle personne atteinte par le coronavirus, voire même telle ou telle famille marquée par un deuil suite au Covid19.  Et la grande question de l’humanité sur le mystère du Mal rejaillit … et c’est bien normal !  Je suis en train de relire la superbe œuvre de CAMUS : La Peste.  Vous vous souvenez sans doute de la phrase du Docteur RIEUX : « Je ne peux pas croire en un Dieu qui fait mourir les petits enfants innocents ».  Et je suis sûr que chacun, nous avons été bouleversés par la mort de la petite Rachel, âgée de 12 ans.  Où donc est Dieu ?  Comment vivre cette atrocité en tant que croyant ?

     

     

    Nous n’avons pas de réponse …  Cela m’a fait du bien - comprenez-moi bien - de voir pleurer Emmanuel ANDRÉ, lorsqu’il a dû annoncer le décès de cette fillette lors de la conférence de presse.  Ce grand scientifique, à ce moment-là, était simplement le papa de trois enfants.  À travers Rachel, il voyait sans doute ses enfants ; et à travers les parents de Rachel, il se voyait aussi.  Cela m’a fait du bien de voir cette humanité.

     

    Nous n’avons pas de réponse … si ce n’est celle-là …  « Pleurer avec », compatir.  Et si l’on va à l’étymologie grecque : « Être sympathique », c’est-à-dire, littéralement : « souffrir avec ».  Je le redis, ce n’est pas une réponse, mais, en même temps, c’en est une … une très belle.  Quand son ami Lazare est mort, Jésus n’a pas eu des paroles de consolation facile.  L’Évangile nous dit simplement : « Alors, Jésus pleura ».  Et un psaume dira : « Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ».

     

     

    Nous n’avons pas de réponse … mais, comme Rieux dans la Peste, nous devons travailler à faire reculer le Mal.  C’est ce que font tous les acteurs médicaux ; mais c’est ce que nous avons à faire aussi, à notre place, en respectant les règles de confinement …  Et cela va être difficile avec la météo quasi estivale qui s’annonce …  Rien ne sert de pleurer Rachel ou d’applaudir à 20.00, si nous ne luttons pas aussi contre la propagation de ce virus.  Ce n’est pas une réponse, mais, en même temps, c’en est une … une très belle.

     

     

    Et, enfin, comme dans le psaume de la liturgie de ce jour, n’ayons pas peur de nous tourner vers le Seigneur, non comme des béni-oui-oui, mais pour lui crier notre angoisse.  Relisez toute la Bible - en particulier l’Ancien Testament - et vous verrez que l’homme de la Bible vit tout avec le Seigneur : ses joies et ses peines, ses exultations et ses angoisses.  Oui, Seigneur, nous ne comprenons pas pourquoi tu laisses faire cela, mais nous savons que tu n’en es pas la cause.  Alors, dans les beaux comme dans les mauvais jours, je me tourne vers toi … et je sais que tu entends mon cri !    Ce n’est pas une réponse, mais, en même temps, c’en est une … une très belle.

     


     

    Jeudi de la 5ème semaine de carême                                   2 avril 2020

    « Cherchez le Seigneur et sa puissance, recherchez sans trêve sa face ; souvenez-vous des merveilles qu’il a faites, de ses prodiges, des jugements qu’il prononça. » (Psaume 104)

     

    Au séminaire, on nous disait : « Lorsque vous aurez le moral en berne, voilà deux trucs pour en sortir : rangez une armoire ou allez visiter un malade ».  Un séminariste un peu « toûrsiveûx » avait renchéri : « Et si l’on ne peut faire ni l’un ni l’autre ? ».  C’est un peu notre cas …  Nous avons déjà eu le temps de ranger toutes nos armoires et il nous est défendu d’aller visiter un malade. 

     

    Le professeur de séminaire, qui avait réponse à tout, avait répondu du tac au tac : « Alors, écrivez votre Histoire Sainte ».  N’est-ce pas l’invitation du psaume de ce jour ?  L’Histoire Sainte, nous connaissons …  Et ceux qui sont jeunes depuis longtemps l’ont encore apprise à l’école …  L’Histoire Sainte, c’était un moyen de découvrir la présence de Dieu, depuis ces braves Adam et Ève, jusqu’à Jésus.  On voyait ainsi que Dieu était toujours présent dans le monde qu’il avait créé et qu’il accompagnait son peuple dans les bons et les moins bons moments.

     

    Notre livre d’Histoire Sainte s’arrêtait à Jésus.  Écrire son Histoire Sainte, c’est écrire le Tome 2 de « L’histoire d’amour de Dieu et de son peuple ».  C’est ce petit devoir que je vous donne aujourd’hui et surtout si vous avez le moral en berne.  À défaut d’en trouver dans une grande surface, vous avez sûrement chez vous un petit carnet qui traine dans le fond d’un tiroir.  C’est le moment de l’en sortir.  Asseyez-vous paisiblement et commencez à vous demander : « Seigneur, quand as-tu été présent dans ma vie depuis ma naissance ? Quelles merveilles as-tu faites pour moi ? »

     

    Vous verrez : au début, c’est assez compliqué.  Car nous avons tous tendance à voir le négatif que le positif.  C’est moche, mais c’est ainsi !

    Et puis on trouve les « gros bateaux » : à ma naissance, à mon baptême, à ma communion …

    Mais, petit à petit, nous nous rappellerons de tel ou tel événement qui était enfoui au cœur de notre cœur.  Tel paysage contemplé en vacances, telle rencontre au boulot, tel bouquin ou émission qui m’avait bien plu, tel ou tel petit détail …  Et alors, quel émerveillement : « Tu étais là, Seigneur ».  Ou, comme Jacob, dans son combat : « Dieu était là, et je ne le savais pas ! »

     

    Alors, je vous invite à consigner cela dans votre petit carnet et, de temps en temps, de continuer à écrire ce tome 2.  Et quand vous serez vraiment « trop à plat » pour écrire, alors, relisez-le tout simplement …

     

    Pour ma part, ce matin, c’est une rencontre.  Je priais les Laudes dans mon oratoire - ma véranda -.  Un petit renard est apparu dans mon jardin.  Pas apeuré du tout, il m’a regardé et je l’ai regardé un bon temps, avant qu’il ne continue son trajet.  Et j’ai pensé au Petit Prince et au Renard.  Le Seigneur-Renard qui demande au Petit-Prince-Pierre de l’apprivoiser : « Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. »       

     


     

    Mercredi de la 5ème semaine de carême                           1er avril 2020

     

    « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » (Jn 8, 31-42)

     

    De çi, de là, j’entends dire que depuis le début de notre confinement, nous ne sommes plus libres ; que de nous demander de rester chez nous, de garder une distance respectable entre nous, de ne pas faire de provisions, de ne pas organiser de lockdowns, tout cela, ce sont des atteintes à notre liberté fondamentale.  Et, sans aller jusque là sans doute, il me faut avouer que j’ai parfois aussi l’impression d’être un peu moins libre aujourd’hui qu’il y a un mois …

     

     

    Et voilà que Jésus vient me dire que je suis tout-à-fait à côté de la plaque.  Il m’invite à me poser une question fondamentale : « Qu’est-ce qui me rend esclave, quand suis-je vraiment libre ? »  Je peux être esclave de mon internet, alors que je suis tout-à-fait libre de le posséder.  Et je peux être totalement libre dans mon monastère, alors que j’ai fait le vœu d’y rester toute ma vie.  Alors, où se situe la vraie liberté ou l’esclavage ?

     

    Jésus est clair.  La liberté est dans la vérité et l’esclavage, dans le mensonge.  L’hébreu, vous le savez, est une langue très concrète.  Le mot « èmeth »  signifie la « fermeté », et ainsi, plus largement, la fidélité, la foi, la confiance.  Être vrai, ce n’est donc pas, ce n’est pas « ne-pas-dire-des-mensonges-à-sa-maman » …  Pas du tout : être vrai, c’est être quelqu’un sur qui on peut s’appyer, à qui l’on peut faire confiance, qui est solide comme le roc.  C’est pourquoi Jésus dira qu’il est le VRAI pain ; qu’il est le Chemin, la VÉRITÉ et la Vie.  On peut compter sur lui, il est solide comme le roc. 

     

     

    Un chrétien est un imitateur du Christ.  Voilà donc mon boulot aujourd’hui.  Peut-on compter sur moi depuis le début de ce confinement ?  Ou vais-je me débiner à l’amour, avec toutes sortes d’excuses ?  « Chacun sa m…., j’en sors déjà pas avec moi-même … si, en plus, je dois être un roc pour les autres … »  Mais Jésus me redis que c’est à ce moment-là que je serai vraiment libre.  Si je m’enferme en moi-même, alors, je serai vraiment esclave.  Et est-il pire esclavage que le nombrilisme ?   Nous sommes, selon la belle expression « libres pour aimer » !  Et, en même temps, je ne peux aimer que si je suis libre …  Tu veux être libre durant ce temps de confinement : sois donc vrai …  Que l’on puisse te faire confiance, que tu sois solide comme le roc pour aimer et aider tes frères.

     

     

    Et n’oubliez pas de manger du poisson aujourd’hui ! 

     


     

    Mardi de la 5ème semaine de carême                                31 mars 2020

    « Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie ! » (Nb 21, 4-9)

     

    Nous le savons bien, le serpent était une divinité de Canaan, la nation détestée par dessus-tout par le peuple élu.  Et donc, forcément, le serpent l’était tout autant ; ce n’est pas pour rien que c’est un serpent qui va tenter Ève au jardin d’Eden.  Il est devenu l’image du Malin.

    Par ailleurs, le texte de ce jour nous montre que ce Malin donne la mort à ceux qu’il mord, à ceux qu’il touche, à ceux qu’il approche.  Nous comprenons sans peine le rapprochement avec notre situation … Notre « cher » Covid nous fait penser à ce serpent qui donne la mort.

     

    Face à ce virus, le Père dit de bâtir un autre virus : un serpent, mais fait d’airain.  Le mot hébreu « airain » (Nechuwshah) indique la force et l’invulnérabilité.  Face à un serpent qui peut être tué, anéanti, ce dresse un autre qui ne le peut.  Nous le savons, nous vaincrons le virus du Corona, mais au-delà, nous pourrons vaincre tout ce qu’il a mis en lumière de notre vie « d’avant » ; toutes ces choses qui nous rendaient moins humains.  Ce nouveau virus que le Seigneur met à l’honneur c’est lui.  Et ça, c’est l’Évangile d’aujourd’hui : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS » (Jn 8, 21-30).

     

    Oui, Jésus est le serpent d’airain qui sauve.

     

    Alors, comprenons bien.  Pas de magie à bon marché.  Le personnel soignant et les chercheurs vont vaincre la pandémie ; c’est leur boulot et nous continuons de leur dire merci tous les jours à 20.00.  Mais c’est à nous de vaincre notre « vie d’avant » avec le Seigneur.  Comment ?  Saint Jean le dit en trois mots : « Dieu est Amour ».

     

    Notre vie d’avant ne pourra être vaincu par aucun plan, par aucune méthode, par aucun redressement économique.  Notre vie d’avant ne pourra être vaincue que par l’Amour …  Alors, n’attendons pas la fin du confinement.  Au boulot, dès aujourd’hui ! 

     


     

    Lundi de la 5ème semaine de carême            30 MARS 2020

     

    Au nord de Naples, se trouve la commune de Capoue.  Si vous y allez un jour, surtout entrez dans la basilique Sant’Angelo où se trouvent encore des fresques du XIème siècle, dont cette scène de la femme adultère, l’évangile de ce jour. (Jean 8, 1-11).

     

    Elle était certainement très belle, mais ici, sa beauté est comme cachée, voilée par sa crainte devant le Seigneur.  « Que va-t-il faire ?  Que va-t-il me dire ? Que va-t-il m’arriver ? »  Car en plus du Seigneur, il y a les regards mauvais des autres personnages de la scène.  On peut imaginer Pierre à côté de Jésus et les accusateurs derrière la pécheresse.   Elle doit trembler de la tête aux pieds. 

     

    Jésus est le seul qui semble paisible dans la scène.  Et, même si ce n’est pas dans le texte biblique, sur cette fresque Jésus lui tend la main.  Elle, elle hésite encore un peu, mais on voit sa main droite qui pourrait peut-être rejoindre la main de Jésus.

     

    Cela nous rappelle la merveille d’un autre artiste : la création d’Adam de Michel Ange, dans la chapelle Sixtine.  Là, c’est Dieu le Père qui tend la main à Adam, au début du monde.

     

    Toujours le même refrain … Un nouveau monde … Le Père a créé le monde et l’a confié à Adam pour qu’il « le remplisse et le soumette », c’est-à-dire pour qu’il poursuive l’œuvre de la création … Mais qu’il le fasse dans l’esprit du Seigneur : pour la beauté, la bonté, la justice, le partage, l’égalité … Bref, les Béatitudes !

     

    La pécheresse, comme son nom l’indique, représente l’humanité qui n’a pas bien poursuivi l’œuvre de la création …  Et nous voici, aujourd’hui, tout tremblant devant le Seigneur.  Je le redis bien : il ne s’agit en aucun cas de voir le Covid19 comme une punition, ni même comme causé par notre péché …  Non … Mais cette pandémie nous a permis de voir tout ce qui n’allait pas dans notre monde.  Nous nous rendons compte que nous avons souvent « raté le coche » en plaçant tant de chose dans notre vie sur le « moi ».  Et nous aussi, nous risquons de trembler : « Qu’est-ce que le Seigneur va me dire ? Que va-t-il faire ?  Que va-t-il m’arriver ? »

     

    Aujourd’hui, comme il y a deux mille ans, le Seigneur nous tend la main.  Il veut faire du neuf avec nous ; il veut créer ce monde nouveau que nous devons co-créer, pro-créer avec lui.  François nous rappelait la nécessité de l’être-ensemble et du faire-ensemble.  Et le psaume du jour (Psaume 22) nous le redit avec un cœur rempli d’espérance pour demain : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien …  Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton - on pourrait dire ‘ta main’ - me guide et me rassure. »

     

     


     

    5ème DIMANCHE DE CARÊME                                      29 mars 2020

    Nous voici presque au terme de notre carême ; un carême très spécial, avouons-le, mais la liturgie nous donne déjà un avant-goût de la Résurrection ;  elle le fait comme pour nous dire : « Ne te trompe pas : ce que tu vas vivre la nuit de Pâques, chez toi, devant ta TV sans doute, ce n’est pas seulement la Résurrection de Jésus, mais c’est aussi, déjà, ici et maintenant, ta propre Résurrection. » 

     

                Cela commence doucement chez Ézéchiel : « Je vous ferai sortir de vos tombeaux ».  Cette prophétie ne parle pas vraiment encore de la résurrection des corps ni des exilés enterrés en exil mais bien de la restauration du peuple de Dieu, de la nation dispersée à Babylone. Sans vouloir s’imposer, Dieu tient avant tout à ce que son peuple le reconnaisse comme son Dieu, comme le Dieu de l’Alliance qui toujours ouvre les tombeaux, libère, renvoie à la vie. Alors qu’il est mort socialement, le peuple reçoit l’annonce de sa libération, de sa sortie du tombeau de l’Exil. N’est-ce pas un peu ce que nous vivons cette année ? C’est donc le réveil de l’espérance perdue, par l’action de l’Esprit de Dieu.  Alors, tu vis des situations de mort sociale, ta vie n’a plus beaucoup de sens, tu as l’impression que Dieu est loin de toi : « tracasse », comme disent les jeunes, Dieu n’a qu’une envie : nous faire sortir de l’obscurité des tombeaux.

     

                Paul nous explique cela un peu d’une autre manière : « Être mort, c’est vivre sous l’emprise, sous l’empire de la chair ».  Attention, la chair n’a rien de sexuel chez Paul, c’est une manière de dire : vivre à la manière du monde.  Eh bien, non !  Si tu veux être vivant, tu dois vivre dans le monde – OK -, mais sans être du monde.  Les priorités des chrétiens sont différentes : ce sont les Béatitudes et, nous le savons bien cela va à l’encontre de ce que nous dit le monde à longueur de journée.  Le monde nous dit : le bonheur, il est là si tu te mets au centre du monde, si tu en deviens le nombril ; les Béatitudes nous disent que le bonheur est dans la rencontre de l’autre ; celui qui souffre d’une manière ou d’une autre.  Et cela, dit Paul, c’est vivre selon l’Esprit. S’adressant à Dieu François disait hier : « Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. »

     

                Et, enfin, l’Évangile nous parle de notre Résurrection personnelle qui arrivera comme cela est arrivé à Lazare – même si pour Lazare, c’est juste une réanimation puisqu’il est « re-mort ».  L'évangile de ce dimanche qui nous achemine vers Pâques culmine dans la parole, l'ordre, que Jésus adresse d'une voix forte à celui qui est dans le tombeau : « Lazare, viens dehors ». La parole du Christ résonne aux oreilles de Lazare et aux nôtres : Viens dehors, viens me rejoindre, toi mon ami. Peu importe que tu sois entravé, que tu sois enveloppé de bandelettes, qu'un linge sur ton visage t'empêche de voir où tu mets les pieds. Viens à la lumière, viens à la vie, viens à moi. Peu importe de savoir à quel point tu étais mort : dès le début, j'avais dit que ta maladie ne conduisait pas à la mort, mais à la gloire de Dieu. Ce qui est certain, c'est que maintenant je te réveille, je te relève, disons que je te ressuscite. Je t'appelle à vivre, comme j'appelle tous ceux qui seront baptisés après la nuit pascale - on ne sait pas encore quand … - et comme j'appelle tous les chrétiens qui eux aussi se réveilleront dans le renouvellement de leur baptême au cours de la Vigile pascale … qu’ils vivront chez eux !

     

    En appelant Lazare à sortir du tombeau pour revenir à la vie, Jésus pense à l'avenir. Il accomplit un geste prophétique. Il sait bien que dans deux semaines il sera à son tour couché dans un tombeau, et qu'au matin de Pâques Dieu son Père l'appellera d'une voix forte : « Jésus, mon Fils bien-aimé, viens dehors. » Viens à la vie et à la lumière, viens auprès de moi, hâte-toi de monter auprès de moi, comme tu le diras à Marie-Madeleine. Pour Jésus comme pour Lazare, toutes les bandelettes tomberont, le linge qui couvrait son visage sera plié dans un coin ;  il ne faudra pas chercher parmi les morts celui qui sera vivant.

     

    L'évangile nous remet en mémoire une action que le Christ a accomplie dans le passé mais qui se poursuit aujourd'hui, qui se renouvelle chaque année quand la communauté chrétienne s'approche de la célébration de Pâques. C'est à nous que s'adresse l'invitation lancée d'une voix forte à venir dehors, à nous libérer de tous les liens qui nous retiennent, et à venir vers le Christ pour participer à sa vie et à sa puissance de résurrection.  Oui, toi qui es sorti du tombeau, poursuis ton chemin, joyeusement.   

     


     

    Samedi de la 4ème semaine de carême            28 mars 2020

      

    Quelques-uns d’entre eux voulaient l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui. Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? »

    Les gardes répondirent : « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! » (Jn 7, 40-53)

     

    « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ».  Ce matin, je vous confie simplement le message de François d’hier soir.  La traduction simultanée n’était pas au top.  Alors, il nous sera bon de la relire et de la méditer paisiblement.

     

    « Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Évangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

     

    Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40).

     

    Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : "Tu ne te soucies pas de moi ?". C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

     

    La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’"emballer" et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment "salvatrices", incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.

     

    À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos "ego" toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

     

    « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : "Réveille-toi Seigneur !".

     

    « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : "Convertissez-vous", « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insuffle l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière !  Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes !

     

    « Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.

     

    Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

     

    Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance.

     

    « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : « N’ayez pas peur » (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, "nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous" (cf. 1P 5, 7).

     

     


     

    Vendredi de la 4ème semaine de carême                           27 mars 2020

     

     « Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. » (Sg 2, 1a.12-22)

     

     

    Étonnante situation …  Nous rêvons d’un monde autre, différent, plus humain, plus juste … et en même temps, j’entends, je lis combien déjà maintenant, des attitudes continuent qui nous rappellent « l’ancien monde » : des injures et des menaces vis-à-vis du personnel soignant, l’exclusion d’un jeune médecin de sa colocation … etc …  Oui, le monde ancien s’en est allé … et en même temps, il est encore bien là.  C’est la « co-vivance » du « déjà-là » et du « pas-encore » chère à notre théologie catholique. 

     

     

    Oui, en un sens, tout est déjà fait (on ne veut plus de l’ancien monde) et en même temps, tout reste à faire (nous sommes fondamentalement égoïstes).  Alors, sûr que le texte de ce jour s’applique à celles et ceux qui ont décidé de tenir bon dans l’aide à l’accouchement de ce nouveau monde : « Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. »   Il va donc falloir tenir, tenir dans la durée, tenir face aux obstacles.  Et tout d’abord vis-à-vis de moi-même !  Vais-je tenir bon, une fois que la situation normale sera rétablie.  Ensuite vis-à-vis des autres, de mon-monde-à-moi.

     

     

    Mais comme dans ce texte, comme dans la fête de Pâques dont nous nous approchons, comme chrétiens, nous croyons que le bien l’emporte toujours sur le mal, que la vie est toujours plus forte que la mort, que la lumière, si petite soit-elle, fait en sorte que les ténèbres ne sont plus vraiment ténèbres …

     

     

    Mais, nous devons accepter aussi que cela se passe parfois - souvent ou toujours même - comme dans la fameuse procession luxembourgeoise d’Echternach : « Trois pas en avant, trois pas en arrière, trois pas su’l côté, trois pas d’l’aut’ côté ».  Même les pas en arrière, faisons-les en dansant, puisque nous savons que nous finirons toujours par avancer.

     

     

    Un de mes professeurs disait : « oui, on rame … Mais jusqu’à preuve du contraire, c’est en ramant que le barque avance ! ».  

     


     

    Jeudi de la 4ème semaine de carême                               26 mars 2020

     

    Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel ; je donnerai, comme je l’ai dit, tout ce pays à vos descendants, et il sera pour toujours leur héritage. » (Ex 32, 7-14)

     

    Dieu est incapable de « faire dans les petits potiquets ».  Il pourrait se contenter de dire au peuple élu : « vous aurez une descendance », voire même « une descendance nombreuse ».  Mais non, notre Dieu n’est ni radin, ni économe, il est vraiment dépensier, sans aucune limite : « comme les étoiles du ciel ».

     

    Et c’est ainsi dans toute la Parole : Le lendemain des noces de Cana, le pharmacien du lieu a dû en vendre du Dafalgan pour calmer les maux de crâne …  Aux différentes multiplications des pains, il y en a eu toujours trop … La femme qui a retrouvé sa pièce va inviter toutes ses voisines … Le Père débordant d’amour va faire tuer le veau gras …

     

    On nous dit que nous ne sommes pas encore au pic de la pandémie ici en Belgique ; il semble que notre confinement va être prolongé … et pourtant, dès maintenant, il nous faut penser à l’après.  Quel monde voulons-nous désormais ?  Quelles relations familiales, quelle vie entre voisin, quelle place pour la planète ? quelle manière de faire Église, quelle place pour le boulot, quelle place pour le recueillement ???  Tant et tant de questions.

     

    Avec Dieu, voulons-nous un monde un peu différent, ou totalement différent.  Oserons-nous le changement ?  Nous le savons bien, le train-train risque de revenir à grands pas et ce que nous rêvons maintenant pourrait tomber à néant.

     

    Je nous invite donc à continuer de rêver - c’est capital - mais dès à présent - puisque nous avons du temps - à imaginer comment - concrètement, très concrètement - nous allons agir pour que ce nouveau monde naisse.

     

    Je dis bien un nouveau monde, pas un monde réparé, pas un monde avec des rustines.  Dieu ne répare pas, il crée toujours du neuf.  Et nous ? « Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit.  Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves. » (Mc 2, 21-22) 

     


     

    Mercredi de la 4ème semaine de carême                           25 mars 2020

     

    Annonciation du Seigneur

     

    « Rien n’est impossible à Dieu. »  Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »  (Lc 1, 26-38)

     

     

    Merveilleuse fête de l’Annonciation.  Nous le prions à chaque Angélus : « L’ange du Seigneur annonça à Marie qu’elle serait la Mère du Sauveur. »  Marie est devenue celle par qui Dieu a planté sa tente parmi nous.  Mais Marie est l’icône, l’image de l’Église.  Autrement dit, aujourd’hui, c’est à travers nous que le Seigneur vient planter sa tente au cœur de nos villages, de nos communautés, de nos familles.

     

     

    Il nous faut donc avoir la même réponse que Marie : « Voici la servante du Seigneur ».  Servante, dans la Bible est un terme extrêmement positif ; cela ne veut pas dire subordonné, mais bien collaborateur.  Fou, non ?  Je suis un collaborateur immédiat de Dieu.  Waouwwww, comme disent les jeunes. 

    Lorsque je suis allé me présenter à Monseigneur van ZUYLEN il y a 36 ans, pour demander à entrer au séminaire, à la fin de l’entretien il m’a dit : « Pierre, je vous considère dès maintenant comme un collaborateur ».  Je me souviens que ça m’avait bouleversé …  Alors, être le collaborateur de Dieu lui-même … j’vous dis pas !!!

     

     

    Pourquoi le Seigneur est-il venu planter sa tente parmi nous ?  Quel est son projet, sa volonté ?  Paul le résume de façon toute simple : « La volonté de Dieu est que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 3).  Voilà à quoi nous avons à collaborer aujourd’hui, avec et à la suite de Marie.  Sauver, c’est-à-dire : « rendre la santé »  … 

     

     

    Les médecins et le personnel soignant le font - et admirablement en ces jours - de manière physique.  Ce n’est pas notre cas.  Mais vous le savez, il n’y a pas que le physique qui doit être en bonne santé … Alors, aujourd’hui, un coup de fil peut-être à quelqu’un qui est déprimé ou anxieux à cause de ce confinement …  ou autre chose …  Soyons inventifs ... Car rien n’est impossible à Dieu. Et n’oublions pas notre rendez-vous de ce midi, en communion avec nos frères de la Réforme, de la Communion anglicane et de l’Orthodoxie.

     

     


     

    Mardi de la 4ème semaine de carême                                24 mars 2020

     

    « Cette eau coule vers la région de l’orient, elle descend dans la vallée du Jourdain, et se déverse dans la mer Morte, dont elle assainit les eaux. En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre, et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent. » (Ez 47, 1-9.12)

     

    Nous le savons bien : chez nos frères juifs, l’eau est à la fois symbole de vie et symbole de mort.  Les tempêtes sur le lac de Tibériade sont terribles … mais Jésus marchera sur les eaux.  Les eaux vont s’écarter lorsque Moïse va emmener le peuple hors d’Égypte vers la Terre Promise … Et il y en a tant d’autres.  Aujourd’hui, la liturgie nous propose un texte fondamental chez les Juifs, tellement fondamental qu’à l’époque du Christ, lors de la fête des Tentes, on faisait une procession à la piscine de Siloé en passant par la porte des eaux. C'est de là que devait jaillir la source annoncée par le prophète Ézéchiel, source qui allait se jeter dans la mer Morte. 

    Si vous lisez tout le texte, vous verrez que l’eau traverse le Temple, le lieu de la demeure de Dieu et ensuite, elle va assainir la Mer Morte et les poissons y viendront de nouveau.

         Actualité étonnante.  Loin de moi l’idée de dire que le Coronavirus vient de Dieu.  Ce serait une aberration … et même un péché au sens fort du terme.

         Non, évidemment.  Un des professeurs, le Chanoine GUELLUY, disait que Dieu était le premier écolo, car il était « spécialiste de la récupération des déchets » !

         Le Covid-19 est évidemment un mal, un « déchet » pour reprendre GUELLUY.  Mais il peut avoir comme conséquence d’en faire jaillir du bien.  Même si ce ne sont pas des poissons, comme dans le texte, mais des mammifères, vous avez entendu que les dauphins sont de nouveau là dans le port d'Ancône, sur la côte adriatique.

         Plutôt que de nous lamenter, je nous invite à découvrir au long de cette journée les « dauphins » qui font ou refont leur apparition dans les eaux assainies de notre existence, de notre quartier, de notre famille … 

         Belle journée dans notre port d’Ancône …

     


     

    Lundi de la 4ème semaine de carême                                                  23 mars 2020

     

     

    « Ainsi parle le Seigneur : Oui, voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit. Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée. » (Is 65, 17-21)

     

     

    Ça nous fait vraiment du bien d’entendre ces paroles du prophète Isaïe aujourd’hui.  Je vous rappelle le cadre de ce texte : Le ministère du 3ème  Isaïe comme on l’appelle (537 à 520 avant notre ère) se déroule après le retour d’exil, dans un contexte de désenchantement très prononcé.  Ceux qui reviennent d’exil se trouvent confrontés à des difficultés économiques, culturelles et religieuses épouvantables. La reconstruction du Temple, à peine commencée, est interrompue et il faut se contenter d’un culte réduit à sa plus simple expression autour de l’autel. Il y a d’innombrables problèmes de cadastre : les terres laissées lors de l’exil ont été utilisées par d’autres ! Comment les répartir à nouveau avec justice ?  On se croirait presque en Belgique …  Et au cœur de cela, les paroles remplies d’espérance de ce matin.

     

     

    Je vous rappelle que si Dieu peut - « sait » en belge - faire tout sans nous, il a décidé de jamais le faire sans nous.  Et donc, lorsqu’il dit « je vais créer », on doit lire « nous allons créer ensemble ».   C’est ma grande espérance et certainement la vôtre aussi : que le monde de demain soit un monde plus solidaire, moins centré sur le profit, un monde où l’on sait dire « merci » à l’autre, où l’on apprend à connaître son voisin, où l’on se soucie des désemparés.  Ce nouveau monde est en train de naître ; nous sommes en train de le créer.  En applaudissant tous les soirs, des gens me disent avoir fait la connaissance de leurs voisins ! Tous ces mercis au personnel soignant, « nettoyant », aux forces de polices, aux pompiers … raniment en nous cette envie de dire « merci » … ce que nous ne faisons habituellement pas assez.  Les cloches de notre UP sonnent tous les soirs ou tous les dimanches. (Je n’ai pas de nouvelles de la paroisse de Beaufays). J’ai également lu une belle initiative. Je vous la livre.  À chacun de trouver ses petits trucs : Mettre sur sa poubelle une feuille avec un « Merci » pour les éboueurs.  Allez …  « Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée, pour ce que nous créons ».   

     

     


     

    4ème DIMANCHE DE CARÊME - A -                                                  22 mars 2020

     

    « Réjouis-toi de laisser le Seigneur t’ouvrir les yeux ! » La couleur rose de cette fête nous rappelle que la lumière du matin de Pâques est déjà toute proche ; que la nuit n’est déjà plus totalement la nuit ; que la puissance du Ressuscité commence déjà à agir en nous.

     

    Et tout d’abord, avec le petit David. Dernier des fils de Jessé, il n’est rien : on l’envoie même garder les troupeaux, alors que les autres enfants sont à la maison. Il est dans la nuit, et peut-être n’en sait-il rien … Et voilà que le Seigneur vient à sa rencontre par Samuel. Samuel va le faire sortir de la nuit pour en faire le plus grand Roi d’Israël, grâce à l’Esprit de Dieu qui s’est emparé de lui, dès ce jour-là.

     

    Jésus est « Fils de David ». David en est donc l’image. Jésus aussi, va naître au plein cœur de la nuit, à Bethléem ; il va naître dans la nuit aussi, parce qu’il vient, petit et pauvre, dans une crèche à l’écart, en n’ayant comme compagnons, qu’un âne, un bœuf et quelques bergers. Il vivra dans la nuit à Nazareth. Il lui faudra aussi que Dieu son Père le sorte de la nuit : à son baptême, il le met dans la lumière en lui disant : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi, je mets tout mon amour ». Et cela ne s’arrête pas là. Jésus vivra aussi la nuit de la mort le Vendredi-Saint, il connaîtra l’obscurité du tombeau … et là aussi, c’est son Père qui, roulant la pierre, le rendra à la lumière, le ressuscitera. Le psaume nous l’a dit : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal ».

     

    Paul nous dit que ce que et David et Jésus ont vécu, c’est désormais le propre de tous ses enfants, de l’Église : « Maintenant, dans le Seigneur, vous qui étiez dans les ténèbres, vous êtes maintenant devenus lumière ». Mais Paul va plus loin : « Vivez comme des fils de la lumière. » La résurrection est d’abord un don – et c’est primordial - mais elle est aussi une tâche. Impossible, si nous sommes illuminés par Dieu, de ne pas vivre comme tel.

    Le temps du carême est celui où, par le jeûne, le partage et la prière, nous sortons de notre obscurité, nous rallumons le feu qui est en nous, nous rallumons en chacun de nous le cierge pascal que nous passons notre temps à éteindre ! Nous avons à prendre au sérieux la fin de la lettre de Paul : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. »

     

    L’Évangile nous conduit encore plus haut : Et David et Jésus et chaque chrétien a été conduit à la lumière ; mais c’est le monde entier qui doit être conduit à la lumière. L’aveugle n’est pas un disciple, il ne compte même pas le devenir au début du texte, il ne demande rien et pourtant Jésus lui aussi va le conduire à la lumière. C’est seulement à la fin qu’il va se prosterner devant lui.

    Et puisque le chrétien est un autre Christ, nous découvrons aujourd’hui la mission qui nous est confiée : faire venir le monde entier à la lumière, ressusciter le monde entier par et à la suite de Jésus.

     


     

    Samedi de la troisième semaine de carême                                            21 mars 2020

        Nous la connaissons tous, cette histoire du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-14).  Mais il nous faut la bien comprendre.  Le pharisien est un bon gars : il prie énormément, il est généreux : donner la dixième partie de ce qu’on gagne, ce n’est pas rien …

         Imaginez le budget en boni de toutes nos Fabriques d’Église si c’était le cas !!!  Pendant ce temps de confinement, il reste bien chez lui, ne sort que pour aller chez Colruyt … et à pied évidemment …, fait sa petite balade quotidienne tout seul …  Oui, vraiment un bon gars, civique par-dessus tout !

         Mais voilà, par la fenêtre de sa maison, il peste contre ce groupe de trois personnes qui se promènent ensemble à 98 cm l’un de l’autre ; et chez Colruyt, il a piqué une crise contre cet étranger - un étranger évidemment … - qui a rempli son caddie de 40 kg de farine, dévalisant ainsi tout le rayon !  Il n’a pas pu s’empêcher de sourire lorsque le gérant lui a demandé d’aller remettre 30 kg dans le rayon.  Ce pharisien, c’est moi.  Un de mes amis disait souvent : « Difficile d’être modeste quand on est le meilleur ».  On pourrait dire : « Difficile de ne pas juger l’autre qui ne fait pas son devoir, lorsque je fais le mien ». 

         On l’a compris : le Seigneur ne met pas en valeur le publicain parce qu’il est cet étranger qui a rempli son caddy de farine, pas plus qu’il ne critique le pharisien parce qu’il prie on ne peut plus souvent. Il ne nous invite évidemment pas non plus à devenir inciviques !

         Non, mais le pharisien n’a pas besoin de salut, puisqu’il se sauve lui-même.  Il ne doit pas être rendu juste - c’est-à-dire debout, ressuscité - puisqu’il le fait tout seul.

         Le publicain, lui, a besoin des autres ; il se rend compte qu’il ne peut rien seul ; il est conscient de sa fragilité, de sa petitesse.  Il découvre donc la merveille de devoir être « sauvé », « ressuscité » par un autre, par un Autre.

         Pendant ces jours, j’entends souvent parler de « communauté » ; c’est ainsi que les Américains parlent … mais on l’entendait peu chez nous.  Oui, nous sommes une communauté humaine.  Au début de son Sermon XIII, saint Bernard nous rappelle l’étymologie de ce nom : nous sommes « un groupe de personnes ayant un lien en commun ».

         Alors, comment vais-je vivre ma journée ? Si je la vivais en me rappelant que j’ai un « lien en commun » avec ceux que je vois ou que je rencontre « de loin ». 

         L’enfer, ce n’est pas les autres …  Le paradis, c’est les autres.

     


     

    Vendredi de la troisième semaine de carême                                          20 mars 2020

     

    « Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »

     

    Voilà la Bonne Nouvelle qu’il nous est donné de méditer, de ruminer aujourd’hui (Mc 12, 28b- 34).

    Sans nous gonfler d’orgueil, je crois que l’on peut dire que durant ce temps, nous aimons Dieu davantage.  Nous avons plus de temps à lui consacrer ; certains me disent qu’ils n’ont jamais tant prié ou que c’est la première fois qu’ils vivent vraiment un carême où nous sommes invités à nous retirer dans notre chambre et à prier notre Père, en secret.  

     

    De la même manière, sans doute ce temps nous a-t-il permis d’aimer davantage nos frères et sœurs.  Tant de solidarités se créent dans notre pays, sans parler des actes symboliques tout aussi importants : applaudir les personnes travaillant dans les soins de santé, mettre un merci sur nos poubelles à l’intention des éboueurs … Et l’on pourrait allonger encore la liste.

     

    Mais on oublie souvent le troisième commandement, celui qui est comme caché et qui, pourtant, est comme la condition des deux autres : « comme toi-même ».  J’aimerai d’autant mieux et mon Dieu et mes frères et sœurs si je commence par m’aimer moi-même.  Et, paradoxalement, c’est sans doute le plus difficile.  Pourquoi ?  Parce qu’on nous a souvent fait croire que c’était malsain, que c’était de l’égoïsme.  Il nous faut distinguer l’égoïsme de ce que d’aucuns appellent « l’égotisme ».  L’égotisme est positif : il me permet de reconnaître la grandeur de l’être que je suis, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu lui-même.  Le psaume 138 le dit : « Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis.  Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait ».  Et Marie dira dans son Magnificat : « Désormais tous les âges me diront bienheureuse ».  Es-tu égoïste, Marie ?  Mais non, tu es égotiste : tu reconnais ta grandeur comme ne venant pas de toi, mais de ton Seigneur.

     

    Alors, si nous passions cette journée en reconnaissant notre dignité, notre grandeur ?  Alors, oui, nous aimerons sans doute davantage encore et notre Dieu et nos frères et sœurs humains.   


     

     

    Jeudi de la troisième semaine de carême                                              19 mars 2020

    Nous fêtons aujourd’hui saint Joseph.  Et ici, dans notre UP, nous avons une pensée toute particulière pour notre « saint-Joseph-à-nous » : l’abbé Joseph Cassart qui a terminé sa vie au milieu de nous.

     

    À Pondichéry, devant et dans l’église qui est face au Volontariat, j’ai découvert pour la première fois une représentation de saint Joseph qui dort dans l’atelier de Nazareth.  Je ne connaissais pas du tout cette façon de le représenter, et j’avoue que jusqu’à aujourd’hui, elle ne me parlait pas du tout.

     

    Mais voilà …  Joseph est le saint Patron de la Belgique … et la Belgique vit le confinement depuis quelques heures.  De nouveau, voilà que la liturgie « colle » à la réalité.  Il y a du travail dans « l’atelier Belgique » et voilà que, pour beaucoup, l’inactivité ou du moins, une moindre activité vient de se présenter à nous.

     

    Je vous le redis : Joseph ne dort pas dans sa chambre. Non, il dort au cœur de son atelier, au cœur de son lieu de travail et au milieu de ses instruments de travail. Un peu comme nous, sans doute.

     

    Le sabbat est pour les Juifs et les chrétiens le jour du repos et ce jour a été sanctifié par Dieu ; dit plus simplement, il a été reconnu par lui comme beau, bon, utile.  Et s’il en était de même pour nous ?

     

    Vous l’avez vu : la pollution en Chine a diminué et à Venise, l’eau des canaux est de nouveau translucide et peuplée de poissons.  Au sein d’une même maison, on se retrouve ou même on se découvre.  Une solidarité immense est née dans notre pays autour des personnes plus âgées, plus fragiles, autour des SDF et des réfugiés, autour des animaux abandonnés.

     

    D’aucuns se posent des questions plus fondamentales sur leur façon de vivre avant ce jour … Et l’on pourrait continuer.

     

    Comme Joseph, « posons-nous », reposons-nous, re-posons-nous.  Faisons de ce temps un temps de méditation et de prière.  Au fond, c’est un peu une retraite spirituelle que nous pouvons vivre … et une longue retraite spirituelle.

     

    C’est peut-être là que l’ange lui est apparu et lui a annoncé le retournement complet de son existence en accueillant Marie et l’enfant qu’elle portait.  C’est au cœur de l’inactivité qu’il a pu saisir ce que Dieu voulait pour lui et pour son bonheur.  Ainsi en est-il aussi pour nous. 

     

    Comme Joseph, vivons ce temps au cœur de notre atelier ; au milieu de nos outils.  Comment, demain, vais-je voir mon lien au travail ?  Comment mon travail pourra-t-il se vivre pour m’épanouir et épanouir les autres ?  Quelles dispositions prendre pour que l’économie et la production soient au service de toute la société ? Ce que nous découvrirons et déciderons de vivre, ce sera pour notre bonheur et notre joie …

    Belle fête patronale à notre pays et à chacun de ceux qui l’habitent !

     


     

     

    Mercredi de la troisième semaine de carême                                          18 mars 2020

    Si certains avaient encore des doutes sur le fait que la Parole de Dieu est vivante et actuelle, les textes des derniers jours sont vraiment brûlants d’actualité.  Et encore aujourd’hui …

         Écoutez le début de la première lecture de ce jour.  On dirait que le Seigneur répond à Sophie Wilmes et nous invite à la suivre : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. » (Dt 4, 1.5-9)

         Souvent, nous voyons les lois - chrétiennes ou civiles - comme des entraves à notre liberté : « Voilà qu’à partir de midi, je ne peux plus faire n’importe quoi : c’est un scandale …  Je suis quand même libre de faire ce que je veux, non ? »

         Dans toute la Bible, les commandements sont vus comme un signe d’amour du Seigneur pour son peuple.  Dieu veut pour nous la vie et il nous invite à la choisir comme et avec lui.  Déjà le premier psaume de la Bible chantait : « Heureux est l'homme qui (…) se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu'il entreprend réussira ».  Et Moïse disait au peuple : « Je te propose aujourd'hui de choisir ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Écoute les commandements que je te donne aujourd'hui : aimer le Seigneur ton Dieu, marcher dans ses chemins, garder ses ordres, ses commandements et ses décrets. Alors, tu vivras et te multiplieras ; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession. »  (Deutéronome 30,15-20)

         L’Évangile du jour nous fait encore aller plus loin, lorsque Jésus dit : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »  (Mt 5, 17-19) Autrement dit : Le Seigneur ne supprime pas les conseils ou les injonctions que la loi civile nous donne, mais il veut les accomplir.  Alors que la loi civile nous invite à faire les choses par civisme, par respect de l’autre - et c’est déjà énorme !!! - les chrétiens sont invités à aller encore plus loin et à le faire avec et par amour, de grand cœur, dans la joie de sauver des vies, en ne nous regardant pas nous-mêmes, mais en regardant les autres et en nous réjouissant que par les petits actes que nous allons poser ou que nous ne pouvons plus poser, nous allons les garder vivants et en bonne santé. 

         Vous connaissez ce conte chinois des baguettes de riz.  Je vous la laisse en méditation : « Un vieux sage chinois reçut un jour la faveur de visiter le ciel et l’enfer. En enfer, il vit des hommes et des femmes blêmes, décharnés, assis autour d’un tas de riz énorme et appétissant. Ils mouraient tous de faim car ils n’avaient pour manger que des baguettes démesurément longues, comme des rames de sampang. Effrayé, le sage s’enfuit au paradis. Là, il vit des hommes et des femmes assis autour d’un plat de riz tout semblable au premier. Mais ils étaient heureux, épanouis et resplendissants de santé.

         Car chacun, avec ses baguettes immenses, donnait à manger à son vis-à-vis. 

     


     

    Mardi de la troisième semaine de carême                                             17 mars 2020

    « Il n’est plus, en ce temps, ni prince ni chef ni prophète, plus d’holocauste ni de sacrifice (…) plus de lieu où t’offrir nos prémices (…). Mais, avec nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois-nous, comme un holocauste de béliers, de taureaux, d’agneaux gras par milliers. »

    Cet extrait du Livre de Daniel (Dn 3, 25.34-43) lu ce matin à la messe, est écrit à une époque particulière : le peuple est en exil à Babylone.  Il n’y a plus de temple, plus de culte …  Alors, comment rejoindre Dieu ?  À travers les cœurs brisés et les esprits humiliés, Daniel dit au peuple exilé que c’est l’attitude du cœur, la manière de vivre qui est un culte à Dieu.  Et tous les prophètes insisteront sur le soin apporté - à porter - aux autres.

    Durant l’Année Sainte de la Miséricorde, François notre Pape a remis en valeur les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle.  Je vous les rappelle simplement.  À nous de les adapter à notre « quasi-confinement » :   nourrir les affamés, abreuver les assoiffés, vêtir ceux qui sont nus, visiter les prisonniers, ensevelir les morts, accueillir les étrangers, visiter les malades … et … Conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner aux ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

    Toutes ces œuvres sont transposables à la situation actuelle … avec un peu d’imagination … et beaucoup de solidarité !  Oui, il y a du pain sur la planche !!! 

     


     

    Lundi de la troisième semaine de carême                                              16 mars 2020

    La première lecture de ce jour (2 R 5, 1-15a) nous parle beaucoup : celle du général syrien lépreux : Naaman.  Il apprend qu’Élisée est un grand prophète.  Il fait un long chemin pour venir être guéri et Élisée lui demande d’aller simplement se plonger 7 fois dans la Jourdain.  Il est profondément déçu que le prophète lui demande quelque chose de si simple.  Mais, encouragé par ses serviteurs, il finira par le faire et sera guéri.

    On ne nous demande pas des choses extraordinaires : se laver les mains souvent, rester chez soi, ne pas se donner la main ou se faire la bise.  Rien de bien extraordinaire et des choses que tous nous pouvons faire aisément …. Mais cela ne plaît pas trop à notre orgueil.  Nous préférerions peut-être qu’il nous soit demandé des choses extraordinairement difficiles.  Alors, on pourrait y mettre toute notre volonté, tous nos efforts et nous gonfler d’orgueil en disant que si nous sommes préservés, c’est grâce à la discipline de vie exigeante que nous nous sommes imposés à nous-mêmes … Eh bien non !  Dans la vie spirituelle comme dans la vie sociale, le beau et le bon, ce qui donne du bonheur et qui me « met en vie », ce sont des choses toutes simples …  Que je sois riche ou pauvre, cadre ou sans-emploi, polyglotte ou analphabète … je peux y arriver tout simplement … car la vie est pour tous et le bonheur est à la portée de main de chacun.  Apprends-moi, Seigneur la simplicité.

    Quant à Élisée, il n’a pas fait grand-chose : il a juste dit une parole ; mais cette parole va sauver Naaman.  Ce temps est aussi un temps de solidarité avec les autres.  Mais nous ne sommes pas des surhommes ou des Mère Teresa.  Ce que nous pouvons faire, comme Naaman, c’est de toutes petites choses : un coup de fil, des courses pour le voisin, un sourire dans la rue (mais de loin lol).  Ces petits gestes pourront aussi sauver le voisin, le « prochain » … En Inde, je n’ai pas guéri de lépreux.  Avec les élèves, nous leur avons simplement souri, nous les avons touchés (là, on pouvait le faire de près re-lol), nous les avons embrassés …  N’avons-nous pas contribué aussi à les sauver ?

     


     

    Méditation du troisième dimanche de carême                                          15 mars 2020

    Le peuple, dans sa marche au désert, a soif.  La Samaritaine qui vient puiser de l’eau a soif et même Jésus a soif ...  On pourrait évidemment ajouter aussi qu’ils ont faim : le peuple au désert recevra la manne et les cailles, les disciples de Jésus s’inquiéteront pour la foule qui a faim et Jésus a eu faim au désert.

                C’est normal, au milieu du carême que la faim et la soif s’attisent en nous.  Depuis 15 jours, maintenant, nous essayons de supprimer de notre vie ce qui semble - et qui semble seulement - combler notre faim et apaiser notre soif et, du coup, il y a un vide qui se crée en nous pour une vraie nourriture et une vraie boisson.  Et cette année, d’une façon toute particulière, tant et tant d’autres « vides » surgissent en nous et autour de nous

                Et c’est donc le moment d’entendre « pleinement » la réponse de Jésus à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu ».  Vous ne le savez peut-être pas, mais ce récit de la Samaritaine est un récit très symbolique.

                Il vient tout d’abord un peu après le premier signe de Jésus : le miracle de Cana, les douze jarres d’eau changées en 12 jarres d’excellent vin.  Déjà là, nous pressentons la nouveauté absolue de Jésus.      Mais c’est aujourd’hui que Jésus nous montre ce qu’est cette nouveauté absolue.

                Chez les Juifs, la demande en mariage se faisait au bord d’un puits, lorsque le bien-aimé demandait à sa bien-aimée un peu d’eau.  Alors, on comprend mieux que Jésus ait soif et que cette soif rencontre la soif profonde de la femme qui a eu autant de maris.

    Oui, Jésus a soif de l’humanité, de toute l’humanité – indépendamment des prescriptions juives - ; C’est le grand mystère de l’Alliance.  Dieu veut épouser l’humanité en son Fils Jésus.  Dieu veut signifier son Alliance avec nous en termes d’épousailles.

    La femme, elle, - comme nous sans doute – est étonnée et ne comprend pas.  « Comment, toi, Dieu, veux-tu faire une Alliance avec le Monde et avec le Monde pécheur, l’homme pécheur que je suis.  Non, Seigneur, je n’en suis pas digne ? »

    Et, en même temps, cette femme a soif d’amour, d’épousailles et c’est pour cela qu’elle a eu tant de maris.  Elle en a eu cinq plus l’actuel : 6 … le chiffre de l’incomplétude. Ce texte n’a rien à voir avec un discours sur le mariage.  Il va bien au-delà.  Il nous dit tout simplement que, comme la Samaritaine, nous ne croyons pas que nous soyons dignes de l’amour de Dieu, alors, nous cherchons de « petits amours » qui pourraient le remplacer.  Mais, chaque fois, c’est l’échec …  Quels sont donc mes 6 maris ?  Ces choses dont j’ai cru qu’elles allaient combler mon cœur ? Pendant ce carême, nous osons dire : « Seigneur, je sais que mes petites recherches d’amour, d’épousailles sont toujours vaines ; alors, pendant ces 40 jours, j’ose croire que c’est toi seul qui peut combler ce désir profond d’aimer et d’être aimé qui m’habite. »  Avec la Samaritaine, il me faut dire : « Je n’ai pas de mari ».  Je reconnais qu’aucun ne comble mon cœur.  Je suis donc célibataire, et par là-même, capable d’accueillir mon septième mari - chiffre de la plénitude - celui qui pourra pleinement combler mon cœur assoiffé et affamé d’amour.

                Et alors, vient cette déclaration solennelle de Jésus : « C’est moi, l’eau vive, qui peut apaiser ta soif profonde d’amour. »

    Je suis là, tout près de toi, nous dit le Seigneur ; ne le cherchons pas au loin, ne le cherchons pas demain ; il est ici et maintenant … Quand la faim te tenaille, quand la déshydratation se fait sentir, tourne-toi simplement vers le Seigneur.  Oui, ose le prier davantage durant ce carême, ose lire et partager la Parole de Dieu, ose lui donner ce que tu as et ce que tu es à travers ton frère souffrant où tu découvriras sa présence.

                C’était le cri qui terminait la première lecture : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n'y est-il pas ? ».  La réponse nous est donnée dans l’Évangile et elle nous est expliquée par Paul : « La preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. »  Alors, continuons notre marche vers Pâques dans l’action de grâce : nous n’avons aucune raison de mériter cet amour du Seigneur ; mais il est amoureux de nous.  Nous n’avons plus qu’à goûter cette joie. 

     

    Pierre +, votre curé  

     


     

     

     

     
  • Troisième conférence de carême : "un homme de communion"

    TROISIÈME CONFERENCE DE CARÊME

    « UN HOMME DE COMMUNION »

     

    « Le Christ est notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, l’inimitié, ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions, afin de créer en lui-même, avec les deux, un seul homme nouveau, en établissant la paix, et de les réconcilier, l’un et l’autre en un seul corps, avec Dieu par la croix, en détruisant par elle l’inimitié. Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient près ; car par lui nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit. Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors ; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu. Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. En lui tout l’édifice, bien coordonné, s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en Esprit. » (Éphésiens 2, 14-22)

     

    Après avoir vu combien, nous étions des hommes nouveaux et des hommes solidaires, la lettre aux Ephésiens nous aide à comprendre comment nous sommes des hommes et des femmes de communion.  Et pour cela, il nous est bon de nous rappeler la spécificité eu peuple juif.  Depuis toujours, les Juifs ont prêté une grande attention à leur spécificité en tant que peuple de l’Alliance. Rappelez-vous qu’ils ont été choisis comme « le plus petit des peuples parmi tous les peuples ».  (Deut 7, 13).  Et donc, dans tous les domaines de la vie, ils ont voulu marqué leur différence par rapport aux autre peuples (circoncision, nourriture kasher, mariage entre eux …)  Ils voulaient ainsi, non seulement, garder leur identité de peuple élu mais surtout être un signe pour le monde ; ils voulaient déjà être un « sacrement » de l’amour de Dieu pour le monde.  Cette attitude les exposait parfois à l’incompréhension et même l’hostilité des autres.  Les débuts du Christianisme ont montré la difficulté de cette attitude, dans la mesure où des païens (des Goïms) ont adhéré à la foi chrétienne.  Cela a amené au premier concile de l’Église, dans les années 70, où il a été entendu qu’il ne fallait pas devenir d’abord juif (et donc recevoir la circoncision) pour devenir chrétien.

     

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